L’apport d’un chien guide dans le quotidien d’un déficient visuel

L’apport d’un chien guide dans le quotidien d’un déficient visuel

Un chien guide accompagne son maître pendant environ 10 ans en tout lieu, en tout temps. Il permet d’acquérir une meilleure autonomie (Figure 5), une meilleure indépendance et procure un bien-être psychologique. Les principales raisons d’adoption sont (Gaunet et Milliet, 2010) :

– La meilleure gestion des déplacements

– L’apport affectif avec un chien

– L’augmentation des interactions avec des personnes inconnues

– Le confort mental par rapport à l’utilisation de la canne blanche

Cependant, certaines personnes décident de ne pas recourir au chien guide, car la canne blanche convient à leurs besoins et ils ne veulent pas subir les contraintes liées à la possession d’un animal dans leur foyer. Beaucoup de déficients visuels ne réalisent leurs déplacements qu’accompagnés d’une personne. Le chien guide va leur permettre de pouvoir évoluer dans leur environnement de façon autonome, sans l’aide de quiconque. Le gain d’autonomie rallie la sécurité, le confort et le plaisir. En termes de sécurité, le chien est confronté lors de son éducation à une multitude d’obstacles qui peuvent être rencontrés dans la vie quotidienne, prévus ou imprévus (poubelle sur le trottoir, foule, escaliers, volet ouvert, travaux…) et a appris à gérer ces situations. Le déficient visuel apprend à accorder sa confiance envers son chien qui lui évite de percuter des obstacles ou qui par exemple lui marque les passages piétons en s’asseyant devant.

D’autant plus que le chien obéit souvent à son seul maître. Par exemple, si le déficient visuel donne l’ordre « Reste », le chien ne bouge pas de son emplacement, et ce même si une personne malintentionnée (ou même le déficient visuel lui-même) tire sur la laisse ou sur le harnais du chien. Pour ce qui est du confort, le chien apprend à rechercher des éléments et à les marquer sur ordre. C’est le cas pour les passages piétons, les portes, les sièges libres, les arrêts de bus, les escaliers, les bornes de compostage de train ou de métro etc… De plus, la mémoire du chien lui permet aisément de se souvenir des trajets fréquemment effectués et voire même de retrouver le chemin du retour sur des trajets inconnus. Le harnais est un outil de communication à double sens entre le déficient visuel et le chien. Le rythme du chien, ses écarts, ses arrêts sont des signaux que le déficient visuel apprend à décrypter. Le plaisir est acquis lorsque le déficient visuel a confiance en lui, en son chien, et sait qu’il peut avoir une démarche sereine. La fatigue liée à l’effort de concentration est moindre en présence du chien. Du point de vue psychologique, le chien est un réel apport pour la socialisation de son maître. L’acquisition d’une assurance et d’une confiance en soi permet aux déficients visuels de mieux s’ouvrir aux autres et d’entreprendre de nouveaux projets ou loisirs. L’exemple le plus explicite est la détente du chien qui permet de rencontrer les maîtres d’autres chiens.

Présentation générale de l’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris

L’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris fait partie des 10 associations indépendantes françaises de chiens guides. Créée en 1987, elle est labellisée par l’Etat et doit répondre à un cahier des charges précis1. Il s’agit d’encadrer les normes sanitaires de l’élevage ainsi que toutes les procédures entreprises de la naissance à la remise du chien au déficient visuel. Ainsi l’école doit notamment répondre à des normes concernant le personnel, le matériel, les bâtiments. Elle doit disposer de box d’une surface de 12 à 16 m², un espace clos de 500 m² avec un lieu de stockage de nourriture, lieu de toilettage, infirmerie, un local administratif, secrétariat… Ces locaux sont relativement communs à un élevage de chien. Néanmoins des spécificités sont à souligner. L’école doit disposer d’au moins deux éducateurs diplômés et un responsable des services administratifs. Un hébergement doit être prévu pour les futurs maîtres de chiens guides stagiaires en répondant aux normes d’accessibilité. De plus, un gardien doit vivre dans l’élevage dans un logement de fonction. L’originalité principale reste la suivante : un chien guide est remis gratuitement au déficient visuel. L’éducation est majoritairement (80 % pour l’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris) financée par la générosité du public. Les frais d’entretien restent à la charge du maître qui bénéficie tout de même de 50 € par mois dans le cadre de la prestation de compensation du handicap. L’école compte 34 salariés (Figure 6), une centaine de bénévoles (dont 17 au conseil d’administration). 50 chiens ont été remis en 2012. On compte 300 chiens guides en activité, 84 en retraite, une centaine de familles d’accueil et de familles relais. Depuis 1987, 800 chiens ont été remis.

La vie des reproducteurs

Les reproducteurs vivent en famille d’élevage. Les femelles sont amenées à l’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris régulièrement afin de les familiariser à l’environnement très différent d’un foyer (présence de nombreux chiens, entrée et sortie de nombreuses personnes (éducateurs, déficients visuels, familles d’accueil, bénévoles, personnel administratif etc…), plusieurs bâtiments, chenils… Cette habituation est nécessaire car la femelle retourne à l’école 3 semaines avant la mise-bas et elle y restera jusqu’au départ de ses chiots en famille d’accueil (à l’âge de 2 à 3 mois). Durant son séjour à l’école, la mère est à l’abri de tout stress. Elle est prise en charge par 2 monitrices affectées au suivi des chiots depuis leur naissance jusqu’à la remise en famille d’accueil. La chienne est également caressée, en particulier au niveau du ventre. Il a été prouvé qu’un stress engendré à la mère durant sa gestation engendrait une augmentation des concentrations sanguines en catécholamines et en glucocorticoïdes (Leroy, 2009).

Ces molécules peuvent passer la barrière placentaire et être assimilées par le foetus, manifestant ainsi des comportements d’agitation et de repli. Si la chienne est soumise à une peur, les contractions utérines engendrées peuvent être néfaste pour les foeti. Des comportements de succion des pattes et du cordon ombilical ont été décrits. A l’inverse, caresser le ventre de la mère a pour but de sensibiliser les chiots au contact tactile puis à force de répétition, une habituation à ces contacts. Une chienne reproductrice met bas au maximum 3 fois dans sa vie, avec un intervalle de 2 ans entre chaque portée. Les chiennes reproductrices du Centre d’Etude, de Sélection et d’Elevage de Chiens guides pour Aveugles et autres Handicapés naissent au sein de leur élevage. Elles sont placées en famille d’accueil à partir de l’âge de 3 mois. La chienne est évaluée sur les critères précédemment cités durant son séjour à l’élevage et au sein de la famille d’accueil selon une grille spécifique. Pour que la chienne connaisse l’environnement du centre de sélection, elle y séjourne pendant environ 3 semaines durant ses chaleurs (ceci permet d’être assuré que la chienne ne soit pas saillie accidentellement), environ 3 mois en période de mise-bas (entrée à l’élevage une semaine avant la mise-bas et départ au sevrage des chiots). Les chiennes sont mises à la reproduction à partir de leurs troisièmes chaleurs, une fois par an jusqu’à l’âge de 7 ans maximum. Puis elle est stérilisée et mise à l’adoption.

L’apprentissage non associatif : l’habituation et la sensibilisation

Le phénomène d’habituation est défini par Thorpe comme étant « la disparition progressive et relativement persistante d’une réponse du fait d’une stimulation répétée qui n’est suivie d’aucune sorte de renforcement » (Doré et Mercier, 1992). Il s’agit d’apprendre à ne pas réagir à certains stimuli. Par exemple, un chien ayant subi une bonne habituation aux bruits de la ville se promènera dans les rues bruyantes de façon sereine, imperturbable. C’est le processus d’apprentissage indispensable de l’environnement et de l’Homme pour le chiot. Plus le chiot est habitué à un panel de stimuli important et plus il sera concentré dans son guidage à l’âge adulte, en faisant abstraction des éléments environnementaux. Un manque d’habituation au cours du développement comportemental du chiot risque d’engendrer un adulte peureux, ayant des réponses exagérées vis-à-vis de stimuli dont il devrait faire abstraction. Des études ont montré (Doré et Mercier, 1992) que si un stimulus est présenté de manière très fréquente, mais sur une courte période, l’habituation sera rapide mais de courte durée et inversement.

Ainsi, afin d’effectuer une habituation convenable à l’environnement et à l’Homme, il est préférable de répéter les stimuli sur une longue période, à la condition qu’ils soient perçus positivement par le chiot, sans stress. Le phénomène que les éducateurs essaient d’éviter à tout prix est le phénomène de sensibilisation, pour lequel un chiot réagit de plus en plus à un stimulus répété, en ressentant une peur croissante. Cette peur devient insupportable, le stimulus en question entraine la fuite du chiot. Cette expérience ayant été négative et désagréable, le stimulus sera perçu comme dangereux à chaque fois qu’il sera présenté. Un évènement négatif est plus aisément mémorisé par rapport à un évènement positif car il fait appel aux mécanismes de survie. Dès lors qu’un élément engendre une sensibilisation, l’exploration est impossible et l’habituation future sera difficile à mettre en place. En cas de sensibilisation, un programme de désensibilisation est mis en place par les éducateurs. Il s’agit de limiter les réactions de peur exacerbées du chien stressé (Vieira, 2012). Le travail s’effectue de façon progressive, depuis le stade où aucune peur n’est déclenchée. Tout en laissant la possibilité au chien de fuir la situation, le stimulus est augmenté et l’attention du chien est détournée vers d’autres éléments positifs (jeu, récompense, travail d’ordres par exemple). L’intensité du stimulus est limitée par la réaction du chien que l’on ne laisse en aucun cas en stress. Les séances de travail doivent être fréquentes et progressives.

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Table des matières

INTRODUCTION
L’association « Chiens guides d’aveugle »
Présentation de la déficience visuelle
Atteinte de la vision centrale
Atteinte de la vision périphérique
La vision parcellaire
La vision floue
L’apport d’un chien guide dans le quotidien d’un déficient visuel
La démarche à suivre pour obtenir un chien guide – les attributions
L’accessibilité du chien guide aux lieux publics en France
Fonctionnement de l’école de chiens guides d’aveugles et de malvoyants de Paris
Présentation générale de l’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris
Présentation des races de chiens guides utilisées à l’Ecole de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris
Groupe des rapporteurs / leveurs
Groupe des bergers
Les croisements
Sélection des reproducteurs en vue de la naissance des futurs chiens guides
Objectifs de sélection
Motifs de réforme les plus fréquents
Critères de sélection retenus pour la sélection des reproducteurs
a) Critères morphologiques
b) Critères sanitaires
c) Critères comportementaux
La vie des reproducteurs
Gestion des mises-bas et de la maternité
Gestion des chiots et mise en place des premiers apprentissages par habituation
Gestion des adultes
Notions théoriques sur les lois de l’apprentissage
L’apprentissage non associatif : l’habituation et la sensibilisation
L’apprentissage associatif : le conditionnement classique et opérant
Le conditionnement classique
Le conditionnement opérant
a) Caractéristiques du renforcement positif
b) Caractéristiques de la punition
Les programmes de renforcement
La notion de généralisation
La notion de stimulus discriminatif
La notion de « lurring » et de « target »
Les apprentissages du chiot depuis le sevrage jusqu’à la remise en famille d’accueil
La période de socialisation entre trois semaines et trois mois
Acquisition d’un équilibre émotionnel
a) Stimuli tactiles
b) Stimuli acoustiques
c) Stimuli visuels
Acquisition de la communication
Etablissement de la socialisation au sein de l’élevage
Acquisition d’un équilibre émotionnel
a) Stimuli tactiles
b) Stimuli acoustiques
c) Stimuli visuels
d) Stimuli olfactifs
e) Ensemble de stimuli
Acquisition de la communication intra-spécifique
Les premiers ordres appris
La famille d’accueil : rôle essentiel pour la socialisation et l’obéissance
Développement du chien : la période juvénile à partir de 3 mois
Réunion d’information des familles d’accueil
Remise à domicile d’un chiot.
Les apprentissages spécifiques du chien guide pendant son séjour en famille d’accueil.
Apprentissages à la maison
Apprentissages en ville
a) Apprentissage de la marche en laisse
b) Apprentissage de la propreté à l’extérieur
c) Apprentissages dans les lieux publics
d) Apprentissage du franchissement d’escaliers
e) Apprentissage des passages piétons
f) Apprentissages dans les transports en commun
La détente
Les stages
Apprentissages au cours du marché et à la fin du marché
Apprentissages en centres commerciaux
Apprentissages à gare de Lyon
Apprentissages au parc de Bercy
Problèmes potentiels rencontrés par la famille d’accueil
Problèmes à l’extérieur au cours des déplacements
a) Le port de tête imparfait
b) L’habituation au collier Halti
c) La non-prise en compte du maître lors d’abord d’obstacles
Les réactions de peur et de stress du chiot
a) Réactions de peur dans la rue, au métro, au supermarché
b) Réactions de peur des congénères
c) Réactions de peur vis-à-vis des enfants
d) Frustrations liées aux congénères, pigeons etc…
La pré-éducation : mise en place de l’éducation de base d’un chien guide
Principes généraux de la pré-éducation
Prise de contact avec le chien
Entretien de la motivation au cours des apprentissages
Méthodes d’apprentissage mis en place à l’école : méthodes systématique et dynamique
La progression dans l’apprentissage
Matériel utilisé au cours des apprentissages
a) La baguette
b) L’équipement du chien guide
Le jeu
Création de parcours d’obstacles à l’école
Les apprentissages mis en place en pré-éducation
La “place”, outil de travail indispensable pour l’éducation
La marche en ligne droite
Apprentissage du « schéma corporel »
a) Présentation de la notion de schéma corporel
b) Utilisation de la baguette
c) Abord d’un passage étroit et d’obstacles au sol
d) Contournement d’un obstacle en hauteur
e) Le dépassement de personnes
Apprentissage des directionnelles
a) Utilisation de la baguette
b) Utilisation de la place
Assouplissements collectifs
Première approche du vide
Habituation aux pétards
Problèmes fréquemment rencontrés au stade de la pré-éducation
VII. L’éducation : vers l’obtention d’un chien de travail certifié
Notions théoriques utilisées au stade de l’éducation
Notion de carte cognitive
Notions de catégorisation et de discrimination
L’importance de la communication Homme-chien
a) Notions théoriques sur la communication Homme-chien
b) Spécificités de la communication du déficient visuel avec son chien
Apprentissages et approfondissements mis en place au stade d’éducation
Apprendre au chien à contredire et à renoncer
L’apprentissage du vide
a) L’apprentissage du vide sans accessoire
b) L’apprentissage du vide avec accessoires
Contournement d’obstacles par la route
Approfondissement de l’apprentissage du franchissement d’un passage piéton
Apprentissage du suivi d’un bas-côté
L’apprentissage du placement sous le siège au métro
Le travail de recherche
Travail de discrimination dans la recherche d’escaliers
Les situations complexes faisant appel à plusieurs apprentissages
Tests et parcours réalisés en dynamique
La piste d’obstacles
Exemple d’un parcours en ville : quartier de la Bastille
Le jour des encombrants
Problèmes rencontrés au stade d’éducation
Le manque de concentration lié au comportement de prédation et de poursuite
a) Gestion d’un chien déconcentré par les pigeons
b) Gestion d’un chien déconcentré par la balle
Difficultés à s’adapter au chenil
VIII. La certification du chien guide d’aveugle parisien
Caractéristiques de l’examen
Présentation du certificat d’aptitude à guider
Déroulement de l’examen
Les items évalués et condition de réussite / d’échec
Description d’un parcours en ville
Description de la mise en situation à la campagne
Franchissement de la piste à l’école
Le stage de remise du chien guide certifié à son maître déficient visuel
Avant le stage de remise
Essai avec un déficient visuel
Etude des trajets à effectuer
L’objectif du stage de remise
Présentation du programme de travail durant le stage à l’école
Réalisation du parcours d’obstacles
Réalisation de trajets connus du chien, inconnus du déficient visuel
a) Exercices mis en place sur trottoir étroit
b) Le dépassement de personnes
c) Les transports en commun
d) Le travail du vide durant le stage de remise
Réalisation de trajets en autonomie
Le travail de nuit
a) L’ambiance de la ville de nuit
b) L’impact de la nuit sur le chien
c) Le travail de nuit avant la remise
d) Le trajet effectué en remise
Le trajet test à Montreuil, quartier de la Croix de Chavaux
La semaine de stage à domicile
Mise en place d’un suivi personnalisé après la remise du chien guide
Perspectives futures du chien guide d’aveugle : quelques points du congrès de juin 2013
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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