L’agriculture suisse et la main-d’œuvre etrangere 

L’AGRICULTURE SUISSE ET LA MAIN-D’ŒUVRE ETRANGERE

Les travailleurs étrangers représentent une part non négligeable de l’emploi en Suisse. Dans le domaine agricole, bien que la main-d’œuvre familiale soit majoritaire, selon les chiffres de l’Office fédérale de la statistique de 2016 environ 15% des personnes actives dans cette branche seraient étrangers. Nous présenterons dans cette partie quelques données quantitatives sur l’agriculture suisse, sur les places occupées par les migrant(e)s et sur leurs conditions de travail.

UN SECTEUR SOUS PRESSION 

Tout d’abord, il est intéressant de constater que le nombre d’exploitations et de travailleurs dans ce domaine n’a cessé de diminuer, comme le confirme un rapport de l’Office fédéral de la statistique en 2015 : « Le nombre d’exploitations agricoles a reculé de 79’500 en 1996 à 55’200 en 2013. Entre 2012 et 2013, quelque 1400 exploitations ont cessé leurs activités agricoles, soit une moyenne de 4 exploitations par jour » . (9) Ces chiffres impressionnants se retrouvent également dans l’évolution du nombre de personnes employées dans l’agriculture helvétique. Alors qu’elles étaient près de 350’000 en 1975, en 2013 uniquement 159’000 personnes travaillaient dans ce secteur. (Ibid)

En contrepartie, la surface agricole utile moyenne par exploitation s’est agrandie de 5,4 ha depuis 1996 pour atteindre 19 ha en 2013, progressant ainsi de 40%. (Ibid) Les exploitations restantes profitent en partie des faillites de certaines fermes pour agrandir leur domaine. Cidessous, un graphique proposé par l’Union suisse des paysans (USP) montre la surface utile moyenne par exploitation dans divers pays en 2010. Malgré la croissance des exploitations, on observe que celles-ci restent petites en comparaison internationales : L’avancée technologique explique en partie les diminutions du nombre d’exploitations et de travailleurs agricoles. La mécanisation a permis d’augmenter la productivité et de diminuer le besoin de travail. Dans ce contexte, les petites exploitations disparaissent alors que les grandes doivent sans cesse croître pour rester compétitives. Bopp et Affolter, qui ont également travaillé sur le lien entre migration et agriculture en Suisse, avancent que les positions monopolistiques de Coop et Migros dans le marché de détail helvétique imposent une pression sur les prix et incitent ainsi les exploitations agricoles à croître toujours davantage : « Rund 60 Prozent der in der Schweiz produzierten Gemüse und Früchte werden an den Detailhandel verkauft, die grössten Abnehmer sind Migros und Coop: Sie kaufen rund 80 Prozent des für den Detailhandel bestimmten Gemüses auf. Durch die Monopolstellung der Grosskonzerne werden die Produzentenpreise gedrückt: Ein Kilogramm Blumenkohl kostet den Konsumenten beim Detailhändler Fr. 4.65, der Bauer verdient dabei lediglich 2 Franken, wie der Kassensturz unlängst aufzeigte. Kleine Betriebe können in diesem Wettbewerb nicht weiter bestehen. » (2013 : 40) .

En plus de la pression émise par les grands distributeurs agroalimentaires du pays, Bopp et Affolter mettent d’autres éléments en lumière qui démontrent une configuration oppressante autour des agriculteurs suisses. Selon eux, « Die landwirtschaftliche Produktion wird dabei durch die Gesetze der neoliberalen Marktwirtschaftslogik bestimmt. » (2013 : 102) Les logiques néolibérales, régissant la plupart des marchés actuels, se seraient également imposées au marché agricole. Les politiques agricoles suisses adhèrent à ces discours et les mesures prises encouragent les mécanismes d’économie de marché. Pour l’illustrer, Bopp et Affolter mobilisent l’exemple des paiements directs dans l’agriculture, qui seraient devenus l’outil principal de la politique agricole. (FORNEY 2012 : 17) La mise en place de ces « subventions étatiques », « qui rétribuent des prestations d’intérêt général qui ne peuvent être rémunérées par les prix des produits et ne sont pas directement liées à la production de l’exploitation » (FORNEY 2012 : 17), permet certes la survie de certaines exploitations, mais maintient également les prix bas. Par ricochet, et pour faire face à la concurrence, ces paiements directs perçus par les agriculteurs sont ensuite réinvestis dans de nouvelles technologies, ce qui profitent aux multinationales, aux distributeurs de machines agricoles, aux banques, aux bailleurs et aux constructeurs. (BOPP et AFFOLTER 2013) L’utilité de ces dépenses pour l’agriculture suisse est ici mise à mal, elles enferment les agriculteurs plus qu’elles ne les libèrent. La production de ces derniers leur serait imposée sans leur laisser de marge de manœuvre, ce qui peut conduire, selon Bopp et Affolter, certains agriculteurs à opter pour des stratégies à la frontière de la légalité, comme l’exploitation d’une partie de leur maind’œuvre. Potot (2013), qui a travaillé sur le cas de la main-d’œuvre étrangère en France, estime que « les modes de commercialisation actuels [qui] placent les agriculteurs dans une relation de dépendance vis-à-vis de grands acheteurs » (18) et conduit les exploitants agricoles à diminuer le coût du travail en embauchant notamment davantage de main-d’œuvre étrangère. De plus, avec la technologie et la science agronomique, la dépendance de l’agriculture au climat a chuté et les saisonniers sont actuellement actifs plus longtemps durant l’année sur les exploitations. Potot (2013) parle d’une activité de huit mois par année.

Aussi, les agriculteurs cherchant à croître leur exploitation pour survivre se retrouvent confrontés à une autre problématique : la topographie de la Suisse. Cette dernière ne permet pas aux exploitations de s’agrandir indéfiniment. Il est donc difficile d’être compétitif en baissant les prix car il faudrait avoir davantage de surface à disposition pour augmenter les économies d’échelle (et donc diminuer les coûts de production). Selon Droz (2001), particulièrement pessimiste quant à la compétitivité des exploitations suisses, « l’agriculture familiale helvétique ne sera jamais compétitive et l’ouverture des marchés ou l’intégration au sein de l’Europe risque fort de conduire à la faillite de très nombreuses exploitations. » (14) Pour survivre, cet auteur estime que certains agriculteurs devront produire des aliments de qualité dans des niches provisoirement préservées et devront adhérer « au rôle écologique qui transforme progressivement l’agriculture en service public. » (14) Cette stratégie possible pour les exploitants, qui consiste à se spécialiser en proposant des produits spécifiques, est confirmée par le site internet officiel de l’agriculture suisse : « dans le cadre des négociations avec l’OMC et l’UE, les barrières douanières de nombreux produits pourraient être supprimées. Pour faire face à ces défis et garantir sa pérennité, l’agriculture suisse doit se distinguer de la concurrence étrangère par des produits labellisés comme les Appellations d’origine contrôlée, par des produits reconnus de haute qualité ou par le développement de marchés de niche et de produits très spécifiques, comme le fromage d’alpage ou la viande séchée du Valais.» (AGRICULTURE SUISSE, POLITIQUE AGRICOLE SUISSE 04.02.2015) L’agriculture suisse se retrouve donc dans une configuration particulière : elle doit trouver des stratégies pour rester concurrentielle à une échelle internationale tout en ayant beaucoup moins de terres cultivables à disposition que d’autres exportateurs de produits agricoles. De plus, les logiques néolibérales imposées dans la quasi totalité des marchés actuels restreignent considérablement les stratégies à leur disposition.

Dans notre étude, nous restons donc conscients que la structure économique globale impacte les pratiques des agriculteurs et qu’une multitude de facteurs sont à prendre en considération lorsqu’on s’intéresse à la place de la migration dans un secteur économique donné.

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Table des matières

Première Partie
INTRODUCTION 
Deuxième partie
CONTEXTE
L’AGRICULTURE SUISSE ET LA MAIN-D’ŒUVRE ETRANGERE
UN SECTEUR SOUS PRESSION
LA MAIN-D’ŒUVRE FAMILIALE EN GRANDE MAJORITE
LA REPRESENTATION DES ETRANGERS
LES CONDITIONS DE TRAVAIL DANS L’AGRICULTURE
L’AGRICULTURE SUISSE ET LA POLITIQUE D’IMMIGRATION
DE L’ABOLITION DU PERMIS DE SAISONNIER A l’ALCP
LES DIFFERENTS STATUTS ACTUELS DE LA MAIN-D’ŒUVRE ETRANGERE AGRICOLE
Troisième Partie
CADRE THEORIQUE ET HYPOTHESES DE RECHERCHE
LE MARCHE DU TRAVAIL INFLUENCE PAR DES CONSTRUCTIONS SOCIALES ET CULTURELLES
UN MARCHE DU TRAVAIL FLEXIBLE
Sous-question et hypothèses
UN MARCHE DU TRAVAIL SEGMENTE
Sous-question et hypothèses
UN MARCHE DU TRAVAIL CONNECTE EN RESEAUX
Sous-question et hypothèses
SYNTHESE DE NOTRE APPROCHE
Quatrième Partie 
METHODOLOGIE
UNE APPROCHE CENTREE SUR LES EMPLOYEURS
CHOIX DES INTERLOCUTEURS
BIAIS ET INTERETS DE L’EMPLOYER PERSPECTIVE
LES ENTRETIENS
L’ACCES AU TERRAIN
LES ENTRETIENS EXPLORATOIRES
LE DEROULEMENT DES ENTRETIENS AVEC LES AGRICULTEURS
REMARQUES REFLEXIVES
METHODE D’ANALYSE : LE CODAGE THEORIQUE
Cinquième Partie
ANALYSE
LES STATUTS ET LES PROFILS DES EMPLOYES ETRANGERS
LE TRAVAIL AU NOIR, C’ÉTAIT AVANT … ET MAINTENANT !
LES CARACTERISTIQUES RECHERCHEES
LA PENURIE DE MAIN-D’ŒUVRE LOCALE
REPRESENTATION DE L’AGRICULTURE DANS LA SOCIETE
LA MAIN-D’ŒUVRE FAMILIALE N’EST PLUS DISPONIBLE
LE SUISSE DANS L’AGRICULTURE, C’EST LE PATRON !
UN DISCOURS ANTI-SUISSE
L’ETRANGER, LE SUISSE ET LE PATRON : QUELLES FRONTIERES ?
DISPARITES ECONOMIQUES ET SOCIALES ENTRE LA SUISSE ET LES PAYS D’ORIGINE
L’ETRANGER : UN TRAVAILLEUR DIFFERENT
IMPORTANCE RELATIVE DES ORIGINES NATIONALES
LES PRATIQUES DE RECRUTEMENT
DES INTERMEDIAIRES OMNIPRESENTS
FAIBLE RÔLE DES AGENCES DE PLACEMENT
MEFIANCE DES AGRICULTEURS
SYNTHESE DES RESULTATS ET RETOUR SUR LA THEORIE
UNE RECHERCHE COMPLEXE DE FLEXIBILITE
UN CONTEXTE FAVORISANT LA SEGMENTATION
UN RECRUTEMENT DIRECT PRIVILEGIE
Sixième Partie 
CONCLUSION
CONCLUSION GENERALE

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