L’afrique postcoloniale dans les romans

Bien de littératures se sont développées à propos de l’Afrique et du Nègre, comme la littérature exotique ou de voyage et la littérature coloniale. Mais cette dernière, dès la fin du XIXème siècle, a exalté le projet colonialiste de domination, de soumission, de civilisation et d’exploitation. Elle fut la première étape qui intéressait les écrivains négro-africains.

Les chefs-d’œuvre de ces intellectuels donnent le jour à une littérature africaine, en réaction contre la littérature coloniale. Cette littérature africaine est un cri d’alarme, une contestation, une révolte et une prise de conscience d’un monde noir. L’univers des lettres, dont l’idée maîtresse est la négritude, revendique la valeur culturelle de l’identité africaine. Il stigmatise la situation coloniale. Il ouvre la voie à une lutte politique engagée en faveur de la décolonisation pour permettre à l’Afrique de s’affranchir de la domination impérialiste européenne. Toutefois, une nouvelle génération d’écrivains africains reproche à la première vague d’élites une ambition trop idéaliste et passéiste pour avoir une vision réaliste du monde moderne africain. Le contexte n’est plus le même pour cette génération. Les littératures d’Afrique doivent porter leur attention sur les mutations et les crises que traversent les sociétés contemporaines de cette partie du monde.

Délimitation et description du corpus 

Le corpus de cette étude est composé de trois romans. Ils sont de trois auteurs de trois pays différents : le Congo, le Sénégal et les Comores. Ils retracent l’histoire sociopolitique et culturelle des sociétés marquant la période postcoloniale africaine. Le roman est le genre littéraire le plus adapté à notre recherche. Les structures internes des œuvres suivent celles des sociétés en question. Nous décrivons les caractéristiques du corpus en fonction du sujet. Les auteurs des trois livres se veulent des instigateurs d’une réflexion critique sur leurs sociétés. Ils stigmatisent les vices de leur temps, la problématique résumant le statu quo de leurs milieux sociaux. Ils focalisent l’attention du public africain sur la gravité du désespoir, du sans-gêne et de l’impasse. Leurs romans, issus de différents milieux sociaux, permettent de mieux définir le problème général du continent africain.

Justification du choix du corpus

Les trois œuvres de base foisonnent d’événements catastrophiques du passé historico-politique africain. Le choix importe pour la raison que les faits constituent encore aujourd’hui le problème de l’actualité d’Afrique. Une telle raison nous pousse à mener l’étude jusqu’à saisir le message que véhicule la force des écritures des romanciers. En effet, nous voulons comprendre et faire comprendre les enjeux du monde actuel. Il en résulte que ce qui caractérise cette Afrique nouvelle dans le récit fictif peut mettre les générations naissantes en position de risque ou de profit. C’est une raison de plus pour étudier ces romans, afin de réagir face aux maux dont souffrent nos sociétés respectives.

En outre, le point fort de ces œuvres est d’avoir répertorié les problèmes cruciaux aussi bien des peuples de l’Afrique continentale que ceux de l’Afrique insulaire dont les Comoriens. L’Océan Indien n’est pas un monde à part par rapport à l’Afrique. Il en est une partie intégrante du point de vue géographique, historique, politique et culturel. D’ailleurs, le roman de voyage : Un fusil dans la main, un poème dans la poche du Congolais Emmanuel Dongala a su exposer, à titre d’exemple, les situations des deux Congo, de la Centrafrique, de l’Afrique australe et orientale après celle de l’Afrique du Sud. Il opère, comme les deux autres, une analyse psychologique sur des individus en crise qui s’abandonnent à la violence. Cette exposition de la situation problématique interpelle cette Afrique insulaire. Au total, le caractère fictif de ces romans cède la place à la réalité à tel point qu’ils narrent l’histoire de ces pays.

Orientation méthodologique 

Sociologie du roman
La sociologie de la littérature est une méthode d’analyse qui se propose d’étudier le fait littéraire comme un phénomène social. Il s’agit d’examiner la participation d’un certain nombre d’éléments sociaux mis en jeu pour la représentation d’une société et d’une période données dans une œuvre littéraire. Lucien Goldmann dit :

« Le caractère social de l’œuvre réside surtout en ce qu’un individu ne saurait jamais établir par lui-même une structure mentale cohérente correspondant à ce qu’on appelle une vision du monde. […] La conscience collective […] s’élabore implicitement dans le comportement global des individus participant à la vie économique, sociale, politique, etc. » .

La pertinence de cette approche réside dans le fait de sortir de l’essentialisme pour mettre en relation l’œuvre avec le discours social. La sociologie marxiste, selon Gisèle Sapiro dans son article « Sociologie de la littérature », entend signifier que la littérature est une activité intellectuelle ayant partie liée avec un système de valeurs sociales. Ces valeurs sont l’ensemble des croyances qui constituent la vision du monde d’une société donnée. La sociologie de la littérature interroge les rapports entre les formes littéraires et les situations sociales où l’œuvre est née. Dans cette optique, Lucien Goldmann affirme que

« Le caractère collectif de la création littéraire provient du fait que les structures de l’univers de l’œuvre sont homologues aux structures mentales de certains groupes sociaux ou en relation intelligible avec elle. » .

L’ « habitus » (d’après Pierre Bourdieu, système de disposition à se représenter le monde et à agir selon certains schèmes de perception, d’évaluation et d’action) et la trajectoire de l’écrivain permettent alors de saisir l’ensemble des positions des individus appartenant à un même groupe social. La position des pauvres dans le Xala ou du peuple trahi par les hommes du pouvoir dans Un fusil dans la main, un poème dans la poche justifie ces rapports d’opposition des forces idéologiques. L’analyse nous conduira à sonder les différentes compositions intérieures de la société africaine et les champs idéologiques. Ceci se réalise par le truchement de l’étude des structures des textes et de leur contenu. La lecture sociologique nous paraît la méthode d’analyse pointue pour nos romans. Ces derniers exposent le thème de la politique socioculturelle de l’Afrique « moderne ». Ce sont des textes qui comportent en eux de multiples intrigues reflétant des histoires de différents groupes sociaux. Des histoires qui opposent un certain nombre de visions du monde. Les auteurs y ont exposé les problèmes de leurs sociétés. Rendre compte de l’action de chacun de ces groupes sociaux congolais, sénégalais et comoriens est l’une des missions de nos recherches. Mais cela ne pourra aboutir sans une lecture vigoureusement méthodique, celle qui empruntera deux axes d’analyse distincts. Le premier axe est celui qui nous acheminera vers des interrogations sur les formes littéraires. Le deuxième s’intéressera aux conditions sociopolitiques, culturelles et économiques des personnages calquant la réalité sociale congolaise, sénégalaise et comorienne. Bernard Valette confirme le point de vue de la représentation d’une telle réalité sociale dans une œuvre littéraire en ces mots : « le roman serait ainsi une des formes d’inscription imaginaire de la réalité sociale. ».

La sociologie va donc éclairer les tenants et les aboutissants des rapports entre les sociétés en question et l’œuvre littéraire. Celle-ci reste un tissu dont les fils de chaîne et de trame qui s’entrelacent sont le vécu historique, le style, la forme littéraire et l’univers imaginaire de l’auteur. La lecture sociologique visera aussi à cerner la situation de l’Afrique impliquée dans les œuvres d’étude. Il s’agit d’une double lecture qui exposera la singularité de chacun de nos textes. Si l’on affirme que l’art est toujours polysémique, la sociologie ne peut donner pleine satisfaction. Nos recherches vont aussi s’appuyer sur des analyses psychanalytiques.

Psychanalyse littéraire 

A la suite des études psychanalytiques de Sigmund Freud dans le domaine de la littérature, beaucoup de théoriciens ont développé la psychanalyse littéraire. Ils se sont mobilisés pour écouter ce que dit l’œuvre et y retrouver « la parole d’un désir indicible. Ce qu’ils essaient d’entendre, c’était l’inconscient d’un homme, exemple de l’Inconscient de l’Homme. » .

Des théoriciens psychanalystes, de la lignée de Sigmund Freud, partent des interrogations sur l’enfance de l’écrivain. Ils essaient d’avoir l’aveu que tel ou tel événement de sa vie est à l’origine d’une telle ou telle intrigue, pour mieux comprendre son œuvre. Il s’agit là des études psychanalytiques littéraires qui se nomment psychobiographie. Jean Bellemin-Noël écrit :

« Partant du postulat cher à Sainte-Beuve (« Tel arbre, tels fruits ») selon lequel on comprend mieux une œuvre si on fait la lumière sur la personnalité de l’auteur, le psychobiographe prolonge l’enquête vers la petite enfance de l’homme et le premier entourage familial, afin d’éclairer sa « personnalité inconsciente. » .

Or, pour d’autres théoriciens, l’analyse des œuvres littéraires ne peut pas être figée dans l’interprétation des signes qui renvoient directement à des facteurs sociohistoriques du milieu familial de l’auteur. Elle doit aussi s’intéresser à l’objet métaphorique que le lecteur découvre lui-même au fur et à mesure de sa lecture. Il s’agit des analyses psychocritiques. Selon Charles Mauron, dans Des métaphores obsédantes au mythe personnel, le lecteur ne doit avoir recours à ce qu’il sait en dehors de l’œuvre que pour confirmer son intuition, donc son interprétation. Son regard se fixe d’abord sur les écrits des auteurs aussi bien au niveau de la forme qu’au niveau du contenu pour en dégager des noyaux de signification révélatrice.

Après avoir pris en compte l’ordre des textes, nous allons à la charge « poétique » des mots, au poids des métaphores, à la répétition et à la rhétorique des monologues. L’approche psychanalytique va montrer que les personnages des trois romans ont une organisation inconsciente souffrant, exemplaire de l’inconscient des hommes sénégalais, congolais et comoriens. Leurs rêves s’interprètent comme ceux de ces derniers. Les auteurs racontent la vie des personnages, « qui est pour chacun de nous […] un miroir dans lequel nous nous rencontrons en pleine lucidité, pour notre joie ou notre déception. » D’où, un savoir visant à connaître et à corriger l’action des hommes à travers le personnage romanesque. La psychocritique aidera ce travail de recherche à jeter une lumière nouvelle sur le comportement des personnages, prototypes des hommes des sociétés congolaise, sénégalaise et comorienne, à l’intérieur des textes.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : SITUATION DU SUJET ET ORIENTATION DE LA RECHERCHE
Chapitre I : Présentation du sujet
I. 1. Objet et question de recherche
I. 2. Spécifications de recherche
I. 2. 1. Spécifications verticales
I. 2. 2. Spécifications en profondeur
I. 3. Définitions des concepts
Chapitre II : Présentation du corpus
II. 1. Délimitation et description du corpus
II. 2. Justification du choix du corpus
Chapitre III: Orientation méthodologique
III. 1. Sociologie du roman
III. 2. Psychanalyse littéraire
III. 3. Littérature comparée
DEUXIEME PARTIE: PLAN DETAILLE DE LA THESE
Chapitre I: Esquisse de la thèse
Chapitre II: Explication et justification des parties
II. 1. Partie I : Le genre romanesque et la réalité sociale africaine
II. 2. Partie II : La nouvelle équipe dirigeante et son idéologie
II. 3. Partie III : Les impacts de la politique postcoloniale
TROISIEME PARTIE: BIBLIOGRAPHIE COMMENTEE
Chapitre I: Sur le sujet
I. 1. FAME NDONGO, Jacques, Le Prince et le scribe. Lecture politique et esthétique du roman négro-africain postcolonial, Paris : Berger-Levrault, 1988
I. 2. LAMBERT Fernando, « La révolte contre les nouveaux maîtres », Approche historique et thématique des littératures africaines, Notre Librairie, n°68, Janvier-Avril, 1983, pp. 6 3-67
Chapitre II: Sur le genre
II. 1. RETEUR, Yves, Introduction à l’analyse du roman, Paris : Bordas, 1991
II. 2. VALETTE, Bernard, Initiation aux méthodes et aux techniques modernes d’analyse littéraire, Paris : Nathan, 1992
Chapitre III: Sur la théorie
III. 1.1. SAPIRO Gisèle, « Pour une approche sociologique des relations entre littérature et idéologie », Contexte n°2, L’idéologie en sociologie de la littérature, février, 2007
III. 1. 2. GOLDMANN Lucien, Pour une sociologie du roman, Collection Tel, Paris : Gallimard, 1964
III. 2. BELLEMIN-NOEL, Jean, « Littérature et psychanalyse », in Encyclopédie Universalis, Version électronique, 2009
III. 3. BRUNEL, Pierre « La littérature comparée », in Encyclopédie Universalis, Version électronique, 2009
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
CORPUS PRIMAIRE
CORPUS SECONDAIRE : ŒUVRES LITTERAIRES
OUVRAGES THEORIQUES ET CRITIQUES
ARTICLES

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