L’affect de l’interprète : impact sur la situation de communication

L’année dernière, nous avons regardé en classe, le procès de Klauss Barbie, interprété en Allemand par une interprète en langue vocale. Comme il s’agissait d’une interprétation chuchoté, elle était assise près de lui, sur le banc des accusés, face aux journalistes et aux caméramans. A t-elle été assimilé directement à Klauss Barbie (qui lui chuchotait à l’oreille) ? Pouvait-on penser que l’interprète trahirait le discours de départ ou d’arrivée pour ‘défendre’ la cause du nazis ? Son, interprétation pouvait-elle être remise en cause ? Comment l’interprète, l’a t’elle vécu? Quel a été son ressenti avant, pendant et après l’interprétation ? Tout ce stress à t’il eu un impact sur son interprétation ?. Son code déontologique a t’il été remis en question par les juges, par les spectateurs ou par les journalistes ? C’est suite à ce reportage que je me suis posée énormément de questions à ce sujet.

J’ai toujours imaginé que les situations les plus compliquées à gérer en terme d’affect, se trouvaient dans deux disciplines bien précises : Le milieu médical et le milieu de la justice. Ces deux domaines où je souhaite précisément me spécialiser à l’avenir, puisqu’ils sont, pour moi, des challenges au quotidien.

Ce reportage rejoignait donc mon idée première : qui était que le milieu de la justice est un domaine complexe, autant métalinguistiquement qu’intraliguistiquement à la langue. J’ai tellement été convaincu que ces domaines d’interprétation sont les plus compliqués que j’ai décidé d’étudier cette problématique durant ma deuxième année de Master et d’en faire un sujet de recherche qui s’intitule : « L’affect de l’interprète : impact sur la situation de la communication ». Mon mémoire sera composé d’interviews d’une interprète et d’une étudiante interprète. J’étudierai deux choses. Premièrement, il validera ou pas, le faîte que les situations qui peuvent affecter l’interprète se passent dans des domaines d’intervention précis. Deuxièmement, il confirmera, ou pas, le faîte que le ressenti de l’interprète peut avoir éventuellement un impact sur la traduction pure et/ou sur la gestion de la situation de communication. Je vais commencer par créer une revue sur la littérature traitant de trois thèmes : la collaboration de l’interprète avec les parties en présence, l’importance de transmettre l’émotion de la situation et pour finir, savoir si nos ressources cognitives sont impactées ou pas lors d’un évènement inattendu pendant une situation d’interprétation.

Chaque individu voit, entend, ressent et comprend les choses à sa manière. L’objectif d’un interprète reste le même, celui d’être, à chaque intervention, le plus fidèle et le plus impartial possible au discours de départ. Nous, étudiants interprètes ou interprètes diplômés, sommes souvent amenés à entendre que l’interprète en Langue des Signes doit être fidèle et neutre (AFILS ) :

« Article 2 – Fidélité : L’interprète est tenu de restituer le message le plus fidèlement possible dans ce qu’il estime être l’intention du locuteur original. » « Article 3 – Neutralité : L’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut être pris à partie dans la discussion. Ses opinions ne doivent pas transparaître dans son interprétation. Des formations prône l’invisibilité ou la transparence de l’interprète en situation de communication. » Des formations prônent même l’invisibilité. Cette image idéalisée du professionnel fidèle, neutre, invisible est-il celui que tout interprète en Langue des Signes Française se doit de respecter ? Quel peut-être son impact sur la situation de communication ?

Sophie Pointurier (2014) démontre à travers ses recherches que cette manière d’être en réalité est risquée : « l’idéal de transparence de l’interprète n’est possible que s’il est conscient de son apport dans la situation d’interprétation. ». Danica Seleskovitch a étudié de près la gestion des situations d’interprétation et a prouvé que l’ILS fait partie de la situation de communication. Elle a appelé cela le « Trilogue »(1968 : 181-182) : « sachant qu’il doit faire comprendre ce qu’il a compris lui-même, l’interprète collabore avec les parties en présence pour assurer la compréhension entre celles-ci. L’interprète n’hésite pas à assumer son rôle dans le trilogue sans s’imposer ni au contraire en se faisant oublier.».

La collaboration avec les deux parties est nécessaire pour faire en sorte qu’une situation d’interprétation se déroule sans embûche. Pour ça, l’interprète doit connaitre son rôle et ses limites dans l’intéraction. Intervenir pour donner son avis, montrer ce qu’il ressent, qu’il soit en accord ou pas, avec l’une des parties, reviendrait à dire, que, l’ILS abuserait de son pouvoir dans la situation. Danica Seleskovitch explique ceci (1968 : 181 – 182) : « L’interprète conscient de son apport personnel au bon déroulement de la conférence sait tirer une ligne de démarcation très nette entre l’intervention qui correspond à l’exécution de sa poche (se faire comprendre des interlocuteurs), et qui fait de lui un participant au ‘trilogue’ et celle qui le ferait abusivement intervenir dans le ‘dialogue’ s’il teintait de ses propres convictions les messages qu’il transmet. ».

L’interprétation n’est donc pas un exercice aussi simple que certains peuvent penser à croire. Là est toute la complexité de la situation. Il faut extraire le sens du message pour pouvoir le retransmettre le plus fidèlement possible. La compréhension est donc une étape nécessaire dans le processus de traduction. D. Seleskovitch cite une phrase très claire (2001 : 312): « L’interprète n’est pas une machine qui se borne à traduire un mot par mot ».

S.Pointurier, lors de ses recherches, nous explique objectivement que cette façon de voir le rôle de l’interprète va avoir un impact sur le discours (2016 : 73) : « Envisager l’interprète comme une « machine à traduire », un « outil de communication » ou un « pont entre deux communautés » est un moyen très pratique pour nier l’impact possible de tout ce qui peut se produire inconsciemment lorsque quelqu’un a en charge la parole de l’Autre. Prêter sa voix, ses gestes, son « je » et son attention entière à quelqu’un d’autre n’est pourtant pas un acte anodin. En ce sens, il est primordial de comprendre que le désir d’impartialité ne protège en aucun cas l’interprète de toute forme de ressenti ».

Bien au contraire, elle explicite en disant que c’est grâce à « l’empathie que l’interprète peut s’adapter aux situations, transmettre l’intention du message, le ton de la voix et la portée voulues par les orateurs. » (2016 : 64).

L’interprète vue sous cet angle est donc un mythe. Au contraire, c’est en étant conscient de notre impact que nous saurons au mieux gérer une situation de communication. C’est le paradoxe de la neutralité de Metzger. S. Pointurier cite Metzger sur le Mythe de la neutralité (1999) (2016 : 89) : Le « paradoxe de la neutralité » réside dans le fait que c’est en étant conscient de son impact potentiel sur le discours et en assumant pleinement son rôle dans l’interaction que l’interprète saura au mieux minimiser son influence sur le discours, et non l’inverse comme il était d’usage de le penser jusqu’alors. ».

L’interprète sera alors le plus neutre possible dès lors qu’il assumera sa présence, son impact et son rôle dans l’intéraction. Nous ne disons pas que l’ILS peut faire ce qu’il souhaite. L’interprète se doit de respecter certaines règles de bonne manière (Sero-Guillaume, 2008 : 22) « l’interprète doit tout de même respecter certaines règles. Il doit toujours indiquer les limites de l’interprétation (…). Tout autre façon de procéder (…) reviendrait à s’ingérer dans le dialogue » .

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Table des matières

INTRODUCTION
I) REVUE DE LA LITTERATURE
A) L’interprétation : pas un simple exercice de traduction
A.1) Collaboration de l’interprète avec les parties en présence
A.2) L’émotion fait partie intégrante du discours
A.3) Quel lien avec le modèle d’effort ?
II) METHODOLOGIE, ANALYSES, DISCUSSIONS ET SYNTHESE
A) Méthodologie
B) Analyses et discussions
B.1) Situation n°1 : Réunion de service dans une entreprise
B.2) Situation n°2 : Cours de français pour une formation d’AMP
B.3) Situation n°3 : Bilan de stage d’une stagiaire avec sa tutrice
B.4) Situation n°4 : Réunion d’analyse de la pratique dans un établissement scolaire
B.5) Situation n°5 : Formation CACES dans une entreprise
C) Synthèse des points communs
CONCLUSION

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