La violence verbale : une réponse à l’ignorance ?

La violence verbale : une réponse à l’ignorance ?

Tout d’abord, il faut définir le terme « ignorance », et donc s’appuyer sur le sens du mot qui nous intéresse. Voici ci-dessous la définition apportée par le philosophe Jean Eric Bitang : « L’ignorance, a selon nous deux niveaux. D’abord, il y a l’ignorance primaire, celle naturelle, et il y a l’ignorance secondaire, plus grave. S’il faut résumer chacune de ces ignorances en une phrase, la première serait résumée : « Savoir qu’on ne sait pas » ; et la seconde « Ne pas savoir qu’on ne sait pas ».

En d’autres termes, l’ignorance renvoie au manque de connaissances ou au manque d’expérience portant sur un domaine en particulier. J’ai été confrontée très vite à des problèmes relevant d’une ignorance certaine face à tout ce qui relevait de la culture étrangère. Effectivement, certains élèves se permettaient d’émettre des jugements explicites et surtout blâmables à l’encontre d’autres élèves, s’appuyant sur des stéréotypes ou des idées reçues. Pour commencer, un élève d’origine asiatique me communique des paroles qu’il aurait reçues ; il a été qualifié de « mangeur de sushis» par un autre élève de la classe. Ces paroles tenues envers cet élève ont un caractère insultant et avilissant, car elles se basent sur des stéréotypes. Avec ma collègue, nous avions été intolérantes face à ces propos impertinents et péjoratifs. Le problème sous-jacent était que les élèves qui se permettaient de tels propos ne se rendaient pas compte de leur gravité. Ils répètent sans réfléchir des mots qu’ils auraient entendus sans forcément savoir de quoi ils parlent. Il fallait donc trouver un moyen de faire comprendre aux élèves que le fait d’être face à quelqu’un de différent ne voulait pas dire qu’il était inférieur. Nous vivons actuellement dans une société qui ne fait pas l’éloge de la différence, ce qui engendre quelquefois le désintérêt, le mépris ou même la peur à l’égard des personnes qui n’ont pas la même couleur de peau, la même langue ou la même culture. Cette difficulté se fait ressentir au sein des classes, au sein des écoles de la République française. Cependant, le chercheur Ann Phoenix émet l’hypothèse que « la théorie selon laquelle le préjugé n’est issu que de l’ignorance et du manque de contact est inexacte ». En outre, j’ai été alarmée par un cas de harcèlement psychologique vécu par une élève au sein de ma classe. Cette pression psychologique qu’elle endurait n’était pas novice, car elle était déjà sujette à des critiques pendant ses années de CE2 et CM1. Elle était prénommée « la fille pas halal », car elle mangeait du porc à la cantine. Un autre problème se rajoutait donc au problème cité il y a quelques lignes, celui de l’appartenance religieuse. Lors de cet incident, je ne m’étais pas attardée sur l’aspect religieux de cette remarque, car je ne me sentais pas légitime ni confiante pour parler de religion avec mes élèves. Je savais pertinemment qu’il fallait se pencher sur les faits religieux et la laïcité, mais je m’arrangeais toujours pour dévier le sujet afin de ne pas me confronter à de telles difficultés. C’était pour moi un sujet très sensible et particulier que je craignais.

Le besoin de trouver sa propre identité culturelle

D’un point de vue culturel, les couples mixtes représentent environ 30 % des unions et 12 % des mariages en France. Ces chiffres représentent aussi des enfants qui évoluent pour la majorité d’entre eux dans des familles biculturelles. Selon le dictionnaire français Larousse, le « biculturalisme » est le fait de posséder deux cultures. Certains se réconfortent dans une des deux cultures alors que d’autres recherchent systématiquement une identité culturelle qui leur permettrait de ne pas choisir entre l’une ou l’autre. Une grande majorité de mes élèves est issue d’un métissage et donc d’une famille biculturelle. Certains élèves n’ont pas beaucoup de contact avec l’un des deux parents. Ils évoquent donc systématiquement le pays d’origine de ce parent qui habite à l’étranger et avec qui ils n’ont pas beaucoup de points communs mis à part l’origine. Ils partagent très régulièrement des anecdotes de ce pays qui leur tient à cœur bien qu’ils n’y aient jamais mis les pieds, pour la plupart d’entre eux. C’est le cas de l’un de mes élèves, qui est métisse (mère française et père français d’origine togolaise), qui a un besoin incontrôlé de rappeler qu’une moitié de lui est africaine. Ce jeune garçon n’arrive pas à gérer cette double identité, car tantôt, il revendique son appartenance culturelle au Togo et donc à la culture togolaise et tantôt, il affirme qu’il n’est « pas vraiment noir », car sa peau est plus claire que celle de son père. Selon le psychanalyste et anthropologiste,  Georges Devereux, « la tendance à exagérer, par rapport à des étrangers, un trait caractérisant l’identité ethnique qui est moins manifeste dans les rapports intra ethniques » définit la recherche d’une identité culturelle. Face à cette dualité, j’ai su qu’il fallait trouver un moyen de recentrer les élèves vers les mêmes objectifs afin qu’ils puissent tous et toutes s’épanouir dans une classe pluriethnique à savoir une classe constituée de plusieurs ethnies. Afin de mettre en confiance les élèves, il fallait leur faire comprendre que l’école les accueillait avec leur bagage culturel bien qu’il était différent de celui présenté et enseigné à l’école.

Les discriminations involontaires

Il est important de rester conscient des différentes inégalités sociales au sein des institutions et d’être vigilant afin de ne pas les reproduire à l’école. Selon moi, l’école représente une minisociété dont le but est de transformer un enfant en un adulte, qui saura faire face aux problèmes de la vie quotidienne. Afin de parfaire cette transformation, les élèves doivent se sentir représentés et reconnus par l’école républicaine.

Néanmoins, l’école transmet involontairement des messages sur les origines et cultures étrangères ( mise à part l’enseignement culturel qui renvoie à la langue étrangère étudiée dans l’établissement), parce qu’elle ne les représente pas. D’après Michel Vandenbroeck, c’est ce qu’on appelle « le racisme par omission ».

Dans le quatrième chapitre de son livre qui s’intitule, « Éduquer nos enfants à la diversité », il affirme que : « Lorsque tous les symboles de représentation de la famille, de la communauté ou de l’institution ne portent que sur un seul et unique groupe de référence, le message qui est alors transmis, de façon intentionnelle ou non, est que le monde est censé être uniforme et qu’il n’y existe qu’une seule manière d’être. L’idée de racisme par omission s’applique de manière équivalente à toutes les autres formes de diversité. Par exemple, dans nos sociétés, l’idée prédominante de la famille est qu’elle est constituée d’un homme et d’une femme vivant sous le même toit, avec leurs enfants biologiques.» .

C’est ce que nous appelons communément, la famille nucléaire ou la famille traditionnelle. Il faut savoir que le problème d’identité culturelle peut constituer un obstacle à la formation et à l’épanouissement de l’individu. La mission de l’école est aussi d’accueillir ses élèves sans nier leurs cultures d’origine, dans lesquelles ils sont enracinés. En effet, le fait de mettre un voile sur ce qui les caractérisent engendre des problèmes identitaires et donc dans certains cas de la violence.

Pourquoi ce projet ? 

À la recherche d’un projet unificateur… 

Il fallait donc trouver un moyen de recentrer les élèves autour d’un projet dans lequel ils auraient tous et toutes une place à part entière. Dès le début de l’année, j’ai été stupéfaite par le comportement de certains élèves qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. En effet, ils s’arrêtaient à ce qu’ils voyaient et ne s’intéressaient ni de près ni de loin à ce qui se passait en dehors des frontières françaises, lorsqu’il ne s’agissait pas de leur propre pays d’origine.

En comptabilisant toutes les origines qui se trouvaient dans cette classe, j’ai pu en compter 15 sur 25 élèves. Il était donc primordial de trouver un projet qui allait s’articuler sur les pays du monde et les différentes cultures présentes et inconnues par la grande majorité des élèves. La pédagogie de projet est une méthode qui améliore considérablement la motivation des élèves, qui s’aventurent volontiers dans cette mission. Dans la classe, le projet permet de mobiliser les compétences transversales des élèves et les incitent à travailler ensemble pour atteindre un objectif commun. La pédagogie de projet est aussi un moyen infaillible pour lutter contre l’individualisme qui se développe de plus en plus au sein des écoles françaises. Afin de lutter contre ces comportements impertinents et notamment les violences verbales qui se multipliaient et se banalisaient dans leur langage, j’ai opté pour un projet qui faisait la promotion de leurs origines. Le projet a pour but de favoriser et donc de mettre essentiellement en avant les origines des élèves de ma classe.

Cette démarche a pour but de découvrir plusieurs cultures à travers les présentations des pays tenues par les élèves. Les élèves peuvent choisir leur pays d’origine, un pays qu’ils ont visité ou un pays qu’ils affectionnent tout particulièrement. Le fait de laisser le choix aux élèves permet d’éviter l’aspect plus ou moins intrusif de ce projet, qui pourrait nuire aux objectifs visés. Qu’ils soit d’origine étrangère ou non, chaque élève avait une place et un rôle particulier à jouer tout au long de l’année à travers ce projet que j’ai nommé à l’aide de mes élèves : « Autour du monde ».

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Table des matières

INTRODUCTION
1. LE CLIMAT DE CLASSE
1.1. Constat
1.1.1. Une classe pluriethnique
1.1.2. La violence verbale : une réponse à l’ignorance ?
1.1.3. Le besoin de trouver sa propre identité culturelle
1.1.4. Les discriminations involontaires
1.2. Pourquoi ce projet?
1.2.1. À la recherche d’un projet unificateur
1.2.2. Lutter contre la xénophobie
1.2.3. La comparaison, un outil pour se présenter et découvrir l’autre
1.2.4. l’Enseignement moral et civique au cœur de ce projet
2. PRÉSENTATION DU PROJET PLURIDISCIPLINAIRE
2.1. Le projet pluridisciplinaire comme point d’appui du discours interculturel
2.1.1. Ce que disent les programmes officiels
2.1.2. Le projet pluridisciplinaire : ses avantages
2.1.3. Le projet pluridisciplinaire mis en place dans la classe
2.2. Les objectifs du projet
2.2.1. Le projet dans le projet : de la production d’écrit au travail collaboratif
2.2.2. Les objectifs disciplinaires et transversaux portés par le projet
2.2.3. Promouvoir la diversité linguistique
3. L’ÉVOLUTION DU PROJET
3.1. Un projet qui se renouvelle
3.1.1. Les modifications apportées au projet initial
3.1.2. Faits religieux et laïcité
3.1.3.Le rôle et la place de l’enseignant
3.2. Un projet qui s’adapte
3.2.1. Les limites du projet
3.2.2. Comment évaluer les élèves face à ce projet ?
3.2.3. Bilan général et axes d’amélioration
CONCLUSION

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