La Vierge, modèle de foi ultime

La Vierge, modèle de foi ultime

Le Christ, l’édification par la Passion

« Depuis la mystique, faite de douceur et de lyrisme, de saint Bernard, c’est-à-dire depuis le XIIe siècle, l’attendrissement pathétique au sujet de la Passion n’avait cessé de croître. L’image du crucifié imprégnait les âmes. Elle s’implantait, grande et sinistre, dans les cœurs sensibles des enfants, et projetait sur toutes les émotions une ombre de gravité. »
(Johan Huizinga, L’automne du Moyen Âge)

Préambule

Au Moyen Âge, le mystère de Jésus-Christ est, en partie, lié à celui de la Vierge.
Les origines de sa conception, ainsi que sa double nature, renvoient inévitablement à sa mère. Lors de la Passion, elle est celle qui ressent les souffrances de son agonie et son cœur est constamment habité par la foi. Mais le Christ lui-même a une existence qui lui est propre dans la ferveur et dans F imaginaire des croyants médiévaux. Ces derniers, harangués par les prédicateurs lors des célébrations quotidiennes, baignent dans une atmosphère où le drame de la Passion fait partie intégrante de leur vie et inspire les plus grands artistes de leur époque.
Le premier chapitre a montré qu’à partir du XIIe siècle, la Vierge devient une figure prépondérante en poésie, et les textes élogieux, tout comme l’ardeur des prières des fidèles, engendrent un engouement pour le personnage qui diminue sensiblement la présence du Christ dans une majorité d’œuvres. La dévotion des chrétiens du Moyen Âge pour la Vierge Marie a inspiré maints artistes qui, voulant célébrer à leur tour la grandeur de la Mère de Dieu, ont donné naissance à une littérature mariale dont elle est la digne effigie. Au cours des siècles, les arguments persuasifs inhérents à la poésie de type mariologique ont engagé les croyants à vivre une relation spirituelle privilégiée avec Marie. Cette relation est également tributaire de celle entre l’artiste et la Vierge; le poète, par exemple, en fait un véritable objet de culte esthétique. Les poèmes dédiés à la Vierge foisonnent dans la littérature médiévale et un glissement s’opère, comme nous l’avons déjà mentionné, de la Dame courtoise, chantée amoureusement par les poètes, à Notre Dame, à qui l’on rend dorénavant un hommage révérencieux.
Cependant, le Christ est le sujet principal d’un nombre impressionnant de Passions et de Mystères. Sa mort et sa résurrection sont les thèmes privilégiés des auteurs qui puisent, dans le pathétique des scènes d’humiliation, de souffrance et d’expiation, la source principale de leur inspiration. En raison de la complexité du sens et de la symbolique de ces deux moments cruciaux dans la vie du Christ, ce dernier se présente comme une figure plus difficile à saisir et moins accessible pour les esprits les plus simples. De plus, les images récurrentes le représentant dans la posture du supplicié ou du juge terrible sont loin de générer un attachement aussi spontané que celui que suscitent les images de la figure maternelle et « maternante » de la Vierge. La figure du Christ doit se tailler une place auprès de cette mère magnifiée et omniprésente; ce sera le rôle des auteurs des Passions et des Mystères, et par leur emploi de Y exemplum en poésie, de redéfinir la place et l’importance du Christ dans le cœur des fidèles par la composition de pièces émouvantes.

Le Christ au Moyen Âge

Au cours de l’Antiquité s’amorcent certaines des grandes réflexions théologique et doctrinale qui redéfinissent l’essence du Christ et font évoluer le christianisme, qui devient ainsi le théâtre de bien des controverses et des débats; ce n’est qu’« aux IVe -Ve siècles que s’est précisé le portrait théologique officiel du Christ lorsque les deux natures, divine et humaine, de son unique personne furent décrétées ne former qu’une seule hypostase ».C’est en quelque sorte Y adolescence du christianisme où ce dernier se cherche, évolue, change pour en arriver à trouver son identité profonde qui marquera les siècles suivants.Aussi, jusqu’au XIIe siècle, peut-on dire que le Moyen Âge vit une période de christocentrisme absolu dominée, entre autres, par la pensée et la doctrine augustinienne.Augustin (354-430) pose les bases de sa théologie dans des œuvres fondamentales telles que le De doctrina Christiana, les Confessio ou le De Civitate Dei. Les réflexions de saint Augustin portent notamment sur la question de la Trinité, de la nature du Saint-Esprit ou sur la personne du Christ. Un autre Père de l’Église, Tertullien (vers 155 – après 220), fait lui aussi souvent référence au Christ, car il est pour lui P« exemple des exemples pour le chrétien. Dans tous ces traités s’exprime la conception aussi forte que singulière d’un Christ pleinement humain révélateur d’un Dieu avant tout créateur ». Pendant tout le Moyen Âge, les théologiens se penchent sur des questions restées sans réponses et codifient différents articles du dogme lors de différents conciles, dont ceux de Nicée (en 325 et 787), d’Éphèse (en 431) ou de Constantinople (en 381, 553, 680-81 et 869). C’est également pendant cette période qu’ont lieu la plupart des grands débats traitant de l’Eucharistie et de celui de la place de la Vierge dans l’économie du salut. En littérature, ces réflexions sont souvent récupérées comme éléments centraux dans les œuvres religieuses, qui dominent alors en grande partie les arts.
La littérature médiévale a une longue tradition en poésie religieuse et les poètes qui ont jalonné cette époque ont écrit un nombre impressionnant d’œuvres religieuses, et ce dans tous les genres, dont la visée première était l’édification des fidèles. Issue de cette littérature, il faut souligner la présentation des mystères. Ces derniers, bien qu’ils accordent une place particulière à la Vierge, exploitent avec grandiloquence et pathétique les scènes dramatiques de la Passion et de la Résurrection, car, sujets chrétiens par excellence, « [P]Incarnation et la Passion, la parole divine et les embûches du démon, la Chute et la Rédemption, le refus de la séduction par les plaisirs et les désirs de la chair » permettent aux auteurs de puiser dans une matière préalablement connue du public et dont les séquences bibliques en plus d’être saisissantes offrent « les clefs de ce monde dont on veut se persuader qu’il est entièrement ordonné par l’Histoire du Salut». Aussi, n’est-il pas étonnant que le genre dramatique se soit approprié les thèmes liturgiques joués sur les parvis des églises pour les représenter à son tour de façon magistrale Pensons au Mystère de l’Incarnation et de la Nativité (XIVe siècle / 12593 vers / 78 personnages); au Mystère de la Passion dite de Sainte-Geneviève (XVe siècle / 4477 vers / 60 personnages) qui met en scène les événements de la Semaine Sainte; au Mystère de la Passion d’Amboise (XVe siècle) qui met en scène des épisodes de la Passion du Christ; au Mystère de la Passion d’Arnoul Gréban qui est incontestablement le mystère évangélique le plus célèbre du XVe siècle; au Mystère de la Passion de Jean Michel (XVe siècle / 29926 vers); au Mystère de la Passion d’Autun (XVe siècle) ou encore au Mystère de la Passion d’Auvergne (XVe siècle / 4500 vers). Paul Zumthor avance que les Passions, fondées en partie sur le récit de la Passion du Christ, participent à une stratégie visant à affaiblir la montée du culte mariai qui va prendre des proportions importantes jusqu’à la fin du XVe siècle :
Elles [les Passions] trahissent peut-être, dans l’idéologie ecclésiastique, une réaction contre le culte de la Vierge; elles mettent à la place centrale le Rédempteur, non plus même le Créateur comme le faisait le Jeu dAdam : réfèrent concret par excellence, le Dieu fait homme, et à qui le jeu scénique peut appliquer visiblement toutes les cruautés latentes dans la destinée de chacun.
Ces passions dramatiques représentent le sommet de cet art, mais permettent aussi à leur auteur d’utiliser un langage moins complexe et plus facile à comprendre par les fidèles, les mettant face à la souffrance en utilisant le langage de la piété. Ainsi, tous ces mystères et ces évocations de la Passion par le théâtre religieux ont un but précis : ils ont bien sûr la fonction de divertir le public, mais la matière liturgique – d’où sortit le théâtre – leur confère une portée hautement didactique.

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Table des matières

INTRODUCTION 
Deux figures, deux univers : la Vierge et le Christ
Enjeux rhétoriques et exemplum : perspectives d’approche 
La rhétorique exemplaire : la persuasion par l’exemple
L’exemplum aujourd’hui : définition et approche 
Cent ans de bouleversements : 1450-1550 
De la Grande Rhétorique à Pévangélisme : corpus poétique 
Exemplum et poésie : corpus théorique 
Les divisions de l’étude
PREMIERE PARTIE : L’EXEMPLUM « MEDIEVAL »
CHAPITRE I : La Vierge, parangon ultime de la Femme
Préambule
1. O Gloriosa Domina : tradition poétique et dévotion mariale
2. La poésie mariale, une poésie persuasive
3. La Vierge exemplaire de Guillaume Cretin
3.1 L”exemplum mariai : topos de la perfection
3.2 Uexemplum mariai : topos de la virginité et de la maternité
4. L’envoi, lieu final de lapersuasio
CHAPITRE II : Le Christ, l’édification par la Passion 
Préambule
1. Le Christ au Moyen Âge
2. La figure du Christ dans la poésie de Guillaume Cretin
3. Christus dolens : méditation sur la Passion du Christ
DEUXIÈME PARTIE : UEXEMPLUM « EVANGELIQUE »
CHAPITRE III : La Vierge, modèle de foi ultime
Préambule
1. Renaissance et courant évangélique
2. La Vierge et les évangéliques
3. L’exemplum « évangélique »
4. La Vierge exemplaire de Marguerite de Navarre
4.1 Le Miroir de l’âme pécheresse
4.1.1 Présentation de l’œuvre
4.1.2 Exemplum mariai dans le Miroir de l’âme pécheresse
4.2 L’Oraison de l’âme fidèle
4.2.1 Présentation de l’œuvre
4.2.2 Exemplum dans Y Oraison de l’âme fidèle
CHAPITRE IV : Le Christ, la règle et l’exemple
Préambule
1. Le Christ exemplaire de Marguerite de Navarre
2. Le Petit Œuvre Dévot
2.1 Présentation de l’œuvre
2.2 Exemplum christique dans le Petit Œuvre Dévot
3. L’Oraison de l’âme fidèle
3.1 Exemplum christique dans V Oraison de l’âme fidèle
4. Le Miroir de Jhesus Christ crucifié
4.1 Présentation de l’œuvre
4.2 Exemplum christique dans le Miroir de Jhesus Christ crucifié
CONCLUSION 
ANNEXE I : Tableau sur les acceptions de Y exemplum 
ANNEXE II : Tableau des modalités exemplaires 
ANNEXE III : Le récit du Paradis (Genèse 3, 1-24) 
ANNEXE IV : L’Annonciation (Luc 1, 26-38) 
ANNEXE V : Vision de la Femme et du Dragon (Apocalypse 12, 1-17)
ANNEXE VI : Épître Dudict Cretin a Madame la contesse de Dampmartin en la Sepmaine Saincte 
ANNEXE VII : Exemplum an Miroir de l’âme pécheresse 
ANNEXE VIII : Exemplum de Y Oraison de l’âme fidèle 
BIBLIOGRAPHIE

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