La structuration du temps pour donner des repères sécurisants en maternelle

De façon générale, le temps peut être défini comme un « milieu indéfini et homogène dans lequel se situent les êtres et les choses et qui est caractérisé par sa double nature, à la fois continuité et succession » Ainsi, cette définition globale du temps nous permet de mettre en exergue certaines de ses caractéristiques :
– Le temps est linéaire, indéfini donc continu et homogène car il s’écoule sans discontinuité. Il est irréversible.
– Le temps revêt un caractère cyclique. Les jours, les mois, les saisons, les années, rythment notre quotidien et se construisent à travers un équilibre fragile alternant continuité et succession.

Pourtant, le temps ne nous parait pas toujours si homogène. Il peut nous paraître long où plus court selon notre activité. Il peut être synonyme d’impatience ou de précipitation. Ce temps est un temps subjectif, celui que les enfants perçoivent et celui que nous ressentons. En tant qu’adulte, nous régissons nos activités en fonction d’un temps donné, d’une date définie sur un agenda, d’un temps dit «social». Mais qu’en est-il de l’enfant ? Si l’on demande à un enfant de nous citer le nom du jour, quelle représentation en aurait-il ? Ce qu’il voudra savoir, c’est, quelles sont les activités prévues aujourd’hui, quand est-ce que sa maman viendra le chercher, quelle maîtresse sera là aujourd’hui.

Le rôle de l’école maternelle est bien d’accompagner l’enfant dans sa démarche de structuration du temps. Elle l’institutionnalise au travers de moyens divers et nombreux aidant ainsi l’enfant à passer d’un temps personnel à un temps social commun. Ainsi, l’enfant dépasse le temps subi du début de son existence en appréhendant progressivement le « temps conçu ». Plus tard, c’est bien la structuration de cette notion qui l’amènera au temps construit. En effet, même si l’enfant vit de nombreuses expériences structurantes en dehors de l’école, celle-ci va lui permettre de passer d’un temps personnel à un temps social. Petit à petit, l’enfant prend conscience du temps, apprend à le structurer et à se l’approprier. Ainsi, l’élève pourra explorer son passé (son histoire), verbaliser ce qu’il vit (prendre conscience des actions vécues) pour enfin se projeter dans l’avenir .

LE TEMPS, UNE NOTION ABSTRAITE À CONSTRUIRE 

Le temps, une notion complexe

Comme nous l’avons explicité précédemment, le temps sous ses différentes facettes reste, même pour l’adulte, un élément abstrait et difficile à définir. Dès lors, si nous observons cette notion en mettant en avant les multiples caractéristiques qui la compose, nous comprendrons que cette notion repose sur de multiples composants qui en s’imbriquant les uns avec les autres permettront à l’enfant de dessiner petit à petit des contours de plus en plus concret autour de cette notion globale qu’est le temps. Dès lors, nous comprenons que cette notion si riche et vaste ne s’enseigne pas, elle se construit autour de quatre composants principaux :

– La continuité et la succession (ordre chronologique) : C’est une série d’évènements qui se suivent, se succèdent sans discontinuité. Cette notion est jumelée avec un principe d’ordre chronologique des événements. Chaque élément est assimilé aux notions d’antériorité ou de succession pouvant se traduire littéralement par l’utilisation d’indicateurs linguistiques tels que « avant ou après ».
– La simultanéité : c’est l’existence de deux ou de plusieurs choses ou évènements qui se déroulent en même temps. Ici, les indicateurs langagiers les plus prégnants sont « en même temps que » et « pendant que ».
– Le rythme : C’est la répétition régulière d’un événement ou d’un phénomène. Il reflète le caractère cyclique du temps. Notons que cette notion peut aussi être jumelée avec celle d’alternance. Dans le domaine du temps, nous pourrions citer l’alternance des saisons comme exemple.
– La durée : Donnée essentielle, on peut la définir comme une période, un espace de temps durant laquelle se déroule une action ou un phénomène. La durée est mesurable, elle répond à un espace de temps donné qui s’inscrit et se déroule toujours avec pour référents un début et une fin.

Ce sont ces notions, base de la structuration du temps chez l’enfant, qui nous serviront à guider nos choix pédagogiques dans la mise en place des différents outils au sein de la classe.

Ainsi, chaque dispositif aura pour objectif de travailler une de ces notions sous-jacentes au concept de temps.

La perception du temps chez l’enfant

Pour l’enfant, la construction de la notion de temps s’inscrit dans un processus d’adaptation au monde qui l’entoure. Le jeune enfant ne comprend pas le temps, il le vit, le ressent. Ce temps est intuitif, subjectif et immédiat. Dans son ouvrage, Le développement de la notion de temps chez l’enfant, Piaget nous explique que le rapport existant entre le temps et le jeune enfant est exclusivement affectif. Le temps n’est plus relié à des repères précis, l’enfant est dans une subjectivité temporelle affective d’autant plus que celle-ci se trouve renforcée par le caractère égocentré encore très prégnant chez les jeunes enfants. Ce concept ne s’acquerra que plus tard et de façon progressive au travers des notions que nous avons mis en avant telles que la chronologie, la succession…

Pour acquérir ces « sous notions », Jérôme Bruner met en avant une acquisition spiralaire. Ce sont l’expérience et le tâtonnement qui permettront à l’enfant d’aboutir à la maîtrise du concept au bout d’un temps donné. Ainsi, ces appréhensions successives adaptées au niveau de compréhension de l’enfant, vont s’affiner pour finalement aboutir à une maitrise du concept du temps dans toute sa richesse et son étendue. Pour que l’enfant entre dans le temps, il faut donc l’amener à devenir acteur. Prendre conscience de ce temps, l’observer, le manipuler pour le rendre « visible ».

Les étapes de la structuration du temps chez l’enfant

D’un point de vue général, l’acquisition du concept de temps chez l’enfant dépend de trois facteurs :
– De la maturation psychologique de l’enfant
– De son environnement
– De son éducation

Cette notion n’est pas innée, elle se construit. Dans « Le développement de la notion de temps chez l’enfant », Piaget distingue 5 grandes étapes dans le processus de maturation du temps :

– De la naissance à 6 mois, on parle de temps vécu. Ce premier stade se caractérise par une succession d’attentes et de réponses aux besoins physiologiques de l’enfant.
– Dès 6 à 8 mois, le temps commence à être « perçu ». L’enfant se construit des repères temporels au travers d’activités ritualisées et s’imprègne de leurs successions.
– De 2 à 5 ans, le temps mémorisé permet à l’enfant de se construire des représentations mentales de ce qui est vécu. Notons que cette étape est étroitement liée à l’acquisition du langage. Pour Jean Piaget, l’enfant de moins de 5 ans a un rapport au temps exclusivement intuitif. Le temps, c’est le « maintenant », l’immédiateté est prépondérante.
– À partir de 5 ans, l’enfant entre de plus en plus dans une période de décentration de soi ce qui correspond à la maturation d’un temps construit. L’enfant s’approprie le temps social et peut dorénavant se projeter dans l’avenir.
– Enfin, dès l’âge de 8 ans, le temps commence à prendre son sens en dehors des êtres et des objets connus. L’enfant commence à appréhender cette notion abstraite dans sa globalité et peut dès lors envisager l’histoire et sa chronologie.

LES ENJEUX DE LA STRUCTURATION DU TEMPS EN MATERNELLE

Une notion transversale, des enjeux multiples 

Notion pourtant si abstraite, la structuration du temps revêt pourtant un caractère transversal et essentiel qui entrera en compte au sein d’autres apprentissages fondamentaux et de la construction identitaire de l’enfant. Toute situation induit une temporalité, l’école doit permettre à l’enfant de prendre conscience du temps, de l’organiser, de le structurer et surtout de se l’approprier. Dès lors, dès la maternelle, les prémices de cette appropriation du concept de temps sont déjà bénéfiques pour ces élèves en devenir. La maternelle est l’école de la socialisation, mais elle est aussi l’école de la patience. Créer une école sécurisante et adaptée au rythme de chaque jeune enfant est donc un de ses objectifs majeurs. En effet, un enfant sans repère, c’est un enfant évoluant dans une insécurité peu propice aux apprentissages. Accompagner l’enfant dans une démarche de structuration du temps, c’est créer un cadre rassurant et poser les prémices de sa construction identitaire. En maternelle, les journées sont rythmées selon certains besoins physiologiques et attentionnels de l’enfant. Cependant, les journées restent longues et l’enfant doit apprendre à se décentrer pour mieux intégrer cette rythmicité sociale induite par les rythmes scolaires et le rythme de la journée qui lui est imposé. Enfin, outre le caractère sécurisant que cette notion confère aux élèves de cycle 1, ce concept de temps, s’il n’est pas maîtrisé, empêche l’enfant d’entrer dans d’autres apprentissages pourtant fondamentaux (mathématiques, lecture, écriture…).

Des attentes institutionnelles

D’une façon générale, le temps est une notion transversale et importante incluse dans les programmes de 2015 au sein du domaine « Explorer le monde ». Comme nous l’avons explicité précédemment, « les enfants, dès leurs naissances par leurs activités exploratoires, perçoivent intuitivement certaines dimensions spatiales et temporelles de leur environnement immédiat. Ces perceptions leur permettent d’acquérir, au sein de leurs milieux de vie, une première série de repères, de développer des attentes et des souvenirs d’un passé récent. Ces connaissances demeurent toutefois implicites et limitées. » (Ministère de l’Education Nationale. Programmes d’enseignement de l’école maternelle. Bulletin officiel spécial n°2 du 26 mars 2015.) .

Or, si nous reprenons les travaux de Jérôme Bruner, l’acquisition du concept de temps est « spiralaire ». Son acquisition se construit par tâtonnements, au travers d’expériences concrètes qui aboutiront à sa maîtrise. Ainsi, l’enfant, à chaque étape de son développement, les appréhende à son niveau de compréhension. Le rôle de l’école maternelle serait principalement de créer un environnement propice à la réalisation de ces tâtonnements afin d’amener progressivement l’enfant « à considérer le temps et l’espace comme des dimensions relativement indépendantes des activités en cours, et à commencer à les traiter comme telles. » Pour ce faire, les programmes nous invitent à accompagner les enfants au travers de 4 éléments de progressivité distincts qui sont :
– Stabiliser les premiers repères temporels
– Introduire des repères sociaux
– Consolider la notion de chronologie
– Sensibiliser à la notion de durée  .

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Table des matières

INTRODUCTION
I) Le temps, une notion abstraite à construire
1) Une notion complexe
2) La perception du temps chez l’enfant
3) Les étapes de la structuration du temps chez l’enfant
II) Les enjeux de la structuration du temps à l’école maternelle
1) Une notion transversale, des enjeux multiples
2) Des attentes institutionnelles
3) Quels objectifs pour quel niveau ?
III) Les outils pédagogiques au service de la structuration du « temps »
1) L’emploi du temps de la journée
2) Le petit train de la semaine
3) Notre projet autour des saisons
4) Les sciences, vers une représentation concrète du temps
5) Les albums, une histoire autour du temps
6) Mise en place de notre « poutre du temps »
IV) Analyse détaillée des différents dispositifs et conclusion
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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