La situation de l’enseignement de la poésie

La situation de l’enseignement de la poésie 

En 2008, la publication de Leçons du poème sous la direction de Vincent Charles Lambert jette un éclairage cru sur la situation de l’enseignement de la poésie au Québec dans les ordres d’enseignement secondaire, collégial et universitaire. À travers les témoignages de poètes et de professeurs, le livre trace un portrait à la fois réaliste et sévère de cet enseignement. Le constat général est sans appel : la poésie est peu ou mal enseignée.

Les problèmes de l’enseignement de la poésie mis en évidence dans Leçons du poème sont nombreux et importants. Ils se classent dans trois grandes catégories : la désaffection envers la poésie, le peu de place que les programmes d’enseignement lui accordent et la difficulté de la poésie comme genre littéraire.

Les élèves ne s’intéressent pas à la poésie tout absorbés qu’ils sont dans la facilité ambiante, par l’instantanéité d’internet et le fracas des jeux vidéos. Les professeurs, pour la plupart, semblent indifférents à la poésie ou, dans le cas contraire, abandonnés, démunis et parfois apeurés devant le défi que présente un genre littéraire réputé difficile et l’apathie appréhendée des étudiants. L’institution scolaire, quant à elle, se désintéresse de plus en plus de la poésie qu’elle considère au mieux comme un ornement culturel peu utile pour le bagage éducatif de l’élève et conçoit ses programmes en conséquence. Enfin, la poésie est trop souvent définie comme une terre inaccessible, un genre difficile et obscur qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Si ces problèmes relèvent dans Leçons du poème de conclusions personnelles liées aux expériences des différents auteurs, ils ne sont pas spécifiques au Québec. Un peu partout dans le monde, on soulève la question de l’enseignement de la poésie. Que ce soit en France (Chanfrault-Duchet, 2008), au Royaume-Uni (Ofsted, 2007), aux États-Unis (Showalter, 2002), au Canada (Henihan, 2008) et même en Russie (Beliaeva, 2009), on s’inquiète de la place que l’on réserve à celui-ci.

Le questionnement qu’impose la lecture de Leçons du poème ne peut laisser indifférent si l’on s’intéresse à la poésie, à son enseignement et, corolairement, à sa pérennité dans la société actuelle et future.

De tous ces témoignages, je retiens certains constats quant aux difficultés rencontrées dans l’enseignement de la poésie au Québec. Premièrement, le fait que la poésie soit un genre réputé difficile qui s’appuie sur une utilisation particulière du langage pour produire une signification équivoque fait l’unanimité. En même temps, sa pérennité à travers les siècles tend à démontrer que l’être humain y trouve à la fois sens, plaisir et refuge. Cette pérennité en fait un objet de culture important puisqu’elle permet le contact entre la personne qui lit un poème à une époque donnée et celle qui l’a écrit il y a 25, 50, 100 ou 500 ans, comme elle permettra le contact entre le poète d’aujourd’hui et son lecteur dans le futur.

Deuxièmement, le désintérêt des adolescents envers la poésie n’est peut-être pas si prononcé qu’on veut bien le croire. Si l’on tape les termes « poésie et adolescence » sur le moteur de recherche Google on trouve plus de 521 000 pages recensées et plus 860000 pour « poème d’ados ». Évidemment, plusieurs de ces références se rapportent au questionnement d’adultes sur l’intérêt de la poésie pour les jeunes ou encore au récit d’expériences d’enseignement de la poésie aux adolescents, mais il y a là une solide indication que les jeunes ne sont pas totalement réfractaires à la poésie. L’idée d’un désintéressement des jeunes envers la poésie vient peut-être de la perception des adultes. J’ai connu des professeurs au secondaire littéralement terrifiés par la poésie, ses codes, sa signification et, évidemment, son enseignement. Comme elle n’est qu’une partie du grand ensemble que constitue le programme de français, il est dès lors facile de glisser sur son enseignement en croyant que les jeunes ne s’y intéressent pas.

de la poésie. Celui-ci fait partie d’un système d’éducation dans lequel plusieurs facteurs influencent ce qui est enseigné et la façon dont cet enseignement est fait : philosophie du système d’éducation, programme, manuels disponibles, professeurs et élèves.

Quatrièmement, les leçons tirées de l’expérience personnelle et professionnelle ne peuvent que poser le problème dans ses grandes lignes et ne constituent pas, au sens propre, une analyse de la situation.

Cinquièmement, envisager l’enseignement de la poésie dans les divers ordres d’enseignement comme un seul et même problème serait faire fi de leurs différences sans compter l’ampleur de la tâche que cela représenterait. Il faut faire un choix.

Ma thèse portera donc sur l’enseignement de la poésie au secondaire pour trois raisons. D’abord, l’ordre d’enseignement secondaire est la dernière étape de la formation commune obligatoire. Le secondaire prépare aussi bien au travail qu’aux études supérieures. Il devrait être un moment privilégié pour que tous les jeunes prennent contact avec la poésie.

Ensuite, pendant cinq ans, le secondaire s’adresse aux jeunes alors qu’ils passent de l’enfance à la fin de l’adolescence. C’est une grande période de changements à tous les points de vue. Cette période de changements et d’interrogations devrait être un moment privilégié pour les jeunes de faire l’expérience de la poésie et de lui trouver une place dans leur vie. Enfin, le secondaire est d’un intérêt particulier pour moi qui a consacré la plus grande partie de ma vie professionnelle à l’enseignement du français au secondaire public, dont neuf années à l’enseignement d’une option poésie orientée vers l’écriture.

La période étudiée 

Ma thèse traite de la façon dont la poésie s’est inscrite dans l’enseignement secondaire public québécois à partir de la création du ministère de l’Éducation du Québec en 1964 dans la foulée de la publication du premier tome du Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec en 1963. C’est un moment à la fois historique et symbolique qui marque l’entrée du Québec dans l’ère de l’éducation moderne de masse. Depuis, l’enseignement secondaire est régi par un ensemble de règles et de normes qui sont édictées par l’État par l’entremise du ministère de l’Éducation. En ce qui concerne l’enseignement des différentes disciplines d’enseignement, ces normes se retrouvent principalement dans les programmes d’études qui déterminent ce que l’on enseigne. La compréhension de la trajectoire de l’enseignement de la poésie dans le système d’éducation québécois nécessite l’analyse, du point de vue historique, de la place et du rôle de l’enseignement de la poésie dans les programmes de français mis en œuvre au cours des années. Cette vision historique permettra de dégager l’évolution de l’enseignement de la poésie et les lignes de force qui s’en dégagent afin de mieux comprendre la place de la poésie dans les programmes actuels et, éventuellement, de dégager des indications sur la formation nécessaire pour en assumer l’enseignement.

Les grandes étapes 

Un programme n’est pas une génération spontanée, il résulte d’une vision de l’éducation et du rôle prévu de la discipline dans la formation des jeunes autant que des moyens mis à la disposition des professeurs et des élèves. La succession des principaux textes d’orientation qui ont donné naissance aux différents programmes permettra de structurer l’analyse. La période couverte par ma recherche comporte trois temps forts de remise en question et de discussions de la vision de l’éducation et des programmes. Le résultat se retrouve généralement dans un ou des documents qui synthétisent à la fois un consensus social et une direction à suivre. Voilà ce que j’appelle les textes d’orientation.

L’école, un projet politique 

En 1979, le gouvernement du Québec publie L’école québécoise : énoncé de politique et plan d’action qui conclut deux ans de débats sur l’éducation au Québec lancés par la publication de L’enseignement primaire et secondaire au Quebec : livre vert qui posait à la fois un diagnostic et un questionnement quant à la situation de l’enseignement primaire et secondaire. Ce plan d’action marque un tournant dans la vision de l’enseignement public. Il affirme clairement la place de l’État dans la définition des orientations de l’éducation. Sans être en rupture avec la vision développée dans le Rapport Parent, il préconise un inventaire exhaustif des contenus des programmes. L’école québécoise servira de base pour deux programmes de français : ceux de 1980 et de 1995.

La réforme 

En 1995, le gouvernement du Québec met sur pied une Commission des États généraux sur l’éducation chargée d’un grand réexamen de l’enseignement primaire et secondaire. La Commission remet son rapport en 1996 intitulé Rénover notre système d’éducation : dix chantiers prioritaires. L’un de ces chantiers demandait de « [r]estructurer les curriculums du primaire et du secondaire pour en rehausser le niveau culturel ». Ce travail sur la réforme du curriculum de l’enseignement primaire et secondaire est confié à un comité présidé par Paul Inchauspé qui produit son rapport en juin 1997 : Réaffirmer l’école. Pour y faire suite, le gouvernement adopte un énoncé politique en 1998, L’école tout un programme, qui lance un grand mouvement de changement connu sous le nom de « Réforme ». Je considère ces trois documents comme les textes d’orientation qui fondent les programmes actuels.

 

 

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Table des matières

Introduction
La situation de l’enseignement de la poésie
La période étudiée
Les grandes étapes
Le Rapport Parent
L’école, un projet politique
La réforme
Le corpus étudié
Les textes d’orientation
Les programmes
Les manuels destinés à l’élève
Les aspects étudiés
La vision de l’enseignement
La culture, sa définition et sa place
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur et son élève
Les appuis théoriques
L’analyse de discours
Dominique Maingueneau
Theo Van Leeuwen
James Paul Gee
Les études de manuels
Première partie Une révolution en éducation
Chapitre 1 Une nouvelle mission pour l’éducation 
Le Rapport Parent et la société
Le Rapport Parent et la culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
Les programmes et leur confection
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 1
Création de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement
Composition de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement
Chapitre 2 Le programme de 1967
La culture dans le programme
La vision de l’enseignement et la facture du programme
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Chapitre 3 Des manuels de transitions
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 3
La répartition dans les manuels
Les textes proposés dans les manuels
Chapitre 4 Le programme-cadre de 1969
La culture dans le programme
La vision de l’enseignement et la facture du programme
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Chapitre 5 Des manuels pour le programme-cadre
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 5
La répartition dans les manuels
Les textes proposés dans les manuels
Conclusion de la première partie
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Deuxième partie Le retour aux sources
Chapitre 6 L’école québécoise ou le retour à la base
Un débat social sur l’éducation
L’origine politique de L’école québécoise
L’école québécoise : une prise en charge sociale de l’éducation
L’école québécoise et la culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
Les programmes et leur confection
Le professeur de français et son élève
Chapitre 7 Le programme de français de 1980
La culture dans le programme
La vision de l’enseignement et la facture du programme
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Chapitre 8 Les manuels issus du programme de 1980
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 8
La répartition
Les textes proposés
Chapitre 9 Le programme de français de 1995
Des années agitées
Le programme de français de 1995
La culture dans le programme
La politique culturelle
Le programme et la culture
La vision de l’enseignement et la facture du programme
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Chapitre 10 Les manuels du programme de 1995
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 10
La répartition
Les textes proposés
Conclusion de la deuxième partie
La culture
La vision de l’enseignement
La place de la littérature et de la poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Troisième partie L’école actuelle
Chapitre 11 La réforme
Des années mouvementées
Une image de marque pour une réforme
La vision de l’enseignement
L’école du succès
Un curriculum nouveau
La culture
La confection des programmes
La place de la littérature et de la poésie
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 11
Composition de la Commission des États généraux sur l’éducation
Composition du Groupe de travail
Chapitre 12 Programmes de français de la réforme
Un rapide historique
La facture du Programme de formation de l’école québécoise
Les programmes de français
La culture dans le programme de formation
Le programme de français et la culture
La place de la littérature et de la poésie
La littérature et la poésie dans les programmes de français
La vision de l’enseignement
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Dans le programme de formation
Dans le programme de français
Chapitre 13 Les manuels de la réforme
La vision de l’enseignement
La culture
La place de la littérature et de la poésie
La poésie
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Annexes au chapitre 13
La répartition
Les textes proposés
Conclusion de la troisième partie
La culture
La place de la littérature et de la poésie
La vision de l’enseignement
La lecture et l’écriture
La lecture
L’écriture
Le professeur de français et son élève
Conclusion générale

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