La révolution copernicienne de l’esthétique kantienne

La révolution copernicienne de l’esthétique kantienne

Astronome polonais ayant vécu de 1473 à 1543, Nicolas COPERNIC mit à jour une hypothèse qui provoqua un séisme aussi bien dans le monde scientifique que religieux. En effet, il mit à terre cette croyance héritée de la tradition aristotélicienne du géocentrisme qui, prônait l’idée selon laquelle, la terre est le centre de l’univers. Et en rejetant cette idée, cette croyance et en prétendant un héliocentrisme c’est-à dire, un mouvement de toutes les planètes, y compris la terre, autour du soleil, COPERNIC venait aux yeux des autorités religieuses et scientifiques de son époque, de renier à l’homme, sa situation centrale qui le présentait comme l’être par excellence de la nature. Ce changement de perspective qui lui fit supposer, que le centre immobile pour l’observation pourrait ne plus être la terre, mais bien le soleil, provoqua certes, le courroux des autorités, mais fit germer au XVIII° siècle, une nouvelle façon de voir chez un penseur comme Kant. En effet, ce dernier, dans sa volonté de recentrer la connaissance et l’activité philosophique en général, adopte la même démarche en partant non plus de l’objet comme le faisaient ses prédécesseurs, mais plutôt du sujet. Il est certes à remarquer que, la révolution copernicienne, telle que le souligne Kant dans sa Critique de la faculté de juger, ne se soit pas réalisée dans un sens identique à celle de COPERNIC du fait qu’elle ne porte pas sur les mêmes objets, mais a cependant permis à Kant d’adopter cette démarche qui consiste à réfuter cette idée d’une raison capable de se déployer dans tous les domaines. Et, c’est cette révolution qu’initie Kant dans le domaine de la connaissance qui, sera à l’origine de ce qu’on appellera à partir du XVIII° siècle, « le tournant kantien » ou « la révolution kantienne ». Cette révolution, telle que le conçoit Kant, se manifeste dans la détermination de la démarche et des limites d’exercice de notre faculté de connaître et non ce sur quoi s’exerce une telle faculté. Cependant, il faut dire que cette nouvelle démarche ne s’applique pas seulement à la théorie kantienne, de la connaissance ou sa théorie de la morale, elle s’applique également à sa réflexion esthétique. Et, c’est ce troisième point qui nous intéresse dans le travail que nous nous proposons de faire. En effet, n’oublions pas qu’avant Kant, l’esthétique se particularisait par au moins trois caractéristiques : la relativité, l’objectivité et l’individualité. Nous allons ainsi tenter de les détailler à travers trois chapitres que nous intitulerons respectivement : « du beau au sentiment du beau », « la subjectivité de l’esthétique kantienne » et « l’intersubjectivité dans le jugement de goût » pour voir comment Kant introduit sa révolution.

Du beau au sentiment du beau 

Toutes les conceptions de l’art qui ont précédé celle de Kant, ont un double aspect. D’abord pour elles, la beauté est une qualité connaissable de l’objet, comme étant le sceau de Dieu sur son œuvre. Voila pourquoi elles préféraient la beauté naturelle et éthique. Et même Kant, dans sa phase précritique, accordait une finalité morale aux sentiments du beau et du sublime. C’est ainsi qu’il demande dans ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime, « qu’on nous permette d’examiner maintenant de plus près en tant, surtout, qu’ils sont moraux, les sentiments du beau et du sublime » . Des lors, la question qui anime l’esthétique précritique de Kant, est celle qu’introduit Platon à savoir « qu’est ce que le beau ? ». Et à cette question, diverses positions seront prises de l’antiquité grecque aux Lumières avec Kant. C’est ainsi que Platon, père de cette révolution dans le domaine de l’art, va tenter de donner une réponse en commençant par distinguer deux types de monde : le monde sensible et le monde intelligible. Le premier, correspondait au monde des apparences et ne peut procurer qu’un savoir incertain, quant au second, il correspond au monde des idées, au monde de l’essence des choses et donc, à la connaissance vraie de toute chose. Et, la théorie esthétique de Platon est essentiellement basée sur cette dualité des mondes. En effet, Platon émet l’idée d’un beau en soi, en partant du postulat selon lequel, il existe à l’origine de toute beauté, une beauté première qui, par sa présence, rend belle les choses que nous appelons belles. Ce beau en soi est en fait, l’essence même de la beauté et ne peut s’appréhender que dans le monde intelligible. C’est pourquoi, Platon affirme que, « si, en dehors du beau en soi, il existe une chose belle, la seule raison pour laquelle cette chose est belle est qu’elle participe à ce beau en soi » . Pour lui, l’artiste qui crée une œuvre d’art, ne fait que se souvenir et reproduire ce qu’il avait contemplé quand il n’était que pure âme, dans le monde intelligible et qu’il avait oublié en intégrant son enveloppe charnelle. Et, c’est par ce qu’il appelle l’ascèse dialectique, que l’artiste parvient à rejoindre le monde des idées. Selon Platon, le procédé pour cette ascèse est simple et consiste pour l’artiste, à faire le vide dans son esprit pour éliminer tout ce qu’il contient d’inexacte et retrouver ainsi, l’innocence infantile. Dès lors, il est facile de comprendre que les choses belles chez Platon, n’étaient pas considérées comme le dit Taoufik CHERIF, « dans leur particularité sensible et matérielle, mais étaient jugées à partir de l’Idée du Beau-en-soi dont elles portaient le nom » . Mais également, Platon mettait l’art au service de la moralité et de la nature puisqu’il cherche dans Le Banquet, des modèles du beau dans la beauté des actions et celle du corps. Et, d’après lui, quiconque veut atteindre l’amour, par la vraie voie de la contemplation, doit être « amené à regarder la beauté qui est dans les actions et dans les lois, à voir que celle-ci est pareille à elle-même dans tous les cas, et conséquemment à regarder la beauté du corps comme peu de chose » . Ainsi, l’art doit servir la morale pour Platon puisque, les normes du Beau, du Bien et du Vrai, font partie du monde des Idées. Et même si dans Le Banquet, il fait l’éloge de l’amour, il assujettit l’expérience esthétique à la dialectique de l’ascension de l’âme car selon lui, « la vraie voie de l’amour, qu’on s’y engage de soi- même ou qu’on s’y laisse conduire, c’est de partir des beauté sensibles et de monter sans cesse vers cette beauté surnaturelle en passant comme par échelons d’un beau corps à deux, de deux à tous, puis des beaux corps aux belles actions, puis des belles actions aux belles sciences, pour aboutir des sciences à cette science qui n’est autre chose que la science de la beauté  absolue et pour connaître enfin le beau tel qu’il est en soi » . Platon décrit le beau- en-soi comme une « beauté éternelle, qui ne connaît ni la naissance ni la mort, qui ne souffre ni accroissement ni diminution, beauté qui n’est point belle par un côté, laide par un autre, belle pour ceux-ci, laide pour ceux là, beauté qui ne se présentera pas à ses yeux comme un visage, ni comme des mains, ni comme une forme corporelle, ni comme un raisonnement, ni comme une science, ni comme une chose qui existe en autrui, par exemple dans un animal, dans la terre, dans le ciel ou dans telle autre chose ; beauté qui, au contraire existe en elle-même, simple et éternelle, de laquelle participent toutes les autres belles choses, de telle manière que leur naissance ou leur mort ne lui apporte ni augmentation, ni amoindrissement, ni altération d’aucune sorte » . Ainsi donc, Platon idéalise le beau et ne reconnaît à l’art que cette beauté immanente qui fait que, « toutes les belles choses deviennent belles » . C’est pourquoi, il distingue l’art naturel ou la beauté naturelle qui est une production divine c’est-à-dire, une production dont l’opération est guidée par une raison et une science dont le principe est en Dieu, de l’art humain qui se divise en art de copier, les copies étant des imitations qui reproduisent avec exactitude les proportions et les couleurs du model ; et en art de faire des simulacres. Et, « dans cette dernière rubrique, Platon met les simulacres qui ne sont pas des copies (phantasmata) mais qui sont destinées, quand la copie est impossible en raison de la grandeur de l’objet, à donner l’illusion de celui-ci, de sorte que cet art du simulacre, dont bien sûr la peinture est l’exemple le plus manifeste, peut être légitimement appelé un art de tromperie » . Et pourtant, Aristote qui est un disciple de Platon, ne partage pas cette vision idéaliste du beau de son maître, et sous un angle plus réaliste, définit le beau à travers l’ordre et la grandeur .

Le subjectivisme de l’esthétique kantienne 

L’esthétique pré kantienne avait donné des critères de définition qui permettaient de juger de la beauté d’un objet. Et dans leur majorité, ces critères reposaient sur deux aspects que sont le beau comme attribut essentiel de l’objet et le beau comme sceau de Dieu sur son œuvre. Pour le premier, le beau ne peut être saisi qu’à travers l’objet et dépend exclusivement de lui. Autrement dit, un jugement n’est esthétique que dans la mesure où elle ne prend en compte que l’objet du jugement. C’est le cas aussi bien des jugements esthétiques empiriques ou psychologiques, que des jugements esthétiques intellectualistes. En effet, si dans le jugement sensualiste, le beau ne se donne qu’à travers l’excitation que l’objet produit sur nos sens, il est à remarquer que, sans cet objet, le jugement ne saurait se faire puisqu’il dépend totalement de lui. Egalement dans le jugement intellectualiste du beau tel que le conçoit Leibniz ou Baumgarten, la présence de l’objet est aussi nécessaire puisque toutes les règles établies pour juger de la beauté d’une chose doivent être appliquées à cette chose. En effet chez ces rationalistes, l’objet dit beau doit être conforme à des règles esthétiques prédéfinies.

Et pour le second c’est-à-dire, le beau comme sceau de Dieu sur son œuvre, c’est l’Intelligible qui est au soubassement de toute beauté. Dans ce genre de conception esthétique, l’objet jugé beau ne témoigne de rien d’autre que du savoir faire de Dieu et l’artiste n’a fait qu’hériter à des degrés moindres, de ce savoir faire divin. C’est pourquoi, on ne voyait dans toute création artistique, que la manifestation de Dieu. Ainsi donc, nous constatons dans toutes ces conceptions du beau, que seul l’objet ou Dieu sont pris en compte ; et c’est avec Kant, qu’un troisième élément va voir le jour et donner un tournant nouveau à l’esthétique : le sujet.

Si l’héliocentrisme copernicienne mettait mal à l’aise les autorités religieuses de son époque, c’était plus dû au fait qu’elle posait la négation de la centralité du monde et par conséquent de l’homme, longtemps défendue par le géocentrisme. Cette centralité faisait de l’homme, l’être par excellence de la nature et l’esthétique kantienne va permettre à l’homme, de regagner cette position privilégiée. En effet avec Kant, le beau n’est plus fondé à partir de l’objet mais plutôt à partir du sujet où plus précisément, à partir du sentiment qu’éprouve le sujet en face d’un objet. Désormais, dans la détermination du beau, Kant n’interroge plus les principes rationnels en suivant la méthode objective, mais cherche maintenant à appréhender le beau dans la relation qu’il entretient avec celui qui le juge. Et c’est ce primat accordé au sujet qui fait qu’on parle de la subjectivité de l’esthétique kantienne. Toutefois, il faut faire la différence entre la subjectivité telle que la conçoit Kant, et le subjectivisme. Ce dernier renvoie à la théorie selon laquelle, les jugements esthétiques n’expriment que des goûts personnels, individuels ; alors que la subjectivité chez Kant, désigne à la fois ce qui est relatif à un individu mais aussi ce qui est propre à l’esprit humain en général pris comme sujet universel. Et , il serait possible de montrer comment dans la Critique de la faculté de juger, Kant met en exergue l’importance qu’il accorde au sujet dans le jugement esthétique, d’autant plus que, c’est cette présence du sujet qui rend sa théorie du beau novatrice.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIER PARTIE : La révolution copernicienne de l’esthétique kantienne
Chapitre premier : Du beau au sentiment du beau
Chapitre deux : Le subjectivisme de l’esthétique kantienne
Chapitre trois : L’intersubjectivité dans le jugement de goût
DEUXIEME PARTIE : Les temps forts du jugement esthétique de Kant
Chapitre premier : Les quatre moments du jugement du beau
Chapitre deux : Le rapport « imagination – entendement » dans le jugement Esthétique
Chapitre trois : La théorie de l’harmonie subjective
TROISIEME PARTIE : L’analyse du sublime dans le jugement esthétique
Chapitre premier : Le sublime mathématique et le sublime dynamique
Chapitre deux : Le rapport entre le sublime, l’art et la nature
Chapitre trois : La beauté du jugement du sublime
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

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