La rencontre du projet lecture et des logiques professionnelles

« LIS AVEC MOI » : LES PRINCIPES ET ENJEUX DE LA LECTURE À VOIX HAUTE

 » Face aux inégalités culturelles, il nous semble important d’ouvrir aux enfants l’accès aux histoires, à l’imaginaire, au langage poétique et littéraire par Vintermédiaire du livre.  » (Plaquette de présentation de « Lis avec Moi », 1997. Cf. Annexe 1).
Dans un contexte de valorisation de la lecture et d’inquiétude sociale pour les non-lecteurs, le projet « Lis avec Moi » se présente comme une action de  » transformation sociale pour une lutte contre l’exclusion par le biais du livre, objet culturel légitime par excellence. Le principe d’un droit à la culture pour tous, le modèle cité des bibliothèques de rue d’A.T.D. Quart-Monde, inscrivent les actions « Lis avec Moi » dans une ligne militante.
Nous allons voir ici que l’enjeu de « Lis avec Moi » est, comme son nom l’indique, de partager des lectures. Des lectures qui se font à partir d’un outil privilégié, l’album, dans la perspective d’une relation à trois : le lecteur, l’auditeur (ou auditoire) et le livre.

A « Lis »

Jusqu’en 1996, les membres de l’équipe se faisaient appeler  » conteuses-lectrices « .
L’ambiguïté a été levée en janvier 1996, devant la nécessité de clarifier la nature des actions, par l’adoption du terme  » lectrice « 2. Il s’agissait d’abord de distinguer la pratique de « Lis avec Moi » de celle des conteurs. A la différence du conteur, qui part d’une trame et crée un récit oralement avec ses propres mots, le lecteur met en voix un texte écrit par un auteur, en restant fidèle au texte. « Le texte lu appartient bien à l’ordre scriptural, même si le canal est la vive voix […] La parole vive qui prend en charge le texte écrit est bien une parole de l’écrit, qui montre sa différence et situe son origine. Loin d’effacer son origine écrite, comme lorsque l’enfant croit que le livre qui lui est lu est l’expression directe de celui qui le lui lit, elle la manifeste et l’exhibe. Si l’adulte reste un porte-voix, il passe lui aussi derrière l’autre de l’écriture « . C’est bien le texte d’un auteur qui est en jeu, et le livre qui est au centre de l’échange.
Il faut souligner aussi que l’adoption du vocable  » lecteur/lectrice  » permet à « Lis avec Moi » de se positionner par rapport aux nombreuses pratiques d’animation autour du livre développées ces dernières années. Dans un contexte d’émergence des  » nouveaux métiers de service l’enjeu pour « Lis avec Moi » est bien d’affirmer l’identité de sa démarche et de faire reconnaître sa professionnalisation. On peut rapprocher ce mouvement de celui des bibliothécaires au début du siècle (ou plus récemment de la reconnaissance du métier de documentaliste), qui consiste à revendiquer une place à part entière sur le marché professionnel à partir de savoir-faire élaborés dans le champ traditionnel de professions reconnues et cherchant à s’en démarquer.
« Lis avec Moi » entend donc affirmer sa particularité à travers un savoir-faire et des principes définis.

Permanence du texte

La lectrice de « Lis avec Moi » s’attache à lire le texte en respectant les mots et les structures de phrase que l’auteur de ce texte a choisis. Ce rapport au texte, qu’on n’adapte pas, qu’on ne simplifie pas, correspond non seulement à une volonté de respect d’une écriture, mais aussi à l’idée de la permanence du texte écrit donnée à l’enfant, quelle que soit la personne impliquée dans la lecture.

Mouvances des lectures

Ce principe est toutefois confronté à la réalité de l’échange entre l’adulte, l’enfant et le livre. Souvent, et surtout avec les jeunes enfants, il faut interrompre la lecture pour répondre aux questions posées sur un mot, sur l’histoire : commenter, expliquer, parler autour du livre est parfois nécessaire. La question est alors d’échanger sans perdre de vue le texte tel qu’il est, et d’en retrouver le fil. Du côté de la lectrice, la lecture à voix haute révèle (beaucoup plus qu’une lecture silencieuse) les lourdeurs d’un texte. Elle souligne les maladresses d’une écriture, les mauvais agencements de paragraphes…Quelles modifications, si infimes soient-elles, se permet-on alors? Quelle liberté se donne-t-on vis- à-vis de ces mots, de ces tournures de phrase, sous prétexte d’une meilleure lecture ?
Question jamais tranchée, toujours reposée par l’expérience de l’oralisation de ces textes.
La capacité d’un texte à  » subir » cette épreuve de mise en voix est d’ailleurs l’un des critères de sélection.
Chaque lecture est une actualisation du texte. Une mise en voix en direct, avec sa part d’impondérable. Cette voix, avec son timbre, sa puissance, ses inflexions, donne une tonalité au texte lu. Par-delà le respect de l’écrit dans sa structure et dans ses mots, la liberté du lecteur est grande. Une lecture est toujours la mise en tension d’un texte avec un corps, une voix. Rester au plus près du rythme donné par l’auteur en suivant la ponctuation, la typographie, restituer une lecture la plus  » neutre  » possible, ou bien donner au texte des rythmes différents, lui imposer des silences et moduler la voix…tout est interprétation. Mais l’amplitude de cette interprétation va varier en fonction de la personnalité du lecteur, de son rapport aux textes, du public auquel il est confronté, et du texte lui-même.

Une conception littéraire de l’écrit

« L’écrit a ses tournures, son lexique, sa syntaxe, ses genres littéraires[…]. En entendant régulièrement lire et relire des textes, les auditeurs pouvaientfinir par acquérir une familiarité avec la langue écrite, des connaissances sur ce qu’elle est susceptible ou pas d’énoncer, aussi essentielles que la compétence alphabétique1 « . « Lis avec Moi » reprend les termes d’une telle analyse en développant l’idée qu’être nourri d’histoires facilite l’accès à l’écrit. Les animations lecture sont destinées en priorité aux publics en difficulté économique et sociale, à priori des publics éloignés des pratiques culturelles légitimes, et notamment de l’écrit. Mais pas n’importe quel écrit… « Lis avec Moi » opère un choix sélectif parmi l’offre destinée aux enfants.

Un outil privilégié : l’album pour enfants

« Lis avec Moi » puise essentiellement dans le répertoire contemporain. Un travail d’analyse des livres amène les lectrices à faire un choix parmi le nombre croissant d’albums publiés. La plupart des albums choisis sont ceux où images et texte forment un ensemble complexe en construisant ensemble le récit, où fond et forme interagissent pour donner du sens. Sont valorisées la qualité esthétique et la qualité littéraire (graphisme, couleurs, rythme et richesse du texte) qui permettent des relectures sans en épuiser la richesse. On ne trouve pas dans cette sélection de livres appartenant au circuit de grande diffusion. Quelques Petit Ours Brun apparaissent, mais le fait reste exceptionnel. Les raisons invoquées sont la pauvreté de ce type de production et surtout l’affirmation d’une offre  » meilleure  » sinon différente. La reconnaissance de la littérature enfantine à travers ces albums fait partie des objectifs de « Lis avec Moi ». Une base bibliographique consensuelle est établie, mais les lectrices fonctionnent essentiellement au coup de coeur.
Comme elles aiment à le dire :  » on ne partage bien que ce qu ‘on aime « …
Cette part de subjectivité dans le choix des livres est fortement revendiquée, et la place accordée à la sensibilité de l’individu se retrouve dans la dimension relationnelle donnée aux lectures.

 » Avec Moi  » : l’accent sur la dimension relationnelle de la lecture

« L’important, dans de telles récitations, c’est que la lecture fasse appel à l’ensemble de ses composantes – c’est-à-dire un lecteur, un auditoire et un livre – , sans lesquels la séance ne serait pas complète 2 ».
Les lectures se font en individuel ou en petits groupes, et plus rarement en collectif. Un adulte, un enfant, un livre : c’est le modèle de la lecture privée, de la lecture en famille, où un adulte lit à l’enfant, lui donne à entendre un texte. Cette forme de lecture suppose une proximité physique avec les enfants, donc l’établissement d’une forme d’intimité qui s’installe avec le temps. « Lis avec Moi » tend à transposer ce modèle à l’intérieur des différents espaces publics où l’action s’installe.
L’équipe de « Lis avec Moi » intervient généralement dans les lieux où les parents des enfants sont présents. Ils sont le plus possible associés aux animations lecture, afin qu’ils voient leurs enfants manipuler les livres. La lecture à voix haute à partir d’albums est présentée comme un outil pouvant d’un même mouvement rapprocher les enfants et les parents du livre. La relation avec les parents, qui sont souvent en situation de grande précarité, se construit avec le temps, le temps qu’une confiance s’installe et facilite l’expérience avec les livres.

Une représentation heureuse de la lecture

Le discours de « Lis avec Moi » est proche de celui des bibliothèques, qui n’ont pas affaire à des lecteurs captifs. Les maîtres mots sont  » plaisir  » et  » liberté « . Les lectures sont « proposées » et jamais imposées. L’accent est mis sur la production (la lecture du texte par l’adulte) et sur l’aspect relationnel. Le plaisir et la liberté supposent ici la notion de gratuité. « Lis avec Moi » choisit de se préoccuper peu de la réception du sens (contrairement à l’école dont c’est la préoccupation principale), le principe étant de ne jamais poser de questions à l’enfant sur ce qu’il a compris de l’histoire.
L’action lecture s’inscrit dans le modèle hédoniste actuel de la lecture. Ce modèle s’est développé ces vingt dernières années sur un fonds de « crise de la lecture ». A côté d’un modèle scolaire, dit contraignant et remis en cause dans sa capacité à amener le désir de lire, on a opposé l’aspect ludique de la lecture :  » Par l’animation, on entend faire lire, faire connaître  » autrement « , on cherche à jouer sur les attitudes, à inculquer en douceur une disposition cultivée, selon de nouvelles valeurs qui répondent à l’éthos des nouvelles ■j classes moyennes : l’échange, le plaisir, la créativité’ « . Pour familiariser le petit enfant à l’objet livre et aux attitudes de lecture, ou tenter de réconcilier les plus âgés avec l’écrit par le biais de la lecture d’histoires à voix haute, « Lis avec Moi » mise sur son offre de lecture, qui doit séduire et toucher la sensibilité des enfants et des adultes par sa qualité.
Par contre, l’évolution des enfants dans leur attitude vis-à-vis du livre alimente les observations qui servent à l’évaluation de l’action. Même s’il n’y a pas de quantification possible des effets de l’action, « Lis avec Moi » se base sur ses observations de terrain et les travaux de psychiatres, psychanalystes et d’orthophonistes pour nourrir son discours1. Sont entre autres évoqués les effets de la familiarisation au livre, le développement de l’appétence des enfants pour les histoires, qui doivent leur permettre d’appréhender plus facilement le monde de l’écrit. On a donc affaire ici à une sorte de  » pédagogie invisible « , que B. Seibel définit comme  » une relation entre l’adulte et l’enfant, propre à opérer des effets moins sur la transmission des connaissances que sur l’acquisition de conduites de lecture, l’apprentissage de la lecture étant considéré comme une des dimensions du processus de personnalisation et de socialisation de l’enfant’.

Les réunions

Elles accompagnent des moments différents du projet : la mise en place, le suivi et la relance de l’action. Elles ont toujours lieu dans l’un des locaux des institutions touchées par l’action.

Les réunions de mise en place de l ‘action

La présentation générale du projet et de ses objectifs se fait en plusieurs temps : une première prise de contact réunissant les partenaires potentiels. Cette réunion d’information peut être à l’initiative de « Lis avec Moi » ou suite à la demande d’une institution (exprimée par la direction ou par un membre des équipes en place), ou d’un chef de projet. Elle permet un exposé des principes et enjeux de l’action.
A partir de cette première rencontre, une seconde réunion se tient avec les personnes intéressées. Une nouvelle présentation des objectifs et des méthodes de « Lis avec Moi » a lieu, suivie d’une discussion sur la mise en place effective du dispositif d’animation et de formation dans la structure. Elle permet de poser les grandes lignes du projet dans les lieux et de préciser quelle(s) équipe(s) seront concernées par l’action.
Une troisième rencontre est nécessaire avec l'(es) équipe(s) participant directement à l’implantation de l’action. Les modalités de l’intervention de la lectrice sont alors fixées: rythme des animations, horaires, lieux. La rencontre est plus personnelle et doit normalement permettre d’exprimer les attentes de chaque acteur par rapport à l’action lecture.
Ces réunions ont donc un rôle informatif, pratique et relationnel. C’est la première rencontre entre les acteurs du projet. Nous verrons par la suite qu’elles sont essentielles pour le bon fonctionnement de l’action : elles doivent servir à définir le cadre matériel et organisationnel, mais aussi à préciser les positions de chacun.
Elles se tiennent au cours de l’action et à la fin des séances lecture. Elles réunissent en général des responsables de « Lis avec Moi » et de l’établissement, le(s) relais, l’équipe en place et la lectrice chargée de l’animation-formation.
Elles permettent à la fois de faire le point sur ce qui s’est passé, de régler les problèmes d’organisation, de s’interroger sur les façons de faire et d’évaluer les effets de cette action.
Elles sont l’occasion d’un échange plus poussé entre les personnes, échange qui est plus ténu pendant les moments lecture, faute de temps et de disponibilité. Ces réunions permettent aux différents acteurs de donner leur avis sur ce qui a été vécu, sur la façon dont ils mènent le projet, en repérant où sont les difficultés et/ou les points qu’ils jugent positifs. Le bilan évoque les effets sur le public de l’action (en général les enfants et/ou les parents), sur l’équipe et l’établissement lui-même. Ce sont dans les réunions bilans que se décident la reconduite ou l’arrêt de l’action.
Des réunions ponctuelles sont organisées quelque temps après le départ de la lectrice pour suivre l’évolution du projet en rencontrant les relais.

Les réunions de relance de l’action

Elles ont lieu en général en début d’année scolaire, les vacances d’été ayant souvent interrompu l’action pendant les deux mois. La lectrice revient alors dans la structure pour réexpliquer le dispositif du projet, ses objectifs, et relancer la mobilisation des relais.

Les animations

Une fois les conditions de l’animation décidées en réunion, la lectrice intervient dans le lieu. Le nombre de séances a été préalablement défini en fonction du budget et des spécificités de la structure. Elles ne devraient pas dépasser douze interventions, mais les conditions ou la difficulté à trouver un relais font qu’elles sont souvent plus nombreuses.
Il est très difficile, voire impossible, de décrire une  » animation-type « . Chaque animation s’adapte au lieu dans lequel elle est inscrite, que ce soit au niveau de l’espace disponible ou au niveau des règles de fonctionnement de la structure. Cadre, publics, objectifs de l’action, présence ou absence de relais, participation ou non de l’équipe de professionnels attachés à l’établissement, tous ces éléments font la singularité de chaque animation. La seconde partie de ce rapport nous permettra de détailler quatre animations différentes.
On ne peut donc ici dégager qu’un schéma approximatif commun à toute animation : Dans un premier temps, la lectrice vient avec sa sélection de livres, et s’installe en créant un espace de lecture (nous verrons que cet espace peut s’inscrire dans des formes très diverses). Généralement, un stock de livres est constitué sur place, ou emprunté en bibliothèque par la suite. Les livres sont mis à la disposition de tous. La lectrice propose, en fonction des publics, aux enfants, aux adultes, de lire des histoires. La relation est individuelle ou en petits groupes. Les enfants peuvent prendre eux-mêmes les livres et les lire seuls ou en compagnie d’un adulte choisi. Une intervention dure en moyenne entre lh et 2h30.

Pérenniser l’action : le relais

L’objectif de « Lis avec Moi » est d’installer ces animations lecture dans la durée en formant des personnes relais. Ce relais doit être assuré par un membre de l’équipe professionnelle de l’établissement, ou, le cas échéant, par une personne extérieure (bénévole ou engagée pour cette action).
La nécessité de ce relais est maintenant affirmée très tôt, devenant aujourd’hui une condition à l’intervention. La lectrice intervient environ 12 fois sur le terrain, dont 2 ou 3 fois pour le suivi de l’action, après quelque temps d’autonomie du relais. Il a été récemment décidé qu’un relais devait être trouvé dès la 5eme ou la 6eme séance.
La lectrice doit donc mobiliser sur place une personne susceptible de reprendre l’action à son actif. Si la demande auprès de « Lis avec Moi » émane d’une personne appartenant à la structure, avec l’accord de sa direction, le problème du relais est en général vite résolu. Par contre le problème peut se poser de manière cruciale si personne sur le terrain n’est prêt ou n’a les moyens de continuer l’action sans la venue de la lectrice.
On peut distinguer quatre situations de relais :
– les lecteurs embauchés par l’institution ou la Ville pour cette fonction précise ;
– les professionnels des structures, qui assurent les animations lecture pendant leur temps et sur leur lieu de travail. Leur fonction de lecteur s’ajoute alors aux compétences professionnelles que leur reconnaît l’employeur ;
– les lecteurs bénévoles (personnes extérieures à la structure) ; et enfin les parents bénévoles. Ces derniers constituent un cas particulier. Ils sont mobilisés au sein de l’école pour devenir lecteurs-relais auprès de la classe de leurs enfants. La formation leur est proposée, et leur permet ensuite, s’ils le désirent, de continuer l’action dans les écoles, ou de faire valoir leurs compétences de lecteurs sur le marché du travail. Mais l’objectif premier poursuivi par « Lis avec Moi » en leur proposant de devenir relais est bien de les rapprocher de l’école.
La formation se répartit entre le terrain, les stages et les différents temps de réflexion organisés par « Lis avec Moi ». Les réunions de préparation, de suivi et de bilan sont également considérées par « Lis avec Moi » comme faisant partie du dispositif de formation.

La formation

Le terrain

Une majeure partie de la formation se fait donc sur le terrain. La personne formée observe la lectrice dans son travail et imite ce qui est fait. La lectrice explique au fur et à mesure sa façon de faire, les principes de la lecture à voix haute selon « Lis avec Moi » (le respect du texte, la liberté de l’enfant….). Le relais s’approprie donc des façons de faire, des façons d’être, suivant l’expression d’une lectrice :  » être lectrice, c’est un savoir-faire, mais c’est aussi un savoir-être… « . La dimension relationnelle du travail s’acquiert par l’expérience.

Formation : entre expérience et échanges

La formation de la lectrice de « Lis avec Moi » se fait sur le terrain et à travers les échanges sur les pratiques. Dans le cadre du dispositif mis en place, la lectrice va se former de façon empirique, avec les acquis de sa formation antérieure cumulés aux principes établis par « Lis avec Moi ».
Toutes les lectrices sont amenées à former des relais dans les lieux où elles interviennent, donc à inciter une prise en charge de l’action par les acteurs sur place. C’est pourquoi elles sont toujours en même temps  » formatrices « , devant transmettre une pratique dans le temps de sa mise en oeuvre. Mais elles ne sont  » lectrices- formatrices  » à part entière qu’à partir du moment où elles assurent les stages de formation. Ici aussi, leur apprentissage pour devenir formatrice est conçu comme une appropriation de savoir-faire, un mélange de mimétisme et d’invention personnelle selon leur personnalité : elles accompagnent pendant plusieurs sessions de stages une lectrice rodée aux formations, jusqu’à ce qu’elles se sentent prêtes à assumer seules l’animation des stages. Les échanges entre les lectrices lors des réunions d’équipe et des journées de réflexion alimentent les pratiques de chacune. Des bilans des actions et des stages de formation sont transmis à la direction de « Lis avec Moi » et servent à l’élaboration du rapport d’activité annuel.

Les journées de réflexion sur les pratiques

Elles sont organisées une à deux fois par an pour débattre d’un thème particulier.
Elles ont l’avantage sur les réunions d’équipe de durer toute une journée, ce qui permet des échanges plus poussés, mais le principe reste le même : à partir de quelques questions principales, les lectrices expliquent leurs expériences de terrain et confrontent leurs points de vue. Une réflexion commune s’élabore au sein des propositions exprimées.
On peut ajouter à ces journées celles organisées avec D. Fatous, comédien-metteur-en scène, sur la lecture à voix haute.

Le programme ADAPT

C’est un programme de formation organisé à l’échelle de l’ensemble de l’A.D.N.S.E.A. en 1997-98. Un groupe ADAPT comprenant six personnes de « Lis avec Moi » s’est réuni un douzaine de fois pour réfléchir au dispositif de formation du projet.
Des interventions, apportant des éléments plus théoriques sur l’évaluation de l’action et l’écriture des bilans ont été suivies par une partie de l’équipe. Ce programme a permis d’élaborer un cadre plus large de réflexion en favorisant un travail de synthèse sur plusieurs aspects de la méthodologie de « Lis avec Moi ». Ce programme est la seule source de  » formation externe  » de l’équipe de « Lis avec Moi », en dehors des formations individuelles (par ex. à Enfance et Musique) suivies dans le cadre des plans de formation continue.
L’auto-formation des lectrices repose sur un apprentissage concret, basé sur l’empirisme, la diversité des lieux d’intervention engageant à chaque fois une démarche singulière de la part des lectrices dans le cadre du projet. J.P. Boutinet parle du projet comme  » représentation opératoire  » :  » En explicitant par le langage ses intentions, le projet s ‘inscrit dans la gamme des représentations ; mixte de représentations sociales concrétisant pour une part l’imaginaire socioculturel ambiant, et de représentations cognitives cherchant à déterminer un futur réalisable, le projet est surtout assimilable à une représentation opératoire. Très certainement, ce qui marque une représentation opératoire, c ‘est sa grande détermination à vouloir inscrire dans la réalité un inédit, et en même temps son instabilité face aux contingences de l’action. Cette action dans sa rencontre avec une réalité qui va lui résister ne manquera pas d’interroger la représentation qui la guide D’où ce retour incessant sur la pratique, permettant de s’interroger sur les conditions et les effets du projet dans sa confrontation avec la réalité.

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Table des matières

INTRODUCTION 
Eléments d’un contexte social et culturel favorable
« Lis avec Moi » : la notion de projet
Le projet « Lis avec Moi » à la Pouponnière
Formulation de la problématique du stage
Eléments de méthodologie
Le choix des terrains
Les temps du stage
Sur le terrain
PRESENTATION DU PROJET  » LIS AVEC MOI  »
I IL ETAIT UNE FOIS UN PROJET 
A Historique
1 A l’origine du projet : une enquête sur la place du livre pour les tout-petits
2 Le développement du projet
B Les financements
C L’équipe de « Lis avec Moi »
D De la maternité aux maisons de retraite, une diversification des lieux d’intervention
II « LIS AVEC MOI » : LES PRINCIPES ET ENJEUX DE LA LECTURE À VOIX HAUTE
A  » Lis « 
1 Permanence du texte
2 … Mouvances des lectures
B Une conception littéraire de l’écrit
C Un outil privilégié : l’album pour enfants
D  » Avec Moi  » : l’accent sur la dimension relationnelle de la lecture
E Une représentation heureuse de la lecture
III LE DISPOSITIF DU PROJET 
A Dispositif de l’action proposée par « Lis avec Moi »
1 Les réunions
2 Les animations
3 Pérenniser l’action : le relais
4 La formation
5 Les temps de réflexion
6 Les supports d’information
B De l’intérieur : échanges autour des pratiques et auto-formation
1 Les réunions d’équipe
2 Formation : entre expérience et échanges
3 Les journées de réflexion sur les pratiques
4 Le programme ADAPT
QUATRE ACTIONS LECTURE
I PRESENTATION DES ETABLISSEMENTS
A LA POUPONNIERE
1 Public et mission générale
2 Les équipes
3 Le cadre de vie
B ACCUEIL MAMANS-BEBES
1 Un projet des services sociaux
2 Le centre social
3 L’équipe du jeudi après-midi
C LES ECOLES MATERNELLES
D LE COLLEGE
1 La section S.E.G.P.A
2 Les locaux
3 L ‘ équipe de la section S. E. G. P. A
II HISTOIRES DE LECTURES : A LA POUPONNIERE
1 Nouveau départ de l’action lecture
2 Des Pinsons et quelques Poussins
3 Le cadre des interventions lecture
B ACCUEIL
1 Un projet entre deux services
2  » Madame Livres  »
C LECTURES A L’ECOLE
1 A l’échelle d’une ville
2 Des parents lecteurs
D AU COLLEGE
1 Travailler avec les plus grands
2 Des grands aux petits
3 Les lectures du lundi
III TERRITOIRES PROFESSIONNELS
A Temps et moments de lecture : comment s’articulent les temps de lecture aux temps du lieu ?
B Le découpage des espaces
IV POSITIONNEMENTS ET RELATIONS ENTRE LES ACTEURS 
A Rôles et positionnements
B Organisateurs et relais : les pivots de l’action
1 L’organisation de l’animation lecture : aide et soutien au projet
2 Situation des relais professionnels
C Contraintes et opportunités d’un projet
LE REGARD DES PROFESSIONNELS SUR LE PROJET 
I RETOURS CRITIQUES DES PROFESSIONNELS SUR LE PROJET 
A « Lis avec Moi » : double finalité du projet
B La lecture en maternelle :  » un moment privilégié  »
C Les professionnels du collège
1 Lire… et vivre avec les élèves
2 Lire… et après ?
3 La littérature enfantine au collège
D A la Pouponnière
1 Un autre temps consacré aux enfants
2 La socialisation des enfants
E L’accueil mamans-bébés
1 Un cadre de relation différent
2 Une redécouverte des livres
II LA RENCONTRE DU PROJET LECTURE ET DES LOGIQUES PROFESSIONNELLES
A Les éducatrices de la Pouponnière  » entre lecture éducative et lecture plaisir  »
B A l’école : deux fonctions du livre
C Enjeux au collège
1 Le  » beau rôle  » de l’intervenant extérieur
2 Ouverture à la  » logique Lis avec Moi »
3 Affirmation de territoires d’intervention
D Les auxiliaires d’éducation : des relais entre deux formations
E L’autonomie du projet aux mains des acteurs professionnels
F Assistantes sociales et puéricultrices : deux appropriations différentes du projet
CONCLUSION 
Liste des annexes 
Bibliographie

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