La ponctuation : de l’objet linguistique à l’objet d’enseignement

La ponctuation : aperçu historique et développement

  Selon Nina CATACH (1997 : 32) la ponctuation, en tant que système profondément culturel, évolue et évoluera encore constamment selon la société qui l’utilise.La ponctuation n’a pas toujours existé. Il y a maintenant six mille ans que les êtres humains écrivent, et la ponctuation ne date que du IIe siècle avant Jésus-Christ. Aristophane de Byzance (257-180 av. J.-C.) et Aristarque de Samothrace (220-143 av. J.-C), conservateur de la grande bibliothèque d’Alexandrie, ont introduit les premiers signes de ponctuation dans des copies de l’Odyssée et de l’Iliade, afin d’en faciliter la compréhension (Causse, 1995 : 16 ; Catach, 1994 : 17).Le point est le premier signe qui a servi, avec le blanc, à séparer les mots. Auparavant, l’écriture était continue (Causse, 1995 : 17 ; Catach, 1994 : 12). Pendant le Moyen Âge, les scribes qui copient les manuscrits ne ponctuent pas ou ponctuent peu, et de manière fantaisiste (Causse, 1998:15). La ponctuation ne prendra son véritable essor qu’avec l’invention de l’imprimerie, au XVe siècle (les premiers livres imprimés datent de 1447). En effet, celle-ci « consacre l’usage du blanc, stimule la création de signes comme la majuscule et l’apostrophe, accélère la diffusion de l’usage de signes connus comme la virgule et le point et introduit les premiers signes de mise en page comme l’alinéa » (Simard, 1993 : 3). En 1540, Étienne Dolet, un imprimeur lyonnais, réalise et publie le premier traité de ponctuation destiné aux imprimeurs (Causse, 1998 : 186 ; Catach, 1994 : 30). Selon Causse (1998), on y trouve sept signes :
. Le point final, ou colon, qui termine la phrase ;
: Le comma, ou deux-points, qui demeure au milieu de la phrase
, La virgule, qui sépare des parties mineures ;
? Le point interrogeant ;
! Le point admiratif (ancêtre du point d’exclamation) ;
( ) Deux nouveaux signes ouvrants et fermants (ancêtres des parenthèses) ;
+ Un signe pour additionner.
Le point-virgule, pour sa part, s’appelait anciennement periodus et terminait, à l’origine, un paragraphe. C’est l’imprimeur Bembo qui l’utilise pour la première fois, en 1495, pour marquer une pause plus grande que la virgule et moins grande que le point (Causse, 1998 : 207 ; Catach, 1994 : 71). Au XVIIe siècle, son rôle consiste à séparer les différentes phases d’un raisonnement. Il n’a été reconnu officiellement qu’en 1869.Quant aux points de suspension, qui à l’origine étaient au nombre de cinq, quatre, trois ou deux, ils sont apparus au XVIIe siècle. On les a appelés points suspensifs jusqu’en 1906, date à laquelle ils sont devenus officiellement les « points de suspension ». En ce qui concerne le tiret, Catach (1994 : 75) mentionne qu’il est employé comme signe de correction dès l’Antiquité, mais elle ne précise pas comment il joue ce rôle exactement. En 1660, il fut utilisé pour la première fois pour ouvrir un dialogue (tiret unique) dans un texte allemand (Catach, 1994 : 75). Enfin, les guillemets actuels sont nés au XVIIIe siècle. Au Moyen Âge, deux virgules doubles encadraient tout passage de références ou toute idée sur laquelle on voulait attirer l’attention .

Quel est le statut d’un signe de la ponctuation?

   Le signe tel que le définit Saussure (1995 : 98) dans son Cours de linguistique générale : est l’union d’un concept, le signifié, et d’une image acoustique, le signifiant. L’image acoustique n’est pas le son matériel, « chose purement physique », mais l’empreinte psychique de ce son. « Le caractère psychique de nos images acoustiques apparaît bien quand nous observons notre propre langage. Sans remuer les lèvres ni la langue, nous pouvons nous parler à nous-mêmes ou nous réciter mentalement une pièce de vers. C’est parce que les mots de la langue sont pour nous des images acoustiques qu’il faut éviter de parler des « phonèmes » dont ils sont composés ». Tournier (1980 : 36) déclare que le signe de ponctuation est, comme le signe linguistique, constitué d’un signifiant, le ponctuant, et d’un signifié, la ponctuance. Il n’est pas sans rappeler que les signes de ponctuation sont, pour ce qui concerne le signifiant, « sans correspondance phonémique » (Tournier, 1977 : 225). De fait, comme le fait justement remarquer Dahlet (2003 : 20), on se rend bien compte qu’en cours de lecture d’un texte, les signes de ponctuation ne sont pas pourvus d’image acoustique, mais qu’ils le sont, en revanche, dès lors qu’ils entrent de fait dans le champ du signe linguistique. Lapacherie (2000 : 15) concède que les signes de ponctuation ont un signifiant (qui n’est pas une image acoustique, mais graphique), mais refuse l’idée qu’ils auraient un signifié, en vertu de l’instabilité des usages, incompatible avec la stabilité de ce dernier. S’il conteste le fait que les marques de ponctuation soient des signes, au sens saussurien du terme, il accepte en revanche la théorie stoïcienne du signe (« aliquid stat pro aliquo »), en vertu de laquelle les signes de ponctuation sontproches de l’indice peircien (Ibid. 15-17), et jouent des fonctions idéographiques (apport d’information, hiérarchisation, etc.) nécessaires à la lecture rapide du texte écrit.Anis (1988 : 245) souligne que les éléments ponctuo-typographiques constituent une catégorie de graphèmes (topogrammes) qui se distinguent des graphèmes alphabétiques (alphagrammes) en ce qu’ils sont dotés d’une valeur sémantique, sans constituer cependant des unités significatives comparables aux morphèmes. Les positions d’Arrivé (1988 : 110-113, cité par Jaffré, 1991 : 68) ne sont pas très éloignées de celles d’Anis. Il écrit que « la ponctuation constitue un appareil de facilitation de la lisibilité » et se situe « au-delà du signifiant graphique » (Ibid. : 112). S’interrogeant sur la lisibilité d’un texte dépourvu de ponctuation et sur celle d’un texte uniquement constitué de signes de ponctuation, il constate qu’une succession exclusive de signes de ponctuation permet de souligner qu’une « ponctuation sans texte » ne permet d’obtenir, dans le meilleur des cas, qu’une signification minimale (Ibid. :113). Les signes de ponctuation fonctionnent alors comme des « phrasoïdes », c’est-à-dire « des sortes de phrases » (Ibid. : 110). La relation directe qui s’établit entre le signifiant de ces signes et leur signifié leur confère le statut d’« idéogrammes phrastiques » .

Fonction rythmique

  Historiquement, le premier rôle de la ponctuation a été d’aider au chant ou à la lecture d’un texte, en indiquant à l’orateur où marquer les pauses. Cette fonction existe encore (un texte sans ponctuation serait essoufflant, même lu silencieusement), mais ne suffit plus à définir la ponctuation. Par exemple, on ne sépare habituellement pas le sujet du verbe ; toutefois, lorsque le sujet d’une phrase est relativement long, la pause que l’on ferait à l’oral est parfois rendue par une virgule à l’écrit. Exemples :
– La documentation que vous recevrez par courrier dans une semaine ou deux au plus tard vous permettra de prendre une décision éclairée. (Le sujet long peut être séparé du verbe par une virgule.)
– La documentation reçue vous permettra de prendre une décision éclairée. (Le sujet étant court, aucune virgule ne le sépare du verbe.)

Erreurs intralinguales et erreurs interlinguales

  Lorsque l’apprenant confond entre le système de sa langue et celui de la langue étrangère, les erreurs commises proviennent en général de l’interférence, sont d’ordre interlingual (ABDELLI, 2004 : 123) et on parle d’erreurs intralinguales lorsque les erreurs sont commises dans le même système, et qu’on pourrait leur trouver des explications à partir des lacunes dans le système de la langue même. Ces erreurs sont celles qui concernent directement l’acquisition de la langue étrangère.

Une définition controversée de l’objet

  D’un point de vue didactique, la ponctuation est d’une importance capitale dans le développement des compétences langagières, car elle fournit une aide précieuse à la lecture et à l’écriture (Catach, 1996). Elle doit donc être étudiée, puisqu’elle fait partie intégrante des processus complexes de lecture et d’écriture, qui sont au cœur de la scolarisation. Pour Séguy (1999, cité par JARNO-El Hilali, 2011 : 107), le savoir ponctuer n’est pas une compétence simple à développer ; il émerge plutôt d’une grande maitrise de la langue écrite en général et doit être considéré comme le résultat d’une intégration plutôt que comme un savoir-faire mécanique. Ainsi, seuls les scripteurs ayant atteint un certain niveau de compétence seraient aptes à ponctuer efficacement leurs textes.Le terme ponctuation est en soi polysémique : on peut en effet penser la ponctuation comme un ensemble fermé d’une douzaine de signes (la ponctuation au sens étroit selon Catach, 1996), mais aussi comme un ensemble plus ou moins ouvert qui empiète en quelque sorte sur le domaine de la mise en page, de la typographie. Certains auteurs traiteront ainsi les caractères gras ou italiques et le soulignement comme faisant partie de la ponctuation au sens large, alors que d’autres les en excluront. Les signes de ponctuation font l’objet d’usages divergents entre autres à cause des représentations des usagers et leur enseignement rencontre de nombreux obstacles, dont celui de déterminer, d’un point de vue didactique, une sorte de « noyau dur » qui puiserait dans les multiples domaines ayant contribué à l’étude de la ponctuation,noyau qui pourrait constituer la base d’un enseignement etd’un apprentissage efficaces.

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Table des matières

Introduction générale
1. La justification du choix de sujet et du domaine de la recherche
2. La problématique
3. Les hypothèses de recherche
4. Plan de travail
5. La méthodologie de la recherche
Chapitre 1 : La ponctuation : de l’objet linguistique à l’objet d’enseignement
1. Approche linguistique de la ponctuation
1.1. La ponctuation : aperçu historique
1.2. Quelques concepts
1.2.1. Qu’est-ce que la ponctuation ?
1.2.2. Quel est le statut du signe de ponctuation ?
1.2.3. Classement des signes de ponctuation
1.2.3.1. Le classement de Damourette
1.2.3.2. Le classement de Doppagne
1.2.3.3. Le classement de Riegel, Pellat et Rioul
1.2.3.4. Classement de Tournier, Catach et Dugas
1.2.4. Les principales fonctions de la ponctuation
1.2.4.1. Fonction syntaxique
1.2.4.2. Fonction sémantique
1.2.4.3. Fonction expressive et intonative
1.2.4.4. Fonction rythmique
1.2.5. Les règles de l’emploi des signes de ponctuation
2. L’erreur linguistique
2.1. Définition du concept
2.2. Erreur, faute, dysfonctionnement
2.3. Erreurs intralinguales et erreurs interlinguales
2.4. Approches de l’analyse d’erreurs
2.4.1. L’analyse contrastive et les interférences
2.4.1.2. L’analyse contrastive
2.4.1.3. Les interférences
2.4.2. L’analyse des erreurs
2.4.3. L’interlangue
2.4.4. La norme
3. La ponctuation comme objet de savoir scolaire
3.1. Les problèmes soulevés à propos de l’enseignement de la ponctuation
3.1.1. Complexité du domaine
3.1.2. La définition controversée de la ponctuation
3.1.3. Les conceptions différentes de la ponctuation
3.1.4. La ponctuation : un système de l’oral ? de l’écrit ? mixte ?
3.1.5. La ponctuation : un flou théorique
3.2. Le statut de l’erreur en didactique des langues
Conclusion partielle
Chapitre 2 : Le déroulement de l’enquête, analyse et interprétation des résultats
1. Description de l’enquête
2. Présentation du corpus
3. Analyse et interprétation des résultats
3.1. Analyse des réponses du questionnaire proposé aux étudiants
3.2. Analyse des réponses du questionnaire proposé aux enseignants
3.3. Analyse du texte
Synthèse des erreurs récurrentes
Conclusion partielle
Chapitre 3: Propositions, implications didactique et stratégies de remédiation
1. Définition de la remédiation
2. La séquence didactique
2.1. Définition
2.2. Les étapes de la séquence didactique
2.2.1. La mise en situation
2.2.2. La production initiale
2.2.3. Les modules ou ateliers
2.2.4. La production finale
3. Propositions didactiques
Conclusion générale
Bibliographie
Table des figures
Table des annexes
Tables des matières
Annexes
Résumé

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