La place et le rôle des femmes dans les instances 

La place et le rôle des femmes dans les instances 

LA RESPONSABILITÉ REPRÉSENTATIVE DES REPRÉSENTANTES

Ce chapitre présente les résultats portant sur la responsabilité représentative des intérêts des femmes. Pour les obtenir, nous nous sommes inspirée des travaux cités dans l’ouvrage de Tremblay (Tremblay 1999) pouvant se regrouper sous une typologie. Rappelons que Tremblay aborde la responsabilité représentative chez les députées élues à la Chambre des communes du Canada avec l’objectif de déterminer s’il y a rupture ou non entre une démarche collective inspirée du mouvement féministe et l’engagement personnel dans un projet féministe chez les députées. Pour ce faire, elle utilise plusieurs références tirées de différents travaux, qui démontrent l’existence d’une rupture entre le collectif et l’individuel. Ces références utilisées par Tremblay font ressortir une typologie qui caractérise la perception des femmes qui ont une rupture entre leurs démarches
collective et individuelle de représenter les femmes (Tremblay 1999, 72). Cette typologie regroupe trois syndromes qui servent de cadre de référence pour classifier les propos des répondantes interrogées. Cela permet de savoir s’il y a une rupture entre leur démarche collective et individuelle, mais surtout, de déterminer la perception de leur responsabilité représentative des intérêts des femmes afin de compléter leur opinion.
Nous avons ajouté un syndrome à cette typologie afin de considérer les femmes qui n’ont pas de rupture entre leur démarche collective et individuelle à l’égard des intérêts des femmes. Pour bien différencier et classifier les propos des femmes interrogées selon les syndromes, nous avons utilisé des indicateurs qui les caractérisent. Quatre indicateurs ont donc été utilisés : la conception des autres femmes, la conception de soi, l’effet positif et l’effet négatif. Dans le syndrome du « pas moi », les représentantes sont conscientes que des femmes vivent des discriminations, mais elles ne conçoivent pas faire partie de ce groupe. Cette conception de soi a pour effet positif d’agir comme autonomisation. Tandis que pour certaines représentantes, la conception des autres peut avoir pour effet négatif de critiquer ces femmes plutôt que de questionner le système social. Dans le syndrome de la «reineabeille », les représentantes critiquent les femmes qui sont victimes de discrimination parce qu’elles se considèrent justement comme des victimes. Ces représentantes se conçoivent comme étant l’unique responsable de leur succès. L’effet positif est que ces représentantes vont soutenir le mouvement féministe et vont servir de modèle aux autres femmes.
Toutefois, son effet négatif est qu’elles ne poseront pas d’actions conséquentes pour aider les femmes à améliorer leurs conditions de vie par crainte d’être étiquetées féministes et de freiner l’accès des femmes aux lieux décisionnels. Les représentantes se classifiant selon le syndrome de la « féministe discrète » ne se conçoivent pas différemment des autres femmes. Son effet positif est que les représentantes ont une opinion favorable du mouvement féministe. Cependant, elles ne posent pas d’actions conséquentes par crainte d’être étiquetées féministes s’expliquant par une vision caricaturale du féminisme volontaire ou involontaire; ce qui est aussi l’effet négatif de ce type de syndrome. Finalement, les politiciennes qui soutiennent le mouvement féministe et qui posent des actions conséquentes pour réduire les discriminations vécues par les femmes se classent dans la catégorie de « la féministe ». Voici le tableau qui résume les types de syndrome et les indicateurs qui les définissent.

Les syndromes du « pas moi » et de la « reine-abeille »

Le discours de deux femmes chevauche les syndromes du « pas moi » et de la « reineabeille » dépendamment du type d’effet qui exerce une influence sur leur perception, mais il se rapproche surtout du syndrome du « pas moi ». Celui d’une autre répondante correspond seulement à ce dernier syndrome. Cette répondante est consciente qu’il y a des discriminations vécues par des femmes. Par exemple, elle fait référence au nombre plus élevé de familles monoparentales en situation de pauvreté avec des femmes à leur tête, ainsi qu’aux difficultés pour des femmes à intégrer le marché du travail ou à être plus victimes de la pauvreté et de violence conjugale : La violence est encore très présente parce qu ‘on est une région, où il y a beaucoup de pauvreté et quand il y a de la pauvreté, souvent il y a de la violence […] C’est une ville, à mes yeux, où il y a plusieurs familles monoparentales et les femmes forcément doivent travailler, sinon elles sont sur l’aide sociale (Informatrice 03). Elle a conscience aussi d’échapper à ces formes de discrimination; cela a un effet positif d’autonomisation. Nous considérons qu’elle ne pose pas d’actions conséquentes à l’égard des intérêts des femmes, car elle n’en fait pas mention. De plus, il faut ajouter que les représentants et représentantes de cette instance se divisent les dossiers et elle mentionne ne pas avoir la tâche de s’occuper de dossiers femmes et qu’elle peut donner son avis dans les autres dossiers qui ne sont pas sous sa responsabilité, « II y en a un qui travaille sur la santé, on se partage tout le temps les dossiers. Moi je partage les dossiers de l’administration et des loisirs avec une autre femme […] Nous donnons quand même notre avis et nous discutons ensemble (Informatrice 03) ». Dans le cas des deux autres participantes, l’une d’elles ne se considère pas féministe.
Elle précise que certaines femmes sont plus féministes qu’elle. Toutefois, elle est consciente des discriminations qu’ont vécues les femmes antérieurement, « Je dirais qu ‘il y a d’autres femmes qui sont plus féministes que moi et elles ont toujours lutté pour les droits des femmes. En 2006, je pense qu’il y a une bonne partie qui est acquise […] on est chanceuses (Informatrice 04) », Elle soulève donc l’idée que des discriminations pourraient encore exister, mais elle y échapperait. Elle mentionne que les représentantes qui se sentent responsables et qui perçoivent des discriminations chez les femmes sont des féministes. Les autres représentantes qui ne sont pas féministes ne verraient possiblement pas, comme elle, que des discriminations existent : II y a déjà une bonne part réalisée, mais il y a des femmes qui ont moins de chance que nous. C ‘est sûr que tout n ‘est pas égal, mais on a quand même une certaine équité qu ‘il n ‘y avait pas avant. Peut-être que moi je le vois moins et il y en a d’autres qui le voient plus et qui voient d’autres choses que moi je voie (Informatrice 04). De plus, elle avoue ne pas soutenir le mouvement féministe dans le cadre de ses fonctions de représentantes. Elle prétend le faire d’une autre manière, tout en ne précisant pas de quelle façon elle le fait puisqu’elle mentionne ne pas percevoir l’existence de discriminations. Peut-être le ferait-elle si elle percevait une forme de discrimination chez la femme?
Son discours chevauche les deux syndromes, car il a l’effet positif du syndrome du « pas moi », c’est-à-dire qu’il agit sur elle comme un pouvoir d’autonomisation et elle ne véhicule pas l’idée de responsabiliser les femmes plutôt que de questionner le système social, c’est-à-dire l’effet négatif du syndrome de la « reine-abeille ». Aussi, elle ne perçoit pas que les femmes soient encore victimes aujourd’hui de discrimination, ce qui la classe encore une fois dans le syndrome de la « reine-abeille ». D’autre part, elle reconnaît tout de même que des femmes soutiennent le mouvement féministe pour améliorer les conditions de vie des femmes, c’est donc qu’elle reconnaît
qu’il y a encore des situations de discrimination pour les femmes. Pour l’autre répondante, son discours est davantage celui du syndrome du « pas moi » avec un effet négatif, qui la classifie aussi dans le syndrome de la « reine-abeille ». Elle est d’abord consciente que certaines formes de discriminations existent à l’égard de la femme. Toutefois, les femmes doivent, selon elle, faire leur part pour affronter leurs difficultés, c’est-à-dire que la responsabilité d’éliminer les discriminations qu’elles vivent ne relève pas seulement du système social :Les femmes doivent faire beaucoup de travail personnel On ne peut pas tout faire pour elles. Il y a des femmes qui vivent encore des situations difficiles c ‘est vrai, mais il y a une part du travail qui leur revient. Ce n ‘est pas juste la société qui va les sauver (Informatrice 02). Alors, ses propos chevauchent le syndrome du « pas moi » et celui de la « reine-abeille » en ce qui concerne l’indicateur de la conception des autres femmes. De plus, elle dit ne pas soutenir le mouvement féministe : Par exemple, on me parle beaucoup de la présence des femmes et de la représentation des intérêts des femmes parce que je suis une femme en politique.
Tout le monde veut me questionner, veut m’en parler. La journée de la femme, on voulait m’interviewer à sept heures et demie du matin. J’ai de la difficulté avec ça parce que moi je trouve que mon combat féministe, je l’ai fait il y a 30 ans à peu près, mais on dirait que ce n ‘est pas réglé. Les femmes ont encore à se battre. Moi je pensais que c ‘était fini. Il me semble que des femmes en politique, il y en a énormément, des femmes dans tous les domaines, H y en a énormément. Les femmes sont majoritaires à l’université, alors je ne sais pas pourquoi on parle encore autant de ce débat (Informatrice 02). Elle a une conception de soi qui se rapproche de l’idée qu’elle est l’unique responsable de son succès, tel que véhiculé par le syndrome de la « reine-abeille », ce qui a pour effet positif de se voir comme un modèle pour les autres femmes. Notamment, elle fait part de l’importance de l’image qu’elle projette face à la population en fonction du poste qu’elle occupe et l’idée qu’elle doit être respectable, en tant que modèle : Je me dis que je dois être un modèle, un exemple. C ‘est comme en éducation, c ‘est la même chose quand tu es éducatrice. Je pense qu ‘il faut toujours faire attention à ce que l’on dit […] Je pense qu’il faut être le plus honnête possible. Je dois être la plus franche. Je me mets des limites hautes, je ne veux pas me faire prendre en défaut (Informatrice 02). Cela a pour effet négatif de ne pas l’amener à poser des actions conséquentes pour améliorer les conditions de vie des femmes et à ne pas soutenir le mouvement féministe, ce qui peut s’expliquer par la crainte d’être étiquetée féministe pour des considérations électoralistes.

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Table des matières

Résumé
Remerciements
Table des matières
Liste des tableaux
Liste des abréviations
INTRODUCTION 
CHAPITRE 1 -Les éléments théoriques 
1.1 Le questionnement théorique sur la participation des femmes aux institutions démocratiques
1.1.1 La participation des femmes et les obstacles à leur participation
1.1.2 Le rôle de la socialisation dans les conceptions du pouvoir
1.1.3 Les stratégies pour augmenter la participation des femmes
1.2 Le cadre d’analyse
1.2.1 Les conceptions féministes de ia démocratie
1.2.1.1 La conception libérale
1.2.1.2 La conception participative
1.2.1.3 La conception plurielle
1.2.2 La responsabilité représentative
1.2.3 Les outils pour influencer le processus décisionnel
1.2.4 Les arguments pour justifier la représentation des femmes
CHAPITRE 2 – Les éléments méthodologiques 
2.1 Le cas d’étude : les femmes de la région de PAbitibi-Témiscamingue
2.1.1 Le cadre socio-économique
2.1.2 Les caractéristiques de la population féminine
2.1.3 Les instances locales et régionales
2.2 Les entrevues individuelles semi-dirigées
2.2.1 L’échantillon
2.2.2 Le déroulement des entrevues
2.2.3 Le schéma d’entrevue
2.3. L’analyse et l’interprétation des résultats
2.4 Les limites de l’étude
CHAPITRE 3 – Les conceptions de la démocratie des représentantes 
3.1 La conception de l’individu
3.2 Le type d’intérêt et le traitement des intérêts
3.2.1 La démocratie plurielle
3.2.2 La démocratie plurielle/participative
3.2.3 La démocratie libérale
CHAPITRE 4 -La responsabilité représentative des représentantes 
4.1 Les syndromes du « pas moi » et de la « reine-abeille »
4.2 Le syndrome de la « féministe discrète »
4.3 La « féministe » .
CHAPITRE 5 -Les actions mises en œuvre dans les pratiques des représentantes
5.1 Les moyens
5.1.1 Les moyens formels
5.1.2 Les moyens informels
5.2 La préparation à la décision et la prise de décision
5.3 La considération des intérêts des femmes
5.4 Les obstacles dans le processus décisionnel
CHAPITRE 6 – La place et le rôle des femmes dans les instances 
6.1 L’argument de la proportionnalité
6.2 L’argument des valeurs et des comportements particuliers
6.3 L’argument utilitaire
6.4 L’argument des intérêts et des besoins particuliers
CHAPITRE 7- La participation des représentantes aux instances de gouvernance  l’Abitibi
7.1 Les opinions des représentantes
7.1.1 La tendance libérale sans responsabilité représentative des intérêts
7.1.2 La tendance plurielle avec responsabilité représentative discrète
7.1.3 La tendance plurielle féministe
7.2 La synthèse finale
CONCLUSION 
BIBLIOGRAPHIE

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