La place de la bienveillance dans la posture de l’enseignant

La notion de bienveillance

Comment définir la bienveillance ?

Selon le dictionnaire Larousse, « la bienveillance est une disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui » . On peut ainsi envisager la bienveillance comme une façon de se comporter avec autrui qui laisse la place à l’écoute, au dialogue et au respect. Cette posture sous-entend la nécessite d’être en capacité d’accueillir les sentiments de l’autre et peut difficilement être imposée à un individu. Etre bienveillant requiert une forte dimension d’appropriation intra personnelle et de réflexion autour de cette notion. Cela ne va pas de soi, on peut imaginer de nombreux facteurs influant sur notre posture : la nature du lien relationnel avec l’interlocuteur, l’environnement, le contexte dans lequel se déroule la relation, les émotions personnelles… La bienveillance étant une disposition d’esprit, on peut imaginer qu’elle s’exprime de multiples façons et est sujette à beaucoup de subjectivité. Nous pouvons ainsi également la définir comme ce qu’elle n’est pas : la bienveillance n’est ni une forme de laxisme, ni un manque d’autorité. Jane Nelsen, psychologue américaine qui a médiatisé la discipline positive rappelle qu’entre  autoritarisme et permissivité existe une troisième voix d’éducation alliant fermeté et bienveillance . L’enseigant reste responsable de fixer et maintenir un cadre rassurant et de structurer les relations interpersonnelles dans l’espace de classe. Ce faisant, il reste détenteur d’une forme d’autorité légitime. En s’inspirant d’un tableau proposé par Angela Duckworth , nous pouvons définir différentes formes d’autorité selon deux axes : l’encouragement et l’exigence. L’attitude exigeante doit ici s’entendre au sens de fermeté et non d’intransigeance, de rigidité. On peut être à la fois souple sur les émotions et ferme sur le comportement.

Nous constatons que la bienveillance s’inscrit dans la rencontre de l’encouragement et de la fermeté sur les comportements. La bienveillance n’est ni du laxisme, ni de l’autoritarisme, et encore moins de la négligence. Une attitude encourageante et exigeante est au contraire très difficile à adopter. La bienveillance en éducation serait ainsi une attitude d’ouverture et d’écoute de l’autre, une forme d’empathie émotionnelle permettant des relations apaisées et constructives propices aux apprentissages.

Elargissement au concept de care

La notion de bienveillance dans l’éducation commence à être envisagée de façon plus globale. Ainsi, des chercheurs en sciences de l’éducation s’inspirent de la politique du care. Le terme care a une signification large et peut se traduire en français par compassion, soin attentif porté à l’autre, sollicitude, empathie, bienveillance. Ce terme est volontairement non traduit en français par les chercheurs pour éviter de le restreindre au domaine du sentiment ou du soin médicalisé. A l’origine, le care est une notion en philosophie développée notamment par David Hume et Adam Smith, elle se fonde sur les interactions empathiques, sur le souci de l’autre. Cette approche plus englobante que celle de bienveillance a été modernisée par Carol Gilligan, professeur de sciences politiques et figure du féminisme aux Etats Unis. Elle a défini le care comme une forme de “moralité des femmes” qui défend une éthique particulière et organise les rapports sociaux autour de la notion du soin apporté aux autres . Transposé dans l’environnement éducatif, le care a pour objectif d’assurer toutes les conditions de bien être nécessaires aux apprentissages et au développement du jeune individu. Mais la posture morale de l’enseignant l’oblige à un exercice d’équilibriste puisqu’il doit veiller à conserver une distance émotionnelle exemplaire.

Comment s’exprime la bienveillance ?

La bienveillance est une posture qui évolue pour s’adapter au contexte de chaque relation interpersonnelle, elle s’exprime par des messages verbaux et non verbaux (signe de tête, sourire, main sur l’épaule…). Des chercheurs ont tenté de décrire de façon structurée les comportements, attitudes, paroles relevant de la bienveillance afin de générer une prise de conscience et de donner des clés concrètes et transférables.

L’écoute active

Une forme d’attention portée à l’enfant peut être simplement de chercher à le comprendre à partir de son point de vue sans forcément l’évaluer ou le juger. Thomas Gordon a donné un nom à cette écoute empathique : l’écoute active. Elle consiste à répéter en miroir des élémentsclés exprimés par l’enfant. Dans l’écoute active, l’adulte essaie de comprendre ce que ressent l’enfant, de saisir ce que son message veut dire. Ensuite, l’adulte transforme sa compréhension dans ses propres mots et retourne le message à l’enfant pour vérification. Le plus important pour l’adulte est de transmettre son propre message « décodé » sans évaluation, sans jugement, sans conseil ni analyse. Il retourne seulement ce qu’il pense être le sens véritable du message de l’enfant. L’objectif de l’écoute active est ainsi d’aider l’autre à en dire plus, à approfondir, à mieux développer sa pensée. L’écoute active peut passer par des expressions du type :
« Tu as le sentiment d’être impuissant face à…
Tu éprouves une frustration par rapport à…
Tu ressens un malaise/de la rancune/ de la colère…
Tu penses que tu ne vas jamais y arriver/ que c’est inutile/ qu’on t’en demande trop…
Tu sembles (fâché contre)…
Tu es tellement (en colère) que tu as envie de… ».

L’écoute est un élément fondamental pour une relation fondée sur la bienveillance, savoir réellement écouter nécessite de prendre conscience des mécanismes qui entrent en jeu, ainsi être capable de reconnaître sa disponibilité à l’écoute est essentielle.

La communication non violente

L’usage d’un langage approprié est également au cœur d’une pédagogie bienveillante. Le Docteur Marshall B. Rosenberg, psychologue américain a développé un processus de communication appelé communication non violente (CNV) qui propose une méthode pour apprendre à communiquer de façon bienveillante. Le langage peut, en effet, être source de violence sans que nous y prêtions attention. La CNV permet de créer « une qualité de relation et d’empathie, avec soi et avec les autres, qui permet de satisfaire les besoins fondamentaux de chacun, de manière harmonieuse et pacifique » .

Le concept de la CNV repose sur quatre fondamentaux : observation, sentiment, besoin, demande.

Ainsi, il est important de savoir décoder (observer) ses sentiments et ses besoins afin de formuler une demande qui pourra être satisfaite. Rosenberg explique que nos sentiments découlent toujours d’un besoin insatisfait et qu’il faut donc développer notre capacité à comprendre nos sentiments et à les relier à des besoins. Ceci permet de se rendre compte que nos états émotionnels sont le fruit d’un processus personnel et permet d’éviter d’en rendre l’autre responsable. L’autre peut déclencher des sentiments en nous mais ce ne sont pas ses actes qui en sont la cause. Ce qui cause nos sentiments, c’est la façon dont nous choisissons de réagir aux actes de l’autre.

Outre l’expression de ses propres sentiments et besoins, la CNV insiste sur l’importance d’apprendre à percevoir les sentiments et besoins de l’autre, quels qu’ils soient. On rejoint ainsi l’importance de l’écoute. Ecouter permet de nouer durablement des liens empathiques et rentrer en contact va permettre d’émettre une demande claire qui ne sera pas entendue comme une exigence. « Dès l’instant où l’autre entend une exigence, il n’a que le choix de se soumettre ou de se rebeller » ce qui peut conduire à des réactions défensives pouvant déboucher sur un conflit. Etre clair et pragmatique favorise ainsi des relations apaisées et non conflictuelles.

Cette pratique de communication permet de construire un dialogue basé sur l’écoute, la compréhension et le respect. Elle permet d’apprendre à mieux se connaître et favorise l’empathie ce qui aide à construire une posture d’enseignant bienveillant. Au-delà d’une pratique, la communication non violente est un mode d’être coopératif et un outil d’introspection.

Intérêt de cette attitude dans les apprentissages : l’apport des sciences cognitives

Les recherches récentes en sciences cognitives ont pu confirmer de façon scientifique ce que certains avaient théorisés : avoir une attitude bienveillante permet de développer les compétences relationnelles, émotionnelles et intellectuelles de l’enfant.

Les théoriciens de la discipline positive

Alfred Adler (1870-1937) et Rudolf Dreikurs (1897-1972), tous deux psychiatres autrichiens ont fondé la discipline positive en postulant que chaque individu mérite respect et dignité et que l’encouragement, en se focalisant sur les forces de l’individu, permet un changement constructif de celui-ci. Ils mettent en avant les besoins essentiels de l’être humain que sont les sentiments d’appartenance et d’importance : si ces deux besoins sont satisfaits, l’individu peut s’investir pleinement dans ce qu’Adler appelle « l’intérêt social » et aller vers le meilleur de lui-même. L’élève doit être capable de gérer ses émotions, être poli, responsable, autonome, respectueux, honnête, à l’écoute, courageux… Les enseignants doivent encourager l’élève c’est-à-dire avoir une approche qui permette de le convaincre de sa capacité à progresser pour l’amener à faire évoluer son comportement.

Dreikurs notamment avait constaté que la mise en pratique des principes d’Adler nécessitait d’en comprendre le sens. Il ne suffit pas d’appliquer des techniques d’éducation, il est primordial de les accompagner de respect, de compréhension et d’encouragement. Ces théories ont été confirmées scientifiquement par les recherches sur le fonctionnement du cerveau .

Les découvertes scientifiques

Ce qui pouvait jusqu’ici se concevoir avec des théories ou de l’intuition est désormais confirmé scientifiquement, ces découvertes représentent donc une avancée considérable dans la connaissance du développement de l’enfant. Elles permettent de définir objectivement ce qu’il faudrait faire pour que tous les enfants se développent bien. Il apparaît clairement que l’environnement affectif de l’enfant joue un rôle prépondérant. La qualité et la nature des relations offertes à l’enfant vont ainsi déterminer son potentiel de développement. On sait, aujourd’hui, que le cerveau du petit enfant est très vulnérable et fragile mais qu’il est aussi extrêmement malléable durant les premières années de vie. Tout ce qu’on dit et fait avec un enfant aura de l’importance. A chaque fois que l’adulte a une attitude empathique et bienveillante, qu’il soutient, et encourage l’enfant, il aide son cerveau à se développer. Ce sont des zones du cortex préfrontal qui sont sollicitées et qui vont créer des circuits cérébraux permettant à l’enfant de développer ses capacités d’apprentissage et de savoir gérer ses émotions. De plus, l’attitude bienveillante, l’empathie, les comportements altruistes et généreux vont déclencher la production d’une hormone dans son cerveau : l’ocytocine. Cette hormone est responsable, dès la grossesse, de l’attachement entre une mère et son enfant. Elle va notamment générer chez l’enfant confiance et empathie et entraîner la production de nombreuses molécules dites du « bonheur » comme la sérotonine, l’endorphine et la dopamine. En revanche, si l’adulte exerce des violences physiques ou psychologiques sur l’enfant, le système émotionnel de ce dernier peut très rapidement se bloquer. Il se bloque suite à des violences physiques comme les fessées, mais aussi par des violences émotionnelles, comme lui hurler dessus, se moquer de lui, l’humilier, le menacer ou le punir. Il se bloquera aussi si l’enfant ne peut librement exprimer ses émotions, par exemple quand on lui interdit de pleurer ou de se mettre en colère. Un enfant a du mal à mettre des mots sur les nombreuses émotions qui le traversent. Or, toutes ses expériences émotionnelles activent des substances dans son organisme qui génèrent du stress et il va parfois essayer de s’en libérer par une agitation intense, des pleurs ou des cris. Si dans ce moment-là, on le punit alors qu’il a réellement besoin d’une présence sécurisante, l’enfant va vivre une véritable souffrance émotionnelle qui risque d’endommager son cerveau en cours de formation.

Une étude finlandaise récente nommée « The First Steps Study » montre en effet que l’attitude chaleureuse et emphatique de l’adulte est plus déterminante pour la réussite scolaire que les outils pédagogiques utilisés et même qu’un nombre restreint d’enfants par classe. La bienveillance de l’enseignant ne doit donc pas être « un supplément pédagogique optionnel sympathique et un brin farfelu ».

Que disent les instructions officielles ?

La place de la bienveillance dans les programmes 

La question de la bienveillance revient de façon récurrente dans les programmes laissant présupposer une carence en matière de bien-être. En effet, les élèves français seraient, parmi les pays de l’OCDE, ceux qui manifesteraient le plus d’anxiété au sein de l’institution scolaire . Ce sentiment de mal être à l’école serait corrélé avec la baisse systématique des résultats en français et en mathématiques et avec l’accroissement des inégalités de réussite en fonction de l’origine socio économique. Ainsi la loi de refondation de l’école de 2013 s’est construite avec l’ambition de réduire l’écart entre la promesse d’une école républicaine juste et la réalité qui s’avère toute autre. L’institution scolaire reconnaît désormais le lien entre un environnement affectif favorable et la construction du cerveau. C’est pourquoi les nouveaux programmes prennent en compte les découvertes récentes en neurosciences et mettent l’accent sur la bienveillance qui contribuerait à lutter contre le décrochage scolaire et permettrait des pratiques pédagogiques et d’évaluation motivantes et non anxiogènes pour les élèves.

Les programmes spécifiques de la maternelle stipulent que la bienveillance doit permettre à l’enfant de se sentir bien dans l’environnement scolaire. La bienveillance devrait ainsi être une posture commune à tous les intervenants en milieu scolaire afin que la personnalité de chaque enfant soit comprise dans sa complexité. Ce ne sont donc pas seulement les enseignants qui doivent adopter la bonne attitude mais également les directeurs d’école, les ASEM, les AVS, les personnels de la cantine et de l’entretien…Les programmes parlent ainsi de continuité éducative, l’objectif étant bien d’assurer une articulation homogène entre les différents temps de l’école (scolaire, restauration, périscolaire). Chacun doit contribuer par son comportement, ses paroles à rassurer l’enfant et à lui faire confiance puisque tous les acteurs de l’école rencontrent un objectif identique qui est de favoriser le bien-être de l’enfant. Cette bienveillance ne se manifeste bien sûr pas exclusivement à destination des enfants. La relation avec les parents, membres de la communauté éducative, doit revêtir le même esprit d’écoute et de confiance mutuelle. Là aussi les programmes disent clairement que le dialogue avec les familles doit être « régulier et constructif ». Les parents doivent ainsi être considérés dans leur diversité et un accueil personnalisé doit être envisagé. Il s’agira ainsi de faire preuve de davantage de compréhension, d’explicitation pour des publics éloignés du milieu scolaire. La bienveillance à l’égard des familles permet d’établir un lien de confiance indispensable pour que l’enfant prenne goût à l’école. Les programmes donnent ainsi l’exemple de l’accueil quotidien dans la classe qui permet de sécuriser l’enfant et de montrer concrètement aux parents le fonctionnement, les spécificités de l’école maternelle. Des relations apaisées peuvent aider certains parents fâchés avec l’école à renouer avec le cadre scolaire et ainsi à adopter une attitude plus positive qui encouragera et rassurera leur enfant.

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Table des matières

INTRODUCTION
1ère Partie La place de la bienveillance dans la posture de l’enseignant
1.1 La notion de bienveillance
1.1.1 Comment définir la bienveillance ?
1.1.2 Elargissement au concept de care
1.1.3 Comment s’exprime la bienveillance ?
1.1.3.1 L’écoute active
1.1.3.2 La communication non violente
1.2 Intérêt de cette attitude dans les apprentissages : l’apport des sciences cognitives
1.2.1 Les théoriciens de la discipline positive
1.2.2 Les découvertes scientifiques
1.3 Que disent les instructions officielles ?
1.3.1 La place de la bienveillance dans les programmes
1.3.2 La place de la bienveillance dans le référentiel des compétences professionnelles
1.3.3 La circulaire de rentrée 2016
1.4 Des résistances autour du concept de bienveillance
1.4.1 Un nouveau paradigme
1.4.2 Doser la bienveillance
1.4.3 Le manque de formation institutionnelle
2ème Partie Constat d’une pratique éloignée de la posture idéalisée
2.1 Observation d’enseignants
2.1.1 Une observation des pratiques
2.1.2 L’apport pour ma pratique personnelle
2.2 Auto-analyse
2.2.1 La prise en main de la classe
2.2.2 Construire une autorité éducative légitime
2.2.3 Les situations de tension
3ème partie Des pistes pour une pratique bienveillante
3.1 Un travail nécessaire d’introspection
3.1.1 La pratique de la méditation de pleine conscience
3.1.1.1 Définition de la pleine conscience
3.1.1.2 L’apport de la pleine conscience à ma pratique
3.1.2 Le journal de bord
3.2 Profiter du regard de l’autre
3.2.1 Être à l’écoute
3.2.2 Se soumettre à la critique
3.3 Rester attentive aux mécanismes inconscients
3.4 Etre bienveillante avec soi même
CONCLUSION

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