La maladie de Chagas ou trypanosomiase américaine

La maladie de Chagas ou trypanosomiase américaine

Reconnue par l’OMS (WHO) comme l’une des 17 maladies tropicales négligées (WHO, 2010), la maladie de Chagas ou trypanosomiase américaine est une maladie provoquée par l’agent étiologique Trypanosoma (Schyzotrypanum) cruzi Chagas 1909. C’est un kinétoplastidé flagellé appartenant à l’ordre des Trypanosomatidae. La contamination se fait principalement au travers du contact avec les déjections des insectes vecteurs (Triatominae, Reduviidae, Hemiptera) qui défèquent après leur repas sanguin. Le parasite est transmis lorsque les déjections sont mises en contact avec les lésions de la peau (point de piqûre inclus), les muqueuses de l’œil ou de la bouche. D’autres modes de transmission existent: transfusion sanguine, transmission orale via de la nourriture contaminée, transmission verticale ou congénitale ainsi que par la transplantation d’organes infectés.

Distribution et prévalence

La distribution de la maladie est longtemps restée limitée aux régions pauvres et rurales d’Amérique Latine là où la transmission vectorielle a lieu. Considérée comme endémique dans 22 pays d’Amérique centrale et du sud (WHO, 2002, 2010), la maladie s’est peu à peu répandue aux Etats-Unis, Canada, Australie, Japon, Espagne et Portugal où les immigrants latino américains, ne sachant pas qu’ils sont infectés peuvent causer l’infection à d’autres personnes à travers la transfusion sanguine ou d’autres modes de transmission (Schmunis, 2007) (Figure1.1).

Le nombre estimé de personnes infectées par T. cruzi en Amérique Latine décroît régulièrement depuis les années 80, de 16 à 18 millions de cas en 1991 (WHO, 1991) à 7.6 millions en 2006 (OPS, 2006). Il existe de nombreuses disparités entre les différents pays et même entre différentes régions d’un même pays. Ceci est dû aux cycles de transmission présents, et aux programmes de lutte anti-vectorielle mis en place dans chaque pays (Coura & Viñas, 2010). La prévalence dans les pays non endémiques a été estimée à environ 300 000 individus infectés aux Etats-Unis, 5 500 au Canada, 80 000 en Europe, 3000 au Japon et 1’500 en Australie (Schmunis, 2007 ; Schmunis & Yadon, 2010). En Suisse, de 1979 à 2011, 258 personnes ont été diagnostiquées positives à T. cruzi (Jackson & Chappuis, 2011) et différents systèmes de contrôles systématiques sur les femmes enceintes et les donneurs de sang d’origine latino-américaines sont en place depuis 2008 (Jackson et al. 2008, 2009). En France métropolitaine, depuis 2007, tous les donneurs de sang ayant séjourné en Amérique Centrale ou du Sud sont systématiquement dépistés (Lescure et al., 2008). Entre 2004 et 2006, 9 cas importés y ont été diagnostiqués (Lescure et al., 2008) et le nombre de donneur infecté par an est estimé à 10 pour 1.5 million, portant à 17 le nombre de dons à risque chaque année (Brouard et al., 2007).

Cycle
Le cycle de T. cruzi est complexe, avec différents stades de développement à l’intérieur de l’insecte et des mammifères hôtes décrits dans la figure 1.2. Les formes trypomastigotes métacycliques infectieuses contenues dans les déjections des triatomes pénètrent l’intérieur de l’hôte par le point de piqûre, les lésions cutanées ou les muqueuses. Elles pénètrent ensuite à l’intérieur de n’importe quelle cellule de l’hôte où elles perdent leur flagelle, se modifient en formes amastigotes et se répliquent par fission binaire protégées à l’intérieur d’une vacuole. Au bout de quelques temps, la cellule est lysée et des formes trypomastigotes métacycliques sont libérées et vont envahir de nouvelles cellules et recommencent leur cycle de multiplication. A ce moment, les formes libres peuvent être ingérées par les triatomes, durant leur repas sanguin qui dure une vingtaine de minutes. Une fois ingérés, les trypomastigotes se transforment en épimastigotes, qui se répliquent à l’intérieur du tube digestif de l’insecte. Les épimastigotes migrent ensuite dans la partie terminale du tube digestif où ils se différencient en trypomastigotes métacyliques qui sont ensuite libérés avec les déjections de l’insecte lors des repas sanguins suivants.

Pathologie
La maladie de Chagas comporte généralement deux phases, une phase aiguë où le parasite est présent dans le sang du patient et une forme indéterminée ou chronique où le parasite se multiplie à l’intérieur des cellules de l’hôte, en provoquant ou non, une pathologie dite chronique. La phase aiguë, généralement asymptomatique, est due à une charge parasitaire faible. Si des symptômes apparaissent, ce sont des fièvres, malaises, gonflement de la rate et des tissus lymphatiques, ou des signes spécifiques au point d’entrée du parasite au niveau de la peau (chagoma) ou de la muqueuse oculaire (signe de Romaña) qui sans complications majeures disparaissent au bout de deux à trois mois. Cependant, chez les enfants de moins de deux ans, les parasites peuvent migrer vers les méninges et provoquer une méningite aiguë mortelle (Pentreath, 1995). La maladie peut ensuite évoluer d’une forme indéterminée à une pathologie sérieuse dite chronique, pouvant provoquer la mort. Généralement 30 % des malades développent des pathologies chroniques cardiaques (myopathie cardiaque chronique) et 10 % des pathologies chroniques digestives (syndrome du « méga » colon) (Prata, 2001; Rassi et al., 2010,), ou mixtes. Les disparités géographiques du type de pathologie, avec une prédominance des formes digestives au centre du Brésil, au Chili contre une absence de cas digestifs au Venezuela et en Amérique centrale par exemple suggèrent des facteurs inhérents à la fois aux vecteurs présents et aux souches de parasites transmis (Andrade et al., 2002). Les malades ne développant pas de pathologie déterminées sont dits en phase indéterminée, sans complication ni symptômes, mais peuvent jouer le rôle de réservoir pour les vecteurs ou transmettre le parasite par transfusion sanguine. L’ingestion de boissons ou de nourriture contaminées par les déjections des insectes et/ou des insectes eux-mêmes sont généralement associées avec des infections massives de parasites et provoquent une situation clinique aigue et des taux de mortalité élevés (Pereira et al., 2009). Les interactions entre certains composés de la muqueuse gastrique et certaines protéines de surface (gp35/50) des parasites semblent protéger les formes métacycliques de la destruction dans l’estomac et la dégradation par la pepsine des gp90 augmente l’infectivité de certaines souches de trypanosomes (Cortez et al., 2006; Covarrubias et al., 2007; Yoshida, 2009 ; Ruiz et al., 1998, Mortara et al., 1992) et de ce fait la sévérité de la pathologie orale.

Diagnostic et traitement 

La démonstration directe de Trypanosoma cruzi dans le sang du patient ne peut se faire que lors de la phase aiguë. L’infection chronique requiert des processus de diagnostic qui impliquent la multiplication du parasite avant d’être visualisé, xénodiagnose ou mise en culture du sang du patient, mais ce sont des procédures longues à mettre en oeuvre. La détection immédiate des cas chroniques passe par la détection d’anticorps spécifiques à T. cruzi, par hémagglutination indirecte (HI), immunofluorescence indirecte (IF) ou encore d’immuno-absorbance enzymatique (ELISA). Cependant des réactions croisées peuvent intervenir chez des patients atteint de leishmaniose, malaria, toxoplasmose ou d’infection bactérienne comme la lèpre ou la tuberculose. Ainsi la confirmation du diagnostic passe par au moins deux tests positifs (Teixeira, 2006). Dans les années 1960, deux traitements ont été mis au point: le nifurtrimox (Lampit®, Bayer) et le benznidazole (Rochagan® ou Radanil®, Roche) actifs pendant la phase aiguë ou lors des réactivations (en cas d’immunosupression). Les résultats obtenus varient selon la phase de la maladie, la durée du traitement et les doses, et dépendent également de l’âge et l’origine géographique du patient. Il est obtenu généralement 60 % de guérison. L’efficacité de ces traitements durant la phase chronique reste encore peu documentée, on observe 10 à 20% de succès (Coura & de Castro, 2002). A l’heure actuelle, sans vaccin ou traitements spécifiques disponibles pour l’intervention de santé publique à grande échelle, la stratégie principale de lutte se fonde sur la prévention de la transmission par l’élimination des vecteurs domiciliés dans les habitations humaines en région endémique, ainsi que par le contrôle du sang destiné aux transfusions sanguines (Dias et al. 2002, WHO 2010).

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Table des matières

1. Introduction
1.1. La maladie de Chagas ou trypanosomiase américaine
1.1.1. Distribution et prévalence
1.1.2. Cycle
1.1.3. Pathologie
1.1.4. Diagnostic et traitement
1.2. Trypanosomes
1.2.1. Trypanosoma cruzi
1.2.2. Trypanosoma rangeli
1.3. Les Triatomes
1.3.1. Systématique, distribution et habitat
1.3.2. Dynamique de population cycle et comportement des Triatomes
1.3.3. Dispersion
1.3.4. Colonisation / Domiciliation / Domestication
1.4. Contexte spécifique de l’étude: la Maladie de Chagas en Amazonie
1.5 Le projet PLUPH
1.6 Objectifs et description de l’abordage méthodologique
2. Matériel et Méthodes
2.1. Description du site d’étude
2.2. Choix des palmiers
2.3. Stratégie des zones d’échantillonnage
2.4. Comparaison entre échantillonnages “objectif” et “effectif”
2.5. Echantillonnage des triatomes
2.6. Traitement des données de terrain
2.6.1. Statistiques et calculs d’indices
2.6.2. Images satellites
2.6.3. Classification du paysage
2.7. Identification morphologique des insectes
2.8. Détermination visuelle de l’infection par Trypanosoma cruzi et T. rangeli
2.9. Extraction ADN des insectes
2.10. Amplification ADN mitochondrial Cytochrome b
2.11. Détection moléculaire de l’infection par T. cruzi et T. rangeli
2.12. Variabilité de T. cruzi
2.13. Détection des sources d’alimentation des insectes
2.14. Visualisation des produits amplifiés et séquençage
2.15. Microsatellites et Génotypage
2.15.1. Amplification
2.15.2. Génotypage des individus
2.16. Détection de Wolbachia
2.17. Génétique des populations
2.17.1. ADN mitochondrial, cytochrome b
2.17.2. Définition des groupes d’analyse
2.17.3. Polymorphisme mitochondrial
2.17.4. Analyse démographique
2.18. Génotypage (marqueurs microsatellites)
2.18.1. Différenciation génétique entre les populations
2.18.2. AMOVA
2.18.3. Procédures d’assignation
2.18.4. Autocorrélation spatiale
2.18.5. Analyse de parenté
2.19. Autorisations
3. Résultats
Article 1
Article 2
Article 3
Article 4
4. Discussion Générale
5. Conclusion Générale

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