La maison qui brûle : psychomotricité et enfants co-victimes de violences conjugales

Observatoire des violences envers les femmes

Si ma maître de stage et les structures et équipes que j’ai découvertes cette année sont aussi sensibilisées et mobilisées contre les violences conjugales, c’est aussi du fait de leur localisation sur un secteur particulièrement actif vis à vis de cette problématique. Dans cette mesure, il me semble indispensable de présenter l’Observatoire des violences envers les femmes. Créé en 2002, l’Observatoire est pensé comme un laboratoire pour toutes sortes d’innovations autour des violences. Il est unique en France, et les dispositifs testés sur son secteur sont régulièrement mis en place par la suite dans d’autres départements. Les chiffres témoignent d’une efficacité incomparable au reste du pays, en termes de repérage et mesures prises contre les violences faites aux femmes.
Les missions de l’Observatoire peuvent être décrites en quatre catégories : observer les violences et les étudier pour rendre compte de leur ampleur ; innover et créer de nouveaux outils efficaces contre ces violences ; récolter des idées dans les législations de pays du monde entier afin de partager les bonnes pratiques et les appliquer ensuite en France (participation à des projets de loi par exemple) ; diffuser, travailler en partenariat avec de nombreux acteurs et institutions (juridiques, sociales, médicales, municipales, associatives … ) pour un changement en profondeur des mentalités, et une lutte à la fois plus efficace et à plus grande échelle.

Notions autour du développement psychomoteur ordinaire

Pour aller jusqu’au bout de ce tour du décor, il me semble nécessaire de poser ici quelques notions sur le développement psychomoteur ordinaire. Il s’agit bien de notions, d’un point de vue théorique non exhaustif, afin de pouvoir ensuite développer mon sujet de manière plus fluide. J’évoquerai ici le développement ordinaire de l’enfant sous l’angle surtout de sa relation à l’Autre, à son parent, et de son lien à son environnement. Je fais ce choix en ayant en tête que dans le cas d’un enfant co-victime de violences, et des conséquences rencontrées, ce sont ces aspects en particulier qui nous intéresseront.

Fusion initiale et préoccupation maternelle primaire

Le nouveau-né humain vient au monde dans un corps encore bien immature. Il est loin du nouveau-né équin, qui en quelques heures est debout, prêt à suivre sa mère. Le petit d’homme découvre le milieu aérien, après neuf mois de vie aquatique, avec en bagage quelques fonctions vitales, des réflexes pré-câblés, et un besoin total de soins et d’attention. Il devra être porté, tout autant physiquement que psychiquement, et soigné par un Autre, son parent, avant de pouvoir prétendre le faire lui-même. D. Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique du XXe siècle, nomme ce double portage et ce soin attentif holding et handling. Ils découlent de la capacité de la figure parentale , à lire ce bébé, dans ses besoins, dans ses demandes, et à les interpréter pour y répondre.
Une telle attention, durant les premiers temps de la vie, est rendue possible par un état de fusion du parent avec son enfant : la préoccupation maternelle primaire (Winnicott, 1956). Cet état de préoccupation est décrit comme un « stade d’hypersensibilité » (Winnicott, 1956, p.170). Cet état se prépare pendant la grossesse, et perdure quelques semaines ensuite. Il correspond à une écoute très fine, un dévouement total de la mère à son enfant. Il est précisé cependant qu’un tel stade ne peut être atteint que si la mère se porte bien, est disponible physiquement et mentalement.
Ainsi, parce que le parent porte son enfant psychiquement, dès la grossesse, parce qu’il le pense, le rêve, il est ensuite capable de percevoir chez cet enfant chaque variation, posture, cri, besoin et de s’y adapter. Il ne s’agit pas ici pour le parent d’effectuer un sans faute, seulement de s’adapter au mieux aux possibilités de l’enfant, d’être suffisamment bon.
Pendant cette phase de fusion, le parent est donc tout entier aux soins de son petit, et répond sans délai à toute demande de celui-ci. À un besoin exprimé par le petit répond sa satisfaction via le parent. Le rythme est donc binaire : besoin-satisfaction du besoin.

Délimitation des contours, apparition du contenant

Nous venons de décrire la fusion primordiale du début de vie de l’enfant, jusqu’à sa résolution progressive qui permet à l’enfant de s’individualiser. Les soins que nous avons évoqués, du parent à l’enfant, leur régularité et l’attention complète demandée pour l’adulte, ce collage permet la construction psycho-corporelle de l’enfant par un autre aspect.
La théorie du Moi-Peau, développée par le psychanalyste français D. Anzieu, s’appuie sur la peau en son sens dermatologique pour en transposer des fonctions en terme de psychisme. Trois fonctions de la peau sont ainsi reprises et appliquées au Moi-Peau.
La première est la fonction de sac, qui retient à l’intérieur le bon, le plein, la satiété, accumulés par l’allaitement, les soins, le portage. C’est également la surface limite avec le « dehors », qui le maintient à l’extérieur et donc protège le sujet, assure son intégrité. La Peau est également à la fois le lieu et le moyen primaire d’échange avec autrui. (Anzieu, 1995)
Le Moi-Peau est donc une enveloppe psychique, qui permet d’exister sans se répandre. De la même façon que la peau-derme fournit une enveloppe au corps physiologique, le Moi-Peau fournit un contenant aux pensées. Mais, si la peau-derme se met en place au cours de la grossesse, en milieu intra-utérin, comment se constitue cette peau-psychique ?
La mise en place d’une telle enveloppe est indissociable de la dyade mère-enfant déjà évoquée. Nous pouvons comprendre la fusion initiale comme une peau commune de l’enfant avec son environnement humain : la fonction d’enveloppe psychique manquant au départ à l’enfant est assurée par le parent. Et à nouveau, les aspects physiologique et psychologique s’entremêlent : dans son portage, son toucher, ses soins du corps de l’enfant, l’adulte laisse des traces, des (im)pressions. Ces dernières fournissent à l’enfant des informations tant sur son corps physique, ses limites, ses contours, son volume, que sur la façon dont son parent le porte, le pense, le rêve psychiquement. Il apprend donc en même temps les qualités de son corps physique, et ses qualités d’individu pensant et pensé via les sentiments que son parent infuse dans son toucher, dans ses soins.

Différents types de violences référencés

Si l’évocation du mot « violence » renvoie principalement aux violences physiques, parfois aux violences verbales ou psychologiques, il en existe cependant bien d’autres. Je vais dénombrer et définir ici les principales répertoriées.
L’Observatoire des violences envers les femmes a publié une brochure, pour les adolescentes et jeunes femmes, dans laquelle sont décrites différentes formes de violences. Ce document, sur « les violences et leurs conséquences » est disponible en ligne sur le site de l’Observatoire. Je vais ici m’appuyer sur les données de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), qui ajoutent deux nuances.
Parmi les violences référencées, nous trouvons les violences verbales, les violences matérielles, les violences psychiques/psychologiques, les violences physiques et les violences sexuelles. Nous retrouvons également les violences économiques et administratives. La fédération précise dans le même document que la plupart des femmes qui appellent le 3919 décrivent plusieurs types de violences. Ce numéro est le numéro national d’aide pour les femmes victimes de violences.

La stratégie de l’agresseur

Connaître le fonctionnement de l’agresseur permet de mieux déceler certains signes alarmants, et de mieux comprendre par la suite les réactions et modes de fonctionnement de leurs victimes. Beaucoup d’idées reçues circulent au sujet des violences conjugales, de leurs auteurs et de leurs victimes. En réalité, le comportement de l’agresseur est presque systématiquement similaire : il y a une stratégie de l’agresseur.
Leslie Morgan Steiner, auteure américaine féministe engagée, décrit, lors d’une conférence, la stratégie dont elle a été victime elle-même (Morgan Steiner, 2012). La première étape consiste à charmer et séduire la victime qui n’a alors aucun soupçon. L’agresseur place sa victime en position dominante, du moins le lui fait croire : elle le fascine, il veut tout savoir, il croit en elle plus qu’en n’importe qui. Pour accentuer le climat de confiance, il va jusqu’à dévoiler un secret très intime : les violences dont il a été victime enfant par exemple.
Il s’agit ensuite d’isoler sa victime. Petit à petit, l’éloigner de sa famille, son cercle intime, ses proches : toute relation qui pourrait soupçonner ou percevoir les violences. Cela peut se faire de manière insidieuse, sans ordonner : par amour, un déménagement, pour créer une vie à deux. Alors la menace de la violence est introduite, pour observer la réaction de la victime. Peu à peu, d’une menace, la première attaque frontale survient, et les excuses suivent, hors de proportions. Généralement l’émotion ou le comportement de la victime elle-même sont utilisés comme prétexte à la violence : de cette façon, la culpabilité est insidieusement inversée, et la victime se retrouve désignée comme origine de la violence qu’elle subit. À partir de là, tout prétexte est bon, la violence explose, contre une victime isolée, humiliée, dévalorisée : démunie.
E. Piet, médecin de protection maternelle et infantile et présidente du Collectif féministe contre le viol, ajoute à cette stratégie les nuances suivantes : l’agresseur choisit sa victime et lui impose le silence via des menaces, sur les enfants s’il y en a par exemple. (Sénat, 2017)
Les violences peuvent n’apparaître qu’à la nuit de noce, ou lors de la première grossesse par exemple.

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Table des matières

Introduction
I – Plantons le décor
1- Cheminement
1.1 Point de départ
1.2 En pleine (dé)construction : une rencontre
1.3 Et finalement
2- Terrain clinique du mémoire
2.1 PMIa, visite guidée
2.2 PMIb, ou l’adaptation du psychomotricien à l’œuvre
2.3 L’organigramme des PMI du secteur
2.4 Positionnement de la psychomotricienne, Isis
3 – Observatoire des violences envers les femmes
4 – Notions autour du développement psychomoteur ordinaire
4.1 Fusion initiale et préoccupation maternelle primaire
4.2 Délimitation des contours, apparition du contenant
4.3 Le corps lieu d’échanges, d'(inter)actions
4.4 Tonus, postures, axialité : ouverture sur le monde
II – Quelles violences ? Quelles victimes ?
1 – Différents types de violences référencés
2 – En quelques chiffres
3 – La stratégie de l’agresseur
III – Conséquences des violences
1 – Dans les classifications
1.1 Le sommaire à la loupe
1.2 « Enfant affecté par la souffrance relationnelle chez les parents »
1.3 « Négligence envers un enfant »
1.4 « Sévices psychologiques sur un enfant »
2 – Conséquences sur l’enfant dès la vie intra-utérine
2.1 Complications pendant la grossesse
2.2 Prématurité : facteur de risque bien connu
3- Psycho-traumatisme
3.1 Psycho-traumatisme, késako ?
3.1.1 Approche neurologique : Suzanne Robert Ouvray
3.1.2 Approche psychanalytique
3.2 Mécanismes de défense observés.
3.2.1 Mémoire traumatique
3.2.2 Dissociation
3.2.3 Stress
4 – Effets ricochet sur le développement psychomoteur
4.1 Rudy, ou le tourbillon autonome
4.2 Reprenons du début
4.2.1 Portage et premiers liens mis à mal
4.2.2 Des tensions à la rigidité
4.3 Comportements réactionnels observés chez l’enfant
4.4 Phénomène de répétition de la violence
IV – Au feu les pompiers : psychomotricité ?
1 – Repérage : un facteur à avoir en tête
1.1 Question systématique aux parents
1.2 Réaction en cas de découverte de violences
1.3 Le Violentomètre
2 – Accompagnement vers la protection
2.1 « Protéger la mère, c’est protéger l’enfant »
2.2 Travail en réseau
2.3 Guider vers les structures et démarches adaptées
3 – Accompagnement de l’enfant
3.1 Mise en sens, mise en mots
3.2 Par le dessin ou le jeu, soutenir la symbolisation
3.3 Puis aborder les symptômes résiduels
3.3.1 Le cheval : immersion dans un monde sensible et sensoriel
3.3.2 Par l’animal, (re)découverte de la relation structurante
Conclusion
Bibliographie

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