La difficulté de se construire en tant que clone,sans statut juridique ni familial bien défini

L’homme face au double : que représente le clone ?

Introduction

Le terme de reproduction est d’emblée, soulignons-le, ambigu et polysémique car il comporte deux sens. La reproduction au sens premierdu terme est la production d’un autre être vivant, ce qui jusque là s’applique au clonage, à cela près que la reproduction au sens premier est création d’un être nouveau par génération. Cette reproduction est la genèse d’un individu de la même espèce que son géniteur auquel il sera semblable, puisqu’ils seront tous deux de la même espèce. L’individu produit, généré sera également affilié à des « parents », des « géniteurs » dont il est le descendant. Ici, un être nouveau jamais produit auparavant est créé, en ce qu’il a de plus propre : en bref, dans ce qu’il a d’unique. Un être nouveau apparaît, semblable aux autres êtres de son espèce tout en en étant différent puisqu’il est avant toutunique dans ses particularités, qui sont le fruit du hasard et de la nature.
La reproduction au second sens ne désigne plus la reproduction d’une espèce, mais la création d’un être nouveau qui a déjà existé, par re-production, par production du même. Cette reproduction est en fait la création d’un équivalent fidèle à un être premier, c’est le fait de reproduire un original, d’en multiplier les exemplaires par un procédé technique, ici le clonage.
Si la reproduction au premier sens est la production d’un être vivant nouveau, fruit d’un certain hasard, semblable à l’espèce dont il est laperpétuation, la reproduction au second sens ne se limite pas aux êtres vivants puisque l’on peut alors reproduire une œuvre, un tableau, un logiciel… Au premier sens, on parlera de reproduction d’une espèce, au second sens, on parlera de droit de reproduction d’une œuvre, de reproduction réservée ou interdite d’une œuvre… Comprise en ce sens, la reproduction est réplique du même, image d’un original, copie intégrale.
Alors que la reproduction au premier sens est production d’un être nouveau n’ayant jamais existé, la reproduction au second sens est reproduction d’une chose ou d’un être déjà produit de sorte à ce qu’il paraisse de nouveau. Alors que la reproduction au sens premier se fait à l’échelle de l’espèce comme perpétuation de cette même espèce, au second sens, la reproduction se fait à l’échelle de l’individu unique, comme une nouvelle version de cet individu ou objet déjà existant. Enfin, alors même qu’il y a hasard dans le premier sens, puisque c’est alors la nature qui est à l’œuvre ; il y a choix délibéré, détermination contraire au hasard dans la reproduction comprise au second sens.
Or c’est évidemment-là, dans ce second sens-là de reproduction, que le clonage humain pose problème : en cela qu’il s’apparente à une reproduction de la nature par l’homme, une réappropriation humaine de la reproduction naturelle où les hommes échangent le hasard et l’indéfini par la détermination et le prévisible, et le semblable par l’identique. Le clonage participe bien de cette seconde définition de la reproduction puisqu’il produit un être nouveau qui existait déjà auparavant, être nouveau qui n’est donc pas dû au hasard mais à la volonté humaine de créer du même, de l’identique, une copiedu déjà existant, en somme, de créer du double.
Or Platon déjà nous mettait en garde contre le double, la dualité, l’imitation, la mimésis qu’il condamnait au nom du fait qu’elle s’oppose à ce qui est véritablement, à la vérité. Le double, la copie, le « monde double » que créent les poètes et les peintres par leur art se voit condamné par Platon car il se situe toujours du côté de l’imitation, loin du domaine de la vérité. Imaginons un peintre et un artisan qui décident de peindre un lit pour le premier, et de le construire pour le second. Le premier sera jugé par Platon comme étant le plus éloigné de la vérité en ce sens qu’il ne fait que peindre, imiterun objet, il ne fait que remplacer la vérité, le lit que l’artisan a créé par l’apparence du lit. L’artisan au contraire a créé son lit en fonction de l’Idée, de l’essence qu’il en avait, seule vérité. Le peintre, tout comme le poète, est donc un homme qui crée du double, des images qui ne sont que des faux-semblants : elles semblent être vraies, mais ne le sont pas.
Rappelons à ce propos ce qu’énonce Platon à propos du peintre Zeuxis. Ce dernier avait en effet peint des grappes de raisin si parfaites que les oiseaux cherchaient à picorer le tableau. Malheureusement pour eux, si parfaite que soit l’imitation, elle ne peut jamais être prise pour la réalité, elle n’est toujours que copie et imitation : même si la grappe de raisin est fidèle à la réalité, elle n’est pas la réalité et au final, les oiseaux ne picorent jamais une grappe de raisin, ils ne font que se cogner contre un tableau. La grappe peinte par Zeuxis est fidèle à la réalité, mais elle ne nourrit pas les oiseaux, ce que seule une véritable grappe de raisin peut faire. Cette grappe de raisin, qui vient doubler laréalité, n’est qu’un double du monde réel, mais ce double est imparfait (les raisins peints ne sont pas comestibles), alors même qu’en apparence, ils semblent frôler la perfection (les oiseaux les prennent pour vrais). Il s’agit là seulement d’un exemple qui prouve que le monde des apparences est trompeur, imparfait, quand bien même les apparences sont aussi proches de la vérité.

L’image du double dans les œuvres littéraires

L’image du double dans la littérature est souvent négative, non pas parce que le double est dévalorisé par rapport à la personne dont il est le double, mais parce que son apparition est synonyme de malheurs, de mésaventures toujours néfastes, nuisibles, désastreuses et souvent tragiques pour celui qui se voit « en double ». Cette caractéristique du double existait déjà dans les mythes ancestraux, dans lesquels le double qui rejoint la signification de l’ombre et du reflet est compris selon une polarité : il est à la fois positif et négatif, bénéfique et maléfique, bien que l’aspect négatif l’emporte souvent sur l’aspectpositif.
Le double évoque en effet la seconde nature des choses et représente souvent l’âme de l’homme puisque comme cette dernière, il n’est pas matériel et n’est donc pas sujet à la corruption du corps qu’il quitte dès que celui-ci vient à mourir, comme l’âme ou l’ombre le font. Ainsi au départ la thématique du double et de l’ombre est positive, car elle est liée à l’immortalité de l’âme qui s’échappe du corps à la mort de celui-ci. C’est d’ailleurs une pensée que l’on retrouve dans de nombreuses cultures, notamment dans les sociétés dites « primitives » comme chez le peuple Samo où le double, parfois appelé ombre, joue un rôle prédominant dans la construction de l’identité et de l’être Samo. Il y a en effet neuf éléments qui participent à la construction d’un être selon eux et parmi ces éléments figurent le mεrε, le double et le nyisile, l’ombre. Ce double est un élément positif pour les Samos car il est synonyme de ce qui est immortel dans l’homme puisqu’il est le double intérieur de l’homme qui vivra après sa mort. On retrouve d’ailleurs cette idée dans la pensée égyptienne antique dans laquelle l’être humain est cette fois constitué de sept éléments, dont quatre matériels et trois immatériels. Les éléments matériels sont ainsi le corps qui reçoit les autres composantes, comme si le corps était de la matière informe qui se voyait informé par les autres composantes comme le nom, ren, qui fait entrer le différencié, l’identité dans l’indifférencié, l’ombre visible de l’homme, shut, qui existe après sa mort et enfin le cœur, ab, siège de la pensée, de la conscience et de la mémoire, pour les matérielles. Les composantes immatérielles sont quant à elles l’akh, principe immortel, lié à la puissance créatrice, équivalent au daemonsocratique en tant qu’il est un intermédiaire entre les dieux et les hommes, le ba, énergie de communication, élément moteur, cause motrice de l’homme, et enfin,le ka, dernière composante spirituelle de l’homme qui représente son double immatériel, l’ombre de l’âme en quelque sorte. Ce double, le ka, représente la force vitale, le souffle vital de l’homme, il est « le double ésotérique de l’homme, “l’âme oiseau” » de l’homme qui quitte le corps à la mort de celui-ci :
La mort n’est qu’un état de crise pendant lequel (…) le kaquitte le corps apparent de la chair. (..)
Certes le temps (…) modifie et détruit rapidement l’apparence physique de l’homme et son comportement, mais il n’altère pas son âme.En outre, nombreux sont les peuples à avoir le même mot pour ombre et esprit comme chez les Tasmaniens, les « Indiens Algonquiens qui appellent l’âme d’un homme son ombre » ou bien encore les « Abipons qui ne possèdent que le seul mot loakalpour ombre, âme, image, écho » pour ne citer qu’eux. Le double est un élément quifait partie intégrante de l’être humain et qui peut se séparer du corps à la mort de celui-ci, dans le rêve ou bien encore par une opération magique. Mais ce double qui peut s’affranchir du corps et persister dans le temps est donc devenu un élément indispensable pour l’homme puisqu’il permet de surmonter sa mort et de garantir son immortalité.

Rappel des trames narratives des auteurs sélectionnés qui font appel au double

Tout d’abord, commençons par rappeler les histoiresoù le double apparaît, chez les auteurs que nous avons sélectionnés, pour pouvoir ensuite comprendre dans quel contexte apparaît le double, au risque sinon de ne pas pouvoir saisir le véritable sens que revêt le double.
Chez Dostoïevski, dans la nouvelle du Double, tout commence lorsque le héros, M. Goliadkine rend une visite impromptue chez son docteur, Ivanovitch, auquel il confie avoir de nombreux ennemis qui complotent contre lui, tentant de le mener à sa perte, l’empêchant de mener à bien toutes les entreprises qu’il entreprend. Ces ennemis, au départ totalement imaginaires, vont l’humilier devant Clara Olsoufievna, la femme qu’il aime secrètement, notamment lors d’une soirée dans laquelle Goliadkine se rend sans y avoir été invité, entrant presque par effraction, s’imaginantagir comme un héros alors même qu’il est la source de moquerie de tous les hôtes de la soirée. Lorsqu’il se rend compte de son échec, lorsqu’il se rend compte qu’il est éconduit devant les invités horrifiés par son attitude, il quitte la réception, désœuvré et court dans les rues de StPetersbourg, hors de lui, comme s’il n’était plus lui-même. C’est là que son double fait sa première apparition, mais Goliadkine ne le remarque même pas, obnubilé qu’il est par son propre échec, sa honte, sa rancœur envers ses ennemis dont on ne sait toujours rien. Tout se passe comme si le double naissait de l’échec, comme si Goliadkine se dédoublait dans l’échec, puisqu’en effet, à chaque fois que Goliadkine échoue, le double apparaît : que ce soit à la fin de la réception, lorsque Goliadkine court désœuvré, que ce soit lorsque Goliadkine est rejetépar son chef, par ses amis, par son valet Petrouchka. La liste de ses échecs s’allonge tandis que la présence du double se fait plus prégnante. Le double vit d’ailleurs dans le même appartement que lui, possède le même travail, porte le même nom. La présence du double d’abord vécue comme un bienfait inespéré, celui d’avoir enfin trouvé une oreille amie à qui se confier, un compagnon avec qui lutter contre ses éternels ennemis, va vite se métamorphoser en être machiavélique, ambitieux, qui se sert de Goliadkine, l’original, pour arriver à ses fins. Le double devient alors la figure même, l’incarnation de tous ses ennemis réunis, il est l’Autre persécuteur, qui va prendre sa place en tout, devant la femme qu’il aime, devant ses amis, devant son chef, au restaurant, lui faisant payer ses propres consommations que le véritable Goliadkine n’a jamais commandées, le faisant apparaître comme un être cupide. Le double apparaît alors comme le vrai tandis que ce dernier devient le faux, idée qui va pousser petit à petit Goliadkine vers la folie : alors que ce dernier, caché dans l’arrière cour de la maison de la femme qu’il aime, l’attend pour s’échapper avec elle, son double le surprend, le raille tout en invitant les autres invités présents dans la maison à faire de même. Le malheureux Goliadkine, qui ne parvient plus à s’expliquer, qui bégaie, effrayé, qui tente de lutter contre son double, est alors emporté par le docteur et mené vers un asile. Le double, heureux, extatique, savoure sa victoire et poursuit la calèche qui emmène Goliadkine en ricanant et en le conspuant.

Les réactions face au double

Puisque le double est décrit comme un être profondément mauvais, immoral, malhonnête, fourbe, à l’apparence hideuse, difforme, en bref, si tout en lui relève de la monstruosité, physique ou morale, c’est qu’il ne laisse personne indifférent et qu’il suscite partout où il apparaît des réactions vives, variéeset pour le moins significatives. Ainsi, que ce soit la personne dont le double apparaît ou que ce soit plus largement les hommes qui croisent et côtoient le double, tous réagissent avec la mêmeintensité, avec la même violence, le même émoi : ainsi, nervosité, inquiétude, angoisse d’une part ; puis répugnance, dégoût, aversion d’autre part ; et enfin désir de ruiner, renverser,détruire, terrasser, anéantir le double sont le lot commun de ceux qui rencontrent cet autre très particulier. Mais ces réactions sont symptomatiques : elles caractérisent mieux qu’une description ce que le double est, révélant le sens qu’il revêt, révélant son impact et sa portée. Il s’agira donc pour nous à travers les réactions que suscite l’apparition du double, que nous allons commencer par relever, d’interpréter, de traduire, de décrypter ces réactions afin de faire ressortir le sens propre du double.

Première réaction : déni, effroi et répugnance

La ressemblance, l’apparition du double en elle-même est toujours un fait étrange qui provoque des réactions très vives chez les personnages qui y sont confrontés : puisque le double relève du domaine du monstrueux, son apparition en relèvera tout autant, créant ainsi une vague d’effroi.
Tout d’abord, chez Dostoïevski, Goliadkine qui n’a pas encore vu le visage de son double et qui ne sait pas encore qu’il s’agit de lui, ressent tout de même sa présence comme quelque chose de profondément monstrueux, de prodigieux, d’extraordinaire qui déclenche en lui un réflexe incontrôlé, une alarme silencieuse, un instinct de méfiance qui relève presque de l’instinct de survie. Près de son double, Goliadkine est pris « d’un frisson convulsif » et recule de deux pas en un « bond instinctif ». Il n’aperçoit tout d’abord rien de particulier mais il est convaincu que quelque chose ne va pas, il sent un danger qu’il ne peut définir, ne s’attendant nullement à ce que le danger réside dans l’apparition d’un double, fait hautement fantastique dans un roman aux allures plutôt réalistes. Cette hésitation face au danger retranscrite par les « et pourtant…» successifs et entrecoupés qui lassent planer le doute, précède l’émoi que va susciter le double. En effet, lorsque le double luiadresse la parole, Goliadkine « ne saisit pas le sens de ces paroles », bien qu’il ait conscience qu’il s’agit « de quelque chose qui le concernait de très près ». Alors même qu’il est proche de son double, il perd, dans son « indicible anxiété », « son émoi » , la capacité de raisonner et ne comprend plus le monde autour de lui ni ceux qui lui parlent, comme si le surgissement du double autour de lui le faisait entrer dans une hébétude telle qu’il s’en coupe du monde.
A chaque fois que Goliadkine se trouve en présence de son double, Dostoïevski décrit ses sentiments comme relevant tous de la répugnance, de la pénibilité : « l’instant était pénible, la sensation insupportable au plus haut point », l’apparition du double étant un phénomène « inouï, monstrueux, un fait unique en son genre » , un spectacle qui n’a rien d’agréable, « une parodie, une véritable parodie et rien de plus » . L’existence du double est une « réalité guère plus séduisante » que le cauchemar que fait une nuit Goliadkine, c’est quelque chose « d’insupportable », « un supplice ».

Troisième réaction : lutte à mort contre le double

Ainsi, comme nous le résumions lorsque nous décrivions l’attitude du double ainsi que les histoires où ce dernier intervient, tout se termine toujours sur la mort du héros ou sa capitulation dans la folie. Toutefois cette mort duhéros n’est pas voulue en elle-même : si le héros meurt, c’est pour avoir tenté de se débarrasser du double. En se donnant la mort, le docteur Jekyll tente en réalité de tuer Hyde, de mettre fin à ses agissements immoraux, tout comme la mort du savant survient parce que ce dernier a tenté d’arrêter l’entreprise du double qui tendait à duper le roi et le peuple en se faisant passer pour le savant. Chacun des personnages met tout en œuvre pour mettre fin aux intrigues de leur double, essayant ainsi de retrouver leur place, leur identité, leur existence, comme si en réparant les erreurs du double, ils allaient retrouver leur identité, rétablissant une sorte d’équilibre que le double a rompu, puisqu’il est l’image de la démesure aussi bien physique que morale comme nous l’avons évoqué plus haut. Le savant d’Andersen essaie donc de retrouver son identité de véritable savant devant la fille du roi, en essayant d’empêcher son Ombre de la séduire ; le Dr Jekyll de Stevenson essaie de se racheter une conduite, en redoublant les bienfaits autour de lui, tandis que Goliadkine tente de regagner la confiance et ducrédit aux yeux de ses supérieurs et de la femme qu’il aime.
Cependant, chez ce dernier, la situation est plus complexe car Goliadkine hésite sur la conduite à tenir : tantôt il hait ce double dont ilne souhaite que la mort, tantôt il l’aime, ne souhaitant alors qu’une chose, que tous deux deviennent amis et combattent ensemble leurs ennemis qu’il croit au début être communs. Une foisl’horreur de la situation du double en partie admise, Goliadkine ne sait pas s’il doit ou non se féliciter et profiter de sa présence, il ne sait pas si ce double est un ami ou un ennemi. Ainsi, si le héros a le sentiment de ne plus exister face au double, il commence par tenter de se rapprocher du double, pour reconstruire grâce à lui l’identité qu’il a perdue. Goliadkine tente donc de devenir le confident de son double, ils sont alors inséparables, riant ensemble, partageant la même chambre, le même nom. Goliadkine réagit donc face au double comme sicelui-ci était une autre partie de luimême qu’il aurait perdue et avec qui il retrouve enfin son unité. Le premier moment de stupéfaction et d’horreur passé, le héros pense donc que le double va lui permettre de triompher de ses adversaires, qu’avec le double, tout peut s’arranger, ce dernier apparaissant comme l’être qui va permettre à Goliadkine de s’affirmer, de devenir plus fort, en bref, de devenir enfin véritablement quelqu’un. Goliadkine en effet n’est rien au départ, comme son nom l’indique, « Goliadkine » signifiant en russe «l’Homme Nu, l’Homme sans Qualité , le nouveau paria de la société, Monsieur Personne, Monsieur Rien » , et c’est le double qui va lui insuffler une consistance, un peu à la façon dont le double, l’âme sœur vient redonner son unité à l’homme qui l’a perdue, le double étant son être complémentaire. On retrouve notamment ici l’idée présente dans le discours d’Aristophane , dans le Banquet de Platon, selon laquelle l’homme est essentiellement marqué par le manque qu’il n’aura de cesse de combler. L’humanité pour Aristophane était à l’origine d’un genre androgyne, à la fois mâle et femelle, ce qui faisait d’eux des êtres forts et puissants, ce qui embarrassait les dieux. Zeus décida alors de les affaiblir en les divisant chacun en deux. Depuis ce temps, chaque être est marqué par cette séparation et regrette son autre moitié qu’il cherche afin de combler ce manque et de retrouver dans l’union, dans la fusioncette unité originelle. Les hommes ne sont donc jamais des êtres complets, ils sont à jamais marqués au contraire par l’absence d’unité que seule une âme sœur va combler, va compléter. Ledouble de Goliadkine lui permet, à lui l’homme nu qui n’est rien, de devenir quelqu’un, unêtre véritable qui ne sera plus marqué par le manque, par l’absence d’être, par sa « fêlure existentielle ».

Vers une sagesse de la peur et de la répulsion ?

Ces réactions face au double ne se limitent cependant pas seulement au domaine littéraire, elles ne sont pas pour autant seulementfictives ou romanesques. Elles ne sont pas seulement le fruit de l’imaginaire productif d’auteurs inquiets et hantés par l’apparition du double, hantise dont ils étaient loin de se douter qu’elle deviendrait un jour réalité, sous l’impulsion du progrès technique. En effet, les réactions des personnages décrits par les auteurs face à l’existence du double sont devenues réalité lorsque tout d’abord, en 1997, la brebis Dolly fut clonée, mais aussi et surtout lorsqu’ensuite, le jeudi 26 décembre 2002 fut annoncée par la secte des Raéliens la naissance du premier bébé clone humain, au nom on ne peut plus emblématique : Eve. Bien que cette annonce ne recouvrit aucune réalité, celle-ci n’ayant été qu’un coup d’éclat médiatique, il n’en reste pas moins que les réactions qui suivirent cette annonce furent extrêmement violentes et nombreuses ; cette annonce ouvrit la porte à de nombreuses questions, à des débats véhéments et emportés, amplifiés par le tapage médiatique. Les réactions face au double imaginées et décrites par les auteurs romantiques se concentrèrent, se canalisèrent et se condensèrent dans l’apparition du clone, et s’amplifièrent tant et si bien que le clone apparut comme le visage même de l’horreur. Bref, l’annonce de la création de ce clone créa une vague de réactions que l’on pourrait aujourd’hui qualifier de quelques peu excessives et démesurées, en ce, dans tous les domaines, autant parmi les scientifiques, les politiques que les philosophes.
La question que nous nous posons alors s’ancre justement dans cette excessivité des réactions, qui s’exprime autant dans leur quantité,ces réactions ayant été très nombreuses et largement véhiculées, que dans leur qualité puisqu’elles ont été très violentes et effrénées. En effet, cette excessivité semble parfois avoir tendu vers l’irrationalité, rendant l’inquiétude occasionnée par l’émergence de la possibilité de cloner des gens et l’existence d’un clone quelque peu suspecte, étrange voire elle-même inquiétante. En effet, on peut facilement admettre que les premières réactions aient été sensées, raisonnables et bienvenues puisque le clone, comme le double, touche à l’identité de l’être humain, à ce qui fait son essence, effleurant de près la peur et le fantasme que l’homme ne se prenne pour Dieu en créant des êtres artificiels à son image, dans un élan de narcissisme. Ces réactions semblent raisonnables et rationnelles car l’essence de l’homme, telle un sanctuaire sacré, aurait été violée par l’existence du clone, qui touche le propre de l’homme. Cependant, cette excessivité des réactions est quant à elle irrationnelle et semble indiquer que c’est la peur qui a dominé les réactions et les discours qui bannissent le clonage.

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Table des matières
INTRODUCTION
0.1. LE CLONAGE HUMAIN ET LES DOUBLES:LE PROBLEME DE L’IDENTITE
0.2. LE CLONAGE REPRODUCTIF HUMAIN,QU’EST-CE QUE C’EST?
PARTIE 1 – L’HOMME FACE AU DOUBLE:QUE REPRESENTE LE CLONE?
INTRODUCTION
CHAPITRE 1 – L’IMAGE DU DOUBLE DANS LES ŒUVRES LITTERAIRES
1.1. Rappel des trames narratives des auteurs sélectionnés qui font appel au double
1.2. Description physique du double
1.3. Description morale du double
CHAPITRE 2 – LES REACTIONS FACE AU DOUBLE
2.1. Première réaction : déni, effroi et répugnance
2.2. Deuxième réaction : sentiment de dépossession de soi et d’inexistence
2.3. Troisième réaction : lutte à mort contre le double
CHAPITRE 3 – VERS UNE SAGESSE DE LA PEUR ET DE LA REPULSION?
3.1. Rappel de l’affaire Eve de Clonaid et des réactions qu’elle a suscitées
3.2. Est-il bon d’avoir peur, d’être répugné par le clonage humain ? La sagesse de la répulsion
3.3. Le principe de précaution à l’épreuve
CONCLUSION
PARTIE 2 – LE CLONE,COPIE IDENTIQUE EN TOUT POINT DU CLONE?
INTRODUCTION
CHAPITRE 4 – EN QUOI LE CLONAGE POSE-T-IL PROBLEME QUANT A L’IDENTITE DU CLONE? DEFINITION DE L’IDENTITE
4.1. Identité numérique et identité qualitative
4.2. L’identité comme ipséité
4.3. Le principe d’individualisation à l’origine de l’identité personnelle
4.4. Application de ces définitions au clone
CHAPITRE 5 – L’IDENTITE COMME REPLICATION DU MEME EXISTE-T-ELLE DANS LA NATURE?
5.1. Le clone, réplique physique du cloné ?
5.2. Le clone, réplique psychique du cloné ?
CHAPITRE 6 – UN PRESUPPOSE DE TAILLE:LE DETERMINISME. L’HOMME EST-IL SES GENES OU SES CHOIX? L’HOMME,ENTRE INNE ET ACQUIS,NATURE ET CULTURE
6.1. Définition du déterminisme génétique
6.2. L’homme au croisement entre inné et acquis : quelques expériences de pensée
6.3. Enjeux nouveaux pour le clone : face au déterminisme ambiant, la liberté du clone est en jeu
CONCLUSION
PARTIE 3 – LE CLONE PRISONNIER DE SON IMAGE?
INTRODUCTION
CHAPITRE 7 – LE CLONAGE COMME REPRODUCTION ASEXUEE:L’HOMME FABRIQUE ET NON PLUS ENGENDRE
7.1. Quand la fabrication remplace l’engendrement : lafin de la loterie naturelle
7.2. … Début d’une nouvelle forme d’eugénisme ?
7.2. … ou d’une forme exacerbée de narcissisme ?
CHAPITRE 8 – LA CONSTRUCTION DE SOI A TRAVERS UN FUTUR PREDETERMINE PAR LES ATTENTES PROJETEES SUR LE CLONE EST-ELLE POSSIBLE?
8.1. Le clone, enfermé dans les attentes de son entourage
8.2. Le clone devient clone-objet : l’instrumentalisation du clone
8.3. Y a-t-il un droit moral à un futur non-déterminé ?
CHAPITRE 9 – LA DIFFICULTE DE SE CONSTRUIRE EN TANT QUE CLONE,SANS STATUT JURIDIQUE NI FAMILIAL BIEN DEFINI
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE PROJECTIVE
TABLES DES ANNEXES
GLOSSAIRE

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