La cour de récréation : entre jeux et enjeux

Julie Delalande dans La cour d’école : un lieu commun remarquable écrit « Alors que la classe est un espace contrôlé par l’enseignant, la cour est d’abord un lieu habité par les élèves. Les maitres en ont une vision globale, mais n’ont pas besoin de se l’approprier. Au contraire, les enfants vont se familiariser avec chacun de ses recoins et installer leur camp de prédilection dans l’un d’eux. ».

Professeure des écoles stagiaire à l’école maternelle Pelleport du 20ème arrondissement, exerçant dans une classe à double niveau de petits/moyens, j’ai choisi de m’intéresser à la l’organisation de la cour de récréation. Dans mon école,  dès la pré-rentrée des enseignants, plusieurs conflits sont apparus entre celles qui souhaitaient avoir le moins de service possible dehors (qui votaient donc pour un roulement des services de récréation) et celles qui mettaient en avant la sécurité des élèves avant tout quitte à être tous les matins dans la cour.

Au cours de l’année, d’autres questions se sont posées comme celle du choix des enseignantes de grande section d’interdire le ballon à leurs élèves (à l’ensemble des enfants de sexe masculin) car les conflits entre enfants à l’issue du match de football devenaient trop violents. Les élèves de petites et moyennes sections, l’après-midi, en pâtissaient donc puisque la balle, en présence des élèves de grande section, était interdite. Nous n’avons au final en équipe que très peu réfléchi aux solutions qui pouvaient se mettre en place afin que les conflits autour du ballon deviennent moins violents, que les élèves jouant au football prennent moins de place dans la cour et que le ballon puisse être utilisé autrement et pas seulement interdit. Afin de proposer une réflexion sur l’organisation de la cour de récréation et sur les répercussions que cela peut avoir sur le comportement des élèves (même au sein de la classe), j’ai choisi d’aborder le sujet avec mes élèves via le domaine « Explorer le monde » et notamment de l’item « la structuration de l’espace ». J’ai ainsi proposé à la classe de construire une maquette de la cour de récréation et de participer à un jeu d’orientation dans celle-ci. De cette manière, j’ai pu analyser les représentations que mes élèves se faisaient de cet espace et la capacité qu’ils avaient à se l’approprier. Aussi, la construction de la maquette permettra à mes élèves d’acquérir des notions qui favoriseront le processus de structuration dans l’espace. Ce dernier n’est pas inné et l’enseignante doit l’accompagner au fil de l’année. Mes élèves en amont, avaient déjà participé à des activités d’orientation dans l’espace. J’avais commencé à travailler avec eux, durant la période 2, sur des questions de repérage dans l’école et d’apprentissage de lexique spatial par le biais de petits jeux.

Cour de récréation : un lieu au sens géographique ? 

Présentation générale de la cour de récréation 

La cour de récréation de l’école où j’enseigne est grande. C’est une cour fermée qui donne sur des habitations. La cour est très verte puisqu’elle contient six grands arbres, un jardin potager et un espace le long d’un mur avec des arbres fruitiers. Dans la cour, il y a une aire de jeux contenant une toile d’araignée et un toboggan. Sous ces deux équipements il y a un sol sécurisant de couleur verte et rouge. Au sol, on trouve a de nombreux dessins, de marelles et de couloirs de course. Sur le mur du fond de la cour il y a une cage de football dessinée. En entrant directement dans la cour de récréation, il y a un pan de mur entier avec des bancs à hauteur d’enfants. La cour est donc un espace bien aménagé de l’école. Nous pouvons noter que lorsque les élèves veulent aller aux toilettes lors de la récréation, ils doivent monter un petit escalier qui les amènent à une pièce ne donnant pas sur la cour, caché des yeux de la maitresse.

L’ensemble des élèves ne se retrouvent jamais en même temps dans la cour. Le choix de l’équipe enseignante a été de ne pas trop mélanger les petites avec les grandes sections afin de laisser le maximum de liberté de circulation aux petits dans leur découverte de la cour. Au 1er service du matin, il y a donc une classe de petite section (seule classe à niveau unique de l’école) et ma classe de petits/moyens. Au 2ème service, il y a les deux classes de moyens/grands ainsi que la classe de petits grands. Au service du midi tous les moyens/grands se retrouvent dans la cour (les petites sections étant au dortoir). Lors des récréations de journées longues (lundi et jeudi), la classe des élèves de petits/moyens est du 2ème service. Les élèves de PS/MS se retrouvent toujours avec la classe de petites sections, ainsi qu’avec la classe de petits/grands. Les élèves de moyennes sections de ma classe ne retrouvent donc les autres élèves de moyennes sections qu’une dizaine de minutes le midi (entre la liaison du périscolaire et du scolaire). Ils ne connaissent donc pas ou peu les autres moyens de l’école. A l’inverse, ils connaissent et vivent l’espace de la cour surtout avec les petits de l’école, ce qui leur confère le rôle de « grands » lors de la plupart des cours de récréation.

Présentation du contexte relationnel/social de la cour 

Les moyennes sections ont donc un rapport particulier à la cour de récréation (notamment lors des matinées) puisqu’ils ne sont souvent qu’uniquement avec des petits. Cette organisation leur confère une assurance particulière, celle des élèves qui connaissent le mieux la cour, qui ont déjà leurs repères et des pratiques bien particulières, ils en connaissent les codes et les règles, contrairement aux petits qui découvrent pour la 1ère fois de leur vie l’ambiance d’une cour d’école. Les 1ères semaines ont été particulièrement difficiles. L’organisation n’était pas encore tout à fait rodée. Les petits étaient extrêmement anxieux, ce qui donnait aux moyens un rôle sécurisant à avoir. Puis au cours de la deuxième période, les petits se sont de mieux en mieux appropriés la cour et j’ai pu observer une véritable organisation dans les pratiques des enfants. Les petites sections jouent beaucoup autour du toboggan. Ils en font quasiment pendant l’intégralité du service, à l’inverse des moyens qui ont complètement délaissés cet espace. Aucun moyen ne va dans cet espace, comme si une règle disait qu’il s’agissait de l’espace des petits. Au fil des observations que j’ai pu faire, j’ai pu définir une typologie de lieux appropriés par mes élèves de MS :
• Autour des « cages de football » : quand une des enseignantes permet qu’il y ait une balle de football dans la cour de récréation, un certain nombre d’élèves moyens investissent complètement l’espace autour des cages dessinées. Une zone assez grande leur est donc réservée quand ils sont en possession de la balle. Ces élèves sont uniquement des garçons. Ils ont beaucoup de mal à autoriser des petites sections ou des élèves filles à venir dans cette zone.
• Aux extrémités de la cour de récréation : lorsqu’il n’y a pas de ballon dans la cour, les élèves de moyennes sections, se déplacent complètement différemment dans la classe. Souvent un groupe de 10 à 12 élèves de moyens composés de manière très mixte s’installe contre un mur de la récréation, derrière des arbres ou alors dans des petits « recoins » afin d’être surement assez loin de l’œil des enseignantes. Ils essayent d’échapper au regard des adultes. Leur petit groupe est toujours constitué des mêmes élèves. Ils ont souvent des discussions assez longues.
• Au centre de la cour de récréation : quand ce groupe de moyens décide de faire un jeu collectif, ils investissent complètement le centre de la cour de récréation. Ils se déplacent donc en grand groupe en courant. A ces moments là, ils jouent à des jeux d’attrape-poursuite.
• Dans les toilettes de la cour : souvent des élèves essayent délibérément de se cacher de l’œil de la personne qui surveille dans les toilettes .

Les quelques autres élèves de moyennes sections se déplacent de manière individuelle dans la cour. Certains, notamment de toute fin d’année, et donc plus proche physiquement et mentalement des petits jouent avec eux. Ils s’y sentent davantage en sécurité. Ce sont des élèves plutôt timides en grand groupe en classe. Julie Delalande explique : « Une cour se découpe ainsi en espaces distincts identifiés à des jeux particuliers : la corde à sauter sous le préau, le football au milieu, les billes au pied des arbres et les secrets derrière les buissons. Mais en arrivant à l’école, les plus jeunes doivent surtout apprendre quels sont les lieux déjà occupés par leurs aînés qu’ils ne pourront investir que quand les grands auront quitté l’établissement. Ainsi, quand ils sortent dans la cour quelques minutes avant eux, ils s’empressent de leur dérober un peu de temps dans ces espaces prisés – constitués, à la maternelle, par les structures de jeu comme le toboggan ou la cage à écureuil. » .

Les élèves agissent donc complètement sur le mode de fonctionnement de l’espace de la cour de récréation. Nous pouvons donc appeler les élèves de la cour des « acteurs spatiaux ». Le site Géoconfluences nous donne, en février 2013, une définition de ces individus : « Ensemble des agents susceptibles d’avoir, directement ou indirectement, une action sur les territoires. De l’individu à l’État et aux structures transnationales, en passant par l’entreprise, les collectivités locales, les associations, etc. Ils ont leurs représentations mentales et patrimoniales, leurs pratiques socio spatiales des territoires ; leurs intérêts, leurs objectifs et donc leurs stratégies. ». Les élèves de la cour sont donc complètement partie prenante de l’organisation de celle-ci, ce qui fait d’eux de véritables acteurs de cet espace.

Conflits liés à l’espace dans la cour de récréation

La cour de récréation est porteuse de nombreux conflits. Ces conflits entre acteurs sont très fréquents et peuvent, à certains moments, revêtir une certaine forme de violence. Durant les cours de récréation, les maitresses de l’école passent beaucoup de temps à la résolution de ces conflits. Résolutions plus qu’éphémères puisqu’ils réapparaissent bien souvent à la récréation suivante. Il est donc intéressant de réfléchir à la nature de ces conflits pour trouver un apaisement entre acteurs sur le long terme. Les conflits les plus répétitifs et les plus violents sont souvent autour d’un même enjeu : le partage de l’espace entre les élèves. Ces oppositions seraient donc de nature spatiale puisqu’elles engendreraient de véritables polémiques sur la répartition des acteurs en fonction de leur usage au sein de la cour. En effet, selon la définition d’Yann Richard un conflit : « est une opposition entre deux ou plusieurs acteurs. Il éclate lorsqu’un acteur, individuel ou collectif, a un comportement qui porte atteinte à l’intérêt d’autres acteurs. ». De plus, sa définition vient renforcer la dimension spatiale des conflits connus dans la cour de récréation de l’école : « La conflictualité, quelle que soit son échelle géographique et son intensité, entretient souvent une relation forte avec la territorialité. L’espace, approprié ou convoité, y tient souvent une place importante. ». Les élèves, acteurs de la cour, ont territorialisé leur usage. Le coin de la cour dans lequel ils ont l’habitude de jouer est toujours le même et est toujours lié à la même pratique (le coin football par exemple).

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Table des matières

Introduction
I : Cour de récréation : un lieu au sens géographique ?
1. Présentation générale de la cour de récréation
2. Présentation du contexte relationnel/social de la cour
3. Conflits liés à l’espace dans la cour de récréation
4. Conclusion
II : Comment les acteurs vivent/ se représentent ce lieu ?
1. L’espace vécu : représentations initiales des élèves de la cour de récréation
2. L’espace perçu : la maquette de la cour de récréation
3. L’espace conçu : la course d’orientation
III : Retour sur mon expérience : apports
1. Apports dans l’exercice de ma pratique personnelle
2. Apports de connaissances à mes élèves
3. Prolongements de la séquence
IV : Conclusion
V : Annexes

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