influence (s) graphique (s) : la place de chartier dans le corpus de la bande dessinée québécoise

Ce que l ‘on retient de ces recherches

Dans quel contexte théorique et méthodologique se situe notre étude? Tout d’abord, nous tenons à affirmer que notre approche n’a pas de similarité avec les ouvrages de synthèses comme The Comics ou BDQ. Travaillant sur une série, notre objectif est différent par définition. Néanmoins, notre recherche sur Onésime présente des similarités et des différences avec les textes que nous avons consultés, car nous leur empruntons une variété d’éléments méthodologiques et théoriques. Notamment, elle comporte une similarité avec Twelve-cent Archie de Bart Beaty, car on y retrouve une étude sur une série de bandes dessinées étant destinées à un public ciblé, qui n’est pas nécessairement amateur de bandes dessinées. De plus, notre étude ne cherche pas à établir en quoi la bande dessinée est une oeuvre artistique novatrice, mais bien un objet de divertissement populaire à l’ère industrielle. Toutefois, l’approche de Beat y ne s’applique pas à tous les éléments de notre cadre méthodologique. Il en va de même pour la biographie Hergé, jils de Tintin.
Si nous partageons son approche, qui met en relation l’auteur et la bande dessinée pour mieux la comprendre, notre travail ne consiste pas à faire une biographie.
Les travaux de Porret, Farré, Chope lin et Martin partagent quelques similarités avec la nôtre, notamment sur l’approche du sujet d’étude. Nous allons mettre en relation les bandes dessinées de Chartier avec leur contexte de production. Cependant, nous ne nous intéresserons pas à l’analyse des représentations dans la bande dessinée. Par exemple, Farré fait ressortir les représentations, sous forme de transpositions, de la politique et de l’actualité de la France d’Après-Guerre en traçant un parallèle entre le village des irréductibles Gaulois et la France gaulliste « lisse et consensuelle »53. Nos sujets d’étude diffèrent en ce sens que, bien qu’elles soient deux séries humoristiques populaires54, la différence des scénarios est trop grande. Les représentations de la société québécoise dans Onésime sont limitées par le format (une planche par mois environ, alors eux séries populaires certes, mais la proportion de popularité n’a rien à voir. qu’Astérix paraît sous forme de chapitres, puis d’albums). Par conséquent, il est très difficile de faire une étude sérieuse des représentations avec Onésime. Nous n’examinerons pas la richesse de cette bande dessinée du point de vue du critique littéraire, mais plutôt de 1 ‘historien. Si l’élaboration et la construction du récit ne sont pas novatrices, les aventures d’ Onésime restent quand même un cas à part dans l’ histoire de la bande dessinée québécoise. La série apparaît alors que l’on voit un léger regain de publications locales avec la loi sur la consommation qui frappe d’ interdit les «eomie books» durant la Seconde Guerre mondiale. Or, elle est l’une des seules à survivre à la fin de la guerre , pour ensuite connaître une durée de publication totalement hors du commun pour une série québécoise tout en ayant un public particulier: le monde rural québécois.
Notre intention consiste à étudier la bande dessinée Onésime comme un objet de consommation populaire qui a marqué la culture rurale québécoise. Champ d’étude, comme nous l’avons vu plus haut, qui est tout de même délaissé par les chercheurs jusqu’à maintenant, à l’exception du texte de Beaty. Cependant, notre orientation veut élargir le champ d’études sur la bande dessinée en proposant de nouveaux critères d’analyse. La bande dessinée populaire devient donc un sujet d’étude au même titre que la bande dessinée « novatrice ». Par ailleurs, faire l’histoire de la bande dessinée, c’est aussi faire l’histoire de la culture populaire. Dans cette perspective, une étude sur Onésime est d’autant plus pertinente.
Ce fait établi, nous croyons que comme objet de culture, la bande dessinée est propice à une étude approfondie. Nous croyons que les gags sont plus importants que les thèmes abordés par Chartier, dont le but premier est de faire rire le lecteur. En entrevue avec Jacinthe Boisvert, il affirme : «Je travaille le punch d’abord! [ … ] C’est ce qui m’amuse le plus, je crée des fins surprenantes pour que les gens ne s’attendent pas à ce qui va arriver. Ça, ça intéresse les gens. »56. C’est pourquoi nous allons faire une étude des dessins et des dialogues dans l’action, afin d’étudier l’utilisation des codes de la bande dessinée par Albert Chartier dans Onésime.
Pour ce faire, nous nous inspirons des différents textes que nous avons consultés. Nos cadres méthodologiques et théoriques vont être un mélange de ces textes. Les textes de Farré, Porret, Chopelin et Martin nous fournissent certains éléments méthodologiques et théoriques, en particulier l’étude de Farré dans son analyse d’Astérix chez les Goths57.
Comme lui, nous nous concentrons sur une seule série de bandes dessinées et nous voulons avec notre étude dégager les causes de son succès auprès de son public. Nous allons également utiliser certaines planches afin de les analyser plus en détail, selon une méthode inspirée de celle employée par Sébastien Farré. Cette méthode sera adaptée à notre corpus, étant donné les différences entre les deux séries étudiées. Cependant, contrairement à Michel Porret, nous n’ effectuerons pas d’étude des mentalités à travers la bande dessinée, car cela s’adapte mal à notre sujet d’étude. En revanche, nous nous en inspirerons pour tout le cadre théorique de la relation entre la société et l’oeuvre. Ce cadre théorique est pertinent, car il démontre d’une certaine manière la nature populaire de cet art de masse.
Nous nous inspirerons par ailleurs du texte de Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin.
En effet, nous pensons qu’il est essentiel de connaître l’ auteur pour mieux interpréter et analyser la bande dessinée. Nous croyons que la définition de Peeters et son cadre théorique sont plus propices à saisir la dimension culturelle de l’objet bande dessinée. De cette manière, nous sommes en mesure de mieux comprendre les choix narratifs ou graphiques et d’ étudier leur évolution. Cela nous sera possible à l’aide des entrevues menées par Jacinthe Boisvert avec l’auteur. En ce sens, mieux connaître le contexte social de production et son auteur va nous permettre d’avoir une connaissance suffisante pour étudier Onésime. Au demeurant, cela va nous permettre de comprendre l’ attrait et la popularité des « aventures» d’Onésime durant toutes ces décennies.
Pour terminer, trois autres types d’ouvrages vont nous venir en aide. Si une connaissance du contexte social aide à la compréhension, celle du contexte historique du monde de la bande dessinée fait de même. C’est pourquoi les ouvrages de synthèses consultés, comme BDQ de Michel Viau et The comics de Jerry Robinson, vont nous fournir une foule d’ informations sur l’histoire de la bande dessinée pour complémenter l’analyse.
En ce qui concerne les ouvrages de théorisation, ils nous permettent d’acquérir un vocabulaire et une base théorique fondamentale à toute analyse de la bande dessinée. Nous avons sélectionné ces ouvrages, car ce sont les plus cités dans la littérature scientifique.
L’ouvrage de Peeters se présente, pour notre travail, comme étant le plus simple et le plus utile. Toutefois, nous ne nous y limiterons pas. Les ouvrages de McCloud et Groensteen complèteront celui de Peeters. Par exemple, l’on peut penser au schéma d’analyse des traits de dessin de McCloud. Ainsi, ces textes vont nous permettre de faire une analyse des codes graphiques de la bande dessinée de Chartier. Par codes, nous sous-entendons ici une étude des composantes graphiques narrative, de l’utilisation de toute forme de textes et des liens qui les unissent. Nous n’utiliserons pas un cadre théorique identique à ceux de ces travaux. TI s’ agira pour nous d’utiliser la variété d’ informations et théories sur la bande dessinée par ces trois auteurs afin de faire notre propre analyse. Cela s’ applique aussi à l’ouvrage de Will Eisner. Dans Expressive anatomy, Eisner présente un ensemble de théories permettant de comprendre l’utilisation de l’anatomie pour créer et véhiculer de l’émotion aux lecteurs. C’ est pourquoi cet ouvrage va servir de complément théorique aux textes de McCloud, Groensteen et Peeters.
Notre étude sur Onésime n’est pas la première. En effet, comme nous avons vu, le mémoire en communication de Jacinthe Boisvert a ouvert le chemin. Or, beaucoup de travail reste à faire. En plus de ne pas avoir eu accès à toutes les planches de la série, l’auteure concentre davantage son attention sur les thèmes afin de démontrer qu’ Onésime est la chronique d’une société en mutation. Étant la première à se pencher sur cette bande dessinée de la sorte, son travail est davantage un défrichement qu’une analyse approfondie.

Albert Chartier et Onésime

Albert Chartier est né le 12 juin 1912 sur le Plateau Mont-Royal, près du parc Lafontainéo. Après des études au Collège du Mont-St-Louis, il entreprend en 1932 des études à l’École des Beaux-arts de Montréal, des cours de dessins techniques à la Barnes School de Montréal ainsi que des cours par correspondance à la Meyer Both Institute de Chicago la même annéél . Avec la fin de ses études à l’École des Beaux-Arts en 1936, il fait paraître une première série de bandes dessinées, Bouboule, en collaboration avec René O. Boivin. Publiée dans La Patrie, cette série est interrompue le 21 mars 1937, car elle est jugée trop «sexy» par la rédaction. Tout en continuant d’être illustrateur pigiste pour divers journaux et périodiques, Albert Chartier et son ami Marcel Tessier vont s’inspirer du magazine américain The New Yorker et lancer le magazine Cancan en novembre 1937.Il s’agit d’un illustré luxueux qui sera publié jusqu’en février 193963.
Puis, en 1940, surviennent plusieurs moments importants dans sa vie. En plus de terminer ses cours par correspondance au Meyer Both Institute, il se marie en février et déménage, sans aucun contrat, à New York en mai avec sa nouvelle épouse. Ces deux années à New York vont lui permettre de développer son habileté au dessin, grâce notamment à quelques contacts de pigiste pour Big Shot comics de la Columbia Comics Corporation, mais aussi à des travaux de caricatures dans Central Park65 . La Seconde Guerre mondiale va toutefois court-circuiter ses plans et Chartier doit revenir au Canada en 1941 , où il va continuer à faire de l’ illustration en tant que pigiste pour le journal Le Samedi, le Week-end magazine, le Montreal Star, Radio-monde, mais aussi pour des textes de Claude-Henri Grignon66 et de Gabrielle Roy pour le Bulletin des agriculteurs67 . Puis, la rédaction du Bulletin lui offre de créer une bande dessinée originale en lui donnant carte blanche. C’est ainsi que Chartier proposera Onésime, son oeuvre la plus connue. Aussi, il va choisir d’ établir ses personnages à Saint-Jean-de-Matha dans Lanaudière, y ayant passé ses vacances scolaires avec son père dans sa jeunesse. Chartier y déménagera en 1951 avec sa femme. Cette même année il lance la publication, toujours dans le Bulletin des agriculteurs, d’une nouvelle bande dessinée, Séraphin, en collaboration avec ClaudeHenri Grignon. La série va s’arrêter en 1967 avec la mort de Grignon.

MÉTHODOLOGIE RETENUE

Le corpus des 698 planches d’ Onésime forme le noyau de nos sources. Comme énoncé précédemment, il n’existe toujours pas à ce jour une collection intégrale de la bande dessinée de Chartier. Sachant que les planches originales ont été soit vendues,jetées ou perdues, nous n’avons que peu d’options devant nous : il faudra consulter les archives du Bulletin des agriculteurs.
Il se trouve que la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a numérisé tous les numéros du Bulletin de 1918 à 2005. Par conséquent, nous serons en mesure d’avoir accès à des reproductions des planches d’Onésime avec cette collection.
Toutes les planches seront lues et catégorisées. Nous y reviendrons plus tard. Nous avons également consulté l’ intégrale de la bande Séraphin illustré, dessinée par Chartier en collaboration avec Claude-Henri Grignon, ainsi que le recueil Une piquante petite brunette, rassemblant un grand nombre de tentatives de produire d’autres bandes dessinées ou «strips ». Toutefois, le corpus des planches d’Onésime est le seul qui fera l’objet de l’analyse, le reste servant à mieux connaître et comprendre le cheminement d’Albert Chartier comme bédéiste.
Notre étude étant une analyse des codes de la bande dessinée utilisée par Chartier dans Onésime, il nous parait essentiel de consulter toutes les planches, afin d’avoir un portrait global. Cependant, le grand nombre de planches fait que nous ne pouvons pas toutes les analyser. C’est pourquoi une sélection sera faite. Nous allons faire un échantillonnage de planches représentant toutes les époques de la publication. Notre échantillonnage comprend les années 1943-1944, 1954, 1964, 1974, 1984 et 1994. Nous avons décidé de prendre les années se terminant par un quatre, car c’est cet échantillonnage qui nous permet de toucher le plus de décennies possible. La bande dessinée débute dans le Bulletin des agriculteurs en novembre 1943 et la dernière planche originale est publiée en mars 1995. Ce choix nous permet d’avoir un meilleur portrait de l’évolution de la bande dessinée et nous avons ajouté les deux planches de 1943 afin d’avoir toutes les premières planches dessinées par Chartier. Au total, cela fait 80 planches. En plus de voir l’évolution du dessin dans le temps, cela nous permettra d’examiner les transformations des codes utilisés par Chartier.

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Table des matières

RÉSUMÉ 
AVANT-PROPOS 
TABLE DES MATIÈRES 
INTRODUCTION 
CHAPITRE 1
COMMENT ANALYSER LES (MÉS)AVENTURES D’ONÉSIME ?
1.1 L’ÉMERGENCE DE LA BANDE DESSINÉE AUX ÉTATS-UNIS ET AU QUÉBEC
1.2 CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE
1.2.1 Ouvrages théoriques et méthodologiques
1.2.2 Albert Chartier et Onésime
1.3 MÉTHODOLOGIE RETENUE
CHAPITRE 2 
DE CASE EN CASE : ANALYSE DES CODES NARRATIFS ET DU GRAPHISME D’ONÉSIME
2.1 INFLUENCE (S) GRAPHIQUE (S) : LA PLACE DE CHARTIER DANS LE CORPUS DE LA BANDE DESSINÉE QUÉBÉCOISE
2.2 NARRATION GRAPHIQUE: ÉTUDE DES CODES NARRATIFS DANS ONÉSIME
2.3 AU COEUR DE LA VIGNETTE: PERSONNAGES, EXPRESSIONS ET ANATOMIE À TRAVERS LE TEMPS
CHAPITRE 3 
DU BRUIT ET DES PAROLES DANS ONÉSIME 
3.1 L’ONOMATOPÉE: ENTRE DESSIN ET TEXTE
3.2 UN CADRE DANS UN CADRE: LE PHYLACTÈRE
3.3 « TORPINOUCHE ! », « TORBRÛLE 1 » : LES TEXTES, LES PARTICULARITÉS DU VOCABULAIRE ET SES TRANSFORMATIONS
CONCLUSION GÉNÉRALE
BIBLIOGRAPHIE

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