Influence des facteurs écologiques sur l’expression de la socialité

Socialité et phylogenèse 

La phylogenèse est la reconstruction de l’histoire évolutive des espèces.
Certains auteurs, parmi lesquels Espinas (1935), Allee (1938) et Goldberg (1998), considèrent qu’il existe une phylogenèse sociale au niveau du monde animal dans son entier. Ainsi, le caractère social ne serait pas apparu de manière accidentelle, mais en réponse à certaines contraintes.
Par ailleurs, les interactions sociales sont répandues de manière inégale dans les différents embranchements, et leur caractère évolutif est irrégulier (Jarman et Rossiter, 1994). En effet, il n’existe aucun lien de parenté direct entre les sociétés d’insectes et les sociétés de vertébrés ; un groupe zoologique acquiert sa propre socialité sans rapport avec les autres groupes.
La socialité n’est donc pas répandue de façon uniforme dans le règne animal ; elle n’existe ni chez toutes les espèces, ni dans tous les groupes. Elle est un caractère dérivé et non pas hérité. Fedigan, écrivait d’ ailleurs en 1982 :
« Le comportement a rarement fait l’objet d’une étude systématique à ce point de vue. Pourtant, le comportement social, en particulier, nous offre une occasion unique, car, du fait de la nécessité de l’isolement pour la reproduction, l’accent est généralement mis sur la diversité. Cela veut dire que l’organisation sociale d’espèces apparentées a divergé très rapidement, ce qui fait que des espèces très proches […] présentent un large éventail de phénomènes. » (Fedigan, 1982, p154).
En outre, les causes évolutives de la socialité, et les traits d’histoire de vie de l’espèce permettent d’expliquer en partie l’expression différentielle des comportements sociaux observés.

a) Les causes évolutives de la socialité:

L’apparition de la coopération dans le règne animal est considérée comme une transition majeure de l’évolution, puisqu’elle a contribué elle-même, en fonction de son degré de complexité, à l’émergence du caractère social (Aron, 2005). Elle est présente dans différents groupes zoologiques et se manifeste par de simples effets de groupe jusqu’à la manifestation de comportements altruistes par lesquels certains individus sacrifient leur vie au bénéfice d’autres individus du groupe. La sociobiologie utilise trois concepts pour justifier l’évolution de la coopération chez les animaux : les bénéfices associés au mutualisme, la sélection de parentèle et la réciprocité.

Le mutualisme : Il s’agit d’une coopération à bénéfice immédiat pour les protagonistes. Ensemble, les individus additionnent leurs forces pour se défendre contre des prédateurs et/ou accéder à des ressources qu’ils ne peuvent se procurer seuls. C’est la forme de coopération la plus répandue. La chasse coopérative est un bon exemple. Elle concerne trois familles de carnivores terrestres (Aron et Passera, 2000) : les félidés (notamment les lions), les hyénidés (hyènes tachetées), et les canidés (loups et lycaons). Ce type de chasse leur permet de capturer des
proies dix fois plus volumineuses que s’ils chassaient seuls. Cette évolution convergente de la coopération dans des groupes de carnivores différents phylogénétiquement suggère qu’elle est une adaptation permettant la capture de grandes proies.
De plus, plusieurs travaux consacrés à la chasse collective chez les lions et les lycaons ont montré que la quantité de nourriture ingérée par individu et par jour était largement supérieure lors de captures collectives, que lors de chasses solitaires (Packer et al., 1990).
De même, la protection de la proie attrapée est mieux assurée par les groupes d’effectifs élevés. Les lycaons, par exemple, coopèrent à la mise à mort de la proie et dans sa défense à l’égard des compétiteurs comme les hyènes.

La sélection de parentèle (« kin selection ») et la réciprocité : Ces deux concepts reposent sur le principe de l’égoïsme génétique (Dawkins, 1976) et expliquent l’évolution d’actes altruistes: les comportements altruistes procurent en réalité un bénéfice direct ou indirect à leurs auteurs, en dépit des apparences. La sélection de parentèle, théorie initialement exposée par Hamilton (1964), explique que les interactions altruistes sont envisageables entre individus présentant un minimum de corrélation génétique, c’est-à-dire apparentés, pourvu que le coût de l’acte altruiste soit inférieur aux gains reproductifs qu’il procure au bénéficiaire. L’hypothèse est le suivante : supposons qu’un comportement altruiste soit codé par un seul gène et qu’un individu a, exprime ce comportement altruiste envers un autre individu, b. Ce dernier profite d’un bénéfice B, alors que a se voit infliger un coût C, qui correspond à une réduction du nombre de copies du gène altruiste dans sa descendance. (En fait, coûts et bénéfices correspondent à la réduction et à l’augmentation du nombre de descendants produits respectivement par l’altruiste et par le bénéficiaire de l’acte). Mais si a et b présentent un certain degré de parenté, il est alors probable que b soit porteur du gène de l’altruisme. La sélection naturelle favorisera donc le comportement altruiste d’autant plus que la corrélation génétique entre les deux individus est grande et que le coût de l’acte altruiste est inférieur au bénéfice corrélé au degré de parenté. En termes plus simples, ceci se traduit par l’équation suivante : Ca < Bb x R(a-b)
Où C est le coût subi par le gène altruiste, B le bénéfice dont jouit le destinataire et R, la corrélation génétique entre les individus, qui correspond à la probabilité que le destinataire de l’acte altruiste porte aussi le gène de l’altruisme.
Les interactions altruistes sont donc envisageables entre individus présentant un minimum de corrélation génétique, et donc apparentés, pourvu que le coût de l’acte soit inférieur aux gains reproductifs qu’il procure au bénéficiaire.
La sélection naturelle ne fait pas la distinction entre des gènes transmis par filiation directe et ceux transmis indirectement par les individus apparentés ; le succès reproductif global d’un individu (inclusive fitness) correspond alors à la somme de son succès reproductif direct et du bénéfice génétique qu’il peut tirer de la reproduction d’un parent (Aron et Passera, 2000).
Ainsi, l’existence de comportements altruistes entre individus apparentés semble logique, puisqu’elle représente un avantage évolutif – certes indirect – pour l’auteur d’actes altruistes (d’autant plus que son degré de parenté avec le bénéficiaire est élevé).

b) Avantages adaptatifs procurés par la vie en société:

En plus des facteurs génétiques, les sociobiologistes justifient le maintien de la socialité par les bénéfices qu’elle procure au groupe.
La vie de groupe permet aussi le développement de certains comportements bénéfiques,comme l’investissement parental, par exemple. Les études de Caro (1994) ont montré parexemple, que chez les guépards, les jeunes tirent au moins trois avantages de la vie de familleet de l’élevage communautaire :
– les plus petits (âgés de moins de 6 mois) bénéficient du comportement anti-prédateur de la mère, de sa vigilance et de la nourriture qu’elle leur offre (lait et proies qu’elle chasse pour eux) ;
– ceux qui sont un peu plus âgés (âgés de 6 à 12 mois) profitent de sa vigilance et de son habileté pour apprendre à chasser et à se défendre ;
– enfin, les « adolescents » (âgés de 12 à 18 mois) bénéficient de l’approvisionnement commun par le groupe de mères.

Pour Giraldeau (2005), la vie en société permet aux animaux de communiquer par inadvertance en observant le comportement des congénères, sans que ceux-ci émettent des signaux précis. Les membres du groupe bénéficient alors d’une « information publique ». Ce phénomène est davantage développé chez les espèces les plus évoluées. Un exemple célèbre est celui de l’utilisation de brindilles par les chimpanzés pour attraper des termites dans les troncs d’arbre, ou bien l’usage d’ « éponges de feuilles » pour récupérer l’eau qui s’écoule lorsqu’il pleut.
Ainsi, les individus vivant dans un groupe social peuvent acquérir de nouveaux comportements par l’intermédiaire d’une forme de communication qui n’existe pas chez les espèces solitaires où les rencontres sont sporadiques et temporaires.
Enfin, pour Théraulaz (2005), la vie en société permet, à partir de comportements individuels simples, d’élaborer des stratégies adaptatives complexes. Ceci s’illustre bien dans les sociétés d’insectes hyménoptères, avec, par exemple la construction de nids d’architecture complexe, la collecte de nourriture et le marquage de pistes de recrutement d’individus (grâce à des phéromones) pour accéder à certaines sources de nourriture (chez les fourmis notamment). Les mécanismes à la base de ces phénomènes sont de simples interactions entre individus, basées sur la perception de stimuli (très souvent chimiques) et la réponse à ces stimuli.

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Mots clés : ETHOLOGIE, SOCIALITE, SOCIETES ANIMALES, CARNIVORES, FELIDES, PREDATEUR, CHAT SAUVAGE, CHAT DOMESTIQUE, DOMESTICATION.

Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : DEFINITION D’UNE ESPECE SOCIALE
A) REFLEXION SUR LE TERME « SOCIAL »
1 ) Signification du terme « social »
a) La conception éthologique
b) La conception sociobiologique
2 ) L’ontogenèse
a) Le développement comportemental
b) La socialisation
B ) DES SOCIETES ANIMALES
1 ) Définition d’une société animale
2 ) Une société est caractérisée par une structure et une organisation
a) Structure sociale
b) Organisation sociale
C) FACTEURS D’EMERGENCE DE LA SOCIALITE
1 ) Socialité et phylogenèse
a) Les causes évolutives de la socialité
b) Avantages adaptatifs procurés par la vie en société
c) Traits d’histoire de vie
2 ) Influence des facteurs écologiques sur l’expression de la socialité
a) La pression de prédation
b) Les ressources alimentaires
c) Caractéristiques physiques de l’habitat
Conclusion de la première partie
SECONDE PARTIE : LA PROBLEMATIQUE DES ESPECES SOLITAIRES ET SOCIALES CHEZ LES FELIDES
A) PHYLOGENESE DES FELIDES
1 ) La socialité dans la phylogenèse des carnivores
2 ) Les félidés sont-ils tous solitaires ?
3 ) Les félidés : des carnivores prédateurs
a) Des chasseurs nocturnes
b) Régime alimentaire carnivore
B) LE LION : UN FELIDE SOCIAL
1 ) Structure sociale
a) Les femelles
b) Les mâles
2 ) La chasse cooperative
3 ) L’élevage communautaire des jeunes ou nursery
4 ) Conclusion
C) LE MODE DE GROUPEMENT DU CHAT , FELIS CATUS
1 ) L’ontogenèse du chat aboutit-elle au développement d’un mode de vie solitaire ?
a) Changement dans la nature du jeu au cours de l’ontogenèse
b) Influence du sevrage sur la diminution des interactions
c) Dispersion des jeunes au moment du sevrage
2 ) Comment le chat utilise-t-il son espace de vie
a) Les chats : des animaux ubiquistes
b) Des densités de population très variables
c) Organisation spatiale
d) Exclusion ou tolérance entre individus ?
Conclusion de la seconde partie
TROISIEME PARTIE : LA DOMESTICATION A-T-ELLE INFLUENCE LE MODE DE GROUPEMENT DU CHAT ?
A) LA DOMESTICATION DU CHAT
1 ) Définition
2 ) Approche historique
a) Du chat sauvage au chat domestique
b) Le chat en Egypte
c) Evolution des mentalités
3 ) Le chat et l’homme aujourd’hui
B) CONSEQUENCES DE LA DOMESTICATION SUR LE MODE DE GROUPEMENT DU CHAT
1 ) Des groupes urbains structurés
a) Cohésion spatiale des individus
b) Les femelles apparentées constituent le noyau du groupe
2 ) Ces groupes sont-ils des sociétés ?
a) Existe-t-til des relations entre les membres du groupe?
b) Une coopération seulement partielle
C) DISCUSSION : UNE SOCIALITE EMERGENTE SELON LE CONTEXTE ?
1 ) Le chat domestique : entre espèce solitaire et espèce sociale
2 ) Y’a-t-il interattraction entre les individus
3 ) Le nouveau contexte anthropique peut-il influencer le devenir des jeunes au sevrage ?
4 ) Importance des connaissances quantitatives et qualitatives des interactions
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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