Importance de la re-domestication pour la conservation de l’agrobiodiversité : le cas du châtaignier

L’agrobiodiversité* est la biodiversité des systèmes agricoles envisagée à différentes échelles spatiales et temporelles (Zimmerer et al., 2019). L’agrobiodiversité recouvre la diversité des gènes, des variétés et races, des espèces utilisées directement ou indirectement par l’agriculture et celle des agroécosystèmes. Elle comprend également les interactions que les humains établissent avec les dimensions biologiques de l’agrobiodiversité telles que la diversité des savoirs, des usages et la diversité culturelle (FAO, 1999 ; Pautasso et al., 2013).

La diversité génétique agricole est la part biologique de l’agrobiodiversité et peut se conceptualiser, comme la résultante des interactions entre les génotypes (G), les environnements où ils vivent (E) et les sociétés humaines qui les reproduisent (Leclerc, 2015 ; Leclerc et Coppens d’Eeckenbrugge, 2011).

Des études font état d’une érosion importante de la diversité génétique agricole à l’échelle mondiale, causée par l’industrialisation des filières agroalimentaires et le développement des techniques de la Révolution Verte (FAO, 2019 ; Thrupp, 2000). Dans les pays du sud certains auteurs nuancent cette affirmation à l’échelle locale, et assurent qu’elle se maintient dans les agroécosystèmes sous la forme de variétés traditionnelles (Brush, 2000 ; Jarvis et al., 2011). Les arguments avancés sont la coexistence des variétés traditionnelles* et modernes* dans les champs des agricultrices et agriculteurs du fait d’un usage différencié plutôt que le remplacement des variétés traditionnelles par les modernes, ainsi que la meilleure performance des variétés traditionnelles en contexte de changement climatique (Brush, 2000 ; Jarvis et al., 2011).

Au-delà des difficultés et débats sur les façons d’appréhender la diversité génétique agricole (Montenegro de Wit, 2016), la nécessité de sa conservation fait aujourd’hui consensus (Jarvis et al., 2011). En effet, de nombreux travaux ont montré que dans un contexte d’augmentation de la population et de changement climatique, la conservation de la diversité génétique agricole serait favorable à la résilience des agroécosystèmes (Altieri et al., 2015 ; Bellon, Hodson et Hellin, 2011 ; Ehsan Dulloo et al., 2017 ; FAO, 2019 ; Padulosi et Bioversity International, 2012 ; Pascual et al., 2011 ; Ruiz-Mallén et Corbera, 2013 ; Vigouroux et al., 2011).

LE CHÂTAIGNIER : BIOLOGIE ET USAGE D’UN ARBRE DOMESTIQUÉ

LE CHÂTAIGNIER 

Le châtaignier (Castanea sativa Miller) est une espèce d’arbre endémique d’Europe (Conedera et Krebs, 2008). Traditionnellement ses fruits servaient à l’alimentation humaine et animale, son feuillage à l’alimentation animale et la litière et son bois était à destination du chauffage, de la menuiserie, du bois d’œuvre, de le production de piquets, de la vannerie et du tannin (Bruneton-Governatori, 1999). Le châtaignier est monoïque* mais auto-incompatible* c’est-à-dire que le pollen d’un châtaignier donné ne peut féconder ses fleurs femelles. En conséquence, pour reproduire des caractères d’intérêt tels un calibre, un goût, une résistance à des maladies, etc., quand on ne connaît pas leur déterminisme génétique, il est nécessaire de reproduire végétativement l’arbre portant ce(s) caractère(s), par greffage (Pereira Lorenzo et al., 2016). Cela signifie également que dans les paysages qui présentent des peuplements cultivés et forestiers, les migrations de gènes par des flux de pollen entre peuplements sont fréquents, bien que les mécanismes et les distances auxquelles ils opèrent soient encore mal connus (Nishio et al., 2019 ; Pereira Lorenzo et al., 2016).

Les châtaigneraies sont des « forêts domestiques» (Michon et al., 2007), caractérisées comme « dominées par un arbre emblématique, multi-usages, bases de la subsistance et supports de la construction des territoires et des terroirs locaux, historiquement déterminantes dans l’économie et la culture » (Michon, Simenel et Sorba, 2012). Le châtaignier cultivé pour ses fruits dans les châtaigneraies est la plupart du temps greffé tandis que le châtaignier planté en forêt pour son bois est issu de repousses en taillis après une coupe ou de plantations de châtaigniers issus de semis de châtaignes (Bourgeois, Servin et Lemaire, 2004). Les châtaigniers sont plantés à espacements relativement grands dans les châtaigneraies (10×10 mètres en ordre de grandeur soit 50-80 arbres/ha  contre environ 150 arbres/ha en forêt au moment de la coupe pour du bois d’œuvre et environ 400 pour du taillis ).

Le sol est nettoyé par pâturage ou débroussaillage afin de faciliter la récolte des châtaignes qui tombent au sol entre fin septembre et fin octobre, selon les variétés. Les forêts de châtaigniers et les châtaigneraies ont aussi des usages récréatifs, paysagers, pour la chasse et la cueillette de champignons ainsi que la production de miel de châtaignier. On appelle sylvopastoralisme l’association de châtaigniers à l’élevage comme l’élevage de porcs en Corse, Espagne et Portugal et historiquement dans les Hautes-Pyrénées. Récemment des parcours de volailles et bovins ont été installés dans des parcelles de châtaigniers en Haute-Vienne et Corrèze . On appelle agroforesterie l’association de châtaigniers à d’autres espèces végétales. Historiquement, il s’agissait surtout du seigle cultivé en terrasses dans les Cévennes, et de nos jours il peut s’agir de cultures de céréales entre des allées de châtaigniers très espacés (alley cropping en anglais), notamment durant les premières années qui suivent l’implantation des châtaigniers .

La domestication des châtaigniers dans un environnement donné peut être décrite comme le résultat de l’interaction entre la biologie des arbres, leur long cycle de vie, l’auto-incompatibilité, la plasticité morphologique et physiologique, d’une part, et les actions entreprises par les êtres humains (semis, plantation, greffage, élagage, etc.) d’autre part. La plasticité morphologique et physiologique des arbres répond aux pratiques humaines (Aumeeruddy-Thomas et Michon, 2018). Après une phase d’abandon, cette plasticité permet d’identifier dans un territoire les châtaigniers qui ont bénéficié d’attention par le passé : traces du point de greffe, de tailles, proximité avec les habitations ou les lieux de culture, tailles qui renseignent sur l’âge et donc sur le soin continu dont les arbres ont bénéficié pour traverser les siècles, etc. Aumeeruddy-Thomas et Michon (2018) parlent de «mémoire culturelle incorporée : « Les arbres, en tant qu’objets transformés qui incorporent la mémoire culturelle, mais aussi en tant qu’êtres vivants, se régénèrent et s’enracinent dans les territoires en lien avec les modes de vie et les organisations sociales. » .

PRINCIPAUX FACTEURS DE SÉLECTION DU CHÂTAIGNIER EN FRANCE

Depuis l’Antiquité, des taillis de châtaigniers ont été plantés et le bois des vieux châtaigniers fruitiers coupé en vue de la production de bois d’œuvre ou de chauffage. Si l’usage est ancien, il varie en importance avec les époques et constitue parfois une pression de sélection non négligeable sur les populations de châtaigniers. Par exemple, après les gelées de 1709, beaucoup d’arbres ont été coupés, y compris alors qu’ils étaient en pleine production et leur bois vendu comme combustible. Plus tard, l’invention du procédé d’extraction du tanin du bois de châtaignier (vers 1818-1820 par un teinturier lyonnais) fournit un nouveau débouché au bois de châtaignier. Il se conjugue à l’abandon des châtaigneraies causé par la révolution agricole et l’exode rural, et aux ravages de la maladie de l’encre pour réduire considérablement les surfaces de châtaigneraies (Pitte, 1986 ; Sauvezon, Sauvezon et Sunt, 2000).

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Table des matières

REMERCIEMENTS
AIDE À LA LECTURE
LISTE DES ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS UTILISÉS
SOMMAIRE
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
PARTIE INTRODUCTIVE
A. Introduction
B. Problématique et plan de la thèse
CONTEXTE DE L’ÉTUDE
A. Le châtaignier : biologie et usage d’un arbre domestiqué
A.1. Le châtaignier
A.2. Principaux facteurs de sélection du châtaignier en France
B. Une filière fragile malgré une revalorisation des châtaignes
B.1 Une requalification des marrons en châtaignes accompagne la revalorisation de la production
B.2 Une filière fragile en France
C. L’émergence du monde associatif
C.1 Importance du monde associatif autour de la châtaigne et du châtaignier
C.2 Le châtaignier dans le piémont pyrénéen : description des deux associations qui constituent mon terrain d’étude
1. Cas d’étude en Ariège : Rénova
2. Cas d’étude en Hautes-Pyrénées : Association Châtaigne des Pyrénées
PARTIE I : ÉVOLUTION DE LA CONSERVATION DE LA DIVERSITÉ GÉNÉTIQUE DU CHÂTAIGNIER EN FRANCE
A. Introduction
B. Conserver les « ressources génétiques » du châtaignier par la sélection variétale
C. Les conséquences du transfert vers le privé : homogénéisation de la diversité génétique à l’échelle des paysages et abandon progressif de la conservation génétique
D. Territorialisation de la relance de la production de châtaignes
E. Le tournant des années 80 : logique civique et conservation de l’agrobiodiversité
F. Conclusion
PARTIE II : DIVERSITÉ GÉNÉTIQUE ET STRUCTURE DES POPULATIONS DE CHÂTAIGNIER EN FRANCE ET DANS LE PIÉMONT PYRÉNÉEN
Contexte et insertion dans la thèse
A. Deux principaux groupes génétiques et un important brassage génétique entre les châtaigniers (Castanea sativa Mill.) forestiers et cultivés en France
A.1 Résumé
A.2 Article: Two main genetic clusters with high admixture between forest and cultivated chestnut (Castanea sativa Mill.) in France
B. Analyses phylogénétique et clonale des châtaigniers cultivés
B.1 Introduction
B.2 Matériel et méthode
1. Stratégie d’échantillonnage dans les Pyrénées
2. Génotypage
3. Analyse des données
4. Analyse clonale
5. Phylogénies
6. Partager les résultats de génétique
B.3 Résultats
1. Absence d’endémisme stricte des variétés cultivées de châtaignier
2. Clonalités
2.1 Les variétés nommées par les actrices et acteurs sont polyclonales
2.2 Le nombre de clones détectés d’une variété donnée ne semble pas dépendre de la façon dont a été définie cette variété
2.3 Des clones portant ou non le même nom sont détectés dans plusieurs régions échantillonnées
2.4 Les variétés transportées entre régions par le passé sont aussi celles qui sont les plus appréciées aujourd’hui
2.5 L’analyse de clonalité permet d’identifier de nouvelles variétés et de rattacher des châtaigniers de variété inconnues à des variétés connues des actrices et acteurs
2.6 Plusieurs variétés sont détectées par châtaigneraie
3. Phylogénies
3.1 Ariège
3.2 Hautes-Pyrénées
3.3 Analyse croisée entre les résultats de Rénova et de Châtaigne des Pyrénées
B.4 Discussion
C. Conclusion
PARTIE III : IMPORTANCE DE LA VALUATION DU CHÂTAIGNIER POUR SA REDOMESTICATION ET LA CONSERVATION DE SA DIVERSITÉ GÉNÉTIQUE DANS LE PIÉMONT PYRÉNÉEN
Contexte et insertion dans la thèse
A. Introduction
B. La théorie de la valuation de J. Dewey comme cadre d’interprétation
C. Matériel et méthode
C.1 Présentation des cas d’étude
1. Le châtaignier
2. Présentation des associations
2.1 CAS D’ÉTUDE EN ARIÈGE : RÉNOVA
2.2 CAS D’ÉTUDE EN HAUTES-PYRÉNÉES : ASSOCIATION CHÂTAIGNE DES PYRÉNÉES
C.2 Choix des activités étudiées
C.3 Recueil et analyse des données
D. Résultats
D.1 La diversité cultivée du châtaignier
D.2 La patrimonialisation de la nature
D.3 Le développement de relations au vivant
D.4 L’autonomisation technique ou décisionnelle
D.5 L’action collective
E. Discussion
E.1 Intérêt de la théorie de la valuation pour l’étude de la re-domestication et de la conservation de la diversité génétique
1. Sur le plan méthodologique
1.1. Éviter l’écueil du discours, révéler l’implicite
1. 2 Mettre en évidence le temps long des valuations
2. Sur le plan thématique
E.2 Importance des valuations identifiées pour la re-domestication et la conservation de la diversité génétique du châtaignier
1. Importance des valuations autres que la diversité cultivée du châtaignier
2. Des valuations contribuent à des actions favorables à la conservation de la diversité génétique du châtaignier
3. Une diversité de valuations qui limite le risque d’une « monoculture des esprits », des pratiques et de la perte d’une diversité locale du châtaignier
F. Conclusion
CONCLUSION GÉNÉRALE

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