Homicide intrafamilial et apport des tests projectifs

Fonctionnement intrapsychique

Les figures parentales occupent une place importante dans le développement de l’enfant et dans la construction de sa personnalité à l’âge adulte. Lorsque l’ enfant devient à son tour parent, les figures parentales qu ‘ il a intériorisées influencent la relation ou le style d’ attachement qu ‘ il développe avec son propre enfant. Le fonctionnement intrapsychique est, de différentes façons, influencé par l’attachement. La section suivante aborde donc certaines grandes lignes du développement d’ un enfant et du lien entre un parent et son enfant. La perception des figures parentales ainsi que le fonctionnement intrapsychique des hommes auteurs d’un filicide sont ensuite abordés.

Enfance des hommes ayant commis un filicide

Plusieurs des hommes auteurs d’ un filicide ont vécu une enfance marquée par l’abus et la violence physique ou psychologique. Nombreux ont été témoins de la violence conjugale de leur parent et\ou de la consommation abusive de drogues ou d’ alcool de leur entourage immédiat (Bourget & Gagné, 2005 ; Campion et al.. 1988). Les conflit spsyc hiques provenant de l’ enfance se traduisent par diverses motivations inconscientes,dont un isolement social et familial (Bourget & Bradford, 1990).
Une étude réalisée en Angleterre porte sur les données quantitatives et qualitatives de 26 dossiers d’hommes incarcérés à perpétuité pour l’ homicide de leurs enfants (Cavanagh et aL, 2007). Les données s’ appuient sur l’ensemble des documents officiels concernant le filicide (preuves, rapports d’évaluation des professionnels de la santé. de la police, du pathologiste, du juge, etc.) ainsi que sur les informations de l’enfance et la vie adulte de l’accusé ou autres données permettant d ‘ analyser les circonstances du passage à l’acte. Les résultats révèlent que l’ ensemble des victimes, sauf une, ont été soumis à des actes de violence antérieurs au passage à l’ acte filicide. La plupart de ces hommes (77 %) ont souffert d ‘abus ou de violence au cours de leur enfance. De plus, plusieurs ont vécu des problèmes familiaux et une instabilité des soins durant leur enfance, dont l’abus d’ alcool d’ un parent (23 %), le manque de soin (23 %) ou de fréquents placements en famille d ‘ accueil. Enfin, 54 % ont présenté des problèmes de comportements à récole, 19 % ont eu des problèmes de santé mentale à l’enfance et 62 % ont eu une consommation d’ alcool abusive. Les données indiquent que le parent avait un faible seuil de tolérance à la contrariété. des attentes irréalistes envers l’ enfant ainsi que des sentiments de jalousie envers l’ enfant. De plus, près de 75 % des hommes de l’ échanti lIon ont également des antécédents de gestes de violence envers leur conjointe (Cavanagh et al., 2007).
Durif-Varembont (2013) précise que le parcours de vie des hommes et des femmes auteurs d’ un filicide présente des similitudes concernant leur enfance difficile : séparation parentale précoce, carences maternelles ou paternelles. etc. L’auteur précise que leur vécu difficile durant l’enfance a laissé des enjeux psychiques non élaborés qui influencent leur relation avec leur propre enfant.

Perception des figures parentales

La perception des figures parentales joue un rôle important au plan psychique et dans le développement de la personnalité de l’ enfant. Les rôles du père et de la mère sont tout aussi importants, mais à différents niveaux. Au plan psychique, le père a comme fonction de faciliter la maturation de l’ enfant. Il participe dans le processus de séparation-individuation en agissant comme tiers entre la mère et l’enfant (Fugère & Roy, 2002). La figure paternelle facilite le processus de renoncement à la toutepuissance chez le jeune enfant. Le père a reçu de son propre père l’interdit et il a comme rôle d’établir des limites à l’enfant (Viaux, 2002). Une relation père-enfant riche en échanges favorise l’émergence d’ expériences émotionnelles positives. Le père agit
comme objet réel et les soins transmis au nourrisson lui permettent de développer un lien d’ attachement et une confiance en lui ainsi qu ‘au monde externe. À l’âge adulte, l’ enfant s’appuie sur cette confiance de base et reproduit ces comportements afin d’ interagir avec ses propres enfants. Ainsi, lorsqu ‘ il devient à son tour parent, c’est grâce aux figures parentales qu ‘ il a intériorisées qu ‘ il peut développer un attachement à son enfant et devenir une figure d’ attachement. Le parent est donc amené à revivre certaines sensations, émotions ou images qui étaient refoulées depuis sa propre enfance (Fugère & Roy, 2002).
Toutefois, lorsque des conflits psychiques sont demeurés en suspens, l’ accès à la maturité est difficile. Durant les différentes phases de développement psychique, le garçon doit, à un certain moment, abandonner son désir de séduction de la mère et diminuer son sentiment de haine face à la figure paternelle. S’ il n’a pu avoir le soutien psychique de ses figures parentales, il est possible que lorsque ce garçon devient un homme, à son tour placé dans un rôle de parent, il ne peut se départir du désir incestueux (la toute-puissance perdure à l’âge adulte). Le père risque de projeter son sentiment de culpabilité ou de toute puissance vers l’enfant, c’est-à-dire qu ‘ il attribue à l’objet externe (l’enfant) des éléments internes (angoisse, culpabilité, désir inconscient, etc.). Des sentiments meurtriers et hostiles ri squent de se développer face à l’enfant (Hetté, 2010; Fugère & Roy, 2002).
Pour différentes raisons (problèmes de santé physique, psychologique, ressources disponibles, etc.), il arrive que les besoins du parent soient priorisés à ceux de l’enfant.
L’enfant ne peut alors s’attendre à recevoir les soins dont il a besoin ou à les recevoir de manière inconstante. Ce dernier peut développer des difficultés à faire confiance au monde externe. Par exemple, il est possible qu ‘ il développe une méfiance ou des compOltements de paranoïa face au monde externe. L’enfant peut éviter (“autorité et ne pas aller facilement vers l’ adulte lorsqu’il a besoin de soutien. Il vit doute et crainte, ce qui peut engendrer un isolement ou des problématiques de dépendance à l’âge adulte (Fugère & Roy, 2002).

Intériorisation des figures parentales chez les hommes ayant commis un filicide

La relation parent-enfant difficile caractérise l’ enfance des hommes auteurs d’ un filicide. Fugère et Roy (2002) mentionnent que la relation des individus auteurs d’ un filicide avec leurs propres parents est souvent caractérisée par des menaces d’abandon par la figure maternelle ou une incapacité à tolérer l’ individuation. Adinkrah (2003) précise que des éléments de paranoïa, de méfiance et de rivalité sont fréquents dans la dynamique des pères ayant commis l’homicide de leur enfant. Un conflit psychique est présent entre le parent meurtrier et sa relation avec ses propres parents (Verschoot, 2013). Verschoot (2013) souligne que devenir parent est un long processus de différenciation entre le Moi et le Non-Moi, qui se construit à partir des figures parentales intériorisées par chaque individu. Les entretiens avec ses patient(e)s auteur(e)s d’un filicide révèlent des failles importantes à ce niveau. L’ auteur indique que ses patients perçoivent leur mère comme étant imprévisible, évoquant à la fois amour, haine et rejet.
Leur père est perçu comme étant pratiquement absent dans leur représentation psychique.

Fonctionnement intrapsychique d’individus ayant commis un filicide

La littérature formule certaines pistes de compréhension de la dynamique intrapsychique des hommes auteurs d’un filicide afin de mieux comprendre le geste posé envers leur enfant. Dans la section suivante, nous tentons de comprendre les conflits psychiques du parent auteur d’ un filicide selon trois grandes thématiques, soit (1) les relations interpersonnelles; (2) la perception de soi; ainsi que (3) la gestion des émotions.
Les relations interpersonnelles et la notion de perte d’objet. Bénézech (1987, cité dans Chocard, 2005) évoque le rôle de la perte d’objet lors d’ un filicide. La relation d’objet de type prégénital narcissique suppose parfois une relation de dépendance très forte avec la victime. Ce lien d’attachement, qui unit avec force les deux sujets, est aussi marqué par l’ambivalence. Le parent considère l’autre comme étant sa propriété. Ainsi, la perte de ce lien est intolérable pour l’ individu qui tentera à tout prix de le maintenir. Il s ‘agit, pour lui, d ‘ une atteinte narcissique perçue comme une trahison d’où surviennent des comportements de haine, d’angoisse et de jalousie pathologique. La solution pour fuir l’angoisse de séparation est alors de se séparer de l’objet définitivement. Toutefois, un deuil de l’objet perdu est impossible puisqu’il ne peut tuer symboliquement l’objet sans mourir lui-même. Dans ces cas de filicides, il n’est pas rare que l’homme se suicide suite à son acte afin de rester fusionné à l’objet.
Dans la littérature sur les homicides dans la famille, la perte est une notion fréquemment évoquée. En fait, tel que mentionné précédemment, la séparation est l’ un des éléments déclencheurs communs au passage à l’ acte homicide dans la famille. La fin d’ une relation ou la perte de contact avec une personne signifie qu ‘un deuil doit être fait.
Plusieurs enjeux psychologiques peuvent être mis en cause dans l’ incapacité à tolérer la perte chez les hommes auteurs d ‘ un filicide (Léveillée & Lefebvre, 20(0).
Passage à l’acte filicide et perception de soi. Le filicide peut être commis lorsqu ‘ un individu présente des éléments paranoïaques et des enjeux narcissiques (Zagury, 1998). L’homme, qui vit dans l’ illusion et dans l’ idéalisation de lui-même, commet des actes violents contre un proche en réaction à une angoisse narcissique. La perte de l’ être aimé brime son statut social et le laisse face à la défaite. Par exemple, un homme commet l’ homicide de ses deux enfants alors qu’ il s’oppose au divorce de sa conjointe. Il vit de la détresse et commet l’ homicide de ses enfants à la suite du rejet de sa conjointe. Il ne peut tolérer le rejet et se venge en s’ attaquant à des tiers, considérant que c’est l’autre qui a mal agi (Zagury, 1998).
De son côté, de Mijolla-Mellor (2004) évoque la notion d’échec du narcIssisme.
Elle explique que lors d’ une séparation ou d’ une perte, l’homme auteur d’ un filicide vit un sentiment important d ‘ humiliation. Pour y faire face. il essaie de se remplir d’ un amour qui est toutefois impossible à satisfaire. Verschoot (2013) mentionne un narcissisme défaillant chez le parent auteur d ‘un filicide. Ce dernier ne peut tolérer la séparation. En fait. la disparition de l’autre, représentée par la séparation conjugale ou la perte de la garde de l’ enfant, est intolérable chez l’ individu filicide puisqu ‘ il n’ existe qu ‘à travers l’ autre.

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Table des matières

Sommaire 
Liste des tableaux 
Remerciements
Introduction 
Contexte théorique 
Définitions 
Ampleur du phénomène
Homicide intrafamilial
Familicide
Filicide
Enjeux psychosociaux
Caractéristiques sociodémographiques
Distinctions entre filicide et familicide
Typologies 
Sous-types de familicides
Sous-types de filicildes
Élément déclencheur et facteur précipitant
Enjeux psychologiques
Santé mentale
Trouble de personnalité
Fonctionnement intrapsychique
Enfance des hommes ayant commis un filicide
Perception des figures parentales
Intériorisation des figures parentales chez les hommes ayant commis un filicide
Fonctionnement intrapsychique d’ individus ayant commis un filicide
Les relations interpersonnelles et la notion de perte d’objet
Passage à l’acte filicide et perception de soi
Passage à l’ acte filicide et gestion des émotions
Homicide intrafamilial et apport des tests projectifs
Pettinence et questions de recherche
Méthode
Participants
Monsieur R
Monsieur J
Instruments de mesure
Rorschach
TAT
PBI
Déroulement
Résultats
Résultats au Rorschach de Monsieur R
Relations interpersonnelles
Perception de soi
Gestion des affects
Résultats au TA T de Monsieur R
Résultats au PBI de Monsieur R
Résultats au Rorschach de Monsieur J
Relations interpersonnelles
Perception de soi
Gestion des affects
Résultats au TA T de Monsieur J
Résultats au PBT de Monsieur J
Principales similitudes obtenues aux épreuves par Monsieur R et Monsieur J
Principales différences obtenues aux épreuves par Monsieur R et Monsieur J
Discussion 
Liens entre les études de cas de l’ essai et la 1 ittérature existante
Prem ier objectif
Relations interpersonnelles
Perception de soi
Gestion des émotions
Deuxième objectif
Forces/limites de l’essai et impact clinique
Conclusion
Références

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