Grindr, lieu de drague en ligne devenu réseau social communautaire 

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Profils standardisés, injonctions à se dévoiler : des expressions de soi sous contraintes.

Lorsqu’un utilisateur s’inscrit sur Grindr, il est enjoint à compléter son profil personnel, composé d’images et d’informations textuelles dans des cases auto-descriptives. Les concepteurs promettent la réception de messages plus nombreux aux profils consciencieusement remplis40. Ils invitent notamment l’usager à privilégier une photographie de face ; « les visages attirent plus de messages » et « [passent] la modération de photo plus vite »41. Si la complétude du profil – que Gustavo Gomez-Mejia envisage comme un « montage tabulaire (…) transporté sous l’image du profil »42 – n’est pas obligatoire, elle est vivement recommandée par les discours d’escorte.
Pour afficher son effigie43 sur son profil, l’utilisateur doit d’abord donner accès à l’entreprise californienne à la caméra de son téléphone ou bien à sa bibliothèque personnelle d’images. Le cliché élu est alors soumis à deux opérations de recadrage successives, dans un format vertical puis dans un format carré « d’aperçu des vignettes ». La publicité de celui-ci est finalement soumise à l’approbation de la modération. Pour se représenter, un usager peut poster jusqu’à cinq photographies qui seront affichées à l’écran sous la forme d’un carrousel. Lors de la consultation du profil de l’utilisateur 1044, nous nous trouvons face à une photographie au format vertical difficilement lisible ; un geste tactile nous permet cependant de l’afficher en mode plein écran, nous découvrons alors une photographie de la Canopée des Halles dans son format horizontal originel. Cet exemple montre que les photographies sont affichées à l’écran dans un format vertical possiblement recadré, une discipline formelle que trahit leur affichage en mode plein écran qui peut révéler un format différent et des éléments masqués.
La première image de profil d’un utilisateur – ou le vide laissé par son absence – permet son identification dans les différents écrans de l’application, de même que son nom d’affichage s’il existe. Depuis l’écran de la grille, cette image au format carré invite à la consultation du profil de son propriétaire. Dans le profil d’utilisateur, l’image occupe la majeure partie de l’économie du visuel et est visible avant les autres informations textuelles, si elles existent. « En-tête des tableaux, l’écriture industrialisée du nom propre et son association à un masque iconique confèrent à l’écran une teneur “personnelle“ culturellement reconnaissable », pointe Gustavo Gomez-Mejia45.
L’image photographique est donc affichée à l’écran sous la contrainte d’une discipline formelle induite par les opérations de montage du dispositif Grindr qui « monte automatiquement les écritures personnelles de l’internaute sur une même page », un procédé industriel et « [imposé] par défaut pour encadrer l’auto-représentation des internautes sur le Web »46. Bruno Ollivier souligne qu’il « existe une composante technique des identités (…) parce que toute communication passe par des voies et des supports qui imposent des contraintes techniques à la production et à la transmission de la signification »47. Ces contraintes techniques du dispositif forment toujours et déjà les productions photographiques des usagers de l’application au masque.
Dans les lignes directrices de la communauté, les concepteurs déclarent en guise de préambule que leur appareil réglementaire existe pour permettre la préservation d’un « environnement sûr, authentique et acceptable » et « où la diversité et l’intégration s’épanouissent »48. En acceptant les conditions d’utilisation, l’utilisateur nouvellement propriétaire d’un compte personnel s’engage, entre autres, à soumettre des informations exactes (et à les actualiser rapidement si elles changent), à ne pas se faire passer pour une autre personne physique ou morale, à n’inclure « aucun document choquant, à caractère pornographique ou nuisible » sur son profil49. Les images de profil font l’objet d’une attention particulière. Dans les lignes directrices de la communauté, les concepteurs notifient d’abord la prohibition de tout contenu relatif à la nudité ainsi qu’à l’acte sexuel. Plus précisément, les images de profil qui figureraient pornographie, nudité (même suggérée), acte sexuel (réel ou imité), sex toys, sous-vêtements, contours d’organes génitaux visibles à travers les vêtements, vues de l’entrejambe (sous n’importe quel angle) ou bien texte et emojis explicites sont nommément signifiées interdites. Notons que les maillots de bain, eux, sont tolérés s’ils figurent sur une photo dont le contexte légitime leur présence, « en plein air » ou « à la plage » par exemple. La taille du fichier numérique de la photographie est sujette à un plafonnement, fixé à 1 Mégaoctet (Mo) ou à 1028 par 1028 pixels50. L’approbation de la modération, survenant dans un délai usuellement compris entre 20 et 45 minutes51, consacre finalement la conformité de la production photographique de l’utilisateur à l’appareil réglementaire des concepteurs et signe l’avènement de son exposition sur les écrans de l’application.
L’entreprise californienne se réserve toutefois le droit d’empêcher la soumission d’un contenu ou bien de le « modifier, restreindre ou supprimer (…) à tout moment, pour quelque motif que ce soit » comme indiqué dans les conditions d’utilisation, dont l’acceptation sans réserves conditionne la création d’un compte utilisateur. Dans cette organisation disciplinaire, les usagers sont investis d’un rôle actif : certaines fonctionnalités de l’application semblent exalter le contrôle social, ainsi chaque utilisateur a la possibilité d’en signaler un autre directement depuis son profil ou dans l’écran d’une conversation privée.
Si l’anonymat n’est pas interdit, celui-ci n’est pas encouragé voir fustigé par les concepteurs. Sur les visuels promotionnels de l’application, les visages des utilisateurs fictifs sont tous visibles et identifiables52. Sur un visuel illustrant un article de la foire aux questions, un utilisateur fictif a inscrit dans sa bio « Ayez une photo de visage s’il vous plaît. J’aime savoir à qui je parle »53. Les communicants de l’entreprise californienne semblent récupérer et légitimer des discours circulants, régulièrement actualisés sur les bios des profils personnels des utilisateurs, qui stigmatisent les pratiques d’anonymat et exercent une pression sociale à afficher une représentation permettant l’identification de son auteur.
Nous avons montré que l’auto-représentation des usagers était aux prises avec le dispositif socio-numérique qui permettait leur affichage à l’écran. Un appareil de règles et de normes ainsi que des disciplines formelles produites par les opérations de montage travaillent les productions photographiques, sous la menace du blâme et de la censure. Nous allons voir que, si les concepteurs disciplinent les usages et créent de la standardisation, ils orchestrent ainsi la rentabilité des productions des usagers.

Image et industrie sur le web contemporain, ou la photographie productive.

Kunlun Group, acteur majeur du jeu vidéo mobile sur le marché chinois, cédait en mars 2020 ses parts du capital de Grindr (où il était entré en 2016) au consortium d’investisseurs San Vincente Acquisitions, pour la modique somme de 608,5 millions de dollars54. Un an plus tôt, le Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis avait enjoint le propriétaire chinois à céder ses parts, invoquant une menace pour la sécurité nationale. Près de 10 ans après sa création, Grindr semble concentrer des enjeux financiers conséquents. Son directeur des opérations, Rick Marini, le confirme dans une interview au Los Angeles Times : il qualifie l’application de « très rentable » et « en forte croissance » avec un revenu annuel de « bien plus [que 100 millions de dollars] »55. Quelles ressources constituent la manne de l’entreprise californienne ?
Grindr propose d’abord l’achat d’espace publicitaire sur sa plateforme : dans la section de son site internet destinée aux annonceurs, l’entreprise vend la possibilité « d’atteindre [ses] consommateurs où qu’ils soient » et d’établir une connexion avec « l’audience queer la plus grande, active, occupée et influente du monde »56. Dans sa politique de confidentialité, Grindr ne cache pas partager avec ses partenaires publicitaires une partie des informations des profils utilisateurs mais aussi des informations géographiques, entre autres57. En l’occasion de campagnes de publicité comportementale, l’entreprise peut donner accès à des tiers à des informations sur l’utilisation de ses plateformes afin que les usagers se voient présenter des annonces adaptées à leurs centres d’intérêt58. Immanquablement, la création d’un compte utilisateur est subordonnée à l’acceptation sans réserve de la politique de confidentialité et relative aux cookies. Cette dimension marchande est inscrite dans l’environnement socio-symbolique des écrans de l’application : les messages visuels publicitaires font corps avec les effigies des inscrits. « Les pubs permettent de garder Grindr gratuit » font valoir les concepteurs.
Un filtre, disponible dans les versions premiums de l’application, permet de n’afficher sur la grille que les usagers ayant publié une photo de face : cette possibilité technique nous laisse supposer que l’entreprise californienne recourt à des outils de reconnaissance d’images. Ces logiciels peuvent produire en toute autonomie un grand nombre de données sur une quantité formidable d’images. Adoptée par un nombre certain d’entreprises du numérique et médiatiques, la reconnaissance d’images peut permettre de détecter et de générer des informations sur les objets contenus dans une photographie, sur son contexte ou son origine par exemple59. Lorsque l’utilisateur se livre à l’élaboration de son profil et notamment à la publication d’une sélection d’images, comme il y est invité par la plateforme, il produit par le même mouvement « des flux d’information sur lui-même qui sont transformés en marchandise et en un capital d’information conséquent »60.
S’il souhaite un jour quitter la plateforme, entrainant la suppression de son profil après un délai de plusieurs jours, l’usager est d’abord tenu de se justifier de son choix auprès des concepteurs ; on lui interpose ensuite la disparition définitive de son profil, de ses favoris, conversations et photos échangées ; on le menace enfin d’une exclusion de l’application après plusieurs suppressions de son compte personnel. Pour quitter Grindr, l’utilisateur doit faire preuve de persévérance : les concepteurs ne souhaitent pas le voir partir. Cette stratégie de rétention rend évidente la nécessité pour l’entreprise de conserver une masse toujours plus conséquente d’inscrits pour accroitre ses revenus publicitaires. Une « acception culturalisée du “profil“ comme sorte d’autoportrait fait écran à l’acception industrialisée du “profil“ comme instrument de caractérisation de cibles commerciales » analyse Gustavo Gomez-Mejia61.
Grindr propose enfin deux offres de services premiums : Grindr Xtra et Grindr Unlimited. Chacune comprend l’accès à un ensemble de fonctionnalités élargi pour une durée déterminée et moyennant le paiement de frais d’abonnement62. « Plus de profils, plus de possibilités. » nous fait miroiter un des visuels promotionnels de l’écran des versions payantes : la promesse d’une population toujours plus importante d’utilisateurs est à nouveau mobilisée comme argument de vente, cette fois pour justifier la souscription d’un abonnement.
« On nous reproche que Grindr est une expérience très visuelle et je ne m’en défend pas » confiait en 2014 Joel Simkhai, fondateur et ancien directeur général de Grindr. « L’apparence, c’est tellement important. Quand tu rentres dans un bar, tu décides à qui tu vas parler suivant ton attirance. C’est comme ça que sont les hommes : des créatures visuelles »63. Sur un profil utilisateur, l’image occupe la majeure partie de l’économie du visuel. L’écran de la grille est lui-même constitué par la conscription64 de l’ensemble des premières images de profil des usagers, dans leur format recadré carré : il autorise ainsi le balayage synoptique des cruisers situés à « La conscription projette et engage le sujet dans un assemblage symbolique ponctuel. Les dispositifs du Web contemporain tirent leur force du fait qu’ils multiplient les conscriptions des noms et d’effigies d’internautes au sein de listes et de mosaïques automatiquement générées. » proximité. Notons qu’une photographie publiée sur un profil est visible par défaut. Qu’il scrolle la grille ou qu’il swipe d’un profil à l’autre, l’utilisateur survole et manipule des images : l’intérêt porté au visuel par Joel Simkhai est manifeste dans l’environnement socio-symbolique de l’application qui valorise la photographie comme un contenu privilégié.
Différents travaux de recherche aux approches qualitatives ont exposé que des utilisateurs considéraient passer un temps excessif sur Grindr, ce qui les distrayait d’autres activités quotidiennes jugées plus importantes65. Comme tout feed de réseau social, la grille de l’application au masque s’actualise compulsivement. Remarquons qu’une pastille verte signale l’état actif de connexion d’un usager sinon que l’instant de sa dernière ouverture est mentionné sur son profil ; qu’en haut de l’écran de la grille, un ruban introduit les « nouveaux visages » ; que les visites de son profil sont indiquées à l’utilisateur par un compteur chiffré que vient exciter une pastille rouge. Ces signes passeurs66 sont autant d’effets d’actualité symptomatiques de l’ambition des plateformes du web contemporain d’exalter les ouvertures et la durée de consultation de l’application par les utilisateurs. Si la proximité géographique relative est le principe qui organise la distribution des profils, l’analyse de l’environnement socio-symbolique de Grindr rend évidente une volonté des concepteurs d’introduire de l’actualité.
Objet largement valorisé par l’environnement socio-symbolique de l’application, élément essentiel de l’expérience de mise en relation proposée par les concepteurs, contenu disponible à consommer sans modération : l’image photographique revêt un rôle essentiel dans ce dispositif de captation. Pour le compte des actionnaires de la société californienne, les usagers deviennent productifs ; ils se constituent en une main d’oeuvre disponible et motivée qui élabore un contenu pour un coût modique ; ils entretiennent le mouvement perpétuel de l’actualisation des écrans de l’application, de ses téléchargements et ouvertures ; ils participent finalement à l’accroissement de la valorisation boursière de l’entreprise. Une telle dynamique place les cruisers dans une triple position de consommateurs de temps d’écran, de producteurs de contenu et de marchandises dont les trésors font le bonheur à la fois des autres usagers et des annonceurs. Nous voudrions souligner ici que, lorsque les images de profil sont consultées en mode plein écran, le nom et le logo de Grindr apparaissent en bas à gauche à la manière d’une signature de marque : l’entreprise californienne signifie sa propriété des images des inscrits.
Lors de cette première partie, nous avons d’abord montré que le dispositif socio-numérique Grindr véhiculait des représentations sur lui-même : les fonctionnalités et l’univers socio-symbolique développés sur l’application, notamment, convoquent des imaginaires de la rencontre sexuelle, de la rationalisation et de l’efficacité qui doivent nécessairement informer les productions photographiques des utilisateurs. Nous avons ensuite souligné qu’un appareil de règles et de normes ainsi que des disciplines formelles travaillaient ces productions, sous la menace d’une sanction. Nous avons, enfin, envisagé ces productions comme une denrée formidablement rentable pour les actionnaires de l’entreprise, à la fois capital d’information marchandisable et contenu gracieusement élaboré à diffuser sur leurs écrans. Dans un deuxième mouvement, nous allons porter notre regard sur les normes et représentations circulantes dans les auto-représentations photographiques des usagers qui participent à la formation d’une imagerie stéréotypée.

Normes et représentations circulantes participent à la formation d’une imagerie stéréotypée sur Grindr

Formes d’existence du corps à l’écran et grammaire de l’effigie

Le cruising, s’il a historiquement impliqué les ambulations des corps dans des espaces publics consacrés comme les bars ou les lieux de drague, s’est largement numérisé et privatisé au cours des dernières décennies. Loin d’exprimer la nostalgie des formes de flâneries du passé et la critique d’une époque qui a vu la rencontre se déplacer pour une part sur les réseaux, nous souhaitons insister sur un constat d’évidence : sur un dispositif socio-numérique comme Grindr, les corps de chair et de sang des usagers sont absents. Si le regard caresse la courbe d’un torse ou le grain d’une peau, la main se heurte à la surface froide de l’écran. Tristan Garcia rappelle que « toute image s’articule au minimum autour d’une chose présente, mais absentée (…) et d’une chose absente, mais présentée (…) »67. Ce qui constitue l’image, c’est un fichier numérique affiché à l’écran par l’opération de montage d’un dispositif, c’est « tout ce qui est là, mais qu’on ne doit pas voir comme tel » ; ce que l’image constitue, c’est l’auto-représentation de soi d’un usager, c’est « ce qui n’est pas là, mais qu’on doit voir comme tel »68. Sur l’application au masque, les corps absents sont présentés par l’image photographique qui agit comme un tiers médiateur. Remarquons que l’image, affichée à l’écran dans le contexte d’un parcours utilisateur sur l’application, est évanescente : les corps n’apparaissent que furtivement, le temps nécessaire à l’examen d’un profil.
Lorsqu’ils s’adonnent à la confection de ce profil, les usagers se voient offrir l’opportunité d’y annoncer leur âge, taille et poids dans des cases auto-descriptives, mais aussi leur morphologie et origine ethnique avec les items mis à leur disposition. Dans cette rubrique « statistiques » du profil que figure le pictogramme d’une règle, les usagers sont invités à se mesurer et à dire leur corps dans un montage tabulaire qui nous évoque une fiche produit. S’il le souhaite, l’utilisateur peut s’attribuer une ou plusieurs des tribes proposées pour se présenter et dont la nomenclature circule largement dans les discours ordinaires queers. Ours. Sportif. Minet. Ces références communautaires sont puissamment évocatrices de signifiants corporels stéréotypés. Le choix du format portrait vertical, que contraint l’opération de montage lors de la publication d’une image de profil, nous parait enfin encourager le choix d’une représentation en buste. Ces fonctionnalités de l’application trahissent une volonté des concepteurs de faire dire leur corps aux usagers.
Pour se représenter, l’utilisateur 4669 a publié sur son profil un autoportrait réalisé à l’aide d’un appareil photographique reflex numérique et d’un miroir. La faible étendue de la zone de netteté ainsi que l’effet de cadre produit par les limites du miroir participent à désigner une zone privilégiée d’attention, au centre du visuel où figure le sujet. Une étoffe de couleur rouge suspendue en arrière plan de même qu’un émoji d’explosion aux couleurs vives – utilisé par l’usager pour masquer son visage par superposition – se distinguent des autres éléments de l’image et dirigent le regard vers le corps à demi nu du sujet. La lecture des images de profil de notre corpus ainsi qu’une attention portée à leur composition nous informent qu’elles mobilisent, pour une nette majorité, soit une construction axiale plaçant le sujet dans l’axe du regard, en général au centre précis du visuel ; soit une construction en profondeur70 plaçant le sujet sur le devant de la scène dans un décor en perspective. Ces choix de configurations rendent manifeste une volonté des usagers de travailler la lisibilité de leur corps. D’autres effets sont utilisés pour focaliser le regard sur le corps (ou parfois sur un autre point d’intérêt du visuel) que nous nous proposons d’appeler des stratégies de focalisation : un arrière-plan flou ou une perspective obstruée désignant le premier plan, en général occupé par l’usager, comme une zone privilégiée d’attention ; l’intégration d’un cadre interne qui resserre la représentation visuelle autour du sujet ; l’exploitation d’une lumière zénithale, d’un éclairage orienté ou bien de couleurs vives portées par le sujet pour orienter le regard vers le corps présenté. Pour réaliser notre analyse systémique71, nous avons considéré qu’un usager mobilisait effectivement des stratégies de focalisation si celui-ci employait plusieurs des effets évoqués ci-dessus dans la composition de ses images de profil. L’analyse nous montre que le recours à ces stratégies est un comportement très largement adopté par les utilisateurs. Erving Goffman envisage la norme comme « une sorte de guide pour l’action soutenue par des sanctions sociales ; les sanctions négatives pénalisent l’infraction, les sanctions positives récompensent la conformité exemplaire »72. Dans le contexte d’une concurrence généralisée entre usagers pour obtenir de l’engagement, les utilisateurs auraient intégré la nécessité d’organiser une mise en lisibilité efficace de leur corps pour capter l’attention. Au contraire, une apparence physique trop incertaine se risquerait à la désaffection du regardeur pressé. Remarquons que l’usage du selfie ou encore l’opération de montage effectuée par le dispositif pourraient pour une part concourir à la production de ces effets de focalisation.
Sur son profil, l’utilisateur 8973 a posté deux selfies au cadrage serré dans lesquels il apparaît torse nu. Les cadres coupent ces représentations au niveau du bas ventre, mettant en tension la zone de l’entrejambe située hors-champ. Les images sont prises en contre-plongée, un angle de prise de vue qui associe hauteur et force au sujet alors que le cadrage serré véhicule un sentiment de proximité au corps dénudé. Pauline Escande-Gauquié remarque à propos du selfie qu’il « pèse par l’incarnation très physique des individus photographiés »74. Remarquons que l’absence de cadre apparent à la représentation lors de la consultation du profil, qu’appuie l’opération de montage du dispositif, invite à une reconstruction imaginaire du hors-champ, et de l’entrejambe, par le spectateur. L’analyse de ses images de profil montre que cet utilisateur mobilise des stratégies plastiques de composition pour construire de la corporalité à l’écran. L’analyse des images du corpus nous a permis de pointer d’autres stratégies plastiques, par exemple l’utilisation d’une vue en plongée et d’un cadre étroit pour produire une perception érotique du corps.
Sur son profil, l’utilisateur 2 a posté une image (1) dans laquelle il figure les jambes écartées, se tenant les mains sur les hanches (et la ceinture) dans une pose cow-boy caractérisée. L’homme fixe l’objectif d’un air neutre. La gestuelle du sujet produit une impression de dynamisme et de virilité, redoublée par son regard caméra qui semble confronter le regardeur. L’utilisateur 28, quant à lui, a élu une photographie dans laquelle il apparait installé dans une chaise pliante à la lumière zénithale. Il se tient les jambes ouvertes et la tête en appui sur ses bras repliés, dans une pose qui sied bien à cette mise en scène d’un instant de détente estivale. Ces deux usagers présentent une volonté de construire de la corporalité à l’écran par le truchement de leur gestuelle. L’analyse des images du corpus nous a permis de pointer des stratégies similaires : les bras et jambes sont dépliés et embrassent l’espace dans l’économie du visuel ; le corps produit des formes anguleuses et des lignes droites ; le sujet est photographié en mouvement et semble figé dans son élan. « Le profil constitue une promesse faite à un public imaginé que l’interaction à venir en face-à-face se déroulera avec quelqu’un qui ne diffère pas fondamentalement de la personne représentée par le profil » rappellent Nicole Ellison, Jeffrey Hancock et Catalina Toma75. Souvent lisible comme une trace du réel dans une acception de l’acte photographique comme enregistrement, l’image photographie est un élément de premier plan de cette promesse : elle peut être envisagée comme une preuve et une garantie. Si la photographie, par sa nature de trace, nous confronterait nécessairement au manque du sujet absenté, les utilisateurs de Grindr l’investissent pourtant pour faire exister leur corps à l’écran. Notre analyse systémique montre que les usagers sont une majorité à présenter une volonté marquée de construire de la corporalité dans leurs productions photographiques. Pour ce faire, ils travaillent leur gestuelle, mobilisent des stratégies plastiques et parfois superposent ces deux procédés. Cette rhétorique de l’image du corps s’appuie également sur des éléments contextuels : nombreux sont les usagers à se photographier dans des lieux de l’entretien du corps comme la salle de bain, par exemple, qui évoquerait sa mise à nu et régénération. Aussi, l’analyse systémique montre que la peau est souvent découverte sur la grille : presque la moitié des utilisateurs du corpus dévoilent leur torse ou bien leurs jambes dans leurs images de profil. Remarquons enfin que même si le corps de l’usager est entièrement évacué de la représentation à la faveur de son seul visage, l’absence de cadre apparent à la représentation lors de la consultation d’un profil de même que le dire de son corps encouragé par les concepteurs pourraient stimuler la reconstitution mentale par le regardeur des formes absentes du corps. « Si, dans une relation de face-à-face, le message est transmis en même temps que toute l’information véhiculée par le corps qui permet de situer l’autre, dans la relation électronique, le message et le corps sont au contraire séparés, et le second, absent, s’ingénie à trouver des modes de présence compensatoires. » pointent Valérie Beaudouin et Julia Velkovska76. Lindsay Ferris et Stefanie Duguay proposent la notion d’imaginaires numériques qu’elles envisagent comme « l’interaction entre des référents culturels – tels que des symboles et médias – et des infrastructures technologiques, laquelle provoque des pratiques routinières supposées résonner avec une communauté imaginée ». Elles précisent que « les utilisateurs construisent leurs propres imaginaires numériques de comment agir sur une plateforme, à côté ou en réponse à l’imaginaire sociotechnique inscrit par les intentions du designer et la matérialité de la technologie »77. Sur Grindr, dont les fonctionnalités trahissent une volonté des concepteurs d’encourager les inscrits à référencer leur corps, les cruisers cultiveraient des imaginaires numériques qui érigent la présentation du corps comme élément substantiel de la présentation du soi.
Conscients de présenter leur corps absent par l’image photographique mais aussi de se remettre à la loi du marché en l’affichant sur la grille, les usagers travaillent la lisibilité de leur effigie avec des stratégies de focalisation, construisent de la corporalité en mobilisant leur gestuelle comme des stratégies plastiques, dévoilent la peau et se photographient dans les lieux de l’entretien du corps. Ils consacrent de fait la formule de Roland Barthes qui écrivait déjà en 1978 que « par l’avènement de la photographie, la reproductibilité infinie de l’effigie change toute la conscience collective que nous avons de notre corps »78. Nous allons voir que d’autres normes de (re)présentation de soi circulent sur la grille : procédant du rapport à l’image singulier induit par la matérialité du support mais aussi des usages du cruising, elles inaugurent des fonctions d’offrande et d’invitation à l’image de profil.

Disponibilité et perceptions tactiles : l’image entre offrande et invitation

Sur son profil, l’utilisateur 36 a posté un selfie (image 3) où il figure vêtu d’une combinaison de pyjama colorée en peluche, à l’intérieur de laquelle il semble dénudé. Il est allongé et se tient la tête posée dans le creux de la main. Le textile du vêtement pourrait solliciter des perceptions tactiles, d’autant qu’on devine sa proximité à la peau nue du sujet. L’utilisateur 63, lui, a privilégié une photographie à la texture bruitée où il apparait dénudé, posant assis en intérieur. Sa main est posée sur son épaule et son bras plié recouvre son entrejambe par superposition. La caresse qu’esquisse sa main sur sa peau découverte, que met d’ailleurs en évidence un léger flou de mouvement, référencerait là aussi des imaginaires de perceptions tactiles. Ces imaginaires sont inscrits dans la matière même de l’image à laquelle le bruit numérique confère une consistance. L’utilisateur 13, enfin, a élu une image (1) sur laquelle il arbore un haut à sequins et pose dans un espace vert, entouré de bulles de savon en suspens. Nous voulons croire que les bulles comme les sequins suscitent une envie réflexe de toucher. Sur la grille de Grindr, un nombre significatif d’usagers plébiscite des images qui entrelacent des imaginaires de perceptions tactiles. Ce procédé est assuré à la fois par des signifiants plastiques (une texture bruitée), par des éléments de l’environnement ou des accessoires, mais aussi et surtout par des signifiants corporels : les mains s’accrochent à la barbe ou à la chevelure, caressent la peau ; le corps est immortalisé dans sa relation aux éléments : l’eau s’écoule sur la peau, le pied foule le sable ou bien la neige. L’analyse du dispositif socio-numérique Grindr79 montre que la consultation d’un profil utilisateur, l’affichage et le parcours de ses images requièrent un répertoire de gestes tactiles : on tape doucement l’écran (tap) pour afficher une image en mode plein écran ou pour l’agrandir, on fait glisser le doigt sur sa surface (swipe) pour faire défiler les images ou bien les profils, on pince (pinch) pour agir sur la taille d’affichage de l’image. « Ces gestes du contact entre la main et l’écran font partie intégrante de la nouvelle promesse photographique » souligne Pauline Escande-Gauquié80. La matérialité du support instaure un rapport tactile à l’image photographique : sur Grindr, les corps sont touchés et caressés du bout des doigts. Philippe Marion propose la notion de médiativité pour désigner « tous les paramètres qui définissent [le] potentiel expressif et communicationnel », la « singularité différentielle » du support médiatique81. En tant que support médiatique dont la consommation implique la préhension et un répertoire de gestes tactiles, le smartphone favoriserait sur Grindr des auto-représentations qui référencent le sens du toucher. Nous formulons également l’hypothèse que, dans le contexte d’une concurrence généralisée entre usagers pour obtenir de l’engagement, les utilisateurs élaborent des présentations de soi qui ambitionnent de susciter le désir d’une rencontre en personne et d’un toucher de la peau.
Sur le carrousel de l’utilisateur 14 est affichée une image (3) en noir et blanc où il apparaît de face, le torse nu paré d’un harnais en cuir et les bras repliés derrière le dos. Sa barbe est le seul élément visible de son visage. Cet utilisateur présente une volonté manifeste de faire savoir sa disponibilité sexuelle en se représentant à la manière d’une offrande, les mains jointes derrière le dos, alors que le choix du noir et blanc accentue la réification de son corps. Remarquons que la texture bruitée de l’image ainsi que l’objet en cuir sollicitent là aussi des perceptions tactiles. Sur son profil, l’utilisateur 39 quant à lui a posté un selfie (image 3) réalisé à l’aide d’un miroir où il figure torse nu dans sa chambre, dont on distingue le lit défait en arrière-plan : le sujet met en scène son intimité. Le pouvoir projectif82 de la photographie semble être mobilisé pour référencer la rencontre sexuelle – le lit, défait, a été consommé – voir pour offrir une prévisualisation, gratifier le regardeur d’un carburant pour l’imaginaire. Moi et ma chambre à coucher ressemblons à ça, paraît nous dire le sujet. Il semble finalement signifier sa disponibilité sexuelle, d’autant que son torse est découvert. L’utilisateur 13 a élu un cliché (image 2) où il figure assis au bas d’un escalier, regardant l’objectif, les jambes exagérément écartées, la main effleurant son visage dans une pose figée, le corps vêtu notamment d’un haut à mailles ouvertes laissant entrevoir sa peau. La pose du modèle ainsi que son vêtement en appellent à la fois à la sensualité délicate (la caresse) et à la disponibilité sexuelle (l’ouverture du vêtement et des jambes). L’escalier, au bas duquel est assis le sujet, sous-tend une idée d’élévation, d’ascension dont il se pose comme le point de départ. L’utilisateur 23, enfin, a publié une image (5) d’une partie de sa jambe et de son avant-bras. Il est assis et tient à la main un smartphone, ce qui impliquerait que la photo ait été prise avec un second appareil. La représentation d’une seule jambe, vêtue d’un short de sport et coupée par le cadre de l’image au niveau du bas-ventre, produit une emphase suggestive de l’entrejambe qu’on devine située hors-champ. Le placement du téléphone, par superposition avec l’entrejambe, évoque directement le phallus : dans cette composition, l’appareil s’envisage comme une prothèse et référence la disponibilité à la fois conversationnelle et sexuelle du sujet. Comme ces utilisateurs, près de la moitié des usagers de notre corpus mobilisent leurs productions photographiques pour mettre en signes leur disponibilité. Pour ce faire, ils utilisent notamment leur gestuelle, des accessoires ou bien l’environnement contextuel de l’image.
Colin Fitzpatrick et Jeremy Birnholtz soulignent que le profil fonctionne comme une négociation initiale : quand ils élaborent leur présentation de soi, les usagers « pensent moins à mentir ou à être dupés qu’à ce qu’ils souhaitent révéler de leurs intentions, et à quel moment dans le processus révéler ces informations »83. Nous avons montré que la médiativité du support et le contexte concurrentiel du cruising en ligne travaillaient les productions photographiques des usagers qui, non contents de construire de la corporalité, référencent des perceptions tactiles, font savoir leur corps comme disponible et à la portée d’une interaction. Ils consacrent par ce fait l’image photographique comme une invitation voire comme une offrande. Nous allons voir qu’un autre canon semble faire école dans les productions photographiques des usagers : la déclinaison de répertoires de masculinités.

Des masculinités sur Grindr : par l’image, le genre et le pouvoir signifiés

Pour illustrer son profil, l’utilisateur 48 a choisi un selfie réalisé à l’aide d’un miroir dans le vestiaire d’une salle de sport, dont le logo représentant l’enseigne est aisément identifiable en arrière plan. L’homme porte une casquette et des sneakers, se tient assis et accoudé nonchalamment sur ses jambes écartées, dans une posture qui laisse apparaître un biceps flatté par l’éclairage ambiant. Le vêtement, la posture et le contexte de prise de vue concourent à forger une représentation qui référence la masculinité du sujet, notamment par le truchement de son corps. L’utilisateur 24, lui, a sélectionné une photo où il figure dans un espace intérieur, caché par un épais nuage de fumée qu’on devine recraché d’un narguilé, portant casquette, chaîne en argent et lunettes de soleil. Bien que l’individu ne soit pas identifiable, ces quelques éléments contribuent à dessiner une figure bling-bling dont l’archétype est largement consacré dans l’industrie musicale du rap. L’utilisateur 14, pour sa part, a posté une image (2) prise en contre-plongée sur laquelle il apparait de face, vêtu d’un bas de survêtement marqué du logo d’un équipementier sportif et d’un harnais, probablement en néoprène, qui laisse apparente la pilosité de son torse. Le bas de sa barbe est la seule partie visible de son visage. Il semble se tenir debout, les bras tendus et écartés du buste. Tout dans cette représentation convoque des imaginaires du dynamisme et de la puissance physique, notamment le harnais, la posture de l’individu ou encore l’angle de vue. L’utilisateur 66, enfin, a élu une photographie (image 1) où il se tient les bras croisés et exhibe un torse nu aux muscles apparents. Le haut de son corps est l’unique sujet de l’image, il est valorisé par un fond neutre et interrompu au niveau de la nuque et du bas-ventre par les limites du cadre, dans une composition qui participe à mettre en tension la zone de l’entrejambe située en hors-champ. Par cette représentation de son tronc exposé comme un fétiche, l’individu produit une impression de force physique et de pouvoir.
Judith Butler définit l’identité de genre comme « performative » et « lui donne la forme d’un discours par lequel elle se trouve identifiée et affirmée » rappelle Nathanaël Wadbled dans un article consacré à ses travaux. « Il s’agit d’un ensemble d’éléments signifiants s’agençant selon une certaine structure dans un ensemble ou une composition qui tire elle-même sa signification autant de ces éléments que de leur agencement. (…) Ces éléments n’ont pas seulement une forme langagière : ce sont des mots, mais aussi bien des gestes, des postures ou des attitudes qui prennent sens comme désignant ou, plus exactement, comme faisant signe vers une identité de genre. (…) Une telle conception place l’identité de genre du côté de la représentation ou de la performance. »84. Dans les différentes images de profil décrites précédemment, un ensemble d’éléments font signe vers une identité de genre masculine et plus précisément vers une masculinité que nous nous proposons de qualifier de masculinité virile. Sur la grille de Grindr, ses éléments signifiants englobent des accessoires (une veste à motif militaire, une casquette), des attitudes (les bras croisés, le corps occupant l’espace) ou encore des environnements (une salle de sport, un parking extérieur). Nous observons que le répertoire de la masculinité virile fait la part belle à la présentation d’éléments saillants du corps masculin, parfois exposés comme autant de fétiches : dans notre corpus, le glaneur trouvera assurément torses, pectoraux, pommes d’adam et une pilosité éclectique. « La véritable masculinité est presque toujours pensée comme résultant du corps des hommes – comme étant intrinsèque au corps masculin ou comme exprimant quelque chose à propos du corps masculin »85 analyse Raewyn Connell dans un essai fameux. Rosalind Gill, Karen Henwood et Carl McLean pointent que « les corps des hommes en tant que corps sont passés d’une quasi invisibilité à une hypervisibilité au cours d’une décennie » et observent que «les ressources par lesquelles les hommes fabriquent leurs masculinités ont fait l’objet d’un changement considérable en passant d’un travail par le corps à un travail sur le corps »86. Si la masculinité virile est la plus représentée sur la grille, nous allons voir que les expressions identitaires des usagers sont également marquées par des énoncés qui font signe vers d’autres répertoires de masculinités.
Sur son profil, l’utilisateur 54 a affiché un cliché (image 2) sur lequel il figure posant devant le mont Uluru, une formation rocheuse située au centre de l’Australie, emblématique du pays et sacrée dans les cultures aborigènes. Le regard tourné vers l’objectif, il porte un chapeau et des lunettes de soleil suspendues au col de son t-shirt. L’utilisateur 20, lui, s’est photographié sur une plage ensoleillée en ne laissant apparaître que ses jambes chaussées de chaussures de sport et le verre de bière entamé qu’il tient à la main. Ce choix d’une vue subjective lui permet de conserver son anonymat mais aussi et surtout d’inviter le regardeur à se projeter dans ses baskets. L’utilisateur 62, pour sa part, a choisi une photographie (image 1) qui immortalise la visite nocturne d’un point de vue culminant le paysage new-yorkais. Il se tient de dos au premier plan de l’image, dans l’ombre, et fait face aux mille lumières de la ville. L’utilisateur 28, enfin, a choisi une image sur laquelle il figure installé dans une chaise pliante, se tenant les jambes écartées et les bras relevés derrière la tête, confortablement étendu dans une lumière enveloppante. Il porte une tenue estivale et des tongs. À ses côtés se trouve une deuxième chaise, inoccupée. Dans cette mise en scène d’un instant de détente estivale où la gestuelle du sujet signifie le repos consommé, la deuxième chaise vide peut trahir la présence de l’opérateur absent ou bien se lire comme une invitation à rejoindre le sujet – d’autant qu’il adresse un regard appuyé à l’objectif.
Ces productions nous paraissent faire signe vers un second répertoire de masculinité que nous nous proposons de qualifier de masculinité hédoniste. Ses éléments signifiants font la part belle aux arrière-plans exotiques, estivaux ou lointains, parfois photographiés pour eux-mêmes sans qu’y figure l’usager. Ces énoncés marquent une identité caractérisée par la quête de découverte, d’extase et de plaisir. Nous voulons croire qu’ils agissent comme des marqueurs de classe, en ce qu’ils démontrent la capacité financière de leurs auteurs à voyager ou à s’octroyer du temps de loisir.
Sur son profil, l’utilisateur 16 a posté une photographie, prise en contre-plongée, sur laquelle il apparaît habillé d’un smoking dans un espace intérieur, à l’arrière-plan duquel on entrevoit d’autres individus. L’homme porte un élégant noeud papillon, disposé au centre de la composition : l’élément est d’autant plus valorisé que l’homme le tient par les deux bouts, comme s’il souhaitait le réajuster. L’utilisateur 82 a choisi un selfie pris en plongée (image 3) sur lequel il apparait dans ce qui semble un logement, et à l’arrière-plan duquel on distingue un groupe de trois personnes, en partie coupé par le cadre de l’image. Une lecture proxémique87 de la disposition des individus les uns par rapport aux autres nous permet d’établir qu’ils partagent une relation intime. L’utilisateur 11, enfin, a élu une image (1) qui le figure attablé en terrasse d’un bar, levant son cocktail pour en saisir la paille de sa bouche entrouverte, dans une pose figée. La présence du sujet dans un lieu de sociabilité, sa bouche saisie ouverte et la présence d’une boisson alcoolisée concourent à mobiliser des imaginaires de la parole et de la conversation. L’individu nous paraît recourir au pouvoir projectif88 de la photographie pour offrir au regardeur le simulacre figé d’un rendez-vous en sa compagnie.
Ces images nous semblent faire signe vers un dernier répertoire de masculinité, que nous nous proposons de qualifier de masculinité mondaine. Le mondain est celui qui adopte les usages en vigueur dans la société des gens en vue ; qui fréquente le monde (…)89. Parmi les éléments signifiants de la masculinité mondaine, nous relevons les environnements qui reflètent des contextes de sociabilité ou de fête, le partage d’une tablée, la consommation d’un alcool ou la présence d’autres individus, parfois indistincts ou partiellement coupés. Ces énoncés marquent une identité caractérisée par son interaction avec des groupes sociaux. La présentation de ces moments chaleureux nous paraît flatter la maitrise des codes sociaux de leurs auteurs, de même que leur inclusion au sein d’une communauté.
L’utilisateur 4 a posté une image (2) sur laquelle il apparaît les pieds dans le sable, probablement aux abords d’une plage. De ce portrait en pied, pris en contre-plongée, le visage de l’individu est évacué. Il est vêtu d’un unique short de bain rouge vif, sur lequel il a placé une main ; situé au centre de la composition, le vêtement est l’élément le plus immédiatement visible de l’image. L’homme se tient la jambe fléchie avec le talon relevé, la main posée sur la taille, le bras dessinant un angle dynamique, l’autre bras relevé semble toucher son visage hors cadre : le corps sculpté tient une pose au dynamisme figé. La représentation de l’utilisateur est marquée à la fois par le répertoire de la masculinité virile et celui de la masculinité hédoniste. Les trois masculinités que nous nous proposons de distinguer sont finalement moins des catégories étanches que des réservoirs de sens, toujours et déjà actualisés par les usagers, qui s’entrecroisent et parfois se superposent.
Dans la rubrique « Identité » de son profil utilisateur, le propriétaire peut choisir d’afficher son identité de genre avec des catégories masculines, féminines et non-binaires pré-définies ou bien personnalisables. Cette possibilité offerte par les concepteurs à leurs inscrits laisse envisager une compréhension ouverte et inclusive de l’identité de genre des publics d’utilisateurs de l’application. Pourtant, la lecture des images de profil des usagers de notre corpus nous informe que leurs expressions identitaires sont fréquemment marquées par des énoncés qui font signe vers une identité de genre masculine. Nous nous proposons de distinguer trois répertoires de masculinité – virile, hédoniste et mondaine – dans une typologie à vocation opératoire d’analyse, sans renier qu’ils puissent se combiner ni qu’il n’en existe d’autres. Ces répertoires circulent sur les carrousels des usagers, notablement celui de la masculinité virile. Judith Butler rappelle que l’énonciation du genre est aussi « un acte relationnel par lequel le sujet se représente face aux autres et devient visible. Il est interpellé par ce public, même s’il n’est pas directement toujours présent (…) »90. La masculinité hédoniste – et dans une moindre mesure la masculinité mondaine – nous semble articuler un codage de classe, tandis que la masculinité virile articule un codage de genre : la mise en circulation d’images de soi par les usagers cristallise alors des enjeux de pouvoir. Raewyn Connell propose la notion de masculinité hégémonique, qu’elle définit comme « toujours construite en relation avec diverses masculinités subordonnées aussi bien qu’en relation avec les femmes »91. Pour Demetrakis Z. Demetriou, la masculinité hégémonique culturellement glorifiée « n’est pas construite en opposition complète aux masculinités gaies » ; au contraire, « de nombreux éléments de celles-ci ont été intégrés à un bloc hégémonique hybride ». Il ajoute que « l’hybridation, dans le domaine des représentations comme dans les pratiques de genre matérielles et ordinaires, concourt à atténuer le caractère oppressif et à accentuer le caractère égalitaire du bloc hégémonique »92. Sur la grille de Grindr, des masculinités deviennent hégémoniques par la répétition de leurs incursions et par les rapports de pouvoir qu’elles signifient.

Sous la surface de l’image, des utilisateurs esquissent des stratégies pour singulariser leur existence à l’écran

Ce qu’une image peut dire de soi : photographie et expressions identitaires

Pour illustrer son profil, l’utilisateur 8 a élu une photographie le représentant sur la passerelle d’un bateau, lunettes de soleil sur le nez, sourire à l’objectif et pouces levés. Sur le haut de la poupe du bateau – et au centre de la composition – est inscrite la mention « top cruiser », en majuscules épaisses bleu sur fond blanc. Si l’image semble immortaliser un départ en croisière, le regardeur attentif aura relevé la mise en valeur de l’inscription dans la construction du visuel et sa fonction d’ancrage93. Dans une acception plus éloignée du registre nautique, elle évoque à la fois un rôle sexuel de top – la « personne qui prend un rôle plus dominant durant les interactions sexuelles »94 – et le cruising, activité de drague en public consacrée dans les cultures queer. Le geste du sujet peut être interprété comme la mise en scène d’une réaction à l’inscription, voir exprimer une approbation : dans le montage tabulaire de son profil, l’individu n’a pas manqué de spécifier qu’il souhaite occuper un rôle de top. Sur le carrousel de l’utilisateur 14 est affichée une image (3) sur laquelle il figure de face, le torse nu paré d’un harnais en cuir, les bras repliés derrière le dos. La présence d’un harnais, qui mobilise d’abord des imaginaires de la puissance physique et de la virilité, pourrait aussi nous informer d’une pratique sexuelle d’intérêt pour le sujet : cela est confirmé par son profil qui mentionne une inclinaison pour le cuir. Ces exemples montrent que des utilisateurs tirent parti de leur représentation par l’image photographique pour communiquer des éléments saillants de leurs préférences sexuelles. Si cette démarche semblerait topique sur une application dont l’environnement socio-symbolique référence la rencontre sexuelle, d’autres versants du dire de soi sont également consacrés dans les productions photographiques des utilisateurs.
Sur le carrousel de l’utilisateur 7 est affiché un selfie sur lequel figurent deux hommes, en tenue estivale, posant devant un paysage maritime. La co-présence des deux individus sur la photographie pourrait signifier leur association sentimentale, ce que nous confirme le nom d’utilisateur du propriétaire du profil : « couple paris 4 ». Les deux amoureux auraient posté une photo de vacances, organisant ainsi la lisibilité de leur conjugalité. Sur son profil, l’utilisateur 15 a posté une image (3) sur laquelle il apparaît en intérieur, assis face à une table rectangulaire ornée d’un tissu cérémonial rouge, sur laquelle sont disposés deux paquets de feuilles de papier qu’il a recouvert de ses mains. Son regard tourné vers le hors-champ et sa bouche déformée – il semble pris sur le vif alors qu’il s’exprimait – trahissent l’existence d’un public, situé hors du cadre. On comprend qu’il s’agit d’une prise de parole en public, ou bien d’un cours magistral : sur sa bio95, le sujet aura laconiquement indiqué « Professeur ». L’utilisateur 1, pour sa part, a élu une vue horizontale du haut d’un buste habillé d’un col romain, en gros plan. La présence de cet habit clérical chrétien nous paraît témoigner d’un rôle social dans l’Église, ce que nous confirme le nom d’utilisateur de l’individu : « Prêtre ». L’absence de cadre apparent à la représentation lors de la consultation du profil, favorisée par l’opération de montage du dispositif, de même qu’un ensemble de procédés visuels participant à une impression d’indistinction (flou d’arrière plan, éclairage diffus, cadrage très serré) favoriseraient une reconstitution imaginaire du corps et du visage absents, dans un jeu de rôle dont le regardeur est fait complice. Ces exemples rendent manifeste une volonté de certains utilisateurs de recourir à leurs images de profil pour référencer des éléments saillants de leur identité sociale, un usage de l’image qui entérine une résurgence de l’inconscient du médium. Au cours de son Histoire, la photographie a largement été utilisée pour exprimer l’identité : le portrait-carte de visite breveté en 1854, par exemple, permet déjà de développer le marché de la photographie avec un objet standardisé et plus accessible, facile à envoyer, à échanger et à collectionner. Sur les images, « les modèles représentent au mieux leur sexe, leur classe sociale et leur statut (…). L’identité est représentée plutôt qu’exprimée. Statut social, beauté et réussite sont glorifiés, affirmés comme des aspirations, voire simplement fabriqués pour la prise de vue ». 96 L’utilisateur 19 a affiché sur son profil une photographie sur laquelle il prend la pose devant des figurines géantes, à l’effigie de créatures Pokémon. Le sujet paraît nous signifier son intérêt pour l’univers transmédiatique japonais. Dans sa bio, il indique être passionné de jeux vidéos (« gamer ») et se qualifie d’okatu : au Japon, ce terme désigne une personne qui passe un temps considérable à son domicile pour assouvir sa passion pour la culture japonaise contemporaine, notamment les jeux-vidéos, animés ou mangas. Dans cet exemple, l’usager tire parti de son image de profil pour nous informer d’une préférence culturelle.
Courtney Blackwell, Jeremy Birnholtz et Charles Abbott se proposent d’envisager Grindr comme une « technologie de co-situation » favorisant un mode de connexion entre utilisateurs qui transcende les frontières géographiques et « brouille souvent les frontières entourant les lieux physiques et communautés, définis par des intérêts partagés dans des activités particulières »97. Alors que ce procédé technique permis par la géolocalisation entraîne un « contexte de communication instable », les usagers utilisent la présentation de soi et les interactions pour communiquer leurs identités et intentions. Nous avons exposé qu’un groupe minoritaire d’usagers transcendait la fonction référentielle de la photographie pour construire des expressions identitaires qui communiquaient des éléments saillants de leurs préférences sexuelles, culturelles ou de leur identité sociale. Remarquons que ces exemples attestent de superpositions entre les productions photographiques des utilisateurs et des identités et pratiques hors-ligne. Pour se démarquer sur la grille, certains usagers valoriseraient plutôt un corps bien fait ou une tête bien pleine, consacrant de fait la fonction de preuve de l’image photographique.

Se montrer performant, image à l’appui

Sur son profil, l’utilisateur 66 a mis en ligne une image (2) sur laquelle il figure la tête légèrement baissée et doublement vêtue d’une casquette et d’une capuche, les yeux fermés, les bras écartés du buste dont un sweat ouvert sur toute sa longueur découvre la musculature. L’impression de magnification du sujet, qui semble nous surplomber, trahit le choix d’une prise de vue en contre-plongée. L’effigie est coupée par un bord du cadre au niveau du bas-ventre, participant à mettre en tension les parties génitales qu’on imaginerait situées hors-champ. Tout dans cette représentation participe à signifier un rôle sexuel de domination stéréotypé, voire la jouissance même. L’utilisateur 39, lui, a affiché un selfie (image 1) réalisé à l’aide d’un miroir et sur lequel il figure en tenue sportive dans ce qui semble une salle de fitness. En se photographiant dans cet environnement, l’homme fait savoir son corps comme entretenu par l’activité physique : l’effet est d’autant plus saisissant qu’il se photographie in situ, avant, durant ou juste après l’effort. L’utilisateur 94, enfin, a élu un selfie sur lequel apparaît son buste, mais la partie haute du visuel où se situe le bas de son visage est rendue difficilement discernable par l’ajout d’un effet de flou. Sur la zone de l’image où figure son t-shirt, l’usager a incrusté la mention « viril ttbm discret » en petites capitales dactylographiées rouge. Le registre est spécialisé, symptomatique du lexique des échanges textuels abrégés en réseaux pratiqués par les hommes intéressés par les hommes. Celui-ci a d’abord une fonction d’ancrage – il confirme la volonté du sujet de soigner sa discrétion – mais il endosse également une fonction relais en informant le regardeur que le sujet se qualifie de très très bien monté (« ttbm »). Le message textuel agit comme une preuve qui viendrait combler les insuffisances de l’image : en effet, et pour des raisons évidentes, l’usager pourrait difficilement référencer l’information sans transgresser les conditions d’utilisation de l’entreprise californienne. « Grindr m’a fait retrouver la forme et aller plus souvent à la salle, avoir de meilleurs abdos » confiait en 2014 Joel Simkhai, fondateur et ancien directeur général de Grindr98. « C’est pourquoi l’image et le visuel sont super importants. Je peux te raconter que je suis en forme mais si tu regardes la photo, tu sais (…) » poursuit celui qui avoue poster parfois une photo torse-nu sur son propre profil. Si les usagers sont nombreux à présenter une volonté marquée de construire de la corporalité dans leurs productions photographiques, certains utilisateurs singularisent leur présentation en faisant savoir leur corps performant. Comme l’illustrent les exemples précédents, ce répertoire du corps performant comprend des postures, des stratégies plastiques de composition, des accessoires, des environnements mais surtout l’exposition du corps lui-même. Cassandra Loeser soutient que le rôle du « gagne-pain » comme composante essentielle de l’identité masculine devient moins prévalent alors que la visualité du corps est de plus en plus souvent mobilisée pour apporter une preuve de la masculinité99. Dans les sociétés occidentales contemporaines, un corps sain est d’ailleurs largement associé au succès, à une forte éthique du travail et au contrôle de soi. Sur Grindr, où l’item « gros » n’est pas proposé à l’usager pour dire sa morphologie dans la case auto-descriptive consacrée, un groupe minoritaire de cruisers tire parti de l’acception de preuve du réel de l’image photographique pour valoriser un corps performant. Cette entreprise peut être appuyée par le choix particulier d’un selfie, que Pauline Escande-Gauquié envisage comme un « morceau de vrai » et dont elle rappelle qu’il « tient lieu de discours dans la mesure où l’individu se met en scène comme un témoin de son temps »100.
Sur son profil, l’utilisateur 15 a affiché une photographie (image 1) du tableau Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) réalisé par David Hockney en 1972, dans un recadrage centré sur les deux personnages. Un tel choix participe d’abord à la formation d’un ethos d’amateur d’art et de peinture. Le tableau représenté par l’utilisateur fait partie du domaine des oeuvres d’art mainstream, il est probablement reconnaissable par un nombre certain d’usagers. Remarquons comme cette représentation adhère bien aux usages codifiés de l’image de profil consacrés sur l’application : la vue d’une peinture (même photographiée) sollicite des perceptions tactiles alors que les aplats de couleurs saturées focalisent le regard sur les corps des personnages. Aussi, les thèmes de l’oeuvre de l’artiste britannique nous paraissent résonner à la fois avec des motifs qui circulent dans les productions des usagers (nudité, corps) et avec le rapport à l’image induit par l’expérience de l’application (regard, désir, intimité, distorsion). L’analogie est d’autant plus lisible que les formes peintes sont figuratives et que le recadrage effectué par l’utilisateur recentre la représentation sur les deux corps. Par le choix d’une re-présentation d’une production issue du champ institutionnel de l’art, l’individu manifeste un trait d’esprit et mobilise des références collectives pour produire du commentaire sur l’expérience de l’application. L’utilisateur 21, lui, a orné son carrousel d’un selfie (image 2) sur lequel il figure habillé d’un costard et d’une cravate, devant une bibliothèque privée. Par son vêtement, l’homme se présente sous l’identité du professionnel ; par extension, celui dont les compétences sont reconnues et monnayables. Par l’inclusion d’une bibliothèque en arrière plan, il représente la connaissance. Pris ensemble, ces éléments concourent à présenter l’individu comme érudit et expert. Sur son profil, l’utilisateur 15 a affiché une image (3) sur laquelle il apparaît en intérieur vêtu d’un manteau, installé à une table rectangulaire ornée d’un tissu cérémonial de couleur rouge. Sur cette table sont disposés deux paquets de feuilles de papier, sur lesquels l’homme a placé ses mains. Son regard tourné vers le hors-champ et sa bouche déformée par la parole laissent présager de l’existence d’un public, situé hors du cadre : on comprend qu’il prend la parole ou donne un cours magistral. Les deux paquets de copies, à présent constitués en emblèmes de la connaissance ou de l’évaluation, sont un élément d’autant plus valorisé de la composition que le sujet y met l’emphase par sa gestuelle. Sa posture, son habit ainsi que le contexte de prise de vue font signe vers une position de pouvoir : l’homme représenté est celui qui sait, et qui transmet son savoir. L’utilisateur 1, enfin, a posté une vue au cadrage serré du haut d’un buste habillé d’un col romain. La présence de cet habit clérical chrétien permet à l’usager d’affirmer une existence spirituelle.

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Table des matières

Partie I. Le dispositif socio-numérique Grindr informe et contraint les productions photographiques de ses utilisateurs aux fins d’une mise en circulation de leur identité
• Grindr, lieu de drague en ligne devenu réseau social communautaire
• Profils standardisés, injonctions à se dévoiler : des expressions de soi sous contraintes
• Image et industrie sur le web contemporain, ou la photographie productive
Partie II. Normes et représentations circulantes participent à la formation d’une imagerie stéréotypée sur Grindr
• Formes d’existence du corps à l’écran et grammaire de l’effigie
• Disponibilité et perceptions tactiles : l’image entre offrande et invitation
• Des masculinités sur Grindr : par l’image, le genre et le pouvoir signifiés
Partie III. Sous la surface de l’image, des utilisateurs esquissent des stratégies pour singulariser leur existence à l’écran
• Ce qu’une image peut dire de soi : photographie et expressions identitaires
• Se montrer performant, image à l’appui
• Apparaître sous couverture : jeux et esthétiques de l’anonymat
Conclusions 
Bibliographie

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