Facteurs environnementaux influençant l’allogrooming

Choix du partenaire de léchage (Sambraus, 1969)

Un bovin prend une posture de sollicitation (photo 16 et 17) tout en s’approchant de l’animal choisi comme partenaire. Si le bovin sollicité n’est pas coopératif, alors il chasse le demandeur (photo 18) ou s’esquive (parfois après quelques ripostes sans conséquences), selon qu’il est de rang hiérarchique supérieur ou inférieur. Un dominant peut renforcer ses sollicitations en frappant du mufle la partie inférieure du cou de son partenaire. Si plusieurs de ces sollicitations forcées restent infructueuses, alors le dominant peut jouer des cornes. Si le dominé refuse toujours d’obtempérer, alors le dominant peut le chasser à coups de cornes. 27 Il existe une autre possibilité d’approche pour amener un animal récalcitrant à lécher. Elle est pratiquée aussi bien par les dominants que par les dominés.

Pour ce faire, l’animal solliciteur commence lui-même à lécher le partenaire désiré, puis il prend la posture de sollicitation du léchage de façon répétée. Si le partenaire ne veut toujours pas coopérer, alors il le chasse ou se détourne, conformément à l’ordre hiérarchique. Il peut ainsi essayer jusqu’à six membres du troupeau à la suite. La figure 1 montre différentes attitudes prises par les bovins simplement à l’aide de jeux de tête.

Chez le veau Stephens (1974) a relevé l’importance du grooming chez 8 groupes de 15 veaux Holstein allotés à l’âge de 1 à 2 semaines environ

Les observations ont été recueillies pendant les 6 semaines précédant le sevrage (celui-ci ayant été réalisé 6 semaines après l’allotement) et pendant 3 semaines après. Les veaux ont été observés deux fois par semaine pendant 3 heures (de 14 h à 17 h). Malheureusement, cet auteur ne donne pas le détail des observations, celles-ci regroupant le léchage social, le self-grooming et les frottements contre les congénères et les installations. Néanmoins, cela permet d’avoir une idée sur le temps consacré a ces comportements, soit en moyenne 57 secondes par heure avant sevrage et 130 secondes par heure après sevrage (1.6 % et 3.6 % du temps de la période d’observation respectivement). Sato (1984) a observé des veaux de races Japonaise Noire (JN) et Japonaise Shorthorn (JS) âgés d’environ un an (8 à 12 mois).

Les mâles ont été castrés à l’âge de 5 mois. Un mois avant le début des observations, les veaux ont été placés dans deux box carrés de 9 mètres de côté, l’un contenant les mâles (10 JB, 11 JS et 2 croisés JB*JS) et l’autre les femelles (16 JB et 8 JS). Les observations ont été effectuées sur une période de 15 jours environ, uniquement pendant les périodes de repos ou d’alimentation par intermittence (périodes où le léchage social est fréquent). Les génisses ont été observées pendant 18.5 heures et les mâles pendant 10.5 heures. Les résultats (femelles/mâles) font état de 15/15.2 actes de léchage social par heure, chaque acte durant en moyenne 37.8/41 secondes. Webster et al. (1985) ont obtenu des valeurs globalement similaires, à savoir entre 18 et 68 secondes par heure (soit 0.5 % à 1.9 % du temps d’observation), suite à l’observation de veaux dans différents systèmes d’élevage pendant 4 heures (réparties dans la journée) à 2, 6, 10 et 14 semaines d’âge. Ces auteurs ont également réalisé des observations sur 24 heures et en ont conclu que la réduction des observations quotidiennes à une durée de 4 heures était suffisamment représentative. Il semblerait que les actes de grooming comptabilisés dans cette étude soient majoritairement (voire uniquement) des actes de léchage.

Enfin, chez des veaux de 11 à 15 mois, Sato et al. (1991) ont dénombré en moyenne 4.8 périodes de léchage par heure, sachant qu’une interruption du léchage supérieure à 30 secondes est nécessaire pour comptabiliser deux périodes de léchage distinctes. La moyenne du temps de léchage de 210 secondes par heure observée par cet auteur est le résultat de séquences de léchage durant 1 à 343 secondes (43.3 secondes en moyenne), ce qui représente 5.8 % du temps d’observation.

Répartition des zones de léchage Il existe des zones de léchage électives (Sambraus, 1969 ; Scheurman, 1975 ; Sato, 1991)

Celles-ci sont représentées dans la figure 4. Les photographies 10 à 14 en donnent quelques exemples. Sato et al. (1991) ont subdivisé le corps en neuf parties dans leur étude chez la vache : tête, cou, garrot, membres de devant, dos, ventre, croupe, membres de derrière, queue. Cette cartographie du corps leur a permis de montrer qu’il existe des zones de prédilection du léchage social chez les bovins. Celles-ci diffèrent selon qu’il y a sollicitation du léchage ou non. Ainsi, lorsqu’il sollicite un partenaire, un animal est léché principalement au niveau du cou et de la tête (à hauteur de 78 % du temps total de léchage) alors que, quand il n’y a pas sollicitation, ces deux zones sont délaissées au profit du dos et de la croupe (respectivement 28 % et 47 % du temps total de léchage).

Outre la sollicitation, le stade physiologique d’un animal peut influer sur les zones léchées. D’ailleurs, il est connu que les taureaux lèchent les vaches en oestrus et ce surtout au niveau du dos, de la croupe et des membres postérieurs (Kiley-Worthington et de la Plain, 1983 et Sato et al., 1990, auteurs cités par Sato et al., 1991). Sato et al. (1991) ont obtenu des résultats similaires : les veaux mâles ont consacré 39 % de leur temps de léchage à ces trois zones, ce qui est significativement plus élevé que chez les génisses (21 % du temps de léchage).

Chez le veau

Hurnik et Lehman (1985) (cités dans Sato et al., 1991) donnent peut-être une clef permettant d’imaginer les raisons pour lesquelles certains facteurs environnementaux ont une influence plus marquée que les autres. Pour cela, ils subdivisent les besoins sociaux en trois catégories : les besoins permanents d’attitude (comme le léchage social), les besoins permanents de survie (comme l’alimentation) et les besoins permanents de santé (comme le comportement de recherche d’un abri). Lorsque les besoins de survie et de santé ont déjà été satisfaits, le léchage social est alors pratiqué fréquemment afin de remplir un besoin permanent d’attitude. Ainsi, les jours de pluie, les veaux seraient plus souvent occupés à satisfaire les besoins permanents de santé et disposeraient par conséquent de moins de temps pour se lécher. Inversement, au crépuscule, les veaux ayant généralement satisfait les besoins de santé et de survie, ils seraient plus enclins à se lécher.

Le fait que le léchage social tende à être plus fréquent lorsque les veaux n’ont pas été nourris l’après-midi (ie. un seul repas distribué le matin) suggère que le léchage puisse être une activité de substitution à une situation conflictuelle comme le propose Wood-Gush (1983) (cité par Sato et al., 1991), ce qui diffère peu de l’explication donnée par Hurnik et Lehman (1985). On peut également supposer, comme le remarque Sambraus (1969), que le léchage social est plus fréquent quand les animaux sont perturbés. Enfin, on peut associer l’influence (bien que faible) de la propreté de l’étable à la fonction de nettoyage du léchage social.

Chez la vache

L’étude de Sambraus (1969) montre que le mode de logement (étable entravée ou stabulation libre avec ou sans pâturage) ainsi que les rythmes de sortie au pâturage, de distribution des aliments et de la traite influencent le rythme des actes de léchage. 38 Selon Sambraus (1969), lécher et être léché sont des besoins de base comme l’alimentation et le repos. Quand ces besoins ne peuvent pas être satisfaits, la motivation augmente en proportion, ce qui se manifeste par un léchage amplifié à l’occasion suivante. Parfois, en effet, il survient une période de léchage intense indépendamment du rythme journalier. Après des phases de grande agitation parmi les animaux, par exemple après la bousculade qui a lieu lorsqu’un troupeau s’échappe, ou quand un animal est introduit dans le troupeau, de nombreux animaux profitent de la période d’apaisement qui suit pour s’adonner au léchage. Quelques explications peuvent permettre d’éclairer les résultats de Krohn (1994). La plus faible fréquence du léchage social sur l’aire paillée indique que le grooming social a lieu plus souvent après des périodes de repas et quand les vaches sont sans occupation. Cela va dans le sens des résultats de Sambraus (1969).

Le fait d’attacher les vaches réduit leur liberté de mouvement, ce qui influence les comportement sociaux, en particulier le grooming social. On pourrait croire que l’activité des vaches à l’attache est réduite à cause d’un manque de mobilité. Pourtant, il n’en est rien. En dépit du grand degré de liberté de mouvements des vaches en stabulation libre et de la mise à disposition d’une aire d’exercice spacieuse, la fréquence de l’allogrooming est moindre que quand elles sont attachées. Il en va de même pour le self-grooming. Ainsi, l’attache permanente des vaches laitières, sans un degré de liberté qui, ni ne donne à l’animal la possibilité d’avoir un comportement social ou un comportement de grooming normal, ni ne lui permet de satisfaire ses besoins d’investigation et d’expérience nouvelle, semble changer le schéma comportemental normal.

A contrario, une heure d’exercice quotidien dans une cour augmente la fréquence d’un comportement social normal, du self-grooming et du comportement d’investigation, et diminue le mordillement des installations (bar-biting). L’ensemble de ces observations indique une privation chez la vache attachée en permanence. De fait, l’état d’excitation des animaux lors de la distribution d’un repas et le fait que cet acte coïncide avec l’entrée du personnel soignant dans l’étable font que l’ont peut assimiler la distribution d’aliment à un acte perturbant la quiétude du bétail, acte qui provoque une période de troubles suivie d’une période d’apaisement propice au grooming social.

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Table des matières

Introduction
PREMIERE PARTIE : LE LECHAGE CHEZ LES BOVINS
1.Définition de l’activité de grooming
1.1. Schémas comportementaux n’incluant pas le léchage
1.1.1. Le grattage avec un sabot de derrière
1.1.2. Le grattage avec les cornes
1.1.3. Le secouement
1.1.4. Le frappement d’une région du corps contre une autre
1.1.5. Les frottements
1.1.6. Le grattage du sol
1.2. Schémas comportementaux incluant le léchage
1.2.1. Le léchage individuel (ou self-grooming)
1.2.2. Le grooming social (ou allogrooming ou toilettage social)
2.Allogrooming
2.1. Sollicitation du léchage
2.1.1. Définition et description
2.1.2. Choix du partenaire de léchage (Sambraus, 1969)
2.1.3. Importance quantitative de la sollicitation (Sambraus, 1969)
2.1.4. Rôle
2.2. Quantification du léchage social
2.2.1. Chez le veau
2.2.2. Chez la vache
2.3. Répartition des zones de léchage
2.4. Facteurs environnementaux influençant l’allogrooming
2.4.1. Chez le veau
2.4.2. Chez la vache
2.4.3. Conclusion
2.4.3.1. Chez le veau
2.4.3.2. Chez la vache
2.5. Facteurs sociaux influençant l’allogrooming
2.5.1. Chez le veau
2.5.2. Chez la vache
2.5.3. Conclusion
2.5.3.1. Chez le veau
2.5.3.2. Chez la vache
2.6. Conclusions relatives à l’allogrooming
3.Self-grooming
3.1. Importance
3.1.1. Durée
3.1.2. Zones préférentielles de léchage
3.2. Facteurs de variation
3.2.1. Chez le veau
3.2.2. Chez la vache
3.3. Interprétation des résultats
3.3.1. Chez le veau
3.3.2. Chez la vache
3.4. Conclusions relatives au self-grooming
4.Conclusion : fonctions du léchage social
DEUXIEME PARTIE : PHARMACOCINETIQUE DE L’IVERMECTINE
1.Généralités sur l’ivermectine
1.1. Historique et intérêts de l’ivermectine
1.2. Mécanismes d’action
2.Pharmacocinétique de l’ivermectine chez les bovins
2.1. Précisions sur l’ivermectine
2.2. Pharmacocinétiques de l’ivermectine chez les bovins
2.2.1. Distribution
2.2.2. Métabolisme hépatique
2.2.3. Métabolisme dans les tissus adipeux
2.2.4. Voies d’élimination
2.3. Paramètres pharmacocinétiques de l’ivermectine chez les bovins
2.4. Conclusion
3.Problèmes causés par le rejet d’ivermectine dans l’environnement
3.1. Milieu aquatique
3.2. Milieu terrestre : cas de la prairie
3.2.1. Conditions générales
3.2.1.1. Estimation de la charge environnementale en ivermectine
3.2.1.2. Estimation de l’impact de l’ivermectine sur les microorganismes du sol
3.2.2. Effet des différentes formulations d’ivermectine sur la dégradation des bouses de vache
3.2.2.1. Présentation de l’écosystème « bouse de vache
3.2.2.2. Effet de l’ivermectine sur les insectes
3.2.2.3. Effet des différentes formulations d’ivermectine sur la dégradation des bouses de vache
3.3. Apparition de résistances
TROISIEME PARTIE : PARTIE EXPERIMENTALE
1.Objectifs
2.Matériel et méthode
2.1. Le matériel
2.1.1. Les animaux
2.1.2. Hébergement, soins et alimentation des animaux
2.1.2.1. Pendant la période d’acclimatation
2.1.2.2. Pendant la première phase
2.1.2.3. Pendant la seconde phase
2.1.3. Le principe actif
2.1.3.1. Voie percutanée
2.1.3.2. Voie intraveineuse
2.2. Le protocole expérimental
2.2.1. Première phase
2.2.2. Deuxième phase
2.2.3. Recueil et traitement des échantillons de sang et de fèces
2.3. Analyses
2.3.1. Dosage de l’ivermectine
2.3.2. Analyse phamacocinétique
2.3.3. Statistiques
3.Résultats
3.1. Plasma
3.2. Fèces
4.Discussion/Conclusion
AGREMENTS ADMINISTRATIF ET SCIENTIFIQUE
PHOTOGRAPHIES
ANNEXES
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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