Etude des comportements agonistiques de Schetba rufa

L’avifaune de Madagascar est caractérisée par une relative pauvreté en nombre d’espèces (Langrand, 1990; Morris & Hawkins, 1998; Hawkins & Goodman, 2003) avec une singularité remarquable par son fort taux d’endémicité aussi bien au niveau générique (24,6%) que spécifique (53%) (Langrand, 1990). Parmi les 283 espèces d’oiseaux rencontrées à Madagascar, 209 sont nicheurs dont 109 endémiques (Hawkins & Goodman, 2003). Sur un total de 67 familles, 5 sont endémiques à savoir Brachypteraciidae, Philepittidae, Mesithornitidae, Leptosomatidae et Vangidae. A part son endémicité, la famille Vangidae figure parmi les familles idéales pour l’étude des radiations évolutives des oiseaux malgaches (Yamagishi et al,. 2001).

La famille Vangidae comprend 12 genres et 15 espèces (Yamagishi & Honda, 2005) dont seul l’espèce Cyanolanius madagascarinus est commune à Madagascar et aux Comores (Langrand, 1990). Parmi les oiseaux appartenant à la famille Vangidae, 7 espèces entre autres Schetba rufa sont présentes dans le Parc National Ankarafantsika. Schetba rufa comprend 2 sous espèces dont Schetba rufa rufa rencontrée dans la partie orientale de Madagascar et Schetba rufa occidentalis habitant la partie occidentale. C’est une espèce vivant en groupe de 2 à 8 individus. Elle est considérée comme territoriale puisqu’elle défend son territoire contre l’intrusion d’autres groupes (Yamagishi et al., 1995). Chez d’autres taxa comme les mammifères, la défense du territoire aurait pour but de pérenniser les gènes d’une part et pour protéger les ressources alimentaires d’autre part (Peres, 1996). De plus, Schetba rufa a souvent rejoint d’autres espèces d’oiseaux pour mieux se protéger contre les prédateurs (Hino, 1996). Cette espèce a été considérée comme le meneur des groupes plurispécifiques d’oiseaux dans lesquelles elle se trouve (Hino, 2005). En outre, des comportements agressifs ont été observés entre Schetba rufa et d’autres espèces d’oiseaux se trouvant dans la même volée (Hino, 1998). L’ensemble des comportements agressifs que ce soit attaque, défense ou retrait vis à-vis des congénères ou d’autres espèces constitue les comportements agonistiques (King, 1973).

Des études sur la reproduction ainsi que l’interaction sociale chez Schetba rufa ont été déjà faites depuis 1990 dans le Parc National Ankarafantsika (Yamagishi et al., 1994). Les comportements agonistiques ont été également observés mais ont été très peu élucidés. En effet, les études des comportements agonistiques ont été focalisées uniquement sur les différentes espèces entrant en conflit. Les informations sur la manifestation de la territorialité de Schetba rufa ainsi que son comportement vis-à-vis d’autres espèces n’ont jamais fait l’objet de recherche. Pourtant, le comportement agonistique a causé beaucoup de mortalités chez d’autres animaux tels que les rongeurs (Sadleir, 1965) et les fortes compétitions intra et interspécifiques chez d’autres taxa ont joué un rôle puissamment limitant (King, 1973; Gautier et al., 1978). L’étude de ces comportements sur cette espèce s’avère alors très importante afin de connaître la situation de Schetba rufa. L’étude des agressions entre les espèces dans un écosystème donné peut constituer l’un des moyens pour déterminer la nature et la « santé » de cet écosystème (Loyn, 2001). C’est pour ces raisons que l’étude plus approfondie des comportements agressifs chez Schetba rufa est nécessaire pour compléter les données sur l’étude de cette espèce d’une part et pour faire un diagnostic sur l’écosystème où elle vit d’autre part.

LOCALISATION DU SITE D’ETUDE

Localisation géographique

L’étude a eu lieu dans la Station Forestière d’Ampijoroa du Parc National Ankarafantsika entre octobre 2003 et janvier 2004. La station forestière possède 2  jardins botaniques dont le jardin botanique A (JBA) et le jardin botanique B (JBB). L’échantillonnage a été effectué dans le jardin botanique A. Le parc se trouve dans la partie nord ouest de Madagascar; à 450 km de la capitale et à 110 km au sud de Mahajanga (Figure 1) (Eguchi, 1996; Yamagishi et al., 1995). Le parc est traversé par la Route Nationale N°4. La Station Forestière d’Ampijoroa est située dans les coordonnées géographiques suivantes :
– Latitude : 16° 00’ et 16° 26’ Sud
– Longitude : 46° 13’ et 46° 33’ Est
– Altitude variant de 80 à 333 m (ZICOMA, 1999)

Le Parc National Ankarafantsika recouvre une superficie de 132 500 ha, la Station Forestière d’Ampijoroa occupe à elle seule les 20 000 ha. Le jardin botanique A est un cadrat de 550 m x 450 m traversé par des sentiers (Figure 2). La forêt d’Ankarafantsika est limitée au nord par la plaine alluviale de Marovoay, au Sud par les falaises abruptes d’Ankarafantsika, à l’est par le fleuve de Mahajamba et à l’ouest par le fleuve Betsiboka.

Statut juridique
Le massif d’Ankarafantsika a été classé Réserve Naturelle Intégrale N° 7 le 31 décembre 1927, ce qui est complété par le décret N° 66. 242 du 01 juin 1996. Depuis le 07 août 2002, il a été classé parmi les parcs nationaux par le décret N° 2002-789 (Ramamonjisoa & al., 2003).

DESCRIPTION PHYSIQUE DU SITE D’ETUDE 

Sol
Le sol constituant le Parc National Ankarafantsika est de type arénacé avec une formation sableuse du Crétacé sur des sols ferrugineux. Ces derniers sont représentés par des matériaux anciens issus des formations gréseuses (sables roux). Les bas fonds humides sont recouverts de sols argileux (UICN, 1972).

Relief
Le Parc National Ankarafantsika est composé d’une intrusion maritime et continentale du Crétacé inférieur et moyen avec une altitude de 80 à 333 mètres. Le plateau est coupé par des pentes abruptes avec la formation des falaises rendant l’accès difficile à l’est (UICN, 1972).

Hydrologie
Le Parc National Ankarafantsika est traversé par 5 principaux cours d’eau et plusieurs lacs tels que Ravelobe, Tsimaloto, Antsimilaho, Ankomakoma. Ces lacs constituent les derniers refuges de certains poissons endémiques et certains batraciens (ANGAP, 2005).

CLIMAT 

D’après la description bioclimatique de Madagascar, Ankarafantsika présente un climat sec (Cornet, 1974). Le climat est de type tropical chaud et pluvieux. Il est caractérisé par l’alternance de deux saisons bien marquées :
– la saison pluvieuse ou été austral entre les mois de novembre et avril
– la saison sèche ou hiver austral entre les mois de mai et octobre .

Les intersaisons se situent en octobre et en avril (Ramangason, 1986; Andriatsarafara, 1988). Plusieurs paramètres influencent ce climat dont les températures, les précipitations et le vent. Les détails sur les températures et précipitations à Ampijoroa ont été représentés en annexe I.

Températures
Les températures moyennes mensuelles varient de 15,8 à 37°C. Elles restent élevées aussi bien en été qu’en hiver avec une moyenne annuelle de 26°C.

Précipitations
La pluviométrie annuelle varie de 1000 à 1500 mm. Des cyclones tropicaux rendent les pluies estivales irrégulières. Les plus fortes précipitations sont enregistrées en janvier (Figure 3). En hiver, l’alizé débarrassé de son humidité provoque à l’ouest une forte chaleur. En été, la mousson apporte des fortes précipitations. Le maximum de précipitations a été enregistré au mois de janvier et le minimum au mois de juin.

Vent
Deux types de vents influencent le climat du Parc National Ankarafantsika (UPDR, 2003):
– l’alizé du sud-est, qui est déchargé de son humidité. Ce vent chaud et sec détermine le climat sec en hiver.
– la mousson du nord, apportant des masses d’air humide et des fortes pluies en été.

FLORE ET FAUNE DU SITE 

Flore 

Selon la classification biogéographique d’après Humbert en 1955, Ankarafantsika appartient au domaine de l’ouest. En effet, le Parc National Ankarafantsika fait partie des forêts sèches de l’ouest (Dupuy & Moat, 1996). Il abrite la plus importante superficie de forêt primaire de l’ouest du pays (Projet MAG, 2004). La végétation est caractérisée par une abondance du genre Strichnos qui peut atteindre 9 à 12 m de haut (Yamagishi et al., 1997). La forêt est dense et sèche, semi caducifoliée et « pluristratifiée » (Ramangason, 1986). Elle est caractérisée par la présence de la série de Dalbergia sp (Fabaceae), Commiphora sp (Burseraceae) et Hildegardia sp (Sterculiaceae).

La végétation est caractérisée par son niveau d’endémicité élevé qui est de l’ordre de 87% (Ramangason, 1986). La flore présente plusieurs caractéristiques dont :
– La caducité des feuilles pour les formations arborescentes
– Le géophytisme poussé ou conservation des plantes par leur organe souterraine tel que bulbe de Nervilea sp (Orchidaceae), Dioscorea sp (Dioscoreaceae).
– La persistance des feuilles chez certaines familles telles que Ebenaceae et Rubiaceae
– La présence de nombreuses lianes appartenant aux familles des Fabaceae, Asclepiadaceae, Apocynaceae et Mennispermaceae.
– La présence de quelques Orchidées épiphytes dont la majorité fleurissent pendant la saison sèche.

Faune 

Le Parc National Ankarafantsika a toujours été réputé pour ses richesses ornithologiques et en geckos (ANGAP, 2005). A cause des pressions perpétrées par l’homme, on y rencontre également des espèces menacées d’extinction (CBSG Conservation Council, 2001) représentées dans le Tableau 1. Presque tous les groupes d’animaux tels que rongeurs, lémuriens, oiseaux et reptiles y sont rencontrés. Le Parc abrite 130 espèces d’oiseaux dont 41 endémiques (BirdLife International, 2008) telles que Haliaeetus vociferoides et Xenopirostris damii (annexe II). En ce qui concerne la Station forestière d’Ampijoroa, depuis 1994 jusqu’en 2000, 89 espèces d’oiseaux ont été recensées dont 29 observées aux alentours du lac Ravelobe (Mizuta, 2005). La famille ayant la plus haute diversité spécifique à Ampijoroa est la famille des Ardeidae avec 11 espèces. Outre les oiseaux, le Parc National Ankarafantsika renferme 70 espèces de reptiles et 22 espèces de mammifères avec comme taux d’endémisme respectives de 87% et 74% (ANGAP, 2005). Les lémuriens Microcebus ravelobensis, Propithecus verreauxi coquereli et Eulemur mongoz ; les rongeurs Macrotarsomys ingens et Macrotarsomys bastardi, l’oiseau Xenopirostris damii et les poissons Paretroplus maculatus et Spratellomorpha bianalis ne se trouvent que dans le Parc National Ankarafantsika. Le parc abrite des espèces endémiques à la région appartenant à différents taxons.

PRESENTATION DE Schetba rufa

Position systématique 

La famille des Vangidae a été décrite la première fois par l’ornithologue français Delacour en 1931 qui a reconnu cette famille comme endémique à Madagascar. Beaucoup d’espèces appartenant à cette famille ont été considérées auparavant comme appartenant à la famille des Laniidae. C’est l’ornithologue américain A. L. Rand qui a renommé la famille Vangidae conformément aux lois de l’International Code of Zoological Nomenclature (Dorst, 1960). Schetba rufa est endémique à Madagascar. Elle est en général non menacée (Morris & Hawkins, 1998) et de préoccupation mineure selon le statut UICN en 2006 (BirdLife International, 2004). La taxinomie de Schetba rufa est la suivante :

Règne : ANIMALIA
Embranchement : CHORDATA
Classe : AVES
Sous classe : CARINATES
Ordre : PASSERIFORMES
Famille : VANGIDAE
Genre : Schetba
Espèce : rufa
Sous espèce : occidentalis
Noms vernaculaires :
– malagasy : Vangamena, Siketriala, Poapoabava
– anglais : Rufous vanga,
– français : Artamie rousse, Schetbé roux.

Morphologie

Schetba rufa mesure une vingtaine de centimètres de long (Langrand, 1990; Morris & Hawkins, 1998; Hasegawa et al., 2001; Yamagishi & Asai, 2005) et pèse en moyenne 37 grammes. Les mâles adultes de plus de deux ans ont la même taille que les femelles de même age (Yamagishi & Asai, 2005). Cette espèce présente un dimorphisme sexuel, en effet la coloration du plumage varie en fonction du sexe et de l’âge (Morris & Hawkins, 1998; Yamagishi & Asai, 2005). Le dos est roux, la tête est noire et le ventre est blanc pour les deux sexes. La gorge est noire chez le mâle alors qu’elle est blanche chez la femelle (Nakamura, 2005). Les jeunes mâles âgés d’un an ont la gorge blanche tachetée de noire (Figure 4).

Système social 

Schetba rufa est une espèce vivant en groupe de 2 à 8 individus. Un groupe contient une femelle adulte et plusieurs mâles dont un reproducteur et les autres auxiliaires (Eguchi et al., 1992). La composition d’un groupe peut être de quatre types: une paire, une paire avec un jeune âgé d’un an, trios (deux mâles adultes et une femelle adulte), trios avec un jeune âgé d’un an (Yamagishi et al., 1994). Environ 63% des groupes de Schetba rufa sont des paires et 37% des groupes avec un ou plusieurs mâles auxiliaires (Yamagishi & Asai, 2005). Les principaux prédateurs de Schetba rufa sont les rapaces (Buteo brachypterus, Accipiter sp., etc.), les reptiles tels que le serpent Ithycyphus miniatus et les primates tels que Eulemur fulvus (T. Mizuta, communication personnelle).

Reproduction
Schetba rufa est une espèce territoriale et monogame mais quelques fois se reproduit avec la coopération d’un ou de deux mâles auxiliaires (Yamagishi et al., 1994). La période de reproduction est comprise entre octobre et mi-janvier (Asai et al., 2001), la femelle pond en moyenne 3 à 4 œufs en une portée. Chaque année, aucune ponte n’a plus été observée à partir du mois de décembre à Ankarafantsika (Eguchi, 2005). Pendant la période de reproduction, le mâle reproducteur et la femelle participent à la construction du nid ainsi qu’à la couvaison des oeufs. La couvaison dure en moyenne 19 jours (Eguchi, 2005). Les mâles auxiliaires ainsi que les jeunes mâles interviennent après l’éclosion des œufs en participant à l’alimentation des poussins. Les jeunes mâles âgés d’un an ne sont pas encore en âge de se reproduire (Yamagishi et al., 2002).

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela rapport-gratuit.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE: DESCRIPTION DU SITE D’ETUDE
I-1- LOCALISATION DU SITE D’ETUDE
I-1-1- Localisation géographique
I-1-2- Statut juridique
I-2- DESCRIPTION PHYSIQUE DU SITE D’ETUDE
I-2-1- Sol
I-2-2- Relief
I-2-3- Hydrologie
I-3- CLIMAT
I-3-1- Températures
I-3-2- Précipitations
I-3-3- Vent
I-4- FLORE ET FAUNE DU SITE
I-4-1- Flore
I-4-2 -Faune
DEUXIEME PARTIE : MATERIELS ET METHODES
II -1- PRESENTATION DE Schetba rufa
II -1-1- Position systématique
II- 1-2- Morphologie
II -1-3- Système social
II -1-4- Reproduction
II -1-5- Comportements agressifs
II -1- 6- Habitat
II -1-7- Répartition géographique de Schetba rufa
II -2- METHODOLOGIE
II- 2- 1- Méthode de capture
II -2-2- Méthode de mesure des différentes parties du corps de Schetba rufa
II -2-3- Méthode d’observation
II -3- ANALYSE STATISTIQUE DES DONNEES
II- 3-1- Choix des tests statistiques utilisés
II -3-2- Description des tests statistiques utilisés
TROISIEME PARTIE : RESULTATS
III -1- CARACTERISTIQUES DES GROUPES DE Schetba rufa ETUDIES
III -2- MORPHOMETRIE
III -3- CONFLITS INTRA SPECIFIQUES CHEZ Schetba rufa
III -3-1- Relation entre taille et composition de groupe et nombre de victoires obtenues
III-3-2- Relation entre l’activité biologique et les fréquences des conflits intra spécifiques
III -4- CONFLITS INTERSPECIFIQUES MENES PAR Schetba rufa
III -4-1- Fréquence et intensité des conflits selon les espèces rencontrées
III -4-2- Variation des conflits interspécifiques selon les activités biologiques
III -4-3- Fréquences des conflits avec d’autres espèces en fonction des activités des groupes de Schetba rufa
QUATRIEME PARTIE : DISCUSSION
CONCLUSION
RECOMMANDATIONS
BIBLIOGRAPHIE

Lire le rapport complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *