ETUDE DE L’URGENCE AU QUOTIDIEN DANS LES PHARMACIES D’OFFICINE

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Le pharmacien d’officine

Ø « Assure la dispensation et le bon usage du médicament à usage humain et vétérinaire.
S’assure de la bonne compréhension du traitement par le patient ;
Propose au patient un suivi pharmaceutique (Dossier Pharmaceutique) ;
Contribue avec les autres professionnels de santé à un accompagnement personnalisé du patient (éducation thérapeutique, entretiens pharmaceutiques, etc.) ;
Réalise des adaptations galéniques ou des préparations magistrales et officinales ;
Répond aux attentes du public en matière de santé : disponible sans rendez-vous, il joue un rôle majeur dans les soins de premier recours (conseil pharmaceutique et/ou orientation vers d’autres professionnels de santé si nécessaire) ;
Participe aux actions de santé publique, de prévention et de dépistage ;
Contribue aux dispositifs de sécurité sanitaire (pharmacovigilance, matériovigilance, alertes sanitaires, retraits de lots…) ;
Coopère avec les autres professionnels de santé au sein des réseaux de santé, des établissements pour personnes âgées, etc. ;
Contribue à la continuité de l’accès au médicament 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 ;
Garantit en toute circonstance un bon accès au médicament en gérant les achats, les stocks et la bonne conservation des médicaments ;
Gère et manage l’officine et son équipe (pharmaciens adjoints, préparateurs, étudiants, secrétaires…) ;
En qualité de maître de stage, encadre et forme les stagiaires étudiants en pharmacie. » (Site internet n°13).
Ø « Les pharmaciens ne peuvent faire dans leur officine le commerce de marchandises autres que celles figurant sur une liste arrêtée par le ministre de la Santé publique, sur proposition du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens. Les pharmaciens doivent dispenser dans leur officine les drogues simples, les produits chimiques et les préparations décrites par la pharmacopée. Les substances ainsi dispensées doivent répondre aux spécifications de ladite pharmacopée » (Site internet n°8).

Les urgences

Ø « L’urgence est une situation non prévue, de survenue brutale et demandant une réponse rapide » (Site internet n° 14).
Ø « Dans le domaine médical, situation d’un patient à soigner sans délai » On distingue « l’urgence absolue » qui correspond à une situation de détresse vitale » de « l’urgence relative » qui peut attendre » (Site internet n°3).

L’EXERCICE DES PROFESSIONS PHARMACEUTIQUES AU FIL DES SIECLES

Historique et évolution du métier

Au fil des époques, la profession a connu des mutations diverses. L’aspect réglementaire et le cœur de métier ont aujourd’hui bon nombre de reliquats des prémices de la profession, mais on observe tout de même des tournants historiques majeurs ayant contribué à la définition (dynamique) de notre exercice.
C’est en Orient que tout commença, plus de 2600 ans avant Jésus Christ, principalement en Mésopotamie (Sumer) et en Inde. Puis l’art de guérir s’étendit en Chine avec le développement de la phytothérapie, et l’usage de minéraux et autres substances à visée thérapeutique. Ce pays joua un rôle majeur en médecine, toujours reconnue aujourd’hui. En Egypte près de cinq siècles plus tard, on assista à l’émergence de véritables « préparateurs de remèdes ». Cet art continua d’évoluer de façon considérable sous la Grèce antique, notamment avec Hippocrate, ainsi que sous l’empire romain avec Dioscoride puis Galien (environ 130 ans avant JC). Galien était un médecin, qui acquit au cours de ses nombreux voyages et expériences, de grandes et novatrices connaissances en anatomie et en plantes médicinales « L’art de guérir dans les sociétés primitives » (Anonyme, 2015).
Les prémices de la pharmacie en France eurent notamment lieu en Gaule, exercés par les druides. C’est au moyen âge que le clivage entre la profession de médecin et celle de pharmacien se fit. Sous le règne de l’empereur Constantin la pharmacopée s’étoffa et les premières écoles d’études médicales apparurent, notamment à Salerne et à Montpellier. Sous Saint Louis, en 1258, l’apothicaire devint officiellement l’auxiliaire du médecin et avait pour mission, la préparation et la vente des drogues. Il y eut alors la naissance des premières réglementations encadrant la profession, imposant la « vente de produits de qualité, au prix juste et conformément à la prescription du médecin » (Chemin, 2014).
Dès le XIVe siècle, il fut défendu d’exercer la profession sans avoir étudié et validé des examens, et la prestation de serment fut de rigueur. Apothicaires et épiciers furent dissociés. On assiste alors à l’apparition de la notion de monopole. C’est également à cette période que naquit le concept d’inspection qui ne cessa d’évoluer.
En 1777, sur déclaration royale, le statut de Pharmacien vit le jour et la dispensation des drogues, fut grandement réglementée. Le principe du monopole fut remis en cause sous la Révolution mais rapidement rétabli de par l’importance du rôle du pharmacien et de la potentielle dangerosité des drogues qu’il délivre. Au début du XIXe siècle, sous Bonaparte, fut éditée la loi du 21 Germinal an XI, définissant les droits et les devoirs des pharmaciens et défendant l’indépendance de la profession. Cette loi fut précurseur des différents textes actuels tels que le code de la santé publique ou le code déontologie. C’est aussi à cette période que parut le codex, sorte de pharmacopée actuelle, et que la première définition de « santé publique » fut donnée (Société d’histoire de la pharmacie, 2013).
En 1945 fut créé le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens à Paris, avec la mise en place des sections A à H toujours d’actualité :
– A pour les titulaires d’officine
– B pour l’industrie
– C pour les grossistes-répartiteurs
– D pour les adjoints en officine
– E pour les pharmaciens d’outre-mer
– G pour les laboratoires de biologie
– H pour les pharmaciens exerçant en établissement de santé,
C’est également l’attribution des diverses missions relatives à la défense de l’honneur de la profession, entre autres. (Site internet n°13).
C’est seulement dans les années 1950 que l’inspection fut largement réformée et que le maillage territorial des officines se mit en place par rapport au nombre d’habitants. Les premiers centres de pharmacovigilance virent aussi le jour à la fin du XXe siècle (Dilleman « et al », 1992).
En 2009, le système de santé connut une évolution de taille avec la promulgation de la loi Hôpital Patient Santé Territoire dite HPST. Cette loi vise à préciser, adapter et optimiser le rôle et la place des différents acteurs de santé au sein d’un système de soin en perpétuelle évolution, et ce, dans l’intérêt de la santé publique. Elle complète le CSP, et se réfère à bon nombre de ses articles (Annexe 1).
Il s’agit d’une rétrospective très simplifiée, permettant de constater l’évolution du métier, de sa naissance à aujourd’hui.

Rôle et place actuelle du pharmacien d’officine dans le système de soin Aujourd’hui, le métier de pharmacien possède une définition et un cadre législatif et réglementaire solide mais en constante évolution. Plusieurs ouvrages servent de référence :

Le code de déontologie

La première édition du code de déontologie des pharmaciens par l’Ordre national eut lieu en 1963. Il s’agit d’un ensemble d’articles visant à encadrer la pratique professionnelle et à lui conférer une légitimité.
Ce code est applicable à l’ensemble des pharmaciens inscrit dans les différentes sections du tableau de l’Ordre, ainsi qu’aux étudiants autorisés à effectuer des remplacements :
• Ayant validé leur cinquième année d’étude
• Ayant validé leur stage de six mois de pratique officinale
• Etant détenteur d’un certificat délivré par le CROP.
(Les étudiants autorisés peuvent remplacer pour une période de quatre mois consécutifs maximum.)
Le Code de déontologie définit les devoirs mais aussi les sanctions en cas de manquement au respect des règles éditées.
Dans la section II, sous-section 1 sont définis les devoirs généraux visant à garantir une optimisation éthique, morale et professionnelle de l’ensemble des missions du pharmacien :
Ø Celui-ci devra participer à la protection de la santé publique, « Il doit contribuer à l’information et à l’éducation du public en matière sanitaire et sociale » Art. R. 4235-2., ce qui lui confère un rôle central et de proximité dans le système de soin.
Ø Il doit toujours conserver, son indépendance professionnelle, et ne doit en aucun cas agir de façon contraire à sa morale. « Il doit avoir en toutes circonstances un comportement conforme à ce qu’exigent la probité et la dignité de la profession » Art. R. 4235-3.
Ø Le pharmacien doit se soumettre au respect du secret professionnel visant à garantir la confidentialité aux patients. Il doit également s’assurer de son respect par ses collaborateurs. Ce principe d’importance majeure est largement détaillé dans le code de la santé publique.
Ø « Le pharmacien doit faire preuve du même dévouement envers toutes les personnes qui ont recours à son art. » Art. R. 4235-6. Cet article garantit à tous un égal accès aux soins, sans discrimination de quelque nature que ce soit.
Ø Le pharmacien doit porter assistance à toute personne en danger. Le cas échéant, il s’agirait, en plus d’un manquement de citoyenneté, d’un manquement d’ordre professionnel. Cependant celui-ci ne doit intervenir que lorsque ces compétences lui permettent de le faire. Art. R. 4235-7.
Ø Lui sont également conférés d’autres devoirs moins inhérents au cœur de métier, mais tout aussi importants dans la déontologie professionnelle :
Relation avec les organismes de protection sociale ; lutte contre le charlatanisme ; mise à jour régulière des connaissances pharmaceutiques ; principe d’indivisibilité de propriété-exercice personnel ; interdiction de démarchage, de compérage, encadrement de la publicité ; relation avec les professionnels de santé ; non-concurrence ; …
La section III, sous-section 1 est quant à elle, relative aux pharmaciens habilités à la dispensation des médicaments, dont les pharmaciens d’officine.
Ø Seuls les médicaments autorisés par ANSM ou l’EMA peuvent être délivrés aux patients.
Ø « Le pharmacien doit assurer dans son intégralité l’acte de dispensation du médicament, associant à sa délivrance : 1° L’analyse pharmaceutique de l’ordonnance médicale si elle existe ; 2° La préparation éventuelle des doses à administrer ; 3° La mise à disposition des informations et les conseils nécessaires au bon usage du médicament. » Art. R. 4235-48
Ø L’Art. R. 4235-49 régit l’organisation du service de garde et d’urgence qui permet d’assurer une continuité spatio-temporelle des soins.
Ø Le pharmacien peut, dans l’intérêt du patient, refuser la délivrance d’un médicament, ce, en en informant le prescripteur.
Ø On trouve également dans cette sous-section les exigences en matière de gestion des locaux (identification du titulaire et autres membres de l’équipe officinale, signalisation, aménagement…), de gestion du personnel, et diverses interdictions permettant de border les missions attribuées au pharmacien.
Malgré la subjectivité de certaines notions, le code de déontologie assure une base solide à l’indépendance et à la qualité de l’exercice de la profession.

Le code de la santé publique

Le CSP regroupe l’ensemble des articles de loi relatifs à la santé des patients au sein de notre société. Ces articles traitent de la médecine et de la pharmacie sous tous leurs aspects, de l’humain en passant par l’organisationnel, ils forment la base légale du système de santé en France.
Le code de la santé publique a été créé en 1953 et remanié au début des années 2000. Des modifications et mises à jour sont effectuées environ tous les mois.
Il se compose d’une partie législative et d’une partie réglementaire. La partie législative représente les règles générales qui sont définies par les lois et la partie réglementaire en est un approfondissement dans le cadre d’un domaine précis. Ces parties sont elles-mêmes constituées de livres, titres, chapitres, sections, sous sections, articles.
Les pharmaciens sont concernés par la quatrième partie (« professions de santé »), Livre II (« professions de la Pharmacie »), lui-même divisé en quatre titres.
Ø Le Titre premier détaille le monopole des pharmaciens dans son ensemble. Il encadre les activités du pharmacien d’officine (préparations, délivrance…) ainsi que les produits autorisés et réservés à la vente par des pharmaciens (médicaments parfois spécifiques, certaines plantes et huiles essentielles…). Il détaille également les dispositions pénales en cas de non-respect de ces articles (la sanction de base pour tout manquement étant de 3750 euros d’amende Articles L4212.)
Ø Le second titre concerne l’exercice de la profession. On y retrouve la totalité des conditions à remplir pour exercer la profession, de l’obtention du diplôme, aux garanties de moralité professionnelle selon les Articles L4221. L’inscription aux tableaux de l’ordre est aussi une condition d’exercice largement détaillée. « Le fait de se livrer à des opérations réservées aux pharmaciens, sans réunir les conditions exigées pour l’exercice de la pharmacie, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende. » Article L4223-1.
Ø Le troisième titre s’intéresse à l’organisation de la profession. Les chapitres I et II exposent la composition et les missions du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens. On y retrouve également les mesures disciplinaires, les obligations de formation des pharmaciens au cours de leur carrière professionnelle ainsi que le principe de déontologie.
Ø Le quatrième titre est quant à lui relatif au métier de préparateur en pharmacie.

La Loi HPST

La loi Hôpital Patient Santé Territoire est entrée en vigueur et parue au Journal Officiel de la République Française le 21 Juillet 2009. Elle fait suite à plusieurs rapports (les rapports Larcher de Mai 2008, et Ritter et Flajolet de la même année) pointant les aspects non efficients du système de soin. Cette loi a pour principaux buts d’optimiser le maillage territorial de l’offre de soin, l’organisation générale entre les professionnels de santé et de généraliser certains principes de santé publique. On assiste par exemple à la création de l’ARS, Agence Régionale de Santé, jouant désormais un rôle majeur dans l’organisation des soins. Les ARS remplacent désormais les DDASS (Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales), les DRASS (idem à l’échelle régionale), ainsi qu’une partie des services médicaux de l’assurance maladie à l’échelle régionale également.
La loi HPST tient compte de l’ensemble des éléments décrits dans le code de la santé publique.
Ø Le titre premier concerne principalement la modernisation des établissements de santé, d’un point de vue organisationnel et financier.
Ø Le titre II est constitué d’un certain nombre d’articles détaillant les moyens pour offrir à l’ensemble de la population des soins de qualité et expose notamment l’article 38, entièrement consacré aux pharmaciens d’officine.
Ø Le titre III est consacré au principe de prévention en termes de santé publique.
Ø Le quatrième titre s’intéresse à l’organisation de la répartition de l’offre de soin sur l’ensemble du territoire.
L’article 38 (Annexe 2) prévoit, entre autres, huit nouvelles missions pour le pharmacien dont le renforcement de la veille sanitaire, les missions de prévention, la coopération avec les autres professionnels de santé… Il rappelle également le rôle du pharmacien d’officine dans les soins de premier recours précisé dans l’article L 1411-11 du CSP.
Les différentes missions attribuées aux pharmaciens sont également détaillées par le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens et font partie intégrante du code de déontologie. Certaines missions, telles que le principe de pharmacien référent par exemple, restent des missions facultatives car ne pouvant s’appliquer que dans un cadre bien précis justifiant son utilité (site internet n°9).
Cet article renforce les divers points déjà exposés dans le code de la santé publique et les inscrit dans une globalité de prise en charge au sein de système de soin.

Les responsabilités du pharmacien

Le pharmacien, quel que soit son mode d’exercice (titulaire, adjoint, remplaçant), est soumis à différents types de responsabilités :
– La responsabilité civile, relative aux dommages causés à une personne,
– La responsabilité disciplinaire, mise en cause en cas de manquement aux engagements éthiques et déontologiques,
– La responsabilité sociale en cas de fraude aux organismes de protection sociale,
– Et la responsabilité pénale qui concerne l’ensemble des citoyens dans l’exercice de leurs fonctions, ou non.
Ø Dans le cadre de l’officine et notamment lors de l’assistance au patient en situation d’urgence, le pharmacien peut engager sa responsabilité civile, si son intervention n’est pas efficiente. Cette responsabilité appartient au pharmacien titulaire, et, en son absence, à tout autre pharmacien exploitant, non seulement pour lui-même, mais également pour l’ensemble du personnel exerçant sous sa surveillance. La loi du 4 Mars 2002 (loi 2002-303), invite l’ensemble des pharmaciens titulaires à souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle étendue à l’ensemble de ses salariés. Dans le cas où la responsabilité civile du pharmacien titulaire ou d’un membre de l’équipe est engagée, la victime bénéficie du versement de dommages et intérêts.
Ø D’autre part, le pharmacien peut engager sa responsabilité disciplinaire lorsqu’il manque à ses engagements déontologiques et professionnels. Cette dernière est soumise à l’expertise du conseil de l’ordre des pharmaciens et est traitée de façon spécifique selon qu’il s’agisse du titulaire, d’un adjoint, en présence ou en l’absence du titulaire, et en fonction du tableau de l’ordre auquel il est inscrit. L’action disciplinaire peut être déclenchée par toute personne quelle qu’elle soit. Il n’existe pas de sanction pécuniaire, mais le pharmacien en cause est passible de diverses sanctions telles que l’avertissement, le blâme, l’interdiction temporaire ou définitive d’exercer. Il n’est en aucun cas possible de souscrire une assurance pour les faits engageant la responsabilité disciplinaire.
Ø Le pharmacien, comme tout citoyen, est également soumis à la responsabilité pénale, qui peut être engagée en cas de non-respect de la loi. Dans ce cas aussi le pharmacien titulaire est responsable de ses salariés. Le code pénal précise par exemple que « l’omission de porter secours » est sanctionné. Les sanctions encourues peuvent aller de l’amende à la peine d’emprisonnement, et sont prononcées par le tribunal correctionnel ou par la cour d’assise. Dans ce cas non plus le pharmacien ne peut pas souscrire d’assurance (Collectif français des Pharmaciens Conseillers et Maîtres de stage, 2015).

Focus sur une des missions du pharmacien : les urgences

Cadre réglementaire : les lois et articles relatifs aux urgences

Précédemment ont été vus les ouvrages de référence en termes de législation que sont le Code de déontologie, le Code de la santé publique ainsi que la loi HPST.
On peut constater que ces ouvrages sont extrêmement détaillés et traitent des diverses et multiples facettes du système de soin français.
Néanmoins, la notion « d’urgence à l’officine », (c’est-à-dire la situation nécessitant une intervention dans un délai réduit, par le pharmacien, lorsque le patient se présente à lui) n’est évoquée de manière claire et concise dans aucun de ces textes. Quelques articles y font référence de manière indirecte tels que :
Ø R 4235-7 du CSP dit que « Tout pharmacien doit, quelle que soit sa fonction et dans la limite de ses moyens, porter secours à toute personne en danger immédiat, hors le cas de force majeure ». En effet, en tant que citoyen et professionnel de santé, le pharmacien doit intervenir lorsqu’une personne est en situation d’urgence, aussi bien dans le cadre de son travail, qu’en dehors. Il ne doit cependant rien faire qui n’appartienne pas au champ de ses compétences.
Ø L 1411-11 du CSP stipule, lui, que « L’accès aux soins de premier recours ainsi que la prise en charge continue des malades sont définis dans le respect des exigences de proximité, qui s’apprécie en termes de distance et de temps de parcours, de qualité et de sécurité. Ils sont organisés par l’Agence Régionale de Santé conformément au schéma régional de santé prévu à l’article L. 1434-2. Ces soins comprennent :
1° La prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et le suivi des patients ;
2° La dispensation et l’administration des médicaments, produits et dispositifs médicaux, ainsi que le conseil pharmaceutique
3° L’orientation dans le système de soins et le secteur médico-social ;
4° L’éducation pour la santé […] ».
Cet article inscrit clairement le pharmacien comme acteur du système de soin de premier recours.
Ø D’autres articles de manière encore plus large sont eux relatifs à l’organisation du système de garde et d’urgence tel que L’Art. R. 4235-49 du CSP.

En pratique

A la vue de l’ensemble de ces éléments, se posent diverses problématiques. La notion d’urgence reste soumise à l’appréciation du pharmacien (Mounayar, 2008).
Le pharmacien se doit d’intervenir, mais dans quelle mesure ?
Quelles sont les limites théoriques et pratiques du pharmacien face à une situation d’urgence ?
Quels gestes le pharmacien a-t-il le droit, ou non, de réaliser ?
Le pharmacien a-t-il le droit d’administrer des médicaments ?
Quels sont les risques encourus par le pharmacien si la prise en charge n’est pas optimale ?
Comment optimiser la qualité de la prise en charge d’une urgence à l’officine de façon concrète ?

ETUDE DE L’URGENCE AU QUOTIDIEN DANS LES PHARMACIES D’OFFICINE

Afin de constater réellement la nature et la fréquence des urgences à l’officine, j’ai réalisé un questionnaire que j’ai soumis à cinquante-deux équipes officinales, entre Novembre 2016 et Novembre 2017 (seules trente-cinq réponses me sont parvenues). Les voies de diffusions ont été diverses :
• En main propre dans les officines géographiquement proches. La plupart du temps, les équipes officinales (Pharmaciens dans 91% des cas) ont complété directement le questionnaire afin de me le remettre directement.
• Via la liste des Maitres de stage disponible à la Faculté de Pharmacie de Rouen.
• Via des contacts dans des professions interagissant directement avec les pharmaciens d’officine.
Dans les cas de diffusion « indirecte », les délais de réponse ont été plus variable, environ une semaine à 10 jours. Certains retours ne me sont jamais parvenus
(mails spam, manque de temps…)
Ce questionnaire permet dans un premier temps de mettre en évidence les types d’officines interrogées, c’est-à-dire, principalement leur situation géographique, ainsi que leur chiffre d’affaire (constitution de l’équipe officinale). Ceci permet de constater s’il existe des disparités en termes d’accès aux soins, selon la répartition (maillage) territoriale (proximité ou non de Centre Hospitalier, services d’urgence…) et de voir si la pharmacie d’officine tient une place différente au sein du système de santé en fonction de son emplacement (rural ou urbain).
Dans un second temps, il est plutôt question des circonstances dans lesquelles se présentent les urgences au sein des officines : heures de survenues, types de patients concernés (personnes fragiles présentant des terrains à risques particuliers, polymédiqués, âgées, isolées…).
Il s’agit par la suite d’identifier les différents types d’urgences auxquelles ont été confrontées les équipes officinales : urgences relatives ou absolues (degré de gravité), manières dont elles sont prises en charge, par qui (n’importe quel membre de l’équipe, un pharmacien, recours ou non aux services d’urgence), et à quelle fréquence ces urgences ont-elles été rencontrées (fréquence estimée par année).
La nécessité de réaliser un questionnaire assez succinct et peu chronophage pose cependant quelques limites quant à l’analyse des résultats obtenus. En effet, le premier constat réalisé est que la notion d’urgence semble interprétée de façon relative par les différents candidats interrogés, certains prenant pour exemple les urgences « bénignes » les plus rencontrées (majorité des cas), d’autres considérant plutôt les cas extrêmes rencontrés au cours de leur carrière.
De plus, les réponses par questionnaire ne concernent qu’un seul et unique exemple, choisit arbitrairement par le candidat, et ne concerne pas forcement l’urgence la plus explicite rencontrée au cours de sa carrière (par exemple : description d’épistaxis sévère car plus souvent vu à l’officine versus plaie par arme blanche). Les cas où le recours aux services d’urgences a été nécessaire sont assez peu répertoriés.
D’autre part, les résultats ont été assez longs à collecter puisque les équipes officinales sont très régulièrement soumises à des questionnaires et enquêtes en tout genre. Ce sondage a été diffusé via divers canaux, principalement par des confrères proches, ce qui limite le périmètre d’étude à la Normandie. Néanmoins, après recherches bibliographiques, les principales urgences à l’officine traitées dans les ouvrages disponibles, (comme «le Guide Pharmaco Clinique» (Talbert, 2013); «Le conseil à l’officine, aide au suivi pharmaceutique» (Belon, 2016) …) sont similaires, à savoir les plaies et coupures, les brûlures et les épistaxis.

Enquête réalisée auprès de 35 officines en Normandie de Novembre 2016 à Novembre 2017

1. Quelle est la situation géographique de votre officine (urbaine, centre commercial, rurale) ? [Répondre ici]
2. Dans quelle fourchette se situe votre chiffre d’affaire (hors taxe) ?
• Moins de 1.3 million d’euros
• Entre 1.3 et 2.6 millions d’euros
• Entre 2.6 et 3.9 millions d’euros
• Au-delà de 3.9 millions d’euros
3. A quel(s) moment(s) rencontrez-vous le plus d’urgences (heures d’ouverture, gardes…) ? [ ]
4. Dans quelles circonstances le patient s’est-il présenté à la pharmacie (seul, accompagné…) ? [ ]
5. Bref descriptif du patient :
• Age (nourrisson, enfant ; adulte, personne âgée) : [ ]
• Sexe [ ]:
• Le patient était-il, à priori, plutôt sain ; malade aigu (ex : intoxication alimentaire, maladie virale …) ; malade chronique (ex : diabétique, hypertendu, asthmatique…) ? [ ]
• Traitement(s) en cours : [ ]
6. Quelle était l’urgence selon vous ? [ ]
7. Qu’avez-vous fait (étapes ; ex : prise de tension, administration de sucre, réalisation d’un pansement compressif…) ? [ ]
8. Avez-vous consulté le Dossier Pharmaceutique du patient ? [ ]
9. Avez-vous appelé le SAMU ou les pompiers ? [ ]
10. SIOUI?:
• Quelles consignes vous ont été données ? [ ]
• Vous a-t-on donné une prescription téléphonique ? [ ]
• Avez-vous administré un médicament au patient ? [ ]
• Les services d’urgence se sont-ils déplacés ? [ ]
11. Sinon, avez-vous redirigé le patient chez un autre professionnel de santé (médecin traitant, spécialiste, urgences…) ? [ ]
12. Le patient est-il revenu vous voir avec une ordonnance ? [ ]
13. Comment estimez-vous la fréquence des urgences dans votre officine par an ? [ ]
14. Au sein de l’équipe, qui intervient la plupart du temps (pharmacien, préparateur) ?
15. Si vous avez des remarques, précisions ou suggestions, c’est ici [ ]
Il ressort de cette étude que 83% des officines concernées sont des officines urbaines, principalement situées dans l’agglomération de Rouen. La plupart d’entre elles (59%) ont un chiffre d’affaire inférieur à 1,3 million d’euros, ce qui correspond à des pharmacies dites « de quartier », lieu où se rend facilement la population pour tout type de requête. A noter que ce résultat est imputable aux canaux de diffusion utilisés pour réaliser cette enquête (distribution au sein des officines de l’agglomération rouennaise principalement).

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Table des matières

ABREVIATIONS
1. INTRODUCTION
2. DEFINITIONS
2.1. Le pharmacien d’officine
2.2. Les urgences
3. L’EXERCICE DES PROFESSIONS PHARMACEUTIQUES AU FIL DES SIECLES
3.1. Historique et évolution du métier
3.2. Rôle et place actuelle du pharmacien d’officine dans le système de soin
3.2.1. Le code de déontologie
3.2.2. Le code de la santé publique
3.2.3. La Loi HPST
3.2.4. Les responsabilités du pharmacien
3.3. Focus sur une des missions du pharmacien : les urgences
3.3.1. Cadre réglementaire : les lois et articles relatifs aux urgences
3.3.2. En pratique
4. ETUDE DE L’URGENCE AU QUOTIDIEN DANS LES PHARMACIES D’OFFICINE
4.1. Enquête réalisée auprès de 35 officines en Normandie de Novembre 2016 à Novembre 2017
4.2. Les urgences les plus fréquentes à l’officine
4.2.1. Plaies et coupures
4.2.2. Brûlures
4.2.3. Epistaxis
4.2.4. Cas particuliers de la contraception d’urgence
5. LES EXIGENCES DE LA PRISE EN CHARGE DES URGENCES A L’OFFICINE
5.1. Local
5.2. Matériel
5.3. Outils
5.3.1. Le dossier pharmaceutique
5.3.2. CESPHARM
5.3.3. Autres organismes de formation
6. CONCLUSION
ANNEXES
SITOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

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