Eléments agronomiques et économiques de la culture d’ananas

Eléments agronomiques et économiques de la culture d’ananas

Adaptation génétique de la plante au milieu

Origine de la plante

L’ananas est une monocotylédone herbacée pérenne autostérile, de la famille des Bromeliacées et originaire d’Amérique du Sud. Sa distribution à l’état spontané est assez large, allant des sols pauvres et secs du cerrados brésilien (A. ananassoïdes) à l’ambiance plus ombragée des forêts (A. bracteatus). Son nom proviendrait des tribus Tupi-Guaranis : « a » signifiant fruit et « nana » savoureux (C. Py, 1984).
La famille des Broméliacées à laquelle appartient l’ananas se caractérise par une adaptation au xérophitisme se traduisant par :
• La limitation des pertes en eau par un appareil stomatique adapté ;
• La récupération maximale des faibles précipitations grâce à une disposition en rosette ;
• L’absorption foliaire de l’eau et des éléments minéraux ;
• La fragilité relative du système racinaire.

Anatomie de la plante : adaptation aux conditions environnantes

OPTIMISATION DE LA CIRCULATION PAR LA TIGE: L’ananas possède une tige courte et trapue en forme de massue, d’une longueur maximale de 35 centimètre pour un diamètre de 2 à 3,5 centimètres (cm) à sa base et 5,5 à 7 cm au-dessous de l’apex. La tige se décompose en deux parties : écorce et cylindre central, dont la limite est marquée
par un tissu vasculaire typique des Broméliacées, produit par le méristème. Il est formé d’un réseau
très anastomosé de tissu vasculaire dominé par le xylème et dont sont issues les racines adventives.
Ce système complexe et interconnecté permet l’alimentation des feuilles. Sa forte subérisation explique la résistance de la plante lors des interventions mécaniques sur une parcelle puis sa difficulté de dégradation par les microorganismes après enfouissement.

CARACTERISTIQUES FOLIAIRES ET EFFICIENCE HYDRIQUE

Le nombre de feuilles d’un plant adulte varie de 70 à 80, toutes lancéolées et allongées, d’une longueur maximale de 100 cm et d’une largeur de 7 cm. Leur disposition en rosette se fait suivant une phyllotaxie 5/13.L’abondance des épines varie selon la variété et se situent généralement à la pointe des feuilles.La coloration du feuillage varie selon les conditions extérieures : climat, nutrition… allant du jaune pâle au bleu-vert foncé. Le taux d’anthocyanes présent dans l’épiderme de la face supérieure varie selon la variété et influence lui aussi la coloration. Par exemple, lors d’une carence hydrique ou d’une déficience du système racinaire, elles prendront une teinte jaune rouge. La coloration renseigne donc sur l’état sanitaire de la plante et peut être un indicateur non spécifique de la présence de ravageurs.La configuration du système foliaire et son fonctionnement interne résultent d’une adaptation au xérophitisme. Le métabolisme carboné est en effet réalisé par voie crassuléenne. C’est donc une plante en CAM (Crassulean Acid Metabolism) d’où une ouverture stomatique nocturne permettant une bonne efficience du métabolisme hydrique.
L’imbrication des feuilles autour de la tige se fait de façon à créer de petits réservoirs recueillant l’eau jusqu’à un volume de 50 millilitres (mL) sur l’ensemble d’un plant adulte. La solution recueillie peut ainsi être absorbée par les racines adventives à la base des vieilles feuilles ou directement par
l’épiderme de la zone non chlorophyllienne de la feuille (Krauss, 1948).

UN SYSTEME RACINAIRE FRAGILE

La principale fonction du système racinaire est l’ancrage, bien qu’il contribue largement à l’absorption et à la diffusion de l’eau et des éléments minéraux dans la plante. Il peut descendre jusqu’à deux mètres de profondeur mais ne dépasse généralement pas 85 cm (Py & J.J. Lacoeuilhe, 1984). Le caractère superficiel s’explique généralement plus par une forte sensibilité au milieu que par un quelconque géotropisme. Les racines les plus anciennes sont les plus basses et se ramifient afin de former le système racinaire souterrain. Les racines jeunes en revanche émergent de la tige entre les feuilles vivantes et s’enroulent autour de la tige sans se ramifier ni dépasser une longueur de 10 cm (Krauss, 1948 dans C. Py et al., 1984).Après plantation du rejet, les racines connaissent deux phases de développement :
• 1ère phase : d’une durée de deux mois, celle-ci est particulièrement intense car double le nombre d’émission racinaire par rapport au taux lors de la plantation. L’étude de Ricaud et Hainnaux (1978) montre le passage de 30 racines à 70 deux mois après. C’est l’expression d’un potentiel d’émission du rejet, lié aux conditions du milieu (humidité du sol, autour du pivot…) (Ricaud, 1978). La forte influence de la pluviométrie et de l’humidité sont à prendre en compte lors de la mise en place d’expérience en milieu contrôlé ;
• 2ème phase : débute environ cinq mois après plantation et est plus ou moins longue selon les conditions climatiques. Peu d’émissions racinaires sont observées.
Le poids du plant mis en terre et le nombre de racines émises sont corrélés. La croissance de celles-ci dépend ensuite fortement des caractères physiques et biologiques des milieux où elles se développent. Une étude de Bonzon (1969) sur les observations préliminaires sur la croissance et le
développement racinaire d’Ananas comosus montre que la croissance racinaire est ainsi estimée à 4,4 cm par semaine en moyenne, allant jusqu’à 6,7 cm maximum.

Etats des lieux des productions mondiale et martiniquaise

Production à l’échelle mondiale : un besoin de revalorisation

L’ananas est de loin la plante de plus grande importance économique de la famille des Bromeliacées.Seules une dizaine de variétés sur les 1000 existantes sont cultivées à des fins commerciales dont le Cayenne lisse, le Queen, le Victoria, le MD2… qui représentent au total 20% de la production mondiale de fruits tropicaux, soit 19,4 millions de tonnes en 2010. Les principaux pays producteurs sont le Brésil, les Philippines et le Costa Rica avec chacun détenant environ 12% du marché mondial (FAO STAT 2010). Les principaux pays exportateurs sont ceux d’Amérique Latine, qui détiennent 84% du marché mondial, alors que les pays importateurs sont principalement les Etats -Unis et l’Union européenne (40% du marché). La production globale de fruits se décline ensuite en différents produits consommés : jus concentré, jus simple, ananas frais et conserves. Le jus concentré représente le principal produit fini importé (3,4 millions de tonnes) (CIRAD, Fruitrop, 2012).Le Costa Rica, avec sa variété MD2 ou Sweet, s’est particulièrement distingué pour la production de fruits frais qui domine actuellement les marchés américains et européens.Cependant, le marché mondial de l’ananas dresse un tableau plutôt sombre sur les dernières années : baisse de la demande (notamment pour le fuit en conserve), effet du taux de change, hausse du prix du baril de pétrole, changement climatique… font que la production ne cesse de chuter. La Thaïlande est un exemple marquant de ce déclin, en passant de 2,8 à 1,9 millions de tonnes produites entre 2007 et 2010. La concurrence entre pays asiatiques et entre autres spéculations, la baisse de compétitivité, le manque d’attractivité du secteur primaire pour la population active sont autant de facteurs qui s’ajoutent aux précédents et expliquent ces chiffres (CIRAD, Fruitrop, 2012).Les enjeux sont maintenant de revaloriser cette filière tant par la qualité des produits que par la baisse des coûts de production. Des essais telle que la vente d’ananas sans couronne sont mis en place, avec pour l’instant un faible entrain des consommateurs.

Marché et production à l’échelle des DOM

Au niveau des DOM (Départements d’Outre-Mer), l’ananas est cultivé sur une superficie de 1 100 hectares dont 138 en Martinique soit une production de 2 600 tonnes (Agreste, 2009). Il y est majoritairement destiné à la consommation locale et reste entre les mains de petits producteurs dont la surface n’excède pas 10 hectares. La production, à l’image de la tendance mondiale, est en
décroissance depuis une dizaine d’années : de 255 hectares en 2004, la superficie est passée à 176 hectares en 2006, d’autant que la superficie réelle en production n’est que de 93 hectares. Cela s’explique notamment par la fermeture de la seule usine de transformation en jus et conserverie (SOCOMOR) en 2006.Bien que cette culture ne représente plus maintenant qu’une faible superficie, elle reste culturellement importante et caractéristique des DOM. Elle concerne actuellement une cinquantaine d’exploitations en Martinique (350 emplois directs et 150 emplois induits) (Agreste, 2010). La production se concentre sur 4 communes du Nord de l’île dont la situation au sein des exploitations devient préoccupante (FEADER, 2007).

Contexte pédoclimatique et agronomique de la culture d’ananas en Martinique

Contexte climatique

La Martinique, île de 1080 km² située dans l’archipel des Petites Antilles est bordée par l’océan Atlantique à l’Est et la mer des Caraïbes à l’Ouest. Le climat de type tropical humide auquel elle est
soumise se caractérise par des températures annuelles variant entre 26 et 28°C, des vents soufflants régulièrement de l’Est (alizés) et une pluviosité importante (2000 mm de moyenne annuelle) mais qui varie fortement sur de faibles distances. En effet, bien que soumise à la même masse d’air, les variations sont dues aux caractéristiques morphologiques de l’île, responsables de l’effet foehn : les masses d’air venant de l’est subissent un mouvement ascendant en rencontrant les reliefs, refroidissant l’air humide et engendrant la pluie. Une fois le versant « au-vent » franchi, l’air se réchauffe provoquant l’évaporation des gouttelettes d’eau en suspension. Ce phénomène, en plus de l’altitude, explique les plus fortes précipitations au Nord, sur les flancs de la Montagne Pelée aux environs de 3000 mm (Meteo France, 2013).

Contexte pédologique

Les sols de Martinique sont issus de matériaux volcaniques analogues mais diffèrent selon le climat ou l’âge des matériaux avec lesquels ils ont évolué (Colmet-Daage F. & Lagache P., 1965).
L’ananas est, au niveau mondial, cultivé sur une large gamme de sols allant des tourbes organiques de Malaisie aux sols sableux du Queensland et d’Afrique du Sud. Les sols doivent être drainants, homogènes et bien aérés en raison de la sensibilité de la plante à l’asphyxie et au changement de compacité du milieu (semelle de labour, zone argileuse…).
En Martinique, l’ananas est traditionnellement cultivé sur les flancs côté atlantique de la Montagne Pelée au Nord de l’île. Dans cette zone, les sols caractéristiques sont des sols peu évolués à allophanes (Aluminosilicates hydratés amorphes) ou andosols présentant une quantité importante d’éléments grossiers arrondis (cendres ou ponces) et une teneur en matière organique variable. On y trouve également des sols peu évolués sur cendres ou des sols brun rouille à halloysites (Carte pédologique de Martinique). D’un point de vue agronomique, leurs faibles densités apparentes en font des matériaux propices à l’enracinement, idéals pour l’ananas. Ces types de sols sont relativement jeunes et formés sur des projections volcaniques sableuses ou graveleuses. Ils se distinguent par leur teneur en argile, en matière organique et par la profondeur des différents horizons.

Contexte agronomique : contraintes et maladies

L’enherbement est un souci majeur de la filière, l’ananas ne supportant pas la concurrence adventive dans les premiers mois de développement. La solution actuellement répandue est la plantation sur billon avec un mulch plastique. Dans ce cas, seul le passe-pied entre les billons est à entretenir.
Le Wilt est une maladie virale (causée par Pineapple Mealybug Wilt-associated closterovirus) qui retire toute valeur commerciale au fruit une fois le plant atteint. Ces virus sont transmis par les cochenilles (Dysmicoccus spp.), elles-mêmes véhiculées par les fourmis. La seule méthode de lutte
est prophylactique.
Le phytophthora, maladie fongique causée par Phytophthora sp. se traduit par une pourriture du cœur. La contamination se fait au cours des périodes pluvieuses et dépend des conditions environnementales (sols mal drainés, billon effondrés…) et de la résistance de la variété employée:
MD2 est le plus sensible. La lutte est basée sur un trempage des rejets dans une solution d’Aliette, puis essentiellement préventive.
La culture d’ananas est par ailleurs soumise à divers ravageurs dont les principaux aux Antilles sont les nématodes (dont Rotylenchulus reniformis) et symphyles (Scutigerella sp. et Hanseniella sp.).
Jusque-là, la lutte chimique contribuait à réduire les attaques par l’usage de molécules considérées
comme toxiques ou très toxiques (1,3-dichloropropène, ethoprophos 10%…), ces produits sont aujourd’hui retirés de la vente (e-phy.agriculture.gouv). De ce fait, il est nécessaire d’identifier de nouveaux moyens tant en matière de lutte qu’en matière de détection de l’importance de l’attaque sur les plants.

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela rapport-gratuit.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières

Introduction
Cadre de l’étude
1 Le CIRAD : la recherche agronomique pour le développement
2 Nouveaux enjeux des systèmes de culture d’ananas en Martinique
3 Mise en place d’un système innovant
Contexte et problématique
1 Eléments agronomiques et économiques de la culture d’ananas
2 Contexte pédoclimatique et agronomique de la culture d’ananas en Martinique
Problématique
3 Etude in situ du système racinaire d’ananas
Matériels et méthodes
1 Modèlisation de la structure racinaire d’Ananas comosus et caractérisation des impacts dus aux
bioagresseurs telluriques
2 Culture d’Ananas comosus (L.) Merr sur couche mince de sol : système de rhizobox
Résultats
1 Méthode d’étude des ravageurs en milieu réel : mise en place d’un modèle de développement du système racinaire
2 Méthode d’étude des ravageurs en milieu contrôle : rhizobox
Discussion
1 Extraction racinaire et modèle
2 Cartographies via Racine² (CIRAD)
3 Rhizobox
Bibliographie

Rapport PFE, mémoire et thèse PDFTélécharger le rapport complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *