Élaboration et évaluation d’un outil rééducatif musical à destination des enfants dysphasiques

La dysphasie touche plus d’un million de français (Inserm, 2014). Le syndrome dysphasique le plus courant est celui qui atteint la phonologie et la syntaxe. Ce trouble spécifique du langage oral entrave gravement la communication et constitue de ce fait un obstacle à l’intégration sociale. L’intervention orthophonique est primordiale, elle a pour but de pallier les difficultés de ces patients dès le plus jeune âge (Gérard, 1993). C’est une prise en charge longue, en plus d’être intensive. Aussi, elle doit être avant tout source de plaisir et de motivation pour les jeunes patients, afin d’obtenir une forte alliance thérapeutique et de travailler efficacement. Les outils de remédiation proposés doivent donc être variés, ludiques et comprendre des systèmes facilitateurs s’appuyant sur les points forts de ces patients, pour ne pas les mettre constamment en échec (Coquet & Ferrand, 2004).

La musique apparaît donc comme une médiation intéressante, qui vient enrichir la palette d’outils rééducatifs dont disposent les orthophonistes. En outre, différents travaux ont prouvé un effet de transfert d’habiletés de la musique vers le langage oral. Ceci découle du fait que musique et langage partagent un certain nombre de caractéristiques, ce qui se traduit sur le plan cérébral par des corrélations anatomo-fonctionnelles. Cela expliquerait d’ailleurs les difficultés à jouer d’un instrument, ou à danser en rythme des enfants « dys ».

La création d’un outil rééducatif sous forme d’un atelier musical adapté aux enfants dysphasiques semble ainsi pertinente. Celui-ci influencerait l’attention auditive des enfants, modifiant ainsi les structures cérébrales communes aux tâches de musique et de langage, et de ce fait, pourrait améliorer les performances des enfants dans ces deux domaines. Au-delà de la création de l’outil, l’objectif de ce mémoire est de vérifier son efficacité. A cette fin, deux enfants ont été évalués au moyen de tests étalonnés, en langage et en musique, avant et après les séances d’atelier musical. Une comparaison pré/post thérapie permettra d’apprécier l’efficacité de ce matériel.

Un rappel général sur la dysphasie, son diagnostic, sa prise en charge, et un focus sur la dysphasie phonologique-syntaxique, précéderont un exposé sur les liens entre musique et langage, et l’utilisation de la musique dans un but thérapeutique. Après une présentation des objectifs et hypothèses de ce mémoire, suivra une description des sujets, des matériels et méthodes utilisées. L’élaboration de cet outil ainsi que les résultats obtenus seront développés avant la discussion, qui permettra d’analyser les résultats et d’apporter une réflexion personnelle, ainsi que des perspectives d’utilisation de ce matériel.

La dysphasie

Généralités

Définition, prévalence et terminologies

La dysphasie est définie comme un trouble spécifique, c’est-à-dire un trouble développemental grave, durable qui se manifeste par une structuration déviante, lente et disharmonieuse de la parole et du langage. Cette pathologie touche 2% de la population française, soit plus d’un million de personnes, avec une proportion de 2/3 de garçons (Inserm, 2014). Selon le type de dysphasie, ce sont différents versants du langage qui sont plus ou moins touchés, en expression et/ou en compréhension : phonologie, lexique, syntaxe, sémantique et pragmatique (Gérard, 1993). La plupart des auteurs francophones s’accordent à dire que les enfants dysphasiques présentent une déviance par rapport au modèle classique de développement langagier, ce qui les différencie des enfants présentant un retard de langage, dont les symptômes peuvent évoluer et/ou être compensés de façon satisfaisante. Cette différence entre retard et déviance n’est pas reconnue dans la littérature anglosaxonne, qui voit ces difficultés comme faisant partie d’un continuum et non comme deux entités bien distinctes (Dictionnaire d’Orthophonie, 2011). De ce fait, le Diagnostic Statistical Manuel (DSM-5) de l’Association de Psychologie Américaine (APA), définit à l’intérieur des troubles neurodéveloppementaux, les « Specific Language Impairment » (SLI), qui se traduit en français par « Troubles Spécifiques du Langage Oral » (TSLO) ou « Troubles Spécifiques du Développement du Langage » (TDSL) ; la Classification Internationale des Maladies (CIM-10) adopte, quant à elle, « le terme de Troubles Spécifiques du Développement de la Parole et du Langage » (Coquet & Ferrand, 2004). Le terme de dysphasie reste largement utilisé dans le milieu des cliniciens francophones ainsi que par les organisations nationales et internationales de soins et de santé (Zesiger & Majerus, 2009). C’est par conséquent celui qui sera davantage utilisé dans ce document.

Diagnostic

La détection précoce d’une dysphasie est délicate, étant donné le nombre de pathologies pouvant affecter le langage oral du jeune enfant. La suspicion d’une dysphasie, ainsi qu’une intervention orthophonique peuvent avoir lieu tôt, mais le diagnostic différentiel n’est posé qu’aux 5-6 ans de l’enfant (Zesiger & Majerus, 2009). La première étape du diagnostic est la confirmation dessignes positifs de dysphasie, grâce à des éléments anamnestiques, des éléments cliniques et comportementaux qu’on appelle les marqueurs de déviance. « Six sont retenus : Les troubles de l’évocation lexicale ; les troubles de l’encodage syntaxique ; les troubles de la compréhension verbale non liés à une insuffisance du stock lexical ; l’hypospontanéité verbale ; le trouble de l’informativité ; la dissociation automatico volontaire » (Gérard, 1993). La seconde étape du diagnostic s’effectue par exclusion, suivant les critères du DSM-IV qui indique que « les difficultés observées ne peuvent être imputées ni à un trouble sensoriel ou moteur, ni à une anomalie morphologique de la sphère oro-faciale, une insuffisance intellectuelle, un trouble neurologique, un déficit social primaire, un trouble du spectre de l’autisme, ou une carence environnementale majeure ». Ces critères permettent aux cliniciens de qualifier le trouble de spécifique et de primaire (Avenet, Lemaître, & Vallée, 2016).

Prise en charge orthophonique

L’objectif principal de la prise en charge orthophonique des enfants dysphasiques est de les rendre intelligibles, dans un premier temps, mais aussi et surtout de maintenir une appétence à la communication, d’améliorer leur estime d’eux-mêmes et de favoriser leur intégration sociale. La prise en charge est intensive, surtout au début : elle a lieu à raison de 2 à 3 fois par semaine pendant 45 minutes, avec un engagement actif de l’enfant. Ce rythme est ajustable afin d’éviter toute lassitude ou perte de motivation. Selon Roch et Monfort, le principe essentiel de la prise en charge est d’avoir autant que possible une communication multicanale en utilisant des moyens augmentatifs de communication, donc des supports visuels et gestuels (pictogrammes du Makaton, gestes de Suzanne Borel-Maisonny, schémas, langage écrit, etc.). Le but est d’utiliser d’autres canaux sensoriels pour compenser le trouble du langage oral. La dynamique des systèmes facilitateurs est donc préconisée, avec un estompage progressif au fur et à mesure des progrès de l’enfant. La répétition est indispensable à une bonne acquisition langagière, et cela est encore plus vrai dans le cadre de troubles spécifiques du langage (Monfort & Sanchez, 2004 ; Gérard, 1993 ; Cours dispensés à l’Ecole d’Orthophonie de Caen).

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Table des matières

INTRODUCTION
PARTIE THEORIQUE
I. La dysphasie
1. Généralités
1.1. Définition, prévalence et terminologies
1.2. Diagnostic
1.3. Prise en charge orthophonique
1.4. Classification : les différentes formes de dysphasies
2. Le cas de la dysphasie phonologique-syntaxique
2.1. Hypothèses causales de la dysphasie phonologique-syntaxique
2.2. Troubles associés à la dysphasie phonologique-syntaxique
II. Liens entre langage et musique
1. Stimuli similaires pour un traitement similaire ?
2. Corrélats neuronaux
3. Effets d’un entraînement musical sur le langage
III. Utilisation de la musique en orthophonie
1.1. Une technique éprouvée
1.2. Des perspectives pour les enfants dysphasiques
PROBLEMATIQUE, OBJECTIF ET HYPOTHESES
1. Problématique
2. Objectif
3. Hypothèses
METHODOLOGIE
1. Description de la population
1.1. Critères d’inclusion et d’exclusion
1.2. Population d’étude
2. Matériel et méthodes
2.1. Matériel utilisé pour les évaluations
2.2. Elaboration du matériel musical
3. Déroulement du protocole
4. Analyse des données
4.1. Variables
4.2. Hypothèses opérationnelles
RESULTATS
1. Présentation des résultats
1.1. Analyse descriptive des résultats aux épreuves musicales
1.2. Analyse descriptive des résultats aux épreuves langagières
DISCUSSION
1. Validation des hypothèses
1.1. Hypothèse 1
1.2. Hypothèse 2
1.3. Hypothèse 3
1.4. Hypothèse 4
2. Intérêt de l’étude
3. Limites de l’étude
4. Liens avec les autres études
5. Perspectives
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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