Éducation et Sociétés en Grèce à l’époque classique (Ve – IVe siècle)

Les enjeux de l’éducation

    Nous l’avons tant soit peu abordé, l’éducation est un pilier non négligeable dans la construction d’une nation. Aussi bien symbolique que financière, elle représente quelque chose, bonifie l’homme et le distingue des autres composantes du genre animal. C’est un véhicule de transmission d’un message passé à une postérité auquel on attache de la valeur, un soubassement pour affronter les difficultés de la vie quotidienne. En cela, elle est accompagnée d’enjeux précis que cette partie se propose de relever. En quelque sorte, nous projetons de nous interroger sur l’importance éminente de l’éducation. Ainsi les enjeux de l’éducation sont essentiellement d’ordre économique, anthropologique et politique. Abordons, pour commencer, la question de la valeur des enfants dans les cités antiques. Ils pouvaient faire l’objet de convoitise de toutes sortes : « Il y avait dans le pont une femme quelconque qui se disait enceinte des œuvres d’Apollon. Naturellement beaucoup ne le croyaient pas, mais beaucoup aussi le prenaient au sérieux, si bien que, lorsqu’elle eut accouché d’un enfant mâle, plusieurs notables s’occupèrent de son éducation et veillaient su lui ». Dans cet exemple, nous découvrons qu’une grande partie des personnalités de la cité s’est foncièrement investie dans la prise en charge morale, intellectuelle, religieuse et certainement physique de cet enfant sous prétexte que sa mère était enceinte, à ses dires, des œuvres du dieu Apollon. Naturellement, ils avaient en vue ce que celui-ci était en état de représenter dans leur future pour leur cité : prophète, sauveur, héros… Ils pouvaient subir les pires atrocités de la vie. Ils étaient sujets à l’asservissement. C’est ainsi que Numa apporta un infime amendement à la traite des enfants et plusieurs personnes n’y trouvaient pas d’inconvénients : « Parmi les mesures qu’il prit, on loue aussi la réforme de la vie qui donnait aux pères le droit de vendre leurs enfants. Il y mit une exception pour ceux qui seraient mariés avec le consentement ou sur l’ordre de leur père, car il lui paraissait intolérable qu’une femme mariée à un homme libre fût réduite à vivre avec un esclave ». A Rome donc, ne serait-ce qu’aux germes de la période royale, le commerce des enfants était légal et la seule fois qu’on toucha à la loi sur le trafic de παῖɗɛς, enfants, ce fut une révision de Numa. Mais ce dernier, illustre législateur romain s’il en était, comme Lycurgue pour Sparte, n’améliora pas le sort des célibataires, ne se préoccupant que de celui des jeunes filles en âge de se marier. Les enfants pouvaient alors subir des contrecoups de la jalousie et de la malveillance de leurs géniteurs. Un cas que l’on peut citer se trouve dans la famille de Philippe V : « Le seul bonheur qui lui restait parmi tant de maux, c’était un fils d’une rare vertu ; mais, jaloux des honneurs que lui rendaient les romains, il le fit mourir ». Philippe V tua son propre fils parce qu’il souffrait à l’idée que cet enfant lui ravirait la vedette ou peut-être causerait sa perte, alors que ce dernier affichait toutes les qualités d’un bon fils.

Les objectifs de l’éducation 

    L’enfant est par essence un être perfectible. Plus généralement, affirmons que celui que l’on éduque a toujours besoin de conseils qui contribueront à son avancement. Militaire qu’elle était, l’éducation prend un autre chemin, c’est-à-dire une éducation qui n’est plus synonyme de répétitions, de savoirs dogmatiques, mais une éducation qui permet à un individu de devenir différent, d’interpréter le monde à l’aune de nouvelles perspectives. En sortant du cycle de la répétition, l’éducation devient un moteur du développement humain parce que, comme le pensait Socrate, le savoir en général et le savoir sur soi en particulier du « connais-toi toi-même » rendent possibles un regard différent sur soi et sur le monde. L’éducation qu’elle soit formelle ou non, a toujours un but. Et ce but est de transmettre d’une génération à la suivante la sagesse et les connaissances que la société a accumulées, et de préparer les jeunes à être, plus tard, membres de cette société, et à participer activement à sa subsistance et à son développement. Cela revient à avancer que l’éducation a d’autres finalités aussi importantes que le combat, la prise des armes. D’ailleurs H. I. Marrou citant Thucydide ; abonde dans le même sens quand il écrit : « … les Athéniens sont les premiers à abandonner l’usage ancien de circuler en armes et, ayant quitté l’armure de fer, à adopter un genre de vie moins farouche et plus civilisé »69. Ces derniers avaient pris conscience du rôle important de l’éducation. Ainsi Plutarque qui ne fait rien de moins que de répéter une idée défendue par le sage Aristote, affirme que l’éducation est sans équivoque une nécessité pour tout être humain. Celui qui est éduqué est d’abord un être marginal, en déphasage avec ce que la société a de plus raffiné. Il appartiendra aux adultes de le porter à la civilisation par l’éducation, comme le cavalier s’applique au domptage de son cheval qui, en retour, lui donne entière satisfaction. Un autre exemple éclair le premier, l’élève ressemble à une cire nue sur laquelle s’écrivent en lettres d’ors des connaissances et des préceptes empiriques. L’application est, à n’en point douter, très efficace. L’éducation, dans ces conditions, a pour finalité la réalisation de l’homme, c’est-à-dire la formation d’une personnalité en devenir. Son but premier est de combler le fossé laissé par l’ensemble des données naturelles, d’exploiter au mieux les matériaux que la nature met à notre disposition. Le développement physique répond à la faiblesse de l’être à élever. Par cette expression, nous entendons, dès lors, une recherche d’accomplissement en rapport avec ses aptitudes motrices, son maintien, la bonne santé de son corps. Ainsi le développement physique semble prendre racine à partir d’un ensemble de principes pédagogiques des peuples antiques. Le lait d’une mère est salvateur. Il a une multitude de propriétés : le lait est lucratif, favorise la conception. Le lait est d’autant plus important pour la santé de l’enfant que Lysias, Aristote et Platon s’y intéressent dans leurs productions écrites. Outre l’allaitement maternel, l’éducation physique des nourrices rimait à la recherche de qualités physiques. De fait, aussi bien à Rome qu’en Grèce, les nourrices se chargeaient d’emmailloter le bébé. En Grèce par exemple, le nourrisson, dès sa naissance, était doté de toutes les capacités pour modeler l’organisme des nouveau-nés et des bébés : « … comme les nourrices pétrissent le corps de leurs mains, ils disciplinent le caractère par des habitudes et dirigent les premiers pas sur le sentier de la vertu »70. A Rome, le nourrisson était comprimé dans des bandelettes, assez larges pour ne pas scier sa peau. Peut-être procédaient-elles de la même manière qu’en Grèce, pétrissaient-elles le crâne, faisaient-elles des applications sur les fesses et les mâchoires, étiraient-elles le prépuce des garçons, moulaient-elles les chevilles, se souciaient-elles de la forme du nez, s’occupaient-elles du remodelage de leurs têtes, etc. De toutes les manières, ce qu’il y a lieu de garder en mémoire, c’est que l’entrainement physique des nourrices est pur façonnement du corps. Il s’opère de prime à bord pour donner forme au corps du tout-petit et le soumettre à la norme d’une société victime de ce que nous appellerions aujourd’hui fashion. Les exercices de la gymnastique participent aussi au développement physique. C’est pourquoi en Grèce on accordait beaucoup d’importance aux exercices physiques, assuraient par des pédotribes. Dans la Grèce antique, il était inconvenable de mépriser les exercices physiques, il fallait envoyer les enfants chez le maître de gymnastique. Les maîtres de gymnastique, des moniteurs très professionnels, soumettent l’enfant à de rudes épreuves sinon au gymnase, du moins à la palestre où les Athéniens passaient leur vie. Dans les palestres, Le jeune s’exerçait au pentathle, c’est-à-dire aux cinq exercices du saut, à la course, le lancer de javelot, du jet du disque et de la lutte. Platon dans la République soutien : « dans les gymnases, les adultes et les hommes faits se livraient de même aux jeux physiques »71. Sur ce passage Platon se conforme aux usages. Ce qui prouve que les Athéniens eux-mêmes, dans les premiers temps au moins, attachaient plus d’importance à l’éducation du corps qu’à celle de l’esprit, c’est que l’État n’intervenait, à Athènes, que dans l’organisation et la direction des gymnases. Il était préparé au combat rapproché ou en distance pour qu’en temps de guerre, il soit en mesure de faire parler son expérience gymnique et de faire un bon usage de ses qualités physiques et athlétiques qu’on lui a appris. La formation de l’esprit est d’une grande importance pour tous ceux qu’intéresse la science de l’éducation, principalement pour les penseurs en éducation grecque, à l’image de Platon, d’Aristote, H. I. Marrou etc. Le développement intellectuel, qui en constitue le signe figuratif, signifie la mise en œuvre d’un cortège d’idées et de mesures pour ajuster ou normaliser la pensée, l’attention et la mémoire de l’élève. Dans l’antiquité, l’enseignement était constitué par plusieurs cycles d’études : préscolaire, élémentaire, secondaire et supérieur. A chacune de ces étapes, les enseignants et éducateurs faisaient suivre à l’enfant ou à l’apprenant un programme dressé à l’occasion. Ce programme, formé de contenus, de matières et de méthodes pédagogiques, servaient à marquer d’une empreinte cette cire vierge que représente le jeune garçon. Ce dernier devait obligatoire apprendre, au minimum, de nouvelles choses. L’âme préoccupe Platon plus que le corps, et la musique est l’éducation de l’âme. Sans doute, il faut entendre par là tout ce que les Muses inspirent, les arts, la poésie, la science elle-même. Néanmoins c’est bien à la musique que Platon attribue le premier rang dans l’éducation de l’âme. Un rôle que l’on peut attribuer à l’enseignement littéraire et musical : « Ceux qui apprennent la musique ou la grammaire pourraient-ils reconnaitre en eux le moindre avancement si, à mesure qu’ils en étudient les règles, ils ne sentaient pas diminuer leur ignorance, et s’ils étaient toujours peu instruits sur les objets que traitent ces deux arts ? ». Ainsi l’atteinte des objectifs, le minimal est l’érudition, du moins l’instruction qui comble le gap par l’ignorance et est une condition sine qua non pour la poursuite de tout apprentissage. Le savoir parler, c’est l’objectif premier que Plutarque assigne à l’instruction et qu’il recommande à son lecteur qui veut être son disciple. Il dit en ces termes : « Je te conseille de te méfier et t’écarter tout autant de la médiocrité et de la platitude du ton, car, si l’emphase ne touche pas la masse, le dépouillement n’est pas dépourvu d’effet. A l’instar du corps qui doit être non seulement sain mais robuste, il faut que la parole aussi soit non seulement exempte de maladies, mais encore vigoureuse, car savoir se garantir n’attire que l’éloge, prendre des risques suscite en plus l’admiration ».

L’éducation religieuse

   A côté des connaissances que l’enfant apporté de l’école, il y en avait d’autres qui contribuaient à sa formation. Soulignons-le qu’il n’existait pas à Athènes d’enseignement religieux au sens où nous l’entendons. C’est une conception toute moderne que celle d’une religion formant une science à part. Le contexte socioculturel grec est fortement marqué par l’identification entre citoyenneté grecque et orthodoxie, compte tenu notamment du poids historique de l’orthodoxie dans le développement de l’identité grecque. L’église orthodoxe a joué en effet un rôle prépondérant dans la sauvegarde de la langue et de la culture grecque. Même s’ils se sont souvent opposés et partiellement séparés, l’Église et l’État conservent des liens très étroits. La culture helléno-orthodoxe a donné de la place à la religion dans le domaine scolaire grec, considérant que l’enseignement religieux devait constituer une forme de sauvegarde de la tradition orthodoxe. La religion grecque est intiment mêlée à la vie. D’abord on l’apprenait dans la littérature, dans les superstitions de la mer et des champs, dans les pratiques du culte domestique et dans le spectacle des fêtes de la cité. Il est impossible de faire un pas sans la rencontrer. En Grèce, la religion présidait aux moindres actes comme aux plus solennels. Dans la maladie, on y faisait recours tout comme à la naissance, leur des mariages, les funérailles. Ensuite, Elle est enseignée dans le cadre d’un cours obligatoire selon un programme établie par le ministre de l’éducation nationale. Elle est assurée, dans le secondaire, par des théologiens orthodoxes nommés par l’État. Comme la plupart des pays antiques, la Grèce doit faire face aux enjeux posés par la diversification ethnique et culturelle de sa société. Ainsi toute réflexion sur la place institutionnelle, matérielle ou symbolique que l’école grecque réserve à la religion requiert un éclairage préalable sur le paysage religieux en Grèce. La culture helléno-orthodoxe a façonné la présentation de la religion dans le domaine scolaire grec. Aujourd’hui, cette culture fait face à une diversification ethnique et religieuse de la société grecque. Cela remet en question l’identification entre citoyenneté et religion, entre grécité et orthodoxie. Dans le paysage grec actuel, il y a amalgame entre religion officielle et orthodoxie vue comme religion populaire et point de référence culturel (liturgie, iconographie, rituels…). La place de la religion à l’école en est le reflet. Historiquement, le rôle de l’Église pour la sauvegarde de la langue, de la foi, des rites et des mœurs grecs, pendant la domination ottomane, est symbolisé par le mythe de « l’école secrète ». Selon une partie de l’historiographie grecque, à la suite de la suppression et de l’interdiction des écoles grecques par le pouvoir ottoman, l’Église orthodoxe a joué un rôle prépondérant dans la sauvegarde de l’ensemble de la culture et de la langue grecque au travers des écoles dites « secrètes ». Elles fonctionnaient la nuit dans des églises et des monastères : ses enseignants étaient des prêtres ou des moines. Mais toutefois l’existence de ces écoles secrètes reste à confirmer ; aujourd’hui, on parle plutôt d’un mythe national, perpétué et symbolisé par le fameux tableau L’école secrète du peintre grec Nikolaos Gyzis de 1885- 1886. Au temps les plus reculés de l’histoire de la Grèce antique, l’Église fut à un moment donné exclue de la formation des jeunes. Dans une tentative de modernisation de l’État, le système d’éducation fut fortement centralisé. Si la constitution grecque n’exige pas explicitement un enseignement religieux voire orthodoxe, celui-ci existe du fait du lien entre la norme orthodoxe en Grèce et la conscience nationale et religieuse des élèves. Selon l’article 1678 de la norme religieuse de la majorité de la population grecque « le but essentiel de l’éducation est la formation morale, intellectuelle, professionnelle et physique des Grecs, le développement de leur conscience nationale et religieuse et leur épanouissement comme citoyens libres et responsables. Évoquant, dans sa République, l’éducation du bon vieux temps, Platon nous apprend qu’elle comprenait un double aspect ; la gymnastique pour le corps, la musique pour l’âme. Dès l’origine, nous l’avons constaté, la culture et donc l’éducation grecques connaissent à côté du sport un élément spirituel, intellectuel et artistique à la fois. Musique, μουσιϰή signifie ici chez Platon, de façon compréhensive, le domaine des Muses. C’est dire que les anciens Grecs donnaient une importance capitale à la musique qu’ils plaçaient au premier rang dans cette catégorie. Avec la musique instrumentale, les jeunes Grecs apprenaient le chant. Les écoliers étaient amenés à pratiquer le chant choral. Au IVe siècle, la musique grecque ne connaissait pas la polyphonie vocale ; les chœurs chantent à l’unisson, ou dans le cas de chœurs mixte à l’octave83. De tels chants étaient l’accompagnement obligé d’un grand nombre de cérémonies religieuses où s’incarnait le culte officiel de la cité. En fait, ce chant choral était intimement associé à la danse et le mot grec χορός84 évoque à la fois l’un et l’autre. Pour apprendre ces chants sacrés, les enfants vêtus de blanc et couronnés d’olivier devaient se rendre chaque jour dans la salle où le conseil tient ses séances, en compagnie du pédonome et des gardiens publics de la jeunesse.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : LES VALEURS DE L’EDUCATION
CHAPITRE I : QU’EST-CE-QUE L’EDUCATION ? LES ENJEUX DE L’EDUCATION LES OBJECTIFS DE L’EDUCATION
CHAPITRE II : L’EDUCATION : UNE NOTION QUI EMBRASSE PLUSIEURS FORMES
L’EDUCATION RELIGIEUSE
L’EDUCATION MILITAIRE
LES AUTRES FORMES ÉDUCATIONNELLES
DEUXIEME PARTIE : DIMENSIONS ET EVOLUTIONS DE L’EDUCATION
CHAPITRE I : LE CARACTERE UNIVERSEL DE L’EDUCATION
CHAPITRE II : LA DIMENSION COMMUNAUTAIRE DE L’EDUCATION
TROISIEME PARTIE : LES MODALITES EDUCATIONNELLES
CHAPITRE I : LES ETAPES DU PROCESSUS
EDUCATIF
AVANT LA NAISSANCE
APRES LA NAISSANCE OU LA PETITE ENFANCE
CHAPITRE II : LES ENSEIGNANTS ET LES EDUCATEURS GRECS
LE STATUT DE L’ENSEIGNANT
LE PEDAGOGUE
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

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