Education et formation de l’homme intégral selon Rousseau dans l’Emile

Education et sensibilité corporelle

              Il est admis que toute éducation est une formation conduite de telle sorte que l’éduqué devienne autre. Devenir autre signifie nier l’enfance par la voie éducative pour devenir adulte. D’une manière plus précise, elle est un processus au cours duquel toutes les facultés physiques et intellectuelles des nouveau-nés et des enfants se développent. Tel est le dessein de l’éducation en général. La sensibilité est une faculté commune à toute être humain vivant. Elle est faite pour la réception des impressions. La sensibilité est l’« aptitude d’un organisme à réagir à des excitations externes ou internes. » Dans cette analyse, la terminologie rousseauiste de l’éducation ne laisse pas inaperçue la corrélation entre éducation et sensibilité corporelle. Cette corrélation implique que toute éducation sans développement d’une telle faculté est vouée à l’échec. L’échec s’explique s’il y a atrophie d’une des facultés fondamentales constituant la personnalité humaine. Or, l’éducation ne peut se comprendre qu’à partir du moment où elle forme le tout de l’homme et non une partie. Pour mieux comprendre cette éducation liée à la sensibilité, il faut revenir à la conception rousseauiste de l’endurance. Le terme ″endurance″ dérive du verbe ″endurer″ qui signifie supporter ce qui est dur ou pénible. Sous cet angle de vision éducative, Rousseau préconise une certaine pédagogie d’indifférence à l’égard d’un enfant qui vient de se faire du mal. Il est à noter que le mal dont il est question ici n’est pas d’ordre moral. C’est un mal purement physique. L’auteur de l’Emile fait remarquer à la nourrice : « S’il tombe, s’il se fait une bosse à la tête, s’il saigne du nez, s’il se coupe les doigts, au lieu de m’empresser autour de lui d’un air alarmé, je resterai tranquille, au moins pour un peu de temps. Le mal est fait, c’est une nécessité qu’il l’endure ; tout mon empressement ne servirait qu’à l’effrayer davantage et augmenter sa sensibilité. » Ce texte atteste de l’apprentissage nécessaire des enfants à la souffrance. Celle-ci est une détermination caractéristique de l’homme car c’est dans et par la souffrance que l’homme parvient à sa dignité. La souffrance est décrite comme une nécessité. A la différence d’autres nécessités vitales (nécessités de travailler, de se reposer, de manger, voire de faire l’amour), la souffrance se présente comme un cas particulier. Savoir résister à la souffrance appelle l’endurance. En d’autres termes, la sensibilité est quelque part inséparable de la notion d’affectivité. L’affectivité embrasse tous les phénomènes ayant trait à la sentimentalité et à l’émotivité. Cette émotivité n’est rien d’autre que la « tendance à éprouver certaines émotions : […] peur, phobie, trac, crainte, inquiétude, anxiété, angoisse, épouvante, effroi, terreur. » Si Rousseau préconise une éducation basée sur la sensibilité corporelle, c’est parce que la série d’émotions précitée affecte le plus souvent le non initié à certains phénomènes depuis son enfance. Il faut noter cependant que toute émotion n’est pas forcément source de douleur, car elle peut également être source de plaisir. Cependant, l’éducation de Rousseau met l’accent sur les émotions qui sont sources de douleur. C’est pourquoi une pédagogie de dépassement a vu le jour sous la plume de Rousseau. Elle est une manière de chercher à soustraire l’enfant à des émotions qui peuvent produire en lui une terreur durable. L’idée qu’on peut extraire à partir de cette éducation en rapport avec la sensibilité est l’ouverture de l’enfant à des horizons dans son avenir. L’avenir de l’enfant doit être de s’habituer à une multiplicité de tâches. Sur ce point, l’enfant est appelé à se familiariser avec les animaux. En ce sens, l’environnement de la campagne demeure une opportunité pour la formation des caractères de l’enfant, selon notre auteur. Ainsi, l’auteur de l’Emile fait remarquer la différence entre des enfants qui vivent en ville et ceux qui vivent en milieux ruraux : « Les enfants élevés dans des maisons propres, où l’on ne souffre point d’araignées, ont peur des araignées et cette peur leur demeure souvent étant grand. » L’éducation doit dissiper cette crainte afin que le modèle de personnage imaginaire de Rousseau soit à même de développer son art sur toutes les matières liées à l’étude de la médecine. Il est des gens qui ont peur du sang, qui tremblent en voyant du sang qui coule. Comment ces enfants-là pourront-ils devenir des médecins ayant la vocation de sauver l’humanité ? Éducation, épanouissement des facultés inhérentes à l’homme, ouverture sur différents horizons de la vie, telles sont les finalités de l’entreprise menée par l’auteur de l’Emile. L’éducation à la sensibilité corporelle ne méconnaît pas non plus l’apprentissage de l’art de guerre. Sous cet angle, l’éducation se conçoit comme l’action qui vise à rendre le personnage imaginaire de Rousseau intrépide. C’est pour cette raison qu’il faut accoutumer les enfants aux bruits des armes à feu. Rousseau écrit : « […] je l’accoutume aux coups de fusils, aux boîtes, aux canaux, aux détonations les plus terribles. »

Education sportive et dimension physique

              L’éducation sportive est un phénomène qui remonte à l’Antiquité grecque. Dans son ouvrage La République, Platon fut le pionnier de cette éducation. Actuellement, l’éducation sportive peut se définir comme une discipline de l’enseignement de même importance que la mathématique, la physique et les autres disciplines littéraires. En toute rigueur, le sport est devenu un moyen d’intégration sur la scène internationale. C’est le cas, par exemple, des nations qui parviennent à participer aux grandes compétitions, qui en font des pays dont les mass-médias parlent beaucoup plus, grâce aux grandes stars qui s’y trouvent. Plusieurs intérêts sont à voir dans cette éducation sportive : intérêt sanitaire, social, économique, voire intérêt religieux. En outre, dire que l’éducation sportive a une longue histoire, c’est affirmer qu’elle est venue en même temps que le déclenchement de l’histoire. Les grands sociologues parlent de l’éducation physique ainsi : « Les activités physiques ont un long passé. A l’aube de l’histoire humaine diverses activités, à la fois physiques, religieuses, symboliques (jeux, luttes, danses, etc.) existaient. Il y eut ensuite le sport antique, toute la tradition des jeux populaires, enfin le sport moderne né en Angleterre, les diverses méthodes de formation physiques apparues dans de nombreux pays. » Pour Rousseau, le rapport entre l’éducation en général et sa dimension physique est une relation étroite, qui traduit quelque chose d’inhérent à une autre chose qui ne peut pas en être séparée. Par exemple, le concept de père est inséparable de celui de fils ou filles. De la même manière, l’élève de Rousseau ne peut pas ne pas se nourrir d’une éducation physique car il est destiné à devenir un être sain de corps, capable d’affronter tous les aléas de la vie. C’est à la base même de la liberté, c’est-à-dire le pouvoir d’affronter et d’apporter une solution à tous les problèmes qui peuvent surgir, soit dans le milieu terrestre, aquatique ou milieu aérien. En cas d’accident qui survient dans un milieu aquatique, Emile est censé être capable de nager sur une certaine distance pour se sauver de la noyade. Rousseau veut montrer qu’idéalement Emile devrait même pouvoir voler en l’air bien qu’il soit dépourvu d’ailes. Faisant allusion à cela, Rousseau écrit ainsi dans son ouvrage, Emile ou de l’éducation : « Une éducation exclusive, qui tend seulement à distinguer du peuple ceux qui l’ont reçue, préfère toujours les instructions les plus couteuses aux plus communes, et par cela même aux plus utiles. Ainsi les jeunes gens élevés avec soin apprennent tous à monter à cheval, parce qu’il en coute beaucoup sur cela ; mais presque aucun d’eux n’apprend à nager, parce qu’il n’en coute rien, et qu’un artisan peut savoir nager aussi bien que qui que ce soit. Cependant, sans avoir fait son académie, un voyageur monte à cheval, s’y tient, et s’en sert assez pour le besoin ; mais, dans l’eau, si l’on ne nage on se noie, et l’on ne nage point sans l’avoir appris. Enfin l’on n’est pas obligé de monter à cheval sous peine de la vie, au lieu que nul n’est sûr d’éviter un danger auquel on est si souvent exposé. Emile sera dans l’eau comme sur la terre. Que ne peut-il vivre dans les éléments ! Si l’on pouvait apprendre à voler dans les airs, j’en ferais un aigle. » En lisant le texte ci-dessus, on en déduit le sens de la liberté attendu chez l’élève de Rousseau. Cette liberté se définit comme la capacité d’affronter tous les problèmes dans trois domaines essentiels, à savoir dans une dimension liée à la connaissance, la volonté et l’amour. C’est dans et par ces trois sphères que toute forme d’éducation doit se faire ; car si elle doit se cultiver dans un climat moral et physique de liberté, c’est que c’est celle-là qui est la liberté par excellence. Ainsi, on ne peut pas apprendre ce qu’on n’aime pas ni même ce qu’on ne veut pas. Le concept d’amour et de volonté s’applique à l’éducation sportive car Emile, à l’âge de onze ans, peut alors acquérir petit à petit sa maturité intellectuelle et morale. Il a été affirmé qu’« Emile sera dans l’eau comme sur la terre ». L’accent était mis sur l’apprentissage de la natation. Celle-ci est une pratique sportive qui mobilise la totalité de l’organisme humain. Elle est pour ainsi dire un exercice au cours duquel l’enfant acquiert son équilibre dans l’eau. L’emploi de la locution ″comme ″ renvoie à l’idée selon laquelle Emile doit, par le processus éducatif, s’adapter à tous les milieux tant terrestre qu’aquatique. L’apprentissage de la natation sous-entend un autre exercice. Il s’agit de pouvoir s’exposer au risque. Apprendre à nager, c’est apprendre à risquer de se noyer. Pour l’auteur de l’Emile, l’éducation embrasse ainsi tout ce qui peut contribuer au développement physique de l’élève et la prise de risque est un bon entrainement pour la réussite de l’individu. La prise de risque est donc la mère de tout succès. Au sujet du risque, l’auteur de l’Emile ou de l’éducation stipule qu’« il faut s’apprivoiser au risque même, pour apprendre à ne s’en pas troubler ; c’est une partie essentielle de l’apprentissage. » Etant donné donc que l’″éducation négative″ vise la santé corporelle de l’enfant et par la suite celle de l’homme robuste, Rousseau énumère une série de pratiques à part celle de la natation. Ce sont la course, le saut, le lancement des pierres etc. Dans le livre de La République, Platon encourageait aussi l’éducation physique et donnait une grande importance à la gymnastique : « C’est par la gymnastique qu’il faut former les jeune gens. […] Il faut donc les y exercer sérieusement dès l’enfance et au cours de la vie. » Nous avons affirmé que l’éducation selon Rousseau est une opération de formation intégrale de l’homme. Or l’homme est un être naturel qui fait l’expérience de son existence dans son corps. Ce corps est au fondement d’un principe ontologique de l’homme. Il en est le fondement dans la mesure où il est la base sur laquelle s’élève la multiplicité des facultés de l’être humain. Le corps est aussi justification dans la mesure où il donne sens et raison à ce que sera l’être de l’homme. C’est le corps qui permet à l’homme d’être et de subsister dans l’être. Si l’éducation est posée comme formation de l’homme dans son intégralité, elle doit commencer par la formation du corps humain dans son entièreté, dans toutes ses dimensions et dans toutes ses facultés. Il appartient à l’éducateur de développer au maximum toutes les compétences qui permettent au corps de s’adapter aux exigences de sa nature et de la nature. Ce sont des compétences qui doivent permettre au corps de faire l’expérience de la liberté. Cette expérience s’élève sur la base de l’éducation de sa dimension sensible, sensorielle et physique. Une éducation définie comme formation intégrale du corps est celle qui considère le corps comme un instrument universel de l’homme. Pour Rousseau, le corps est une dimension instrumentale consubstantielle à son être. Cette consubstantialité montre que l’hommene peut ni se séparer ni se distinguer de son corps. L’universalité de cette dimension se manifeste par la multiplicité des fonctions que le corps humain exerce dans ses rapports avec la nature et dans les circonstances existentielles provoquées par les phénomènes de la nature. En somme, l’éducation est cette opération qui doit permettre au corps humain d’avoir accès à une multiplicité de possibilités, ce qui lui permet d’affronter toutes sortes de situations existentielles. Mais une éducation complète ne se limite pas à la formation du corps dans son intégrité, dans la mesure où l’homme n’est pas seulement un être corporel. La corporéité n’est qu’une des déterminations de l’être de l’homme. A cette détermination s’ajoute la dimension intellectuelle. La question est maintenant de savoir en quoi consiste l’éducation conçue comme formation de l’intelligence dans toutes ses dimensions.

Education et le travail manuel

                    L’apprentissage d’un travail, surtout manuel, entre dans le cadre de la formation intellectuelle de l’enfant. Il est dans la nature même de l’homme de se familiariser avec la nature, par la médiation du travail pour se conserver. Pour Rousseau, la conservation est d’abord la capacité de se maintenir et de maintenir la vie. Elle est pour ainsi dire « la première loi de la nature ». La prise en charge et le soin à donner à cette conservation, telles sont les conditions pour que tout homme ayant acquis sa maturité physique et intellectuelle vive une bonne vie. Si Rousseau accorde une grande importance à l’apprentissage d’un métier manuel à son élève, c’est parce qu’Emile, ayant grandi à la campagne, doit se rendre en ville pour faire l’expérience de la vie sociale. Pour Rousseau, c’est dans le dessein de procurer à Emile une certaine utilité et lui épargner toutes formes de servitudes au sein de la société qu’un apprentissage d’un travail manuel fut entrepris. En ce sens, on peut dire que le passage de l’état de nature à l’état civil est un passage obligé dans la mesure où nul ne peut subsister malgré les autres. Rousseau écrit : « Sur ce principe, un homme qui voudrait se regarder comme un être isolé, ne tenant du tout à rien et se suffisant à lui-même, ne pourrait être que misérable. Il lui serait même impossible de subsister ; car, trouvant la terre entière couverte du tien et du mien, et n’ayant rien à lui que son corps, d’où tirerait-il son nécessaire ? En sortant de l’état de nature, nous forçons nos semblables d’en sortir aussi ; nul n’y peut demeurer malgré les autres ; et ce serait réellement en sortir, que d’y vouloir rester dans l’impossibilité d’y vivre ; car la première loi de la nature est le soin de se conserver. » De ce texte, on peut tirer l’idée selon laquelle le passage de l’état de nature à l’état social est le résultat d’un long processus de socialisation. La socialisation est un phénomène qui contraint l’homme à faire des concessions sur des valeurs telles que la liberté, la bonté et même éventuellement la perte d’une vie heureuse. Convaincu que l’homme à l’état social ne peut exalter ces valeurs que dans et par l’apprentissage d’un travail manuel, Rousseau fait l’éloge d’une série de travaux qui sont à la base de la libération de l’homme. Il a été admis par l’auteur de l’Emile que le soin à la conservation de soi par soi est la première loi de la nature. A l’état de nature, les besoins sont parfaits immédiatement par la nature elle-même. Le concours de plusieurs personnes pour les exigences de la conservation n’était pas nécessaire. Si à l’état de nature cette conservation ne demandait pas le concours des autres, dans la société civile, l’homme fait l’expérience de sa conservation et de celle des autres. En effet, le premier besoin de l’homme pour subsister est d’abord la nourriture. Vie et nourriture sont deux concepts et deux réalités inséparables. On ne peut donc concevoir une vie sans nourriture. C’est pour cette raison que l’agriculture fut placée au premier de tout le reste des travaux manuels. Autrement-dit, l’activité agricole a été et reste la seule qui maintient l’humanité en vie. Par agriculture, on entend l’acte qui met l’homme en relation directe avec la nature. Rousseau loue l’activité agricole ainsi : « Le premier et le plus respectable de tous les arts est l’agriculture : je mettrais la forge au second rang, la charpente au troisième, et ainsi de suite. L’enfant qui n’aura point été séduit par les préjugés vulgaires en jugera précisément ainsi. » Ce texte fait allusion aux exigences qui attendent l’homme dans la société. Dans un tel état, une multiplicité de besoins apparaissent. Si Rousseau veut faire de son élève un être habile en matière de ″forge″ et de ″charpente″, c’est parce que le besoin de se loger, de se vêtir revêt d’autres dimensions en milieu social. A la différence de l’homme à l’état de nature dont les désirs étaient l’expression d’une faim à satisfaire, l’homme à l’état civil fait appel à d’autres dimensions. Au besoin de se nourrir, s’ajoute le besoin de se loger et de se vêtir. La maison et l’habit couvrent une multiplicité de significations qui contraint l’homme à l’état civil de s’approprier une certaine habileté, c’est-à-dire une maîtrise de ses mains pour produire du bien matériel. Il a été admis que la maison et l’habit revêtent plusieurs significations à l’état civil. Parmi ces significations, on peut citer l’intimité. Une maison digne de ce nom doit répondre à ce critère, sinon elle ne mérite pas d’être appelée maison. Le texte ciaprès montre l’importance de la nourriture, de la maison et de l’habit: « Les désirs matériels de l’homme ne sont jamais uniquement l’expression d’une faim à satisfaire ou d’une impulsion primitive de survie. Le désir de « puissance et de gloire » est subtilement amalgamé aux impulsions plus primitives. Le désir du lion pour sa nourriture est satisfait lorsqu’il a le ventre plein. Le besoin de nourriture est relativement plus facile à satisfaire chez l’homme que d’autres désirs humains. Cependant, l’impulsion de la faim, chez ce dernier, est sujette aux raffinements et aux perversions sans fin de la gourmandise. Le problème de l’abri ou des vêtements prend des dimensions encore plus vastes que celui de la nourriture. Pour un homme, son habit n’est jamais uniquement le vêtement dont il recouvre sa nudité, mais la marque de sa profession ou l’expression de son sens esthétique ou un procédé pour attirer le sexe opposé, ou encore l’attestation de certaine position sociale. La maison de l’homme ne constitue pas pour lui uniquement un abri, mais encore plus que les vêtements, elle est l’expression de sa personnalité, et le symbole de sa puissance ; de sa position dans la société et de son prestige. »45 L’idée qu’on peut extraire à partir du texte ci-dessus est la nouvelle figure que prend l’ensemble des besoins de l’homme en milieu dit « civilisé ». Si le besoin de se vêtir était d’éviter la nudité chez l’homme primitif, l’homme à l’état civil fait de son comportement vestimentaire l’« expression de son sens esthétique ou un procédé pour attirer le sexe opposé, ou encore l’attestation de certaine position sociale ». C’est à cause de cet excès, c’est-à-dire cette nouvelle manière de juger les besoins humains, qu’Emile est appelé à apprendre un métier manuel afin de conserver sa vie. Si l’activité agricole pourvoit l’homme en nourriture, l’activité artisanale lui confère sa dignité. L’artisan est à l’abri de toute humiliation, il est libre même à l’étranger. Cette liberté s’explique par le fait que l’artisan ne dépend de personne mais de son seul travail. De ce qui précède, on peut déduire une définition à la notion de liberté. La liberté est pour Rousseau une valeur fondamentale que l’homme doit s’approprier par les moyens de ses propres mains. En plus, pour le cas d’un artisan, son travail demande la vigilance de l’esprit et la dextérité de ses mains. Par ailleurs, il ne faut pas méconnaître le rôle des facultés intellectuelles dans le travail manuel. La formation intellectuelle de l’homme ne va pas de soi, mais fait appel au maintien du corps en bonne santé. Le travail purement intellectuel peut faire abstraction des activités corporelles, et peut par conséquent entraîner une nuisance à la santé. Rousseau prouve ainsi : « […] de toutes les occupations qui peuvent fournir la subsistance à l’homme, celle qui le rapproche le plus de l’état de nature est le travail des mains : de toutes les conditions, la plus indépendante de la fortune et des hommes est celle de l’artisan. L’artisan ne dépend que de son travail ; il est libre, aussi libre que le laboureur est esclave ; car celui-ci tient à son champ, dont la récolte est à la discrétion d’autrui. L’ennemi, le prince, un voisin puissant, un procès, lui peut enlever ce champ ; par ce champ, on peut le vexer en mille manières ; mais partout où l’on veut vexer l’artisan, son bagage est bientôt fait, il emporte ses bras et s’en va. » Dans le contexte de la pensée politique de Rousseau, la liberté, qui est une valeur inaliénable, peut toujours être aliénée dans la société. C’est dans le souci de conserver la liberté que l’auteur de l’Emile enseigne à son élève un travail manuel. Ayant reçu l’habileté et l’adresse de ses propres mains pour faire sa vie, Emile sera donc à l’abri des contraintes sociales. Il sera à même d’organiser son temps par rapport à sa volonté et son désir. Ainsi, la question est de savoir le mode opératoire susceptible d’inculquer à l’enfant l’idée de l’utilité du travail manuel. Rousseau dit: « Quand Emile apprendra son métier, je veux l’apprendre avec lui ; car je suis convaincu qu’il n’apprendra jamais bien que ce que nous apprendrons ensemble. Nous nous mettrons donc tous deux en apprentissage, et nous ne prétendrons point être traités en messieurs, mais en vrais apprentis qui ne le sont pas pour rire ; pourquoi ne le serions nous pas tout de bon ? » La lecture de cet extrait renvoie à une pédagogie visant à enseigner un métier manuel à un enfant. Dans ce genre d’éducation, l’auteur de l’Emile développe le thème de l’amitié entre l’éducateur et l’éduqué. Celle-ci est un support pédagogique pour mener à bien les apprentissages de la menuiserie, de la maçonnerie et d’autres métiers. Dans l’idée d’amitié, il y a l’idée de faire abstraction d’une grandeur ou d’une petitesse de l’un par rapport à l’autre. Dans un environnement où règne l’amitié, chacun a le droit de demander et de bénéficier de la correction de son ami. L’amitié suppose l’égalité et la confiance donnée par les uns aux autres. En bref, Emile, ayant reçu l’esprit de libération par rapport aux contraintes sociales, rejaillit en lui la réflexion critique basée dans les livres et les contes.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE ÉDUCTION ET FORMATION CORPORELLE
Chapitre I : Le corps, objet de l’éducation
I. 1. 1. La maternité et le développement corporel
I. 1. 2. Education, corps et nature
I. 1. 3. Education et liberté corporelle
Chapitre II. L’éducation et les dimensions corporelles
I. 2. 1. Education et sensibilité corporelle
I. 2. 2. Education et dimension sensorielle
I. 2. 3. Education sportive et dimension physique
DEUXIÈME PARTIE ÉDUCATION COMME FORMATION INTELLETUELLE ET ETHIQUE
Chapitre I : La nature comme base de la formation intellectuelle
II. 1. 1. Education, nature et curiosité
II. 1. 2. Education et principe d’utilité
II. 1. 3. Education et le travail manuel
Chapitre II. De l’éducation à la réflexion critique
II. 2. 1. Education et critique des livres
II. 2. 2. La remise en cause des fables
Chapitre III : Education et éthique
II. 3. 1. Education et dimension éthique de l’homme
II. 3. 2. La perfectibilité et l’éducation
II. 3. 3. Education et civisme
TROISIEME PARTIE EDUCATION ET FORMATION SPIRITUELLE
Chapitre I : Education et critique de la religion
Chapitre II : Education et religion naturelle
III. 2. 1. De la nature à la découverte de Dieu
III. 2. 2. Religion naturelle et conscience morale
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
I.OUVRAGES DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU
II. AUTRES OUVRAGES
III. DICTIONNAIRES ET ENCYCLOPEDIES

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