Développement et validation de l’Échelle d’Auto-Efficacité Émotionnelle chez les gestionnaires

Historique de l’auto-efficacité émotionnelle

Récemment, Mayer, Salovey et Caruso (1999) ont proposé une définition opérationnelle de l’ intelligence émotionnelle qui repose sur quatre compétences émotionnelles distinctes. Chaque dimension représente une classe particulière d’ habiletés mentales de complexité variable (Gauthier & Larrivée, 2007). D’abord, la perception des émotions est l’aptitude à évaluer adéquatement ses propres émotions et celles des autres. Il s’ agit de la capacité à reconnaitre les émotions dans les expressions faciales, les postures, la voix et les gestes non verbaux (Mayer, Salovey, & Caruso, 2004). La deuxième dimension se caractérise par l’ intégration des émotions à la pensée. Plus précisément, c ‘est l’ aptitude à utiliser les émotions pour faciliter les processus cognitifs dans la résolution de problèmes et la prise de décisions par exemple. La troisième dimension, soit la compréhension des émotions chez soi et chez les autres, se définit par la capacité à analyser des émotions, à comprendre leurs évolutions ainsi que leurs résultats (Mayer et al., 2004). Il s’ agit de comprendre les causes et les conséquences de ses émotions et celles d’ autrui. Enfin, la gestion des émotions représente l’ aptitude à adapter ses émotions et celles des autres de façon réfléchie dans l’ objectif de stimuler le développement émotionnel. En d’ autres termes, la régulation émotionnelle réside dans la diminution ou l’ augmentation de l’ intensité de l’émotion vécue.

Selon Mayer et Salovey (1997), l’ intelligence émotionnelle repose sur un ensemble d’ habiletés cognitives qui se doit d’ être évalué objectivement, c’ est-à-dire par des tests de performance. Toutefois, ces habiletés cognitives se distinguent du bien-être et des différents traits de personnalité. D’ ailleurs, Petrides et Furnham (2001) soutiennent l’importance de distinguer les compétences émotionnelles aux plans des habiletés et des traits. Ainsi, ces auteurs affirment que l’ intelligence émotionnelle peut également prendre la forme de traits qui renvoient à la tendance comportementale des gens à se percevoir plus ou moins émotionnellement efficace. Contrairement aux tests d’ habiletés qui mesurent la performance, ces traits s’étudieraient plus adéquatement à l’aide de tests auto-rapportés. Cette distinction de Petrides et Furnham (2001) se fonde sur l’ idée que les capacités cognitives émotionnelles ne représentent pas l’ unique raison du fonctionnement optimal des gens et qu’ il est tout aussi important de considérer leurs perceptions face aux compétences émotionnelles. Conséquemment, Petri des et Furnham (2003) suggèrent que les traits inhérents aux compétences émotionnelles reflètent l’ autoefficacité émotionnelle.

Dans cette veine, des études indiquent que la perception des gens de leurs compétences émotionnelles est associée positivement à leur santé mentale et physique (Salovey, Stroud, Woolery, & Epel, 2002), à leur rendement au travail ainsi qu ‘à leur performance académique (Van Rooy & Viswesvaran, 2004) et à la qualité de leurs relations sociales (Schutte et al., 2001). Bien que ces résultats soient intéressants, il a été récemment suggéré que l’auto-évaluation des compétences émotionnelles, qui correspond au concept de traits (Petrides & Furnham, 2003), ne reflète pas adéquatement le concept d’ auto-efficacité de Bandura (1979). À cet égard, Kirk et al. (2008) suggèrent une distinction importante dans l’ opérationnalisation du trait de l’ intelligence émotionnelle de Petrides et Furnham (2003). Plus précisément, ils indiquent que les perceptions de soi reliées au fonctionnement émotionnel incluent l’auto-efficacité émotionnelle, mais qu’il y a d’autres aspects de la perception de soi et d’ autres dispositions qui ne sont pas incluses dans l’auto-efficacité émotionnelle. À titre d’exemple, l’estime de soi, qui constitue l’ attitude positive ou négative de l’ individu sur lui-même (Rosenberg, Schooler, Schoenbach, & Rosenberg, 1995), est un autre aspect de la perception de soi qui se distingue de l’auto-efficacité émotionnelle. Dans cette perspective, Kirk et al. (2008) ont développé une échelle d’auto-efficacité émotionnelle (ÉAÉ). Toutefois, cette échelle soutient une structure unidimensionnelle alors que l’auto-efficacité émotionnelle repose sur une opérationnalisation multidimensionnelle de sept compétences émotionnelles distinctes. Cet instrument en anglais ne présente pas l’ indépendance des dimensions du modèle de Mayer et al. (1999) tel que mesurée par les instruments évaluant les habiletés (Brackett & Mayer, 2003; Mayer, Salovey, Caruso, & Sitarenios, 2003; Warwick, Nettelbeck, & Ward, 2010). La présente recherche s’ inscrit donc dans le courant de pensée des traits inhérents aux compétences émotionnelles, en s’attachant plus particulièrement au concept d’auto-efficacité émotionnelle proposé par Kirk et al. (2008).

L’auto-efficacité émotionnelle

La théorie sociocognitive de Bandura (1977, 1982, 1997) offre un cadre théorique pertinent à l’étude de l’auto-efficacité émotionnelle. Selon cette théorie, l’ auto-efficacité repose sur la croyance de l’ individu en sa capacité d’organiser et d’exécuter la ligne de conduite pour produire des résultats souhaités (Bandura, 2003). Elle réfère plus précisément aux perceptions et aux jugements que l’ individu fait de ses habiletés, de ses capacités à exercer des actions particulières et à sa conviction qu ‘ il peut atteindre les objectifs escomptés. De plus, l’ auto-efficacité influence la quantité d’effort investi et le niveau de persévérance pour atteindre l’ objectif. Conséquemment, plus grand est le sentiment d’ auto-efficacité, plus élevés sont les objectifs que s’ impose la personne ainsi que l’engagement dans leur poursuite (Bandura, 1997, 2003). Les études montrent qu’une auto-efficacité élevée est assoclee à un fort sentiment d’accomplissement personnel, réduit le stress et diminue le risque de dépression (Bandura, 2000; Pajare, 1996). Somme toute, l’auto-efficacité demeure un élément majeur de la connaissance de soi et constitue un fondement important du comportement (Bandura, 2003).

Appl iquée au cadre conceptuel de Mayer et al. (1999), l’ auto-efficacité émotionnelle renvoie à la croyance d’efficacité des gens à l’égard de sept compétences émotionnelles spécifiques: (1) se croire capable de percevoir correctement ses émotions; et (2) celles des autres; (3) se sentir apte d’ utiliser les émotions; (4) se croire capable de comprendre ses émotions; et (5) celles des autres; et enfin, (6) se sentir compétent à gérer ses émotions; et (7) celles des autres. L’auto-efficacité émotionnelle s’avère donc un construit plus complexe que ce qui est actuellement proposé par Kirk et al. (2008). D’ ailleurs, le principe de spécificité de Bandura (1997) suggère la nécessité de considérer l’ensemble des habiletés propres à un domaine d’ activité ou de fonctionnement, telles les compétences émotionnelles. En d’autres mots, une personne possédant une forte auto-efficacité face à la perception de ses émotions ne se croit pas nécessairement apte et capable de les gérer efficacement.

Ainsi, en lien avec le modèle de Mayer et Salovey (1997), un instrument valide de l’ auto-efficacité émotionnelle devrait refléter cette opérationnalisation multidimensionnelle. Dans cette perspective, le présent article comprend deux études. L’ objectif de la première étude consiste à développer une version préliminaire d’ une échelle d’évaluation de l’ auto-efficacité émotionnelle (ÉAÉ) auprès d’étudiants universitaires, et ce, en plus d’examiner sa validité de concomitante. À l’ instar de l’étude de Kirk et al. (2008), la validité concomitante est évaluée en lien avec des concepts théoriquement associés et vérifié dans les études antérieures développant des instruments sur l’intelligence émotionnelle et ses dérivés. La seconde étude a pour objectif de confirmer la structure factorielle de l’ÉAÉ auprès de la population visée.

Analyses statistiques

Des analyses factorielles confinnatoires ont été effectuées à l’aide du logiciel EQS (Version 6.1 ; Bentler, 1995). Il convient alors, selon Anderson et Gerbing (1988), de tester plus d’un modèle. Par conséquent, l’ étude teste trois modèles. Le premier modèle évalué comprend sept facteurs fonnés de trois énoncés chacun. Le deuxième modèle est identique au premier si ce n’est qu ‘ il postule la covariance entre les facteurs de premier ordre. Enfin, le troisième modèle évalué comprend sept facteurs de premier ordre fonnés de trois énoncés chacun et un facteur de second ordre, soit l’ auto-efficacité émotionnelle. Plusieurs indices d’ ajustement ont été retenus: le khi-carré (l; Bollen, 1989), le ratio khi-carré/degré de liberté (X2/dl; Marsh, Balla, & Hau, 1996), le CFJ (Comparative Fit Index) et le NNFJ (Non-Normed Fit Index) proposés par Tucker et Lewis (1973), le CAlC (Consistent Akaike Information Criterion; de Bozdogan, 1987) et le RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation; de Steiger, 1990). Le khi-carré évalue à quel point le modèle fonnulé réussit à reproduire les données observées.

Une valeur du khi-carré non significative révèle que les données s’ajustent bien au modèle. Cependant, la probabilité que la valeur du khi-carré soit significative augmente avec la taille de l’ échantillon. Le ratio khi-carré/degré de liberté penn et de corriger, en partie, ce problème (Hayduk, 1987). Une valeur du ratio khi-carré/degré de liberté plus petite que 5 signifie habituellement que les données s’ ajustent bien au modèle théorique proposé (Joreskog & Sorbom, 1993). De plus, les indices du NNFI et du CFI varient habituellement de 0 à 1 (Fassinger, 1987). En général, plus ces valeurs excèdent ,90, plus le modèle rend compte de la variabilité observée dans les données. Quant à l’ indice RMSEA, certains auteurs (p. ex. Browne & Cudeck, 1993) suggèrent qu’une valeur de moins de 0,05 signifie un très bon niveau d’ ajustement, mais qu’ une valeur se situant entre 0,05 et 0,08 représente tout de même des valeurs acceptables. Enfin, le CAIC est un coefficient important, car il tient compte à la fois du degré d’ ajustement du modèle et du nombre de degrés de liberté pour estimer quel modèle semble le plus approprié, celui ayant les plus petites valeurs (Tabachnick & Fidell, 2001).

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Table des matières

Sommaire
Liste des tableaux
Liste des figures
Remerciements
Introduction
Cadre théorique
Épuisement professionnel
Historique de l’épuisement professionnel
Définition de l’épuisement professionnel
Auto-efficacité émotionnelle
Historique de l’auto-efficacité émotionnelle
Définition de l’auto-efficacité émotionnelle
Objectif
Chapitre 1. Article 1 : Développement et validation de l’Échelle d’Auto-Efficacité Émotionnelle chez les gestionnaires
Chapitre 2. Article 2 : Auto-efficacité émotionnelle et épuisement professionnel de directions d’établissement d’enseignement
Discussion générale
Objectif de la thèse
Implications théoriques et pratiques de la recherche
Limites de l’étude et pistes de recherches futures
Conclusion
Références
Appendice A. Questionnaires de l’article 1
Appendice B. Questionnaires de l’article 2

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