Déséquilibres du compte courant et le ciblage d’inflation dans les pays de l’uemoa

Le compte courant ou compte des transactions courantes est la première partie de la Balance des Paiements . C’est un état statistique où sont systématiquement résumées, pour une période donnée, les transactions sur biens, services et revenus d’une économie avec le reste du monde. Ce compte comporte :
-la Balance Commerciale : importations déduites des exportations de biens ;
-la Balance des Services : transports, voyages ou tourisme et autres services ;
-le compte de revenu primaire : rémunérations de salariés versés par des employeurs non-résidents à leurs salariés résidents et inversement et les revenus d’investissement c’est-à-dire les intérêts et dividendes reçus et versés par les résidents ;
-et le compte de revenu secondaire : administrations publiques, coopération internationale courante, envois de fonds des travailleurs et autres secteurs.

Le solde de ce compte est important vue qu’il constitue le principal canal par lequel transitent les chocs extérieurs affectant l’économie nationale notamment par une variation du taux de change réel. L’aggravation du déficit de ce compte peut être source de détérioration du solde global de la balance des paiements, lequel se traduit par des ponctions sur les réserves de change. Quelles que soient les finalités recherchées par une économie nationale, au plan externe, la soutenabilité à long terme du déficit du compte courant (capacité d’un pays à continuer d’attirer des flux de capitaux suffisants pour financer son développement) reste aussi un objectif incontournable. Pour le Fonds Monétaire International (Blanchard et Milesi-Ferretti, 2009), les déséquilibres représentent probablement le principal et le plus complexe problème au centre des préoccupations économiques.

Etant donné que l’un des objectifs majeurs de la BCEAO est la stabilité des prix, elle a adopté un contrôle direct de l’inflation comme cible jumelé avec d’autres objectifs comme celui du contrôle du solde du compte courant des pays de l’Union à des niveaux satisfaisants. Le ciblage d’inflation est une politique monétaire mise en place par plusieurs Banques Centrales à travers le monde pour une meilleure maîtrise de la stabilité du niveau général des prix. Néanmoins, cette politique monétaire permet aussi de régler certains problèmes liés à une hausse des prix. Il s’agit du déficit du compte courant, une meilleure maîtrise de l’offre monétaire, une meilleure anticipation de l’inflation, etc.

Pour Mishkin (2000), «le ciblage de l’inflation est une stratégie de politique monétaire qui englobe cinq principaux éléments : l’annonce publique d’un objectif chiffré à moyen terme de l’inflation ; un engagement institutionnel pour la stabilité des prix comme objectif principal de la politique monétaire, à laquelle d’autres objectifs sont subordonnés ; une stratégie d’information inclusive dans laquelle de nombreuses variables, et pas seulement les agrégats monétaires ou le taux de change sont utilisés pour décider de la mise en œuvre d’instruments de la politique ; une plus grande transparence de la politique monétaire à travers la communication avec le public et le marché ; une responsabilisation accrue de la banque centrale pour atteindre son objectif.» .

La politique de ciblage d’inflation a été adoptée en 1990 par la Banque de réserve de la NouvelleZélande, puis en 1991 et 1992 respectivement par la Banque du Canada et la Banque d’Angleterre. Elle connait un engouement croissant en tant que cadre de la politique monétaire. Elle s’est répandue des pays industrialisés aux pays en développement en raison de la nette amélioration qu’un tel régime a apporté aux performances d’inflation des pays l’ayant adopté.

Plusieurs pays ont suivi la Nouvelle-Zélande dans la mise en œuvre de cette stratégie. Dans le continent Américain, cette politique monétaire a été adoptée en 1999 par le Brésil et le Chili, le Paraguay en 2013… En Afrique, elle est introduite par l’Afrique du Sud en 2000, puis le Ghana en 2007. Quant aux pays de l’UEMOA, le régime de ciblage d’inflation a été mise en pratique par la BCEAO en 2010. De nos jours, nous remarquons ainsi un nombre considérable de pays qui ont adopté cette stratégie. Son émergence a été l’œuvre des autorités de la banque centrale et de gouvernement plutôt que celle des universitaires. C’est vers la moitié des années 1990 que ces derniers, comme Mishkin, Bernanke et Svensson ont commencé à publier les résultats de leurs études sur cette stratégie. La simplicité de son cadre de mise en œuvre, sa prévisibilité et sa flexibilité ont convaincu les autorités de la zone Franc UMOA à l’adopter à la faveur de la réforme du cadre institutionnel de la politique monétaire au sein de l’Union.

Le ciblage d’inflation ne cesse d’avoir un succès notoire, tel que mesuré par la stabilité de l’inflation et celle de l’économie réelle (Svensson, 2010). Il est ainsi mis en pratique dans le cas où le taux d’inflation est atteint ou qu’il soit nettement supérieur à l’objectif d’inflation à long terme. De nombreux auteurs ont noté qu’il améliore les performances macroéconomiques en diminuant le niveau, la variabilité, la persistance, et l’incertitude de l’inflation (Mishkin et Schmidt-Hebbel, 2007), en augmentant la croissance de la production tout en réduisant sa variabilité (Neuman et Von Hagen, 2002) et en diminuant la volatilité des taux d’intérêt et de change (Batini et Laxton, 2007 ; Rose, 2007).

Ainsi, sauf pour rejoindre la zone euro (Espagne et Finlande par exemple), aucun pays n’a abandonné le régime de ciblage d’inflation ou même exprimé des regrets après l’adoption de cette politique monétaire car elle offre un cadre plus favorable aux prises de décisions économiques et financières plus judicieuses. En effet, le ciblage de l’inflation aide à définir une politique monétaire plus crédible et accroître la compréhension du public quant à la méthode de la banque centrale à atteindre sa finalité qui est la cible prédéfinie.

Les faits historiques vécus par les pays de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) en matière de trouble de leurs comptes courants et la politique monétaire mise en place entre différentes périodes afin de corriger un tel problème économique, constituent la référence de notre travail. Il propose de fournir des réponses ou solutions aux Etats de l’Union pratiquants le ciblage d’inflation et les effets de cette dernière sur le solde du compte courant de ces pays. Dans ce sens, selon les statistiques de la BCEAO et du FMI, entre 1990 et 1993 l’Union a atteint des déficits excessifs de 11% en moyenne du PIB/an. Sur les périodes 1994-1999 et 2000-2005, Ces déficits sont de 6,9% et 5,3% en moyenne respectivement. Par ailleurs, en ce qui concerne l’inflation de l’UEMOA, on note des taux de 7,9% et 2,4% en moyenne sur les période 1976-1995 et 1996-2015 (respectivement). Il est donc important de chercher à comprendre les facteurs responsables à cette situation de déficits importants et persistants du compte courant des pays de l’UEMOA et surtout de les interpréter.

Soulignons qu’à travers la politique économique, les observateurs et décideurs économiques suivent de près l’évolution du compte courant à court et moyen terme pour apporter une correction ou une solution nécessaire à un phénomène (chocs internes ou chocs externes) pouvant être à l’origine de son déséquilibre. L’étude de ce présent mémoire est basée sur l’analyse de la relation entre les déséquilibres du compte courant et la politique monétaire conduite dans la zone franc UMOA par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO ), notamment par le régime de ciblage d’inflation de 2 (±1) % sur un horizon de 24 mois qui est l’une des mesures de cette politique. De manière plus précise, les objectifs de notre étude s’orientent essentiellement autour d’une question directrice à savoir : la politique de ciblage d’inflation de la BCEAO, par le canal du taux de change réel, a-t-elle amélioré les déséquilibres du compte courant des pays de l’UEMOA et de l’Union dans son ensemble ? En d’autres termes, il s’agit de montrer que l’objectif de stabilité des prix simultané à la réduction du déficit courant inférieur à 5% du PIB (seuil retenu par la BCEAO pour mesurer l’ampleur du déficit) est maîtrisé ou non. Dans ce sens, plusieurs interrogations peuvent être déduites et étudiées. Quelles sont les causes du déficit du compte courant des pays de l’UEMOA en régime de ciblage d’inflation ? Quelle est la persistance de ce déficit : de court terme ou de long terme ? Quelles mesures adoptées afin de limiter les dérives de ce déficit par rapport au seuil de 5% retenu ? Les réponses à ces interrogations nous conduisent à analyser si le cadre conceptuel du régime de ciblage d’inflation a été mis en pratique par la BCEAO en tirant des enseignements de la réussite de cette politique monétaire par les différents pays l’ayant adopté. Il est important de souligner que les décisions des autorités monétaires ont des conséquences directes sur l’activité et les prix au terme de processus complexes dénommés mécanismes de transmission de la politique monétaire. Il n’est pas alors exclu, qu’à long terme, la manière dont la politique monétaire agit sur l’économie change.

Ce faisant, Gonzalez et Gonzalez-Garcia (2006) montrent qu’un tel changement peut être propulsé par des réformes de politique. Par ailleurs, et dans le même sillage, Gerke et al. (2009) ; Boivin et al. (2010) montrent aussi qu’un tel fait peut être constaté par la globalisation des échanges, les innovations financières ou la modification de la formation des anticipations. Les auteurs tels que Juselius (1998) ; Juselius et Toro (2005) à travers leurs études soulignent aussi qu’une intégration économique plus grande et une crise financière selon Kazi et al. (2013) peuvent également induire un tel changement. Pour Lucas (1976), les paramètres, par lesquels les politiques spécifiques affectent l’évolution de l’économie, changent non seulement en raison des variables exogènes de leurs déterminants structurels, mais également de façon endogène à la manière dont les politiques sont gérées. Cependant, les réformes de politique majeures et l’adoption du régime de ciblage d’inflation par la BCEAO ont pour but de résoudre et d’améliorer la problématique de la transmission de la politique monétaire dans l’UEMOA. De ce fait, elle a l’obligation d’assurer la stabilité des prix dans la zone d’émission en ajustant le canal à l’évolution de l’inflation. Ce faisant, les méthodes utilisées par cette institution suffisent-elles pour assurer un succès du cadre de ciblage du taux d’inflation et éviter tout déséquilibre pouvant émaner de la mise en œuvre de cette politique monétaire ?

REVUE DE LA LITTERATURE 

Revue théorique 

Analyse théorique des déséquilibres du compte courant sous ciblage d’inflation 

Plusieurs analyses théoriques ont été notées dans l’explication des tendances du compte courant. Cependant, pour apprécier l’ampleur du déficit courant, un seuil de 5% du PIB est retenu. Cette limite se justifie par les nombreuses références qui y sont faites dans l’environnement économique ainsi que la prudence qui exige aux autorités économiques ou décideurs de considérer le déficit comme préoccupant lorsqu’il franchit le seuil des 5% (Musse, 2004 ; Summers, 1996 ; MilesiFerretti et Razin, 1996). Ce seuil est également retenu dans le cadre du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité (PCSCS) de l’UEMOA.

Parmi les diverses approches utilisées dans l’analyse des déterminants des déséquilibres du compte courant, nous avons l’approche inter-temporelle optimale. Cette approche développée par Obstfeld et Rogoff (1995) se focalise sur la capacité d’un pays à dégager suffisamment de surplus commerciaux antérieurs pour éponger sa dette courante. Supposons qu’un pays se retrouve avec un déficit courant, il sera contraint de le financer par accumulation d’engagements extérieurs dont il faudra assurer le remboursement plus tard.

Cependant, il existe un inconvénient pour cette approche du fait qu’elle ne tient pas en compte de la volonté de rembourser en se limitant seulement à la capacité de rembourser d’un pays. Par ailleurs Milesi-Ferretti et Razin (1996) partant sur les mêmes bases que celles de l’approche inter-temporelle vont s’interroger sur la notion de solvabilité des pays et de financement en particulier s’il y a des incertitudes sur la volonté de rembourser des pays débiteurs. Ce faisant, en plus de la solvabilité inter temporelle, ils vont introduire une approche basée sur une notion du solde courant qui, explicitement tient compte de la volonté de rembourser et d’emprunter. Par la suite, Milesi-Ferretti et Razin (1996) montrent qu’en plus du seuil de 5% généralement retenu dans l’appréciation de l’ampleur du déficit courant, d’autres indicateurs peuvent être retenus. Il s’agit de la qualité des politiques de change et des facteurs structurels à savoir la composition des passifs étrangers, le degré d’ouverture commerciale, la structure du commerce extérieur, le niveau d’investissement et d’épargne.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTERATURE
CHAPITRE II : ANALYSE DES DESEQUILIBRES DU COMPTE COURANT ET POLITIQUE MONETAIRE DANS LA ZONE FRANC UMOA
CHAPITRE III : METHODOLOGIE DE L’ETUDE
CONCLUSION GENERALE ET PERSPECTIVES
ANNEXES
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES MATIERES

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