Description de deux langues anormatives 

Le français québécois 

Pour exposer les liens entre le français québécois et le français préclassique, il est d’abord essentiel de chercher à définir ces deux langues par la présentation de leurs caractéristiques principales. Or, la difficulté est de taille: le français québécois fait l’obj et depuis plusieurs décennies de maints travaux descriptifs, notamment sur les plans lexical et phonétique. Il est sujet à débat, est à la fois complexe et varié, et n’obéit pas systématiquement à des règles pré-établies. Le français préclassique présente des traits similaires: outre le fait qu ‘il soit en perpétuelle mouvance, il se définit aussi par une grande hétérogénéité, variant d’une région à l’autre, et les locuteurs qui l’ emploient le teintent et l’ enrichissent volontiers de leur patois maternel. Ces facteurs expliquent le fait que ce français demeure encore aujourd’hui mal connu et que plusieurs traits, notamment dans le champ phonétique, apparaissent dans les travaux descriptifs comme des suppositions plausibles mais incertaines. En fait, le principal défi, dans le cas présent, réside pour nous dans le fait de décrire deux langues anormatives , en étant à la fois synthétique et exhaustive. La première partie de ce chapitre s’attachera donc à survoler différents aspects du français québécois : description globale à laquelle suivront des passages plus spécifiques sur le lexique, la prononciation et la morpho-syntaxe. La deuxième partie du chapitre suivra un parcours similaire, en se penchant toutefois sur l’élément comparatif : le français préclassique.

La variabilité du français québécois

Sur le territoire du Québec, le français parlé est tout sauf homogène. Il varie selon les milieux sociaux et les individus, mais aussi selon l’emplacement géographique de ses habitants. Louis Mercier, dans un article intitulé « Le français, une langue qui varie selon les contextes », fait état des différents types de variations que l’on retrouve en français québécois. Il constate une variation liée à la marche du temps lorsque des bouleversements historiques, politiques et socio-économiques, et des modifications mineures de la vie courante affectent un usage de la langue. Le deuxième facteur de variation est de nature socio-linguistique et se subdivise en trois aspects: selon le groupe de locuteurs, selon la situation de communication et selon l’effet recherché. Enfin, le troisième facteur de variation identifié par Mercier est l’espace. Plusieurs spécialistes tendent à diviser le Québec en quatre aires linguistiques distinctes: le Nord-Ouest (Abitibi-Témiscamingue), l’Ouest (Montréal, Outaouais, Laurentides), le Centre (Mauricie, Bois-Francs) et l’Est (Québec, Haute Côte-Nord, Nord de la Gaspésie). Audelà de ces divisions, des différences sont présentes à l’intérieur d’une même aire linguistique. Ainsi, les habitants de Pasbébiac, petit village gaspésien, sont réputés pour leur accent difficilement compréhensible même pour les locuteurs des villages environnants. C’est avec la variabilité dans l’espace qu’intervient la notion de régionalisme.

Gaston Dulong, Thomas Lavoie et Gaston Bergeron, trois spécialistes de la langue au Québec qui depuis le début des années 1980 se sont intéressés à cette question géographique, distinguent pour leur part deux aIres linguistiques sur le territoire du Québec: la région de l’Est (qui correspond plus ou moins à l’est de la province à partir de la ville de Québec) et la région de l ‘Ouest (qui ne se limite pas à la ville de Montréal mais qui englobe aussi l’Outaouais, l’Abitibi, etc.). Verreault et Lavoie estiment que «la rencontre de ces deux zones donne lieu à une troisième région linguistique, celle du Centre [ … ], région de transition et d’instabilité, dont les limites varient au gré des mots ». À cette troisième zone, plus trouble et composée des deux autres, quelques spécialistes en ajoutent une quatrième, située principalement dans le sud de la Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et dans certains villages de la Côte-Nord: l’aire acadienne , cette dernière étant le résultat de l’implantation de villages acadiens après le Grand DérangemenT . Les deux aires linguistiques principales présentent parfois des différences notables. Claude Verreault et Thomas Lavoie, se fondant sur le constat de Bergeron, affirment que « la région de l’Est apparaît comme plus archaïsante [ … ] et davantage influencée par les parlers du nord de la Loire [tandis que] la région de l’Ouest [ … ] se montre déjà tantôt un peu plus « francisante » [ .. . ], tantôt un peu plus influencée par les parlers du sud de la Loire ». L’étude amorcée par Verreault et Lavoie porte sur un corpus délimité et tend de plus à confirmer l’hypothèse de Bergeron, qui constatait une disproportion importante entre le nombre de régionalismes employés à l’Ouest et à l’Est, cette dernière aire linguistique faisant preuve d’une moins grande variété sur le plan lexical. Pour expliquer cette disproportion, les deux historiens de la langue émettent l’hypothèse d’une population d’immigrants plus homogène à l’Est lors de l’implantation  des colons dans cette zone géographique, qui est aussi historiquement la plus ancienne des deux .

Le français québécois et ses spécificités lexicales

La spécificité lexicale du français québécois par rapport au français normatif a été reconnue assez tôt par les voyageurs français. En 1755, Jean-Baptiste d’Aleyrac (1737- 1796), officier français qui demeura cinq ans au Canada, écrivait: Tous les Canadiens parlent un français pareil au nôtre hormis quelques mots qui leur sont particuliers, empruntés d’ordinaire au langage des matelots, comme amarrer pour attacher [ … ] ils en ont forgé quelques-uns comme une tuque [pour un bonnet] [ .. . ], ils disent une poche pour un sac, [ … ] une rafale pour un coup de vent, de pluie ou de neige; tanné au lieu d’ennuyé [ … ]. L’expression la plus ordinaire est: de valeur, pour signifier qu’une chose est pénible à faire ou trop fâcheuse .

Les divergences lexicales du français québécois résident entre autres dans la survivance d’archaïsmes et de régionalismes, la présence d’anglicismes et de quelques amérindianismes, ainsi que dans la création de néologismes divers, lesquels sont la plupart du temps apparus dans la langue pour décrire des réalités nouvelles, inconnues de la France.

Archaïsmes et régionalismes
L’ apport d’archaïsmes français et dialectaux au français québécois est impressionnant: l’étude non exhaustive de Verreault et Lavoie estime à un peu moins de 50% le taux de régionalismes hérités de la France pour les deux aires principales du Québec. Un exemple de la survIvance de ces archaïsmes français apparaît ainsi dans l’emploi généralisé au Québec du terme grajigne : ce mot, dorénavant disparu de l’usage moderne du français normatif existait bel et bien dans la langue française du XVIe siècle. On peut aussi inclure dans les archaïsmes les mots qui existent toujours en français actuel mais qui ont conservé un sens qui, en français normatif, n’existe plus, ce sont les archaïsmes sémantiques: soit le sens a évolué dans la langue française, soit celleci a retenu un sens au détriment d’un autre quand le mot était à l’origine polysémique. Ainsi, le mot délivrer, avec le sens qu’on lui connaît actuellement en français normatif, peut encore s’employer au Québec comme un synonyme de livrer, comme c’était le cas au XVIe siècle .

Le français préclassique 

Le français préclassique présente des caractéristiques similaires au français québécois, notamment sur le plan de la diversité. Comme lui, il varie selon les locuteurs, selon leur classe sociale et leur origine géographique. L’humaniste picard Charles de Bovelles, dans un ouvrage publié en 1533 portant sur les langues vulgaires parlées en France, De differentia vulgarium linguarum et Gal/ici sermonis varietate (Des différentes langues vulgaires et variétés de discours utilisés dans les Gaules) affirmait : « Il y a actuellement en France autant de coutumes et de langages humains que de peuples, de régions et de villes . » Parce que le français n’est pas codifié à l’époque, la langue variait aussi énormément dans le temps, au point que Montaigne dans ses Essais (1588) écrivait:  J’escris mon livre à peu d’hommes et à peu d’années. Si c’eust été une matière de durée, ill’eust fallu commettre à un langage plus ferme. Selon la variation continuelle qui a suivy le nostre jusques à cette heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage d’icy à cinquante ans? Il escoule tous les jours de nos mains et depuis que je vis s’est altéré de moitié. Nous disons qu’il est à cette heure parfaict. Autant en dict du sien chaque siecle .

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Table des matières

INTRODUCTION 
CHAPITRE 1 – Description de deux langues anormatives 
1.1. Le français québécois
1.1.1. La variabilité du français québécois
1.1.2. Le français québécois et ses spécificités lexicales
1.1.3 . Le français québécois et ses spécificités phonétiques
1.1 .3.1. Les voyelles
1.1.3.2. Les consonnes
1.1.4. Le français québécois et ses spécificités morpho-syntaxiques
1.2. Le français préclassique
l.2.1. Le français préclassique et ses spécificités lexicales
1.2.2. Le français de la Renaissance et ses spécificités phonétiques
1.2.2. 1. Les voyelles
1.2.2.2. Les consonnes
l.2.3. Le français de la Renaissance et ses spécificités syntaxiques
CHAPITRE II – La réception des traités de Du Bellay et de Michèle Lalonde 
2.1. L’horizon de l’œuvre de Du Bellay
2.2. La réception de la Deffence et Illustration de la Langue françoyse de Joachim Du Bellay
2.3. L’horizon de l’œuvre de Lalonde
2.4. La réception de la Défense et illustration de la langue québécoise
de Michèle Lalonde
2.5. La réception de la Deffence et Illustration de la Langue françoyse de Joachim Du Bellay par Michèle Lalonde
CHAPITRE III – L’héritage préclassique du français québécois sur le plan lexical
3.1. Les principes lexicaux des deux auteurs
3.l.1. Les principes théoriques lexicaux de Joachim Du Bellay
3.1.2. Les principes théoriques lexicaux de Michèle Lalonde
3.1.3. L’application des principes théoriques lexicaux chez Du Bellay
et Lalonde
3.2. Mots ou locutions du français québécois ayant cours à la période préclassique
3.2.1. Commentaires sur le tableau
3.3. Similitudes entre le français québécois et le français préclassique
CHAPITRE IV – L’héritage préclassique du français québécois sur le plan
phonétique
4.1. Les principes phonétiques des deux auteurs
4.1.1. Les principes théoriques phonétiques de Joachim Du Bellay
4.1.2. Les principes théoriques phonétiques de Michèle Lalonde
4.1 .3. L’application des principes théoriques phonétiques chez Du Bellay
et Lalonde
4.2. Caractéristiques phonétiques du français québécois ayant cours à la période
préclassique
4.2.1. Commentaires sur le tableau
4.3. Similitudes entre le français québécois et le français préclassique
CHAPITRE V – L’héritage préclassique du français québécois sur le plan
syntaxique et morpho-syntaxique
5.1. Les principes morpho-syntaxiques des deux auteurs
5.1 .1. Les principes théoriques morpho-syntaxiques de Joachim Du Bellay
5.1.2. Les principes théoriques morpho-syntaxiques de Michèle Lalonde
5.1.3. L’application des principes théoriques morpho-syntaxiques chez
Du Bellay et Lalonde
5.2. Caractéristiques morphologiques ou syntaxiques du français québécois ayant cours à la période préclassique
5.2.1. Commentaires sur le tableau
5.3. Similitudes entre le français québécois et le français préclassique
CONCLUSION

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