Des modalités d’appropriation différentes selon le statut des acteurs ? 

Méthodologie

Déterminer les formes d’appropriation des enjeux relatifs à la « Nature en Ville » impliquait dans un premier temps d’établir le profil de chaque jardinière à partir de leurs caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, origine, habitat, statut professionnel) afin d’ordonner une esquisse du cheminement psychologique pouvant les avoir conduit et motivé à s’investir dans le projet de jardin partagé. Il s’agissait ensuite de dégager leurs pratiques urbaines et jardinières afin de rendre compte de leurs différentes perceptions (du quartier, de leur collectif, du jardin et des acteurs qui gravitent autour de lui) suggérant différentes modalités d’appropriation du projet de jardin partagé d’une part et des enjeux relatifs à la trame verte et bleue d’autre part. Cette étude exigea l’analyse de sources directes avec la réalisation d’une enquête de terrain. Elle se formalisa par des entretiens semi-directifs auprès des jardinières, soutenus par un questionnaire, ainsi que par des observations directes participantes.
L’exploitation de ces sources devait permettre de répondre à une série d’interrogations inhérentes au sujet : comment ce jardin, à la fois outil et enjeu de géopolitique locale pour les élus, est-il perçu  et considéré par ses usagères ? Quel est leur sentiment quant au fait de partager ce jardin avec le monde institutionnel ? Outil pluriel, quel est son rôle dans le processus de sortie de rénovation et de restructuration urbaine dans lequel il s’inscrit ? Que représente-il pour elles ? Comment s’y exprime leur investissement ?
Attendent-elles quelque chose de ce jardin ? Qu’y recherchent-elles : une reconnaissance, une valorisation de soi à travers la démonstration et le partage de savoir-faire ? Afin d’esquisser le cadre général de ce mémoire, ces connaissances de terrain sont complétées par des recherches bibliographiques sur le thème du développement durable, des jardins collectifs urbains, du jardinage et du développement social ainsi que par la lecture de productions universitaires (mémoires et thèses), la consultation d’appels à projets, de rapports, d’actes de colloques et de conférences notamment sur les questions de trames vertes et bleues urbaine et la présence de « nature » en ville.

LA PLACE DES JARDINS PARTAGES DANS LES ENJEUX DE « NATURE EN VILLE »

« Depuis la fin de l’ère des chasseurs-cueilleurs et dès l’aube des sédentarisation agricoles, c’est la ville qui concentre et exprime l’essence des civilisations humaines » (Melot, 2010). L’urbanisation présente un caractère exponentiel nettement avéré depuis les années 1800 où la première révolution industrielle imputa aux territoires de profondes mutations avec les premiers exodes ruraux de masse. Avec le temps, les villes se sont adaptées aux nouveaux idéaux, modes de vies et exigences des citadins telles que la recherche d’une nouvelle qualité de vie. La seconde révolution industrielle et la reconstruction post seconde guerre mondiale font croître les villes qui concentrent alors toujours plus de populations, attirées par l’emploi et la certitude d’échapper à la pauvreté.
Les habitants de la ville ne travaillant pas la terre, le citadin s’oppose au paysan en excluant de l’urbanité la terre et ce qui se rapporte à elle. Le besoin d’espace vert en ville devient accessoire mais, avec le développement du tourisme de masse dans les années 1960- 75, les citadins sont en recherche de « vraie nature », c’est-à-dire la nature sauvage, lointaine, rurale ou exotique. Ce mouvement est renforcé par les architectes, qui conçoivent alors des villes fonctionnelles et minéralisées, ainsi que par la promotion immobilière spéculative des années 1970-80 qui ont fortement contribués à l’amoindrissement de visibilité et d’usage du végétal dans la ville (Decelle, Pannassier, Pinchart, 2007). Mais sonnant le glas des Trente Glorieuses, les chocs pétroliers de 1973 et 1975 génèrent de profondes mutations économiques, technologiques et sociales, poussant les moins aisés à habiter en périphérie des grandes villes. La démocratisation des moyens de transports, en particulier de l’utilisation de la voiture individuelle, s’accompagne alors de la fuite d’une ville polluée et d’un foncier dispendieux guidant un nouvel exode qui s’inscrit dans la perpétuelle recherche d’un environnement « plus hospitalier » généralement basé sur l’habitat pavillonnaire individuel avec jardin. Pourtant, la volonté de créer ou restaurer des espaces de nature dans ville n’est pas récente. Elle s’inscrit dans le courant hygiéniste du 19ème puis dans celui des concepts de cité-jardin et de ville verte du 20 ème siècle.
Au 21ème siècle, ce besoin de nature ne désemplit pas. Sous le couvert de l’urgence environnementale, l’émergence du courant écologique touche toutes les sphères, du privé au publique en passant par la clase politique. Que ce soit par l’initiative sociale, à travers des pratiques dites écologiques individuelles (compost, tri sélectif, consommation de produits de saison, énergie « propres » etc.) et/ou collectives (co-voiturage, jardins partagés), ou bien issue d’une entreprise étatique (des politiques publiques telles que les lois relatives à la Solidarité et au Renouvellement Urbains (SRU), Grenelle I et II etc.), la volonté de densifier la ville en y « réintroduisant la nature » tout en enrayant les inégalités sociales est révélatrice des rôles et des enjeux que sous-tend la présence de « nature » dans la ville. Dans un souci de compréhension dans la lecture de ce mémoire, le terme de « ville » fait globalement référence au territoire urbain et périurbain ; celui de « nature » rassemble l’air, l’eau, les sols, le tissu vivant floristique, faunique et fongique et plus largement les parcs urbains et les jardins (individuels, familiaux et collectifs).

Un stage qui s’inscrit dans une réflexion globale sur la fonction de la présence de « nature » dans les villes denses

Afin d’intégrer la Stratégie européenne de Développement Durable (2001) et de s’inscrire dans ses prises de positions lors du Sommet de Johannesburg (2002), la France institutionnalise le développement durable sur son territoire à travers l’adoption de stratégies nationales, de chartes et l’organisation de grandes rencontres. Elle définit et met en œuvre en 2003 une Stratégie Nationale  de Développement Durable (renouvelée en 2010) qui a pour déclinaison la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) constituée en 2004 par le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie (MEDDE). La même année, l’élaboration de la Charte de l’environnement fait figure de référent juridique à valeur constitutionnelle posant les principes directeurs en matière de protection de l’environnement, de maîtrise de la consommation d’énergie, de prévention des risques, de préservation de la biodiversité etc. Texte fondateur du droit de l’environnement français, il reconnaît les droits et devoirs au regard des patrimoines naturels et culturels et inaugure trois grands principes (le principe de prévention, le principe de précaution et le principe de pollueur-payeur) obligeant dorénavant les politiques publiques à promouvoir le développement durable. La prise en compte des enjeux de développement durable requiert ainsi l’implication de trois types d’acteurs :
– le marché (les entreprises) ;
– l’Etat, qui fait figure d’autorité publique au niveau mondiale, à celui de chaque grande zone économique (telle que l’Union Européenne) ainsi qu’aux niveaux national et territorial (région, intercommunalité, commune) ;
– et les acteurs de la société civile (associations, ONG, citoyens).
Basé sur les principes du « pacte écologique », qui a pour mission de placer les enjeux écologiques et climatiques au cœur de l’action politique, le Grenelle Environnement, organisé à l’initiative de Nicolas Sarkozy en 2007 dans la continuité de la SNB, est l’occasion de rencontres politiques entre les différents acteurs du territoire, de l’état à la société civile, autour d’une recherche d’outils opérationnels pour engager le territoire français et ses habitants dans une démarche d’aménagement et de développement « soutenable ». En tant qu’outil transversal, entre fonction écologique, économique et sociétale, l’élaboration de trames vertes et bleues (TVB) en est une mesure phare. Pour un aménagement viable du territoire national, elle est déclinée à l’échelle locale sous l’impulsion de la « Ville durable » dont l’enjeu central est la végétalisation de la ville et la sobriété de son bâti et de ses modes de transports. Officiellement lancé en octobre 2008, au lendemain du Grenelle Environnement, le plan « Nature en Ville » institutionnalise les enjeux de sa présence en chaque toit et recoin de la ville. Bien qu’il ne soit pas règlementaire, ce plan traduit la tentative étatique de rapprocher les citoyens des gestionnaires des espaces publics afin de renforcer leurs rôles sur leur territoire.

Des mesures phares du Grenelle Environnement

Selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF), 8,3% du territoire français métropolitain est artificialisé (urbanisation, expansion des infrastructures) en 2008. En effet, entre 1992 et 2004, la France a perdu chaque année 3 000 hectares (ha) de prairies permanentes, 30 000 ha de surface agricoles hors prairies, 26 000 ha arborés (arbres isolés, haies) sur un ensemble de 5,7 millions d’ha (prairies permanentes, jachères, haies, murets, agroforesteries, zones humides etc.). Au regard de ces constats, le Grenelle Environnement place la mise en œuvre de trames vertes et bleues (TVB) ainsi que la restauration de la nature en ville au cœur de ses engagements pour un aménagement soutenable du territoire national.

La TVB, vers un aménagement soutenable du territoire national

Conformément à l’objectif n°5 de la SNB 2011-2020 (annexe 1), 73ème engagement du Grenelle Environnement, la trame verte et bleue, en tant qu’outil d’aménagement durable du territoire ayant pour objectif de mettre en réseau les milieux permettant aux espèces de circuler et d’interagir librement, est caractérisée par des réservoirs biologiques reliés les uns aux autres par des corridors écologiques. Les réseaux d’échanges ainsi constitués permettraient d’assurer une certaine continuité (ou connectivité) écologique (schéma et définitions des notions en annexe 2). La TVB se décline donc en deux composantes qui forment ensemble un tout indissociable trouvant son expression notamment dans les zones d’interface (bandes végétalisées le long de cours et masses d’eau par exemple). Sa composante verte est caractérisée par les milieux dits naturels et semi-naturels terrestres (grands ensembles naturels, réservoirs de biodiversité reliés par des corridors) ; sa composante bleue représente les réseaux aquatiques et humides.
La mise en œuvre d’une TVB nationale cohérente et efficiente s’établit tout d’abord à l’échelle de chaque Région à travers l’élaboration d’un nouveau schéma d’aménagement du territoire et de protection de certaines ressources naturelles : le SRCE. Celui-ci est établi conjointement par l’Etat (la DREAL) et la Région, en concertation ou co-construction avec les acteurs locaux (ateliers  thématiques ou territoriaux) et en association avec les comités régionaux trames verte et bleue. Proposant une façon nouvelle de concevoir les territoires, spécifique et adaptée à leurs enjeux, la TVB traduit la volonté étatique de rassembler « préservation de la nature » et « développement économique et social ». Enclenchant une dynamique collective à toutes les échelles, ce dispositif se décline donc dans un jeu d’échelles multiples :
– L’Etat fixe le cadre de travail et veille à sa cohérence sur l’ensemble du territoire. Il préconise un renforcement de l’action publique en faveur de la réalisation de continuités écologiques et de TVB notamment en milieu urbain.
– L’Etat et les Régions élaborent conjointement les SRCE. Ces documents de planification respectent les orientations nationales et identifient la TVB à l’échelle régionale en intégrant notamment les enjeux de la nature en ville pour l’analyse des interactions entre les activités humaines et la biodiversité.
– Les départements pilotent la politique des grands espaces verts et des espaces naturels sensibles qui contribuent à la TVB et peuvent également mener des projets de restauration des continuités écologiques. C’est notamment le cas du département de Seine-Saint-Denis qui s’est engagé au titre de son projet département « Trame verte et bleue en Seine-SaintDenis : de la réalité scientifique aux déclinaisons opérationnelles ».
– La prise en compte des continuités écologiques au niveau local (intercommunal et communal) se traduit par :
• la prise en compte des SRCE dans les Schémas de Cohérences Territoriales (ScoT), les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) et les cartes communales ;
• la mobilisation d’outils contractuels permettant d’intégrer la biodiversité aux projets de territoires à diverses échelles.
– Les entreprises peuvent agir en aménageant leur site pour préserver des continuités écologiques et veiller à réduire leur impact sur l’environnement. C’est le cas par exemple de l’entreprise Immobilière 3F qui a pour objectif d’augmenter la quantité et la qualité d’espaces verts dans ces lotissements. Nous développerons ce point dans la seconde partie de ce mémoire.
– Les agriculteurs et les forestiers jouent un rôle positif dans le maintien des continuités écologiques à conditions qu’ils pratiquent une gestion soutenable des sols et des ressources (agroécologie).
– Le citoyen qui, par ses pratiques, a les moyens d’agir à son échelle, notamment à travers la pratique du jardinage. Qu’ils soient familiaux ou collectifs, les jardins ont de multiples fonctions : tant écologiques dans la mesure où ils peuvent être utilisables par les espèces (lieu de transit ou lieu de vie), qu’économiques lorsque les jardins sont le produit d’une agriculture urbaine à fonction alimentaire, ou encore sociales en étant alors le support de rencontres ou de retrouvailles, de création et d’expression, de détente et de récréation.
Parce que les aires urbaines françaises concentrent plus de 80% de la population du pays en 2007, la ville est au cœur des enjeux de développement et d’un aménagement durable national. C’est pourquoi, dans le cadre de la SNB et dans la continuité du Grenelle Environnement, le gouvernement français s’est engagé à promouvoir des villes « plus vertes », en s’appuyant sur l’outil innovant que représente la trame verte et bleue déclinée à l’échelle du milieu urbain. C’est ainsi que le plan « Ville durable » est présenté en Conseil des Ministres en octobre 2008.

La « Ville Durable », une nouvelle façon de concevoir et d’appréhender le rapport à l’urbain

En tant que projection spatiale des rapports sociaux, la ville est un enchevêtrement de temporalités différenciées. Les villes contemporaines sont majoritairement conçues, organisée et aménagée selon des processus d’étalement et de fragmentation urbaine. Or ce modèle extensif, consommateur d’espace et d’énergie, générateur d’artificialisation des espaces et des dégradations qu’elle incombe (pollution, fragmentation écologique etc.), est sujet à de nombreuses controverses au regard du rayonnement international que connaît le concept de « développement durable ». C’est pourquoi, s’interrogeant sur les façons de penser la ville, différentes selon ses enjeux et les sociétés qui l’habitent, le débat sur la « Ville Durable » en faveur d’une « densification verte » se renouvelle en France dans la continuité du mouvement européen (la voie des villes durables européennes s’est ouverte avec la signature de la charte d’Aalborg en 1994). Pour cela, les lois SRU, Grenelle I et II et la loi Duflot plus récemment ont profondément marqué les instruments d’urbanisme, d’accès au logement et de gestion de la ville. En effet, appréhender la problématique de la « Ville Durable », c’est penser les enjeux de la durabilité urbaine à ses différentes échelles, de la ville-région à celle du quartier. La « ville durable » doit alors englober toutes les dimensions d’un aménagement qui s’adapte aux caractéristiques de son territoire afin de conduire à un développement économique, social et environnemental durable. Il s’agit alors de penser l’urbanité comme un mode de vie où chacun a « droit à la ville » (régulation du foncier, mixité sociale) et qui ne soit plus déconnecté des milieux qui l’entourent en replaçant les « services de la nature » (réduction de la pollution, de l’eau, effet d’ombrage, régulation des températures etc.) et sa « pratique » (agriculture, jardinage, facilité d’accès aux parcs et jardins publics etc.) au cœur du système urbain.
Le plan d’actions « Ville Durable » vise ainsi à favoriser l’émergence d’une nouvelle façon de concevoir, construire, gérer et faire évoluer la ville afin qu’elle puisse répondre à des objectifs globaux – changement climatique, la préservation de la biodiversité, la réduction de l’empreinte écologique – et des enjeux locaux –resserrement urbain, détérioration de la qualité de vie, nouvelles formes de mobilité, la mixité sociale etc. Pour une nouvelle façon d’appréhender la ville, ce plan propose quatre grandes actions reposant sur les principes fondamentaux du développement durable. Les trois premières sont la constitution d’éco-cités, d’éco-quartiers et le développement de transports collectifs en site propre. La quatrième est l’élaboration, pour 2009, d’un plan d’actions à mettre en œuvre avec les villes pour « préserver, développer et valoriser la biodiversité urbaine » conformément au 76 ème engagement du Grenelle Environnement « Restaurer la nature en ville et ses fonctionmultiples : énergétique, thermique, sanitaire, esthétique, psychologique, anti-ruissellement et prévention de l’usage de produits chimiques ».
L’enjeu de la ville durable apparaît alors plus clairement comme une tentative de concevoir des politiques territoriales qui remettent l’Homme, les habitants et les usagers des territoires, au cœur de celles-ci, en conciliant la préservation de la biodiversité avec la prise en compte des enjeux sociétaux et culturels (bien-être). Car en effet, la présence de nature dans la ville semble receler d’enjeux pluriels, allant de la préservation de la biodiversité à la reconnexion des citadins à leur lieu de vie (Manusset, 2012). Appelant à réfléchir à la place des espaces verts dans la ville qui se densifie, la ville durable se veut être une réponse aux attentes des usagers, en leur donnant envie de rester dans les nouvelles formes de villes denses, afin d’éviter le phénomène d’exode fondé sur le ressenti d’un cadre de vie de moindre qualité. « La ville de demain, soutenable pour le plus grand nombre et adaptée aux changements climatiques, se doit d’être “verte et bleue” et viser par conséquent à préserver les grands espaces naturels, à développer des espaces verts de proximité dans les zones carencées, à les mailler pour créer des offres complémentaires de promenades, à favoriser la présence de l’eau et de la nature de le tissu urbain et enfin, à promouvoir la gestion écologique de toutes les surfaces vertes du territoire » (Chafiol, 2011). Relevant de la responsabilité directe des collectivités, les multiples formes que peut prendre la nature dans le tissu urbain (végétalisation du bâti, espaces verts, pars naturels urbains, jardins collectifs) font l’objet d’une institutionnalisation qui se traduit notamment par la co-élaboration de plans validés et soutenus par l’Etat tels que le « Plan Nature en Ville » un des volets transversal de la « Ville Durable ».

La végétalisation de la ville au cœur de la « Ville Durable »

Volet transversal du plan « Ville durable », le programme « Restaurer et valoriser la nature en ville », repris dans la loi de programme du 3 août 2009 dite Grenelle I, concrétise le 76 ème engagement du Grenelle Environnement. Initié par le secrétariat d’Etat à l’Ecologie et au Développement Durable, ce programme est d’abord sujet à une conférence nationale de lancement, « Nature en ville, vers un plan d’actions dès 2010 », tenue à Paris en juin 2009. La démarche s’est poursuivie avec la mise en œuvre de quatre ateliers de travail thématiques réunissant élus, experts, chercheurs, entrepreneurs, agriculteurs, représentants des milieux associatifs et professionnels. La conférence de restitution tenue à Paris en février 2010 présenta les principales propositions d’actions visant à valoriser la nature en ville, à la connecter aux systèmes en périphérie et à améliorer de façon significative la qualité de vie en ville.
Le « Plan Nature en Ville » est coproduit entre avril et juin 2010 par un groupe représentatif des acteurs de la ville et composé des cinq collèges du Grenelle Environnement qui a identifié les priorités et les actions à mener en partenariat. Le plan est ensuite officiellement lancé en novembre 2010 par le Ministère de l’Ecologie, des Transports et du Logement (METL) et par le MEDDE. Il comprend 37 actions regroupées en trois axes stratégiques et seize engagements. Le premier axe intitulé « ancrer la ville dans sa géographie et son milieu naturel » recouvre les quatre premiers engagements. Rassemblant les engagements cinq à onze, le second axe vise à « préserver et développer les espaces de  nature en quantité et en qualité ». Le dernier axe du plan tend à « promouvoir une culture et une gouvernance partagées de la nature ».
Enjeu de la « Ville Durable », la végétalisation de la ville recouvre trois grands aspects. Le premier est d’ordre écologique en permettant une meilleure mobilité et distribution des espèces. Le second concerne la dimension climatique car il s’agit d’adapter la ville aux variations climatiques, notamment grâce aux services écosystémiques de régulation (hydrique, thermique etc.) des paramètres de l’écosystème urbain qu’offre la présence de la nature en ville (abaisser les températures élevés propres aux îlots de chaleur, réduire les risques d’inondation par le maintien de sols perméables en favorisant l’infiltration des précipitations, réduire les pollutions etc.). Enfin, la végétalisation de la ville recouvre un troisième aspect qui est d’ordre social, psycho-social et culturel au regard de l’impact des espaces vert sur la qualité du cadre de vie, de l’importance symbolique de la nature dans la définition d’une « qualité de vie » et de celle des espaces végétalisés sur la santé (aspects récréatifs, de socialisation, de  santé, de circuits court voire d’autosuffisance alimentaire). Elle intègre le besoin citadin de se reconnecter à  son lieu de vie via la présence de nature dans son espace- vécu : la voir, la sentir, la toucher, voire parfois même la goûter (Bergeoënd, Blanc, Clergeau et al, 2013).

La végétalisation par la culture en jardin, un système de résilience sociale ?

Le mouvement de jardins ouvriers émergea en France au milieu du 19 ème siècle sous l’impulsion de l’Abbé Jules Lemire. La naissance de ces jardins a alors un lien avec la démocratie chrétienne, courant idéologique basé sur la défense de la famille, du foyer et de la petite propriété. Outil de lutte contre la pauvreté qui offrait aux classes sociales défavorisées de la société industrielle un complément de ressource et un accès à une « nature » à ces anciens paysans en exode, le jardin permettait d’assurer une forme de paix sociale. Les parcelles cultivables, mises à dispositions en échange d’une cotisation, appartiennent généralement aux municipalité ou à des propriétaires privés qui n’en ont pas l’usage.
Au fil des ans, le jardin ouvrier évolue en même temps que l’on observe une recomposition sociale des locataires, faisant alors émerger une nouvelle catégorie de jardin, celle des jardins familiaux. Connaissant des périodes de succès en temps de crise (lors de pénuries alimentaires pendant les guerres, de cracks boursier, crises socio-économiques, crises écologiques) et des périodes de déclin en temps prospères (aux lendemains de la seconde guerre mondiale), les jardins familiaux resurgissent à la fin des Trente Glorieuses (profitant de la montée du courant écologique ?) lorsque les citadins, en pleine période de contestation de la société de consommation dans les pays à économie libérale, sont en demande d’une amélioration de la qualité de leur cadre de vie et rejettent l’urbanisme fonctionnel de la période de reconstruction d’après-guerre. De par la recherche d’une amélioration de la qualité des denrées alimentaire, les circuits courts, qui permettent de rapprocher les producteurs des consommateurs, émergent progressivement sous le couvert du courant écologiste à partir des années 1970.

La pratique du jardinage, une recherche de qualité et d’hygiène de vie ?

Au regard de l’effervescence sociale qui naît autour des jardins partagés, la ville de Paris (Direction des Parcs, Jardins et Espaces Verts) élabore en 2003 le réseau « Main Verte » dont découle la « Charte Main Verte » qui encadrent la création des jardins partagés parisiens. Décrit comme un programme d’accompagnement pour les porteurs de projets et s’inscrivant dans une démarche de développement durable, la « Charte Main Verte » soumet ses signataires au respect de cinq points majeurs (Charte Main Verte, voire annexe 3), soit la convivialité, l’ouverture au public, la communication (modalités d’accès du jardin, les activités proposées, dates de réunion etc.), le fonctionnement (élaboration collective des règles du jardin) et la gestion écologique du site.
Afin de s’inscrire dans les principes de la Ville Durable, la règle première d’un jardin partagé ouvert au sein de la ville est d’y appliquer les principes d’une agriculture biologique. Les jardiniers de jardins partagés ne peuvent donc avoir recours qu’à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels, excluant ainsi l’usage des produits chimiques de synthèse, les OGM et limitant très fortement l’emploi d’intrants. Concept né dans les années 1930 en réaction à l’avènement de l’agrochimie et au développement des engrais minéraux issus de la chimiosynthèse, l’agriculture biologique émerge au cœur de la société civile dans les années 1970, en pleine période de rejet  du modèle de production agricole intensive (destructrice de sols et consommatrice en eau et en intrants chimiques) hérité des révolutions vertes. Le concept connaît un véritable essor une dizaine d’années plus tard avec l’apparition d’acteurs institutionnels et économiques qui le soutiennent (Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France en 1978, Biocoop et Ecocert en 1986) et sa labellisation en 1985 par le Ministère de l’Agriculture. Toutefois, la qualité strictement biologique de la labellisation est sujette à de nombreuses controverses et remises en question depuis 2007 à la suite du rapport de la Commission Européenne sur l’application du règlement relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques qui légalise la coexistence de cultures OGM avec l’agriculture bio et exonère l’obligation de son étiquetage au-deçà d’un seuil de tolérance de 0,9% (Charlier, Ngo, 2010).

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Table des matières

Introduction 
I. LA PLACE DES JARDINS PARTAGES DANS LES ENJEUX DE « NATURE EN VILLE » 
1. Une double réflexion sur la fonction de la présence de « nature » dans les villes denses
1.1 Des mesures phares du Grenelle Environnement
1.2 La domestication de la nature, une réponse sociale à la dégradation du lieu de vie
1.3 Les principes de la « Nature en Ville » en expérimentation en Seine-Saint-Denis
2. Un stage qui s’inscrit dans une série de partenariats
2.1 Une collaboration entre le MNHN et l’ODBU
2.2 Le quartier du Moulin Neuf, un « site-pilote » propice aux actions de médiations
3. Méthodologie
3.1 Liste des entretiens
3.2 Questionnaires
3.3 Difficultés rencontrées
II. PRATIQUES ET USAGES : DE LA PERCEPTION ET L’APPROPRIATION 
1. Des profils relativement homogènes
2. Quel lien social ?
2.1 Entre les jardinières, avec la création et l’appartenance à un groupe spécifique ?
2.2 Entre les habitants ?
2.3 L’interaction intergénérationnelle, un lien présent mais encore relatif
3. Quelles perceptions pour quelles formes d’appropriation ?
3.1 Des perceptions à dominante idéelle ?
3.2 Des modalités d’appropriation différentes selon le statut des acteurs ?
4. Une médiation aux enjeux de Nature en Ville effective ?
4.1 Le rôle du jardin sur la perception et la pratique d’espaces de nature en ville
4.2 Le jardin, un outil de sensibilisation…
Conclusion 
Bibliographie
Annexes

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