Définition et épistémologie des HN

Définition du caractère colonial d’une revue

Dans quelle mesure est-elle coloniale ? Contrairement aux Annales, précisons, que le titre des périodiques coloniaux ne contient pas systématiquement le terme colonial. Ceci engendre a fortiori une difficulté supplémentaire à effectuer un recensement exhaustif. Néanmoins, l’analyse des Annales lève toute ambiguïté sur leur caractère colonial.Au-delà des événements historiques forts de conséquences, elles se placent dans un contexte colonial, politique et médical très précis et leur existence est exclusivement liée à la présence des colonies. Elles naissent, évoluent, survivent et participent à la production de savoirs médicaux parce qu’elles sont situées au cœur d’un empire.L’histoire de cet empire, en lien avec notre objet, peut être séquencée en différentes périodes : édification (durant les cinq derniers siècles), renforcement (durant le long XIXe siècle), rationalisation (l’entre-deux guerres) avant de s’éteindre dans la seconde moitié du XXe siècle.Les Annales sont avant tout coloniales puisque le savoir qu’elles contiennent est produit par des médecins et pharmaciens de l’armée coloniale soumis au devoir de réserve et relevant d’une hiérarchie très sensible aux critiques sur la colonisation. Par conséquent, la production du savoir qui en résulte est singulière et totalement associé à un contexte colonial et militaire. Au carrefour de plusieurs sciences, la revue mobilise également des formes de savoir non scientifiques (moraux, historiques, religieux etc) qui naissent directement de l’exercice du médecin au sein même de la colonie. Ici le médecin est soustrait d’une position surplombante acquise notamment en métropole, pour affronter des tensions liées aux savoirs locaux – qui sont le plus souvent des savoirs composites– et aux administrations en place. De plus, le mode de production et de diffusion de ces savoirs, ainsi que les réseaux qui les encadrent, dépendent d’acteurs d’une puissance impériale, aux prétentions universalistes autrement dit égalitaires, et donc en contradiction complète avec la situation coloniale qui est par essence, inégalitaire.

Une revue coloniale, pour qui et pour quoi ?

   Une revue est souvent créée pour des motifs scientifiques et pratiques étroitement liés à son champ disciplinaire. Elle peut être, plus généralement, un outil au service du politique, soit pour défendre les intérêts de l’Etat, du gouvernement, d’un groupe politique, soit pour préserver ceux de l’un de ses acteurs. De même, elle peut servir des intérêts économiques et commerciaux, sans nécessairement s’en cacher. C’est le cas par exemple, du Dareste (droit), qui est en partie financé par l’Union coloniale française (1893), ou encore des revues commerciales et économiques ciblées sur les colonies15. Il existe également des macro-stratégies au sein desquelles la revue constitue alors un outil aux mains de l’Etat, afin d’asseoir les bases de la souveraineté dans la nation, la colonie ou l’empire.La revue peut aussi avoir un objectif corporatiste. Elle rassemble, identifie ou légitime une profession, une institution ou sert de tremplin à la carrière de ceux qui la créent ou la font vivre. Elle aide aussi parfois à l’affirmation d’une jeune discipline ou d’un domaine d’activité ou de production nouveau. Les Annales s’inscrivent totalement dans ce schéma : un but corporatiste et institutionnel pour une nouvelle discipline, qualifiée de médecine coloniale.

Concept réseau-acteur appliqué aux Annales

   Certains concepts émanant des sciences humaines et sociales, comme celui de réseau ou d’acteur, paraissent tout à fait efficaces et adaptés à l’étude d’une revue coloniale médicale. Autant le concept d’acteur paraît simple, autant la complexité de celui de réseau, mérite qu’on en rappelle brièvement son histoire et ses limites. Émile Durkheim (1858-1917), écrit dans la quatrième leçon de Pragmatisme et sociologie (1913-1914) : « Le monde est fait d’un nombre incalculable de réseaux qui unissent les choses et les êtres les uns aux autres ». Or, généralement, on attribue la paternité du terme comme une sorte de droit d’auteur sur le concept de social network16, à John Barnes (1918-2010). John Barnes est-il réellement le premier à avoir découvert les réseaux en 1954 ? Même s’il n’en a pas la prétention, son article Class and Committees in a Norwegian Island Parish met en évidence les structures des relations sociales de manière centrale, comme un objet à part entière. En opposition directe avec l’analyse marxiste prônant la notion de classes sociales, l’usage de la notion de réseau social selon Barnes, est à la fois empirique et analytique. Dans notre histoire, l’étude de la diffusion des savoirs ne peut pas en effet s’appuyer sur une description marxiste de classes sociales dominantes/dominées hermétiques. La diffusion ne relève pas davantage d’une appropriation de la production de biens ou de savoirs uniquement par des acteurs de classes sociales dominantes associées au pouvoir. Une vision sociétale davantage tournée vers une organisation hors classe, en réseaux, s’avère bien plus pertinente et moins cloisonnante. Le concept de « réseau » permet alors, de regrouper des acteurs disparates, dont la prosopographie établit les liens et les nœuds. Toutefois, ce concept possède ses limites. En effet, il ne peut agir et donc être efficace – condition incontournable de son existence –, que si les acteurs qui le constituent, œuvrent dans un même processus avec des intérêts et des savoirs en commun, en usant d’objets ou d’outils collectifs. Lorsque l’on évoque la notion de savoir scientifique, l’identification du réseau existe surtout et de façon notoire lors des controverses –« la manière dont les acteurs prennent position les uns contre les autres –, chères à la théorie de l’acteur-réseau. On assiste alors, à un jeu d’opposition et d’alliance des acteurs dans la construction du fait.L’existence d’un réseau passe forcément par le principe d’intentionnalité reposant sur ses membres, limités en nombre. La notion d’appartenance prime avant tout et se range à côté d’un travail collectif. Dans notre étude,l’intention des acteurs est flagrante puisque de par leur statut ils appartiennent déjà à un corps dans un contexte identifiable. Le réseau ainsi constitué, est à son tour acteur-réseau. Ce concept original en marge des théories sociologiquestraditionnelles, rajoute à l’analyse humaine la prise en compte des entités non-humaines considérées elles-aussi comme des acteurs, qui rentrent dans la composition du collectif. Cette approche repose également sur la multiplicité des relations qui constitue le réseau.Pour en permettre l’étude, l’efficacité et l’action du réseau doivent pouvoir se mesurer, notamment par leur inscription dans le temps et dans l’espace. Par conséquent, il faut bien définir dans l’espace (colonies et métropole) quels sont les acteurs participant d’une manière ou d’une autre, à la diffusion du savoir. Là aussi, il est nécessaire de se méfier des limites du réseau et ne pas inclure des relations qui ne participent pas réellement à son existence. L’importance et le nombre des acteurs réellement actifs au sein du réseau, doivent être questionnés sans tomber dans la démesure.De même, la dimension temporelle du réseau est primordiale. Rien ne sert de prolonger fictivement l’existence du réseau. Par exemple, certains réseaux hérités et construits reposent sur des objectifs et des motivations différentes du réseau originel, il est alors indispensable de les considérer comme de nouveaux réseaux à part entière. L’appartenance au réseau existe également à différents degrés, pour différents réseaux. Dans notre étude, les médecins coloniaux profitent du réseau de l’enseignement pour asseoir leurs connaissances en médecine coloniale tout en appartenant à un corps soudé et solidaire en lien avec l’armée. Néanmoins, ils construisent de nouveaux réseaux locaux grâce à l’exercice de leur profession dans un contexte singulier, en identifiant, partageant des objectifs et des savoirs aux motivations communes. Leur contextualisation coloniale les détache de leur réseau originel et leur permet de construire un réseau plus étroit, localisé et motivé par la production d’un savoir en commun, mais ne les rattache pas pour autant à un réseau impérial bien trop vaste pour être efficace.

L’Histoire du colonialisme à travers les revues et les acteurs

Histoire et médecine coloniales Bon nombre de documents sont détruits au moment des indépendances, il s’avère alors difficile d’envisager une histoire exhaustive de la médecine coloniale. L’objectif n’est pas de se tenir à égale distance des tenants et des opposants à la colonisation, mais seulement à comprendre, à expliquer le travail, les conditions dans lesquelles les médecins coloniaux exercent et les manières dont ils participent à la production et la diffusion des savoirs. En résumé, la colonisation a lieu dans un certain cadre politique et idéologique général. Néanmoins, son existence part d’un principe d’inégalité (raciale essentiellement) et de l’usage d’une violence pour s’approprier auprès de populations asservies, des richesses, des terres, des biens en général. L’objectif est de permettre le développement ou la consolidation de nouveaux marchés. C’est le discours même des colonisateurs.Reprenons quelques-unes des étapes historiques les plus importantes et significatives de cette médecine au regard de notre problématique.
o Bref aperçu de la médecine coloniale à partir du XVIIe siècle :Pendant de nombreuses années, la médecine dans les colonies est confiée aux chirurgiens embarqués de la Marine royale afin d’assurer le suivi sanitaire des équipages, mais aussi pour évaluer les risques existants au sein des territoires colonisés. Dès 1664, sous l’impulsion de Colbert (1619-1683) se manifeste une volonté de rendre vivables les colonies en instaurant sur place une puissance administrative. Le contexte naturel est souvent dangereux et porteur de maladies inconnues et mortelles dont la transmission reste mystérieuse et la guérison illusoire. A cette époque, le taux considérable de mortalité (environ 20% et jusqu’à 70% dans certains territoires) résulte de maladies mal connues53. Les médecins de la marine et des colonies sont issus du Corps de la Santé né en navale (Rochefort, Brest et Toulon). Développer un enseignement commun permet de transmettre l’expérience des anciens aux plus jeunes, et d’assurer à la pratique médicale, une unicité de conception et d’exécution qui est à l’origine de la réputation scientifique et professionnelle que les médecins coloniaux bâtissent au XIXe siècle. De la théorie à la pratique, l’enseignement de grande réputation est remarquable pour des médecins contraints à une polyvalence exigée dans la pratique (chirurgie, médecine, pharmacie, etc.). C’est ainsi que tout naturellement, ces médecins passent d’un vif esprit d’école à un esprit de corps.
o L’expansion coloniale du XIXe siècle :En Europe, après un climat de paix tout relatif (de 1815 à 1870), le libéralisme économique, l’industrialisation et la consommation des matières premières et d’énergie génèrent et alimentent une volonté colonisatrice qui rencontre parfois quelques oppositions. Mais celle-ci s’impose littéralement chez les dirigeants, financiers et industriels des plus puissantes nations d’Europe. Il s’agit en particulier, des pays continentaux dont les colonies sont encoreinexistantes ou ont été confisquées par la Grande Bretagne à l’issue des guerres de la Révolution et des guerres napoléoniennes. Pendant la période dite des Empires, entre 1870 et 1914, des crises de surproduction relancent sans cesse la nécessité de s’approprier de nouveaux marchés. Le capitalisme, qui se développe de manière exacerbée, entraîne des réactions nombreuses comme le socialisme et le syndicalisme, au sein des populations. C’est une période de pleine accélération de la révolution industrielle et urbaine, mais également d’émancipation des populations. Après 1870, La France redevient républicaine mais elle est encore sous la pression des royalistes, de l’église et des nostalgiques du Second Empire. C’est paradoxalement dans un pays qui hérite des idées de la philosophie des Lumières et des principes universalistes de la Révolution, que sont promus dans le même temps le racisme scientifique et la colonisation. La colonisation européenne est en plein essor. La seconde moitié du XIXe siècle est une grande période de l’expansion coloniale française, avec en parallèle l’avènement pasteurien, venant faire la lumière sur les mystérieuses maladies parasitaires et infectieuses des tropiques. C’est l’ère du scientisme roi mêlant la physiologie à l’hygiénisme public au détour de la promotion d’un ordre moral attaché à la propreté corporelle et à l’eugénisme. La notion de santé publique prend une place importante dans la politique sanitaire concomitamment à une pensée écologique et conversationniste de la nature. Pensons aux premières réserves naturelles qui se mettent en place aux Etats Unis, comme le parc Yosemite ou du Yellowstone, mais aussi bientôt en Grande Bretagne, en France, en Allemagne et dans les colonies européennes d’Afrique et d’Inde.C’est dans ce contexte, que les médecins de la marine présents au moment de l’expansion coloniale du XIXe siècle, rapportent et étudient des plantes recueillies au cours de leurs périples, tout en se familiarisant aux savoirs locaux. Ils effectuent aussi des collectes d’objets d’histoire naturelle pour le Museum, ou bien ils procèdent à des observations scientifiques consignées dans des notes ou des rapports. Dès lors, la découverte de nouvelles maladies et d’agents pathogènes géographiquement spécifiques devient le propre de la médecine coloniale. Les médecins coloniaux suivent les soldats dans leur conquête de territoires – qui leur sont inconnus mais déjà occupés par d’autres populations – et ils se doivent ainsi de sauvegarder la vie des colons et des soldats de leur pays. De grandes découvertes scientifiques voient le jour, réalisées par des médecins coloniaux et engendrent un changement sanitaire conséquent, notamment au niveau des fléaux (peste, choléra, paludisme, maladie du sommeil etc.) dans des régions colonisées peu salubres. L’objectif est donc la prévention et le traitement des maladies/épidémies, malgré un manque de moyens matériels, financiers et humains problématique. Affrontant ainsi de gros problèmes d’effectifs alloués à l’outre-mer, la France est présente dans une grande majorité des parties du monde avec un domaine colonial en plein essor qui implique une médecine spécifique et une administration spéciale en Métropole et dans les colonies (Sous-secrétariat d’état aux colonies créé en 1881).
o La santé publique du Nord au Sud, des campagnes aux colonies :Il est également nécessaire de contextualiser historiquement la médecine et la santé publique. La différence au niveau sanitaire est plus grande aujourd’hui entre le Nord et le Sud qu’elle ne l’était à l’époque entre la métropole et les colonies. Pour l’expliquer brièvement, du fait de l’augmentation au fil du temps de la complexité des sciences médicales (mais aussi des intérêts politiques, économiques, financiers et technologiques en jeu), le transfert de technique est plus compliqué actuellement. De plus, on assiste également à un accroissement des moyens matériels et financiers, inconcevable à une époque où les colonies sont plongées dans un contexte de retard économique et d’instabilité institutionnelle peu propices à l’augmentation des budgets sanitaires.De même, il faut se souvenir de l’état sanitaire des campagnes françaises à la veille de la Première Guerre mondiale : pauvreté, logements misérables, transports rudimentaires, savoirs liés à l’hygiène assez faibles et cela malgré un taux d’analphabétisme qui recule après les réformes scolaires de la seconde moitié du XIXe siècle. Dans le même temps, de nombreux secteurs des villes montrent une salubrité que l’on peut qualifier de précaire. A la fin du XIXe siècle, il existe donc d’une phase d’expansion coloniale à mettre en perspective avec une volonté de d’offrir aux campagnes, le bénéfice des progrès de la médecine. Cette volonté est le fait de nombreux médecins qui se sentent proches des populations et militent pour une médecine préventive et populaire. Ces deux faits se rejoignent dans l’objectif d’apporter aux démunis les bienfaits de la civilisation, de la science et surtout de la médecine. Le fait colonial peut donc être considéré, à l’époque, comme un prolongement, au-delà des mers, des missions « intérieures » françaises de la IIIe République vis à vis de sa population.
o La naissance et l’institutionnalisation d’un corps: Le succès de cette médecine repose notamment sur le remarquable esprit de corps des médecins coloniaux et sur leur sentiment de participer à une grande entreprise de leur temps. Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace Lorraine, servir dans ces nouvelles terres conquises, en cours de pacification peut être vécu comme une compensation par ces médecins. Effectivement, au-delà des critiques venant de certains socialistes « utopistes » (comme B.-P. Enfantin – 1796-1864 – en Algérie dans les années 184064), de certains socialistes français (comme J. Guesde65 – 1847-1922 – et P. Lafargue66 – 1842-1911 – à la fin du siècle),d’anarchistes, mais aussi de chrétiens et d’humanistes, le terme de « colonial » n’a pas à cette époque de connotation honteuse pour la majorité des individus. Il est même porteur de valeurs très stimulantes pour certains. Malgré des réformes chaotiques amenant à une séparation entre médecine navale et coloniale, ce corps ne cesse d’évoluer et de se structurer. Et c’est dans cet état d’esprit que le Corps de santé colonial voit le jour, par un décret du 7 janvier 189067 fixant le cadre législatif et professionnel des médecins coloniaux et on fait appel aux médecins de la Marine du service colonial pour le composer. Le domaine colonial ne cesse de s’agrandir et les médecins de la Marine sont formés dans les écoles de médecine des ports jusqu’à la création de l’Ecole de santé navale à Bordeaux en 1890 (surnommée la « boîte ») par le ministère de la Marine suite à une réforme des études médicales : le doctorat devient nécessaire. Comme le font effectivement certains, on espère que les « navalais68 » (c’est le cas pour Paul Simond – 1858-1947 –, A. Calmette, Emile Marchoux – 1862-1943 –,) choisiront les colonies et augmenteront les effectifs outre-mer, tout comme les médecins civils (c’est le cas pour Yersin). Dans une France à l’esprit de revanche, le courant expansionniste progresse, porté notamment par un puissant lobby qui prône la colonisation (Parti colonial, Union coloniale française), appuyé par des groupes intégrés à la Chambre et au Sénat. On assiste ainsi à l’instauration des troupes coloniales en 190070. Elles abandonnent elles-aussi la Marine pour être rattachées au ministère de la Guerre tout en intégrant les médecins coloniaux. Le statut de ces médecins coloniaux est très complexe étant donné qu’au détour de leur parcours, ils dépendent de plusieurs ministères, mais dès lors qu’ils occupent des fonctions civiles dans les colonies, ils émargent directement au ministère des Colonies et dépendent de son Inspection générale du Service de Santé. Pour finir, dès leur retour en France, ils retombent aussitôt sous le couvert du ministère de la Guerre, jusqu’à leur prochain départ…
o Le nouveau siècle…. :A partir de 1900, le domaine colonial français est constitué. L’installation et la structuration des services de santé se font dès lors que le processus de colonisation s’achève en 1903. A partir de ce moment, le Corps de santé colonial est réparti très inégalement entre des affectations dites dans les cadres, auprès des unités des troupes coloniales pour une faible part (10 à 20 %), et une forte majorité d’affectations dites hors-cadres destinées à dispenser des soins aux populations civiles, autochtones ou non, des colonies. L’effectif des troupes coloniales reste insuffisant et cela n’est pas dû uniquement à leur statut militaire : le Français n’est pas prêt à s’expatrier. A cette époque et jusqu’en 1930, de nombreux programmes de santé publique et de formation se multiplient, voire se superposent, et donnent naissance à des enquêtes réalisées dans les colonies par des commissions spécialisées. C’est ainsi qu’à partir de 1930 le nombre des auxiliaires formés sur place dépasse le nombre des médecins des troupes coloniales, aussi bien en Afrique qu’en Indochine ou à Madagascar.
o Le tournant des guerres :Les médecins coloniaux sont mobilisés pendant la Première Guerre mondiale. Cette période marque un tournant important de la politique coloniale, dès lors orientée vers la rationalisation de l’exploitation des colonies. Par conséquent, il est nécessaire de préserver une force de travail humaine. Le médecin colonial, instrumentalisé par le pouvoir politique et militaire, est donc au premier plan, comme il l’était déjà lors de la colonisation de l’Algérie dans les années 1840. Les colonies deviennent une force économique pour la France (réservoir colonial) et il faut s’organiser au mieux pour en tirer profit, ce qui fait le jeu du lobby colonial. L’influente et très écoutée Union Coloniale Française (UCF), forte de plus de 40 000 adhérents, va jusqu’à rédiger des projets de lois ou de décrets pour le ministère des Colonies.Notre étude s’arrête en 1940, à la période de Vichy où l’histoire coloniale elle-même se modifie. Alors que la métropole a l’illusion d’une puissance acquise par l’exploitation des colonies, les populations indigènes après 1945 réclament leur liberté et enclenchent le processus de décolonisation. Il est important de comprendre dans quel contexte historique et colonial, nos Annales viennent prendre leur place dans la diffusion du savoir médical. Maintenant, il est également indispensable de les positionner dans l’histoire des revues médicales en général, pour en saisir toute leur singularité.
Histoire et statistiques des revues médicales « La presse médicale prend véritablement son essor au XIXe siècle. Les premiers titres sont généralistes ou émanent d’institutions et de sociétés, telles l’Académie nationale de médecine ou la Société anatomique. Très rapidement, publique. Puis à l’obtention de leur thèse, ils dépendront du ministère de la Guerre rattachement qu’ils conserveront s’ils partent dans « les troupes » en outre-mer. Dans une enquête menée sur un corpus de 1385 périodiques (d’une durée de vie minimale de 10 ans et contenant le terme revue, journal ou annale) à caractère scientifique, publiés en France et dans les colonies entre 1800 et 2012, il apparaît que les revues médicales privilégient la forme périodique bien avant d’autres disciplines. Elles représentent 15,4 % du corpus avec un pic de croissance situé entre 1881 et 1910. Le contexte est simple et clairement identifié. À partir des années 1880, les découvertes pasteuriennes modifient profondément les pratiques d’hygiène et de santé publique. Parallèlement à l’essor de la discipline médicale au XIXe siècle, l’attrait pour ce type de publication porteur d’un objectif alliant circulation des savoirs et de pratiques, s’explique par la nécessité d’une circulation rapide de l’information en lien avec les préoccupations de santé publique et de formation. C’est également une période de promotion et de sensibilisation via les « médias », afin de favoriser l’éducation des populations métropolitaines à l’importance de la colonisation. En effet, à compter de cette époque, on peut constater une émergence des spécialités médicales avec une dimension sociale de la médecine : importance de l’hygiène et de la santé publique, de la jurisprudence médicale et de la médecine légale. Le périodique permet donc la diffusion et l’appropriation des savoirs médicaux par la société en se tournant vers une vulgarisation médicale revendiquée. Reprenons certains points de l’analyse faite dans cette étude. Au XIXe siècle, c’est l’ âge d’or du périodique. Il existe ainsi, un gros corpus de périodiques médicaux, scientifique, dépassant largement la masse éditoriale des autres disciplines (suivi de 9,4 % pour les sciences de l’ingénieur, de 8,4 % pour le droit, 8,5 % histoire).Dans les années 1820 à 1830 en pleine Restauration, on assiste à une première période d’augmentation notable des créations de périodiques médicaux qui s’explique par un retour à la paix favorisant la formation et le travail stable des médecins et débouchant sur la création de l’Académie de médecine en 1820. La revue devient alors un outil d’échange collaboratif. Support de formation et d’information, elle est utilisée par les praticiens éloignés des hôpitaux de la capitale. Jusqu’en 1860, la spécialisation (académie, administration des hôpitaux) n’est pas bien perçue et effectivement car elle est considérée comme un frein au progrès médical : il est nécessaire de garder les spécialisations rattachées à la médecine générale pour maintenir la réciprocité du gain. Mais à partir de 1862, les spécialités sont enfin bien accueillies dans les facultés de médecine, même s’il faut encore attendre 20 ans avant de voir apparaître les chaires dont certains périodiques ont été les précurseurs. L’augmentation des nouveaux titres se fait juste après la guerre de 1870, avec une reprise de la création de périodiques (dont nos Annales) et ce jusqu’en 1913. En parallèle, il existe une augmentation de 30% des hôpitaux et des sociétés d’hygiène publique. 59 % des créations de périodiques médicaux se situent avant 1910 et le renforcement du droit participe à cette croissance. On assiste alors à la promotion de l’hygiène publique, mais aussi de la jurisprudence médicale couplée à la médecine légale (droit du travail, accidents et maladies professionnelles), facteurs responsables de cette croissance.La guerre bouleverse également la profession médicale mobilisée pour soigner et secourir les victimes. C’est donc sans grande surprise que la période de guerre engendre la disparition de nombreux périodiques médicaux – ce qui est encore plus vrai lors de la Première Guerre que lors de la Seconde. Même des revues presque centenaires disparaissent. De création alors récente, les périodiques spécialisés sont fortement touchés. En 1930, la crise économique est défavorable à l’édition et affecte considérablement les périodiques médicaux. Les tentatives de création sont étouffées par la concurrence des anciens périodiques, même si on voit poindre l’affirmation du progrès de la biologie médicale entre les deux guerres

Définition et épistémologie des HN

   Vers 1949, le jésuite italien Roberto Busa (1913-2011) propose des fiches perforées pour élaborer un index sur les œuvres de Thomas d’Aquin (1225-1274). Actuellement, Busa est considéré comme le père fondateur des Digital définition – mouvante – des humanités numériques (HN), parfois perçues comme une révolution numérique, une rupture ou une transition, il est très difficile de donner une réponse unique et définitive. Selon nous, elles se caractérisent comme un ensemble méthodologique pluridisciplinaire porté par une communauté – qui s’est par la suite institutionnalisée – qui cherche à articuler les sciences humaines et sociales (communément nommées SHS) aux technologies du numérique, pour faciliter leur travail face à l’intégration de données variées et nombreuses. Ce n’est pas pour autant une discipline à part entière mais un domaine à l’intersection de plusieurs disciplines avec un dénominateur commun, le recours à des outils numériques. L’objectif tend à convertir de manière numérique dans le domaine des SHS, des documents imprimés, sonores et visuels en utilisant l’open source dans état d’esprit de partage et d’inter-opérabilité, sans pour autant oublier l’analyse ou la problématisation. Nous ne pouvons pas qualifier cependant les HN de phénomène de transition car il existe un enjeu collectif complexe dépendant de volonté individuelles et politiques. Enjeu pour l’individu, pour les disciplines, pour la recherche, pour l’enseignement. Il s’agit donc d’une culture globale mêlée à une culture spécialisée à travers des collaborations et des échanges entre les différents acteurs. Nous ne sommes pas en présence d’une projet unitaire scientifique mais d’un espace de discussion, de comparaison et de collaboration interdisciplinaire qui induit une dimension pérenne au HN.Dans notre étude, on s’accorde l’usage du terme de transdiscipline ou de champ. Cette transdiscipline, est critiquable puisqu’elle peut être empreinte de désordre et de manque de cohérence. Or, c’est dans son hétérogénéité que réside sa force. Lieu d’échange, de circulation et épicentre d’innovation technologique, ce champ revendique son orientation vers la pratique dans un esprit communautaire où – en théorie – tout le monde (chercheurs, ingénieurs), que ce soit sur le plan de la discipline, de l’ancienneté ou de la spécialisation, est sur un pied d’égalité. Les HN – davantage tournées historiquement vers le make que vers le discours – ne se présentent pas comme une théorie ou comme une nouvelle épistémologie mais elles apportent, des méthodes et des solutions aux problèmes pratiques de même que des outils conçus pour la recherche136. Or, il existe une dissension en leur sein avec d’un côté le prototypique, la démarche heuristique, l’expérimentation (façon typique de caractériser leur épistémologie) et la standardisation, et de l’autre, la formation, l’institutionnalisation, l’infrastructure qui sont, elles-aussi nécessaires. Il s’agit bien un cadre global de culture jointe aux méthodes et aux outils, dans lequel doivent se développer « les épistémologies » des HN. C’est ainsi qu’à travers la maturation de ce champ encore récent, la singularité des HN passe également, par une réelle pensée de la technique mêlée à un ensemble de valeurs. Dans l’ouvrage collectif Debates in the Digital Humanities, Lisa Spiro les définit clairement dans son article, comme étant « openness, collaboration, collegiality, connectedness, diversity, experimentation ». Les HN sont donc aussi pour elle, une redéfinition du travail collectif mobilisant la plupart des moyens de communication numérique (listes de discussion, sites, blogs, plateformes collaboratives, revues électroniques).Depuis plusieurs années, il existe un champ transdiciplinaire qui se construit tant d’un point de vue théorique que pratique – autour notamment du traitement quantitatif138 et qualitatif139 des données –, communément nommé Big Data. L’usage massif de données diversifiées, peut servir au chercheur entre autres, soit à présenter un nouveau point de vue, une nouvelle hypothèse, soit à confirmer ou démontrer une hypothèse existante. Quelle que soit la stratégie scientifique employée, il n’en reste pas moins que les Big Data ne font pas l’unanimité étant donné qu’on peut remettre en question, la difficile cohérence résultant de l’hétérogénéité des données et la place laissée au choix et à l’interprétation. Effectivement, le moissonnage en masse de corpus disparates, ne laisse émerger que des artefacts muets dès lors que l’interprétation, la problématisation et la contextualisation sont absentes. La différence de positionnement vis à vis de ce traitement en masse entraînent des tensions au sein même du champ des HN, entre ceux qui le considèrent comme nécessaire, amoindrissant voire réducteur.Les HN et les Big data – si elles veulent gagner en légitimité par le biais d’une approche intelligente s’appuyant sur la sémantisation et sur l’ontologisation –, ne peuvent se réduire à une simple activité statistique ou modélisante de mesure sans lecture, de dessin sans interprétation, de description sans récit

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Table des matières

Partie 1 – La méthodologie : comment aborder une revue scientifique ? 
1.1 – Les outils-concepts : définition, histoire, résultats
1.1.1 – Singularité d’une revue coloniale
1.1.2 – Concept réseau-acteur appliqué aux Annales
1.1.3 – Acteurs
1.1.4 – Médecine coloniale
1.2 – Les sources
1.2.1 – Sources numérisées
1.2.2 – Sources primaires incontournables : les archives (ANOM, SHD)
1.2.3 – Sources secondaires complémentaires : articles, ouvrages, sites web
Partie 2 – L’historique colonial et les Annales (Annexe 3)
2.1 – L’Histoire du colonialisme à travers les revues et les acteurs
2.1.1 – Histoire et médecine coloniales
2.1.2 – Histoire et statistiques des revues médicales
2.2 – Les Annales
2.2.1 – Indicateurs importants pour analyser une revue
2.2.2 – Historique des Annales
2.2.3 – Structuration : architecture raisonnée
2.2.4 – Acteurs clefs et leur réseau
Partie 3 – Le numérique au service de l’histoire (annexe 7)
3.1 – L’intérêt des HN dans la recherche
3.1.1 – Définition et épistémologie des HN
3.1.2 – Méthodologie : l’usage des réseaux
3.1.3 – Problème de recherche en terme d’histoire
3.1.4 – Apport avec les HN : pourquoi ?
3.1.5 – Etat des lieux des HN : quels sont les limites et les risques du numérique ?
3.2 – Les outils et concepts utilisés (ou non)
3.2.1 – Extraction des données
3.2.2 – Structuration des données
3.2.3 – Petits essais statistiques
Partie 4 – La médiation au travers des HN
4.1 – La médiation et public cible
4.2 – Les démarches et outils
4.2.1 – Nakala+Omeka = Nakalona
4.2.2 – Démarche participative : le wiki est-il adapté ?
4.2.3 – Outil non connecté : l’ebook ?
4.2.4 – E-éducation : comment étudier une revue scientifique ?
Conclusion
Webographie et bibliographie
Annexes

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