Court métrage « Sous le voile du Saguenay »

Court métrage « Sous le voile du Saguenay »

LA RECHERCHE DE L’AUTRE

Un déclic

A Chicoutimi en 2007, mon projet In situ faisait partie d’un des premiers travaux que j’ai réalisés librement en mettant de côté mes blocages antérieurs.
Dans ce projet j’avais l’intention d’utiliser la matière propre de la nature comme médium en collaborant avec le médium photographique.
Pour ce faire, j’ai ramassé pendant quelques jours, des pierres du parking de l’université et les ai transportées dans l’atelier afin de les extraire de leur emplacement imposé. Et puis, j’ai inscrit avec un feutre noir sur chaque pierre les adjectifs qui convenaient aux caractéristiques de ces éclats de roche, par exemple : fort, costaud, décisif, fortifiant, imbattable, infatigable, tenace, sérieux, solide, énergique, assuré, certain, endurant, coriace, indestructible, increvable, incassable, inattaquable, impérissable, indéfectible, infrangible, intense, sûr, tangible, vivace, vigoureux, éternel, puissant, robuste, irréfutable, irréfragable, inébranlable, invariable, inusable, résistant, déterminé, dru, irréductible, opiniâtre, équilibré, imbrisable, endurci, rebelle, obstiné, patient, volontaire, vivant.
J’avais besoin que la force du rocher me soit transférée par la manipulation de cette matière, et aussi en répétant et en écrivant les expressions qui me rendaient plus forte pour continuer dans une situation que j’estimais psychologiquement difficile. Les jours suivants, cette démarche est devenue comme un rituel ; prendre un sac roulant, aller chercher et choisir un par un les cailloux à la main dans un parking banal en supportant les conditions climatiques très ardues de Chicoutimi. Ensuite, j’ai transporté ces rochers sur leur lieu habituel en les empilant dans un des angles choisis picturalement dans le parking. (Fig. 20)
J’ai demandé aux spectateurs et aux spectatrices de prendre les roches, de les lire et les jeter sur le tas de rocher d’une façon aléatoire. Ce qui produisait un son de claquement de la pierre mixé avec le son produit par les spectateurs. Comme s’ils feuilletaient un livre en pierre avec sur chaque page un seul adjectif. Ce son a été enregistré, mixé et utilisé dans ma réalisation suivante.
Le son produit par le claquement des rochers me ramenait à l’évocation de la mort dans la culture iranienne. En fait, les Iraniens utilisent un petit morceau de pierre pour la faire claquer sur le tombeau du défunt en le saluant et en lui parlant comme pour le réveiller, l’interpeler. La croyance à la vie après la mort leur donne l’idée de frapper à la porte du mort afin de lui annoncer leur présence et de lui demander l’audience.
Très apaisant, cet acte assure la personne que son cher défunt l’écoute. En fait, cette pratique ramène le mort parmi les vivants, lui permet de renouer pour un temps avec ceux qu’il a quittés.
Après avoir finalisé mon installation, j’ai constaté que la vue d’ensemble de projet ressemblait énormément à une fosse commune, à un tumulus dont lespierres disparates évoqueraient les noms de morts inhumés. (Fig. 21) Je me suis demandé si je voulais présenter inconsciemment un deuil que j’avais vécu ou ce que je craignais de vivre en évitant d’y penser ? Ou alors, étaitce la reproduction d’une lapidation, telles qu’elles ont lieu parfois dans mon pays ? Ce premier travail m’a inspiré par la suite dans l’utilisation de l’expression libre de mes vécus, la collaboration et l’intervention de l’autre en tant que vecteur principal de mon art, dans mes prochains projets. C’est une des premières manifestations de mon besoin de partager, d’inclure le spectateur en tant qu’acteur dans ce que je réalise.
Pour l’exposition collective de fin d’année 2007, intitulée Territoires de résonance, j’ai commencé à inviter l’autre dans mes installations. J’ai ressenti l’envie d’exprimer mon état d’isolement, de dépression, de crainte et de déception engendrées par ma vie troublante précédente et mes deux immigrations qui avaient provoqué en moi un déracinement et un détachement de tout, y compris de moi-même.
Pour ce faire, j’ai exploité la bande son que j’avais enregistrée dans mon projet In situ pendant lequel les participants lisaient ce que j’avais écrit sur les rochers et les jetaient. Cette bande son était composée des bruits de claquement de rochers et du son d’une dizaine de personnes qui lisaient, criaient, répétaient, riaient aléatoirement en jetaient les rochers sur un tas de pierres. J’ai mixé et juxtaposé ces sons avec le bruit de dégringolade des pierres et de gouttes d’eau. Le son achevé a réussi à traduire un état très troublant et dérangeant.
Ce son était émis par des écouteurs placés juste devant mes photos abstraites afin que les participants qui venaient découvrir les clichés (Cf Dépaysager) de la région se retrouvent en même temps dans un jeu où ils perçoivent un son très perturbant et entrent dans mon univers de « dépaysagiste dépaysée ». (Fig. 22)
Le matin du vernissage, j’ai décidé de me libérer d’un énorme poids et de raconter une petite histoire (texte) démontrant mon isolement. J’ai imprimé ce que je considérais comme une libération sur une feuille et je l’ai collée à côté de mes travaux. Ce texte a permis aux visiteurs d’entrer plus facilement dans le jeu et de comprendre le rapport entre mes photos et mon installation du son. (Fig. 23)

L’orientation interculturelle

Dans la continuité, je me suis ensuite concentrée sur ce concept de faire intervenir l’autre dans la réalisation de mes travaux. Durant plusieurs projets, j’ai retrouvé la sécurité que je cherchais auprès de l’autre. Ce manque de sécurité était lié à mon sentiment de déracinement et d’ambiguïté du point de vue d’un rattachement à un groupe social ou à une culture.
Dans certains de mes travaux, autrui intervient en tant qu’acteur principal de mes projets. Dans d’autres, sa simple participation et l’échange qui en résulte m’aident à me reconstruire et à me réorienter.
En parallèle, dans mon milieu j’ai toujours essayé de côtoyer des personnes de différentes origines. Les échanges enrichissants qui en ont résulté m’ont donné l’idée d’étudier les comportements de différentes cultures sur un même thème.
Les réponses ou les réactions de personnes issues d’une culture face à un sujet particulier m’ont passionnée, ainsi que la compréhension, les préjugés et les reflexes liés à une autre culture.

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela rapport-gratuit.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières

INTRODUCTION 
CHAPITRE I
IMMIGRATION ET DERACINEMENT 
1.1 Immigration et intégration
1.2 Mon vécu en tant qu’immigrante
1.3 Du dépaysement au « dépaysager »
1.4 Art et vécu
1.5 La pérennité des clôtures
CHAPITRE II
LA RECHERCHE IDENTITAIRE 
11.1 Question d’identité et de perception
11.2 Préjugés et image de soi
11.3 Court métrage «Je suis iranienne »
CHAPITRE III
A LA RECHERCHE DE L’AUTRE 
111.1 Un déclic
111.2 L’orientation interculturelle
111.3 Expérience esthétique
111.4 La sonorité de « Pautrui »
111.5 Projet « Toucher Terre »
111.6 L’Art et L’Autre
111.7 Court métrage « Sous le voile du Saguenay »
CONCLUSION 
BIBLIOGRAPHIE 
Enregistrement vidéo

Rapport PFE, mémoire et thèse PDFTélécharger le rapport complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *