Contexte et conséquences de l’accident de Fukushima Dai Ichi

L’histoire du nucléaire au Japon commence avec les bombardements atomiques américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après que les autorités japonaises ont rejeté les ultimatums formulés lors de la conférence de Postdam, le président américain Truman donne l’ordre de bombarder atomiquement le territoire japonais . Little Boy, bombe à l’uranium enrichi, explose ainsi sur Hiroshima le 6 août 1945 et Fat Man, dont le cœur était composé de plutonium, fulmine au-dessus de Nagasaki trois jours plus tard. Le nombre de victimes est estimé entre 150 000 et 280 000 dont 105 000 à 115 000 morts (U.S. Strategic Bombing Survey, 1946). La destruction des villes et les retombées radioactives importantes causent des déplacements de population et des maladies plusieurs années après le bombardement. Les survivants, appelés Hibakusha, font également l’objet d’une discrimination sociale importante (“After the atomic bomb,” 2015). Ayant besoin de se reconstruire en tant que puissance technologique et industrielle, l’archipel se tourne rapidement vers l’énergie nucléaire pour la production de son électricité. En mars 2011, le Japon dispose de 54 réacteurs électronucléaires en fonctionnement. Ceux ci sont répartis entre 18 centrales à travers l’archipel. Les réacteurs sont de technologies diverses et sont exploités par une dizaine de compagnies de production d’électricité différentes.

La centrale de Fukushima Dai Ichi 

Le nucléaire civil pour dépasser les limites énergétiques du Japon 

Dès 1955, le Gouvernement japonais démarre un programme nucléaire civil, dans l’objectif de dépasser le manque de ressources énergétiques fossiles sur son territoire . La société civile et les politiques sont majoritairement favorables à cette initiative malgré une faible opposition (Kelly, 2015). Un premier budget de 230 millions de yens est alloué au programme nucléaire de l’archipel. La construction de réacteurs à des fins commerciales commence dans les années 1960 dans la centrale de Tokai, à 150 km au nord-est de Tokyo. Ce premier réacteur, de type Magnox est de conception anglaise et est raccordé au réseau électrique en juillet 1966 par la Compagnie japonaise de l’énergie atomique (JAPC). Après 1966, d’autres réacteurs de puissance supérieure sont construits sur le territoire. Ceux-ci sont tous de type réacteur à eau légère . Les premiers modèles sont livrés par les compagnies américaines Westinghouse (pour les Réacteurs à Eau Pressurisée – REP) et General Electric (pour les Réacteurs à Eau Bouillante – REB). Rapidement, les groupes japonais Mitsubishi, Toshiba et Hitashi prennent le relai après avoir été associés aux Américains pour développer les premiers réacteurs expérimentaux. La construction de réacteurs ne s’est jamais arrêtée avant l’année 2011, le réacteur 3 de la centrale de Tomari étant le dernier à être mis en service en 2009. En mars 2011, le Japon possède cinquante-quatre réacteurs nucléaires (vingt-six REB et vingt-quatre REP) opérationnels répartis sur seize sites. Cette flotte fournit le tiers de l’électricité de l’archipel et en fait le troisième pays au monde en termes de production électrique à partir de l’énergie nucléaire . Par ailleurs, les centrales nucléaires japonaises sont exploitées par une dizaine de compagnies différentes. Tokyo Electric Power Company, plus connue sous le nom de TEPCO, est en charge de dix-sept réacteurs, répartis sur trois centrales (Fukushima Dai Ichi, Fukushima Dai Ni et Kashiwazaki Kariwa).

TEPCO et la centrale de Fukushima Dai Ichi 

Tokyo Electric Power Company (TEPCO) est fondée en mai 1951 après la privatisation du marché de la production d’électricité au Japon. Le 26 mars 1971, elle met en service le premier réacteur de Fukushima Dai Ichi, entre les communes de Futaba et Okuma sur la côte Pacifique à quelques 250 km au nord de Tokyo. La construction de ce REB a démarré quatre ans plus tôt sous la supervision de General Electric. Jusqu’en octobre 1979, la compagnie met en service cinq autres réacteurs à eau bouillante qui s’étalent sur une surface d’environ 3,5 km². Différents constructeurs s’occupent des chantiers : General Electric pour le n°2, Toshiba pour les n°3 et 5, Hitashi pour le n°4 et un consortium GE/Toshiba pour le n°6. Les réacteurs sont par ailleurs disposés en deux groupes, séparés de quelques centaines de mètres : les réacteurs 1 à 4 d’un côté, 5 et 6 de l’autre.

A l’origine, la falaise sur laquelle a été érigée la centrale s’élevait de trente-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer, mais TEPCO a préféré baisser cette hauteur à dix mètres. En effet, la compagnie estimait que cela facilitait l’acheminement d’équipements par voie navale, tout en facilitant le pompage d’eau de mer. Par ailleurs, cela permettait de s’approcher de la roche mère, ce qui réduisait l’amplification locale durant les secousses sismiques (Synolakis and Kânoğlu, 2015). En outre, le risque de tsunami est rapidement pris en compte et TEPCO considère que les vagues les plus hautes possibles devraient mesurer environ trois mètres. Cette valeur est corroborée par les standards concernant les tsunamis établis par le Gouvernement japonais dans les années 1970. Une trentaine d’années plus tard, la Japan Society of Civil Engineers publie de nouveaux chiffres, ce qui amène TEPCO à surélever certains équipements critiques de la centrale (The Independent Investigation Commission on the Fukushima Nuclear Accident, 2014). La compagnie électrique rencontre par ailleurs des problèmes dans la gestion de la sûreté de ses réacteurs. Par exemple, l’Agence de Sûreté Nucléaire et Industrielle (NISA), en charge de réglementer et de contrôler les installations nucléaires japonaise, révèle en 2002 que TEPCO a falsifié des rapports d’inspection. Elle aurait ainsi caché l’existence de fissures dans l’enveloppe du cœur de certains de ses réacteurs dans les années 1980 et 1990. La totalité des réacteurs exploités par TEPCO sont alors arrêtés en avril 2003 pour être inspectés (Gouvernement du Japon, 2004). Finalement, l’exploitant est autorisé à les remettre en service en 2005.

D’autre part, le 16 juillet 2007, la centrale nucléaire de Kashiwazaki Kariwa, située sur la côte Ouest et exploitée par TEPCO, est touchée par un séisme de magnitude 6,6. Les réacteurs 3, 4 et 7 sont en fonctionnement et le réacteur 2 est en phase de démarrage. Les quatre unités se sont arrêtées automatiquement. Le tremblement de terre provoque par ailleurs un incendie dans un transformateur de puissance du réacteur 3, éteint deux heures plus tard (IAEA, 2007). Des fuites de matière radioactive sont détectées dans l’atmosphère et dans la mer du Japon (IRSN, 2007). A la suite du sinistre, TEPCO requiert la mise en place sur l’ensemble de ses sites de camions incendie et de réserves d’eau supplémentaires. Des équipements de connexion externe au système de protection incendie des bâtiments des réacteurs sont également prévus pour permettre une injection d’eau de secours en cas de nécessité (NRC, 2014).

L’accident nucléaire du 11 mars 2011 

Le 11 mars 2011, environ six mille quatre cents personnes, dont sept cent cinquante employés de TEPCO, se trouvent sur le site de Fukushima Dai Ichi. Seuls les réacteurs 1, 2 et 3 fonctionnent à leur puissance nominale. La tranche 4 est arrêtée et déchargée en vue du remplacement de l’enveloppe du cœur, le combustible est alors stocké dans sa piscine de désactivation. Enfin, les tranches 5 et 6 sont arrêtées pour une inspection périodique et sont correctement refroidies (NRC, 2014). À 14h46, un séisme d’une magnitude estimée à 9 se produit. Son épicentre est localisé à 180 km au large de Fukushima Dai Ichi. Le système d’arrêt d’urgence, dit SCRAM, des trois premiers réacteurs s’active automatiquement. Hormis les travailleurs de TEPCO en charge du pilotage des réacteurs, toutes les personnes se trouvant sur le site se réfugient dans le bâtiment antisismique (NRC, 2014). Une cellule de crise interne, d’abord officieuse, s’y installe sous la supervision de Masao Yoshida, le directeur de la centrale depuis juin 2010.

Dans les minutes qui suivent, trois alertes au tsunami dans la préfecture de Fukushima sont données par l’Agence Météorologique du Japon. A 14h49, l’Agence prévoit une vague de trois mètres. A 15h15, une deuxième alerte évoque une vague de six mètres. Enfin à 15h30, un tsunami d’une amplitude d’au moins dix mètres est annoncé (NRC, 2014).

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Table des matières

Introduction
Revue de littérature
1.1 Contexte et conséquences de l’accident de Fukushima Dai Ichi
1.1.1 La centrale de Fukushima Dai Ichi
1.1.2 L’accident nucléaire du 11 mars 2011
1.1.3 Les conséquences de l’accident
1.2 Traitement de l’accident de Fukushima dans les publications
1.2.1. Rapports institutionnels
1.2.2 Publications scientifiques sur l’accident
1.2.3 La situation extrême
1.3 Les auditions de Masao Yoshida
1.3.1 Publication des auditions de l’ICANPS
1.3.2 Les auditions de Masao Yoshida
1.3.3 Le contenu des auditions
Le stress et le coping : éléments théoriques
2.1 L’approche transactionnelle du stress et du coping
2.1.1 La notion de stress de la physiologie à la psychosociologie
2.1.2 L’évaluation cognitive comme médiateur du stress
2.1.3 L’adaptation au stress et le coping
2.2 Déterminants du coping et exemples dans les auditions de Yoshida
2.2.1 Fonctions et classifications du coping
2.2.2 Les facteurs en jeu lors du stress-coping
2.2.3 Prédispositions personnelles et stress-coping
2.3 Définition de marqueurs de stress et de coping à partir des extraits de l’audition de Masao Yoshida
2.3.1 Sidération à l’arrivée du tsunami
2.3.2 La désobéissance de Yoshida pour éviter la catastrophe
2.3.3 L’impossibilité d’agir face à un danger certain
Méthodologie : aspects théoriques et pratiques
3.1 Le récit de vie
3.1.1 La notion de récit
3.1.2 Approches pour l’étude des récits
3.1.3 Le récit de vie
3.2 La recherche qualitative
3.2.1 Eléments épistémologiques et théoriques sur les approches qualitatives dans la recherche scientifique
3.2.2 De l’Ecole de Chicago à la Grounded Theory : historique de la place de l’analyse qualitative dans les sciences sociales
3.2.3 Le fonctionnement des approches qualitatives
3.3 Utilisation du récit de vie de Masao Yoshida pour une recherche sur le coping
3.3.1 Intérêt d’un récit de vie pour la recherche sur le coping
3.3.2 La méthodologie d’analyse du récit de vie de Yoshida
3.3.3 Etapes suivies pour mener notre étude
Conclusion

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