Considération et capacité d’action en santé environnementale

La santé environnementale : un concept pas si évident

   La santé environnementale peut parfois être source d’incompréhension voire même de quiproquos. Pour éviter cela il est important de comprendre la signification de chaque mot la composant ainsi que leur lien entre eux. Tout d’abord le terme de la santé. Celui-ci est bien défini depuis des années et notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1946 comme étant un « état de complet bien être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (1). Il s’agit là d’une vision globale de la santé où de nombreux déterminants interviennent : des facteurs individuels (hérédité, biologie, physique, psychique,…), des facteurs socioculturels (niveau socioéconomique, catégorie socio professionnelle, culture, …), des facteurs environnementaux (produits chimiques, agents microbiens, …). Vient ensuite le terme d’environnement. Il s’agit d’une notion plus complexe à définir au vu des différents sens que peuvent prendre le mot « environnement ». Albert Einstein disait : « l’environnement, c’est tout ce qui n’est pas moi ». Dans le dictionnaire, l’environnement est défini comme « ce qui entoure de tous côtés, le voisinage » ou encore comme « les conditions dans lesquelles un être humain, un animal vit ». Dans le domaine de la santé publique, l’environnement regroupe les facteurs pathogènes « externes » (produits chimiques, radiations ionisantes, agents microbiens, …) auxquels l’individu est exposé de manière intentionnelle ou non. Ces facteurs « externes » sont à différencier des facteurs « internes » (causes héréditaires, fonctionnelles, psychosomatiques, …) qui peuvent également jouer sur la santé. Dernièrement les facteurs socio-économiques ont été ajoutés aux facteurs « externes », ceux-ci pouvant entrainer des niveaux d’exposition différents. En France la notion d’environnement est encore, dans l’inconscient collectif, fortement liée à la nature, à l’écologie et au développement durable comme le montrent les résultats du baromètre santé environnement (2). La santé environnementale en elle-même, selon la conférence d’Helsinki de 1994 (3) et la définition établie par l’OMS, se définit comme comprenant « les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. ». Cela englobe les expositions liées à l’habitat, les expositions professionnelles ainsi que la contamination des milieux tels que l’air, l’eau ou les sols. La santé environnementale désigne également les politiques mises en place pour préserver la santé et prévenir des facteurs de risques environnementaux susceptibles d’agir sur la santé.

Le projet Femmes Enceintes Environnement et Santé (FEES)

  En 2011 l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA) et la Mutualité Française Nord-Pas-de-Calais ont créé le projet Femmes Enceintes Environnement et Santé (FEES). Le but de ce projet est de limiter l’exposition des femmes enceintes et des jeunes enfants aux polluants environnementaux. Trois thématiques ont été particulièrement ciblées : la qualité de l’air intérieur, l’alimentation et les cosmétiques. Pour atteindre ces objectifs, le projet FEES bénéficie principalement du soutien financier de l’ARS Hauts-de-France et du Conseil Régional Hauts-de-France. Il travaille également en partenariat avec de nombreux acteurs locaux tels que les réseaux de périnatalité (Ombrel, Bien naître en Artois, Pauline et le réseau Périnatalité Hainaut), les facultés de Médecine et de Pharmacie, les écoles de Sages-Femmes de Lille, les Ordres Départementaux et l’Ordre Interrégional des Sages-Femmes,… Dans le cadre de ce projet, une formation auprès des professionnels de la santé et de la périnatalité (sages-femmes, puéricultrices, infirmières, médecins) exerçant en milieu hospitalier, libéral et centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI) est proposée afin d’enrichir les connaissances des professionnels et de leur permettre de relayer l’information aux futurs et jeunes parents. Le bilan sur 2012-2016 a montré que plus de 20% des sages-femmes en poste dans la région Nord-Pas-de-Calais étaient formées par le projet FEES. Celui-ci propose également des ateliers d’échanges avec les futurs et jeunes parents : les ateliers « Maman Bébé Environnement et Santé ». Une quarantaine d’ateliers de ce genre ont pu être réalisés depuis 2013, soit environ 245 personnes sensibilisées. Des outils pédagogiques et d’intervention ont été créés et mis à disposition des professionnels mais également du grand public : fiches d’informations, site internet, affiches,…. Enfin des interventions sont également réalisées au sein des deux écoles de sages-femmes de Lille, dans les facultés de Médecine et de Pharmacie et dans l’école de puéricultrices du CHRU de Lille afin d’intégrer ces connaissances au cursus de formation initiale. Progressivement le projet FEES se déploie dans d’autres régions de France, notamment en région Ile-de-France depuis 2014 et en région Centre-Val-de-Loire depuis 2016. Dans la même optique de prévention, d’autres mouvements se sont créés comme, par exemple, Générations Cobayes. Ce mouvement, apparu en 2013, a pour objectifs de sensibiliser les 18-35 ans sur le lien entre pollution environnementale et santé et d’intervenir dans l’élaboration de nouvelles politiques de santé. L’un de leurs principaux atouts est d’utiliser l’humour pour faire passer des messages prévention.

Considération et capacité d’action en santé environnementale

   Après avoir donné la définition de la santé environnementale, nous avons demandé aux femmes ce qu’elles en pensaient. Six d’entre elles n’avaient rien à dire à propos de cela. Coralie ne se sent pas concernée étant donné qu’elle n’en parle pas avec son entourage. Elle pense également qu’il existe très « peu de produits non nocifs ». Ainsi un peu moins de la moitié des femmes se sent concernée par le sujet. Deux d’entre elles trouvent intéressant d’aborder le sujet durant la grossesse. Valentine se dit très inquiète pour l’avenir de son enfant. Elle souhaiterait supprimer tous les produits chimiques mais sait que ce ne sera pas réalisable : « on peut pas toujours tout éviter, c’est pas possible ». Quant à Marielle elle dit ne plus avoir confiance aux produits : « on est jamais vraiment sûr de tout ce qu’ils mettent dedans ». Elle se sent également perdue face à la multitude d’informations qu’elle peut entendre sur le sujet qui sont parfois contradictoires : « à écouter tout ça veut tout et rien dire sur certains points ». Gwendoline pense que la santé environnementale est l’affaire de tout le monde : « tout le monde devrait faire attention il y aurait peut-être moins de problèmes, moins de monde à l’hôpital pour certains problèmes ». Elle considère que la société actuelle joue un rôle très important là-dessus : « c’est aussi la société de consommation qui est là à nous pousser à consommer ». Plus de la moitié des femmes interrogées (n=7) se dit capable d’agir sur les facteurs environnementaux susceptibles d’impacter sur leur santé. Six d’entre elles disent pouvoir limiter ces effets en faisant attention à leur mode de consommation ainsi qu’à leur mode de vie. Quant à Manon elle se voit plutôt agir en changeant un produit qui ne conviendrait pas ou en consultant un médecin si des problèmes apparaissent. Pour quatre autres patientes, leur capacité d’action se retrouve limitée notamment en ce qui concerne la pollution extérieure face à laquelle elles se sentent impuissantes : « on peut rien y faire » (Valentine), « comme on est beaucoup dehors c’est vrai qu’on a beau faire attention mais si la pollution on est dedans bah notre hygiène elle sert à rien en fait » (Lucie), « à notre échelle on est trop petit pour agir sur la pollution » (Marielle), « Si sur des produits toxiques ça si, on peut ne pas les utiliser ou faire attention à l’usage mais à l’extérieur non. Il y a des choses sur lesquelles on peut agir et d’autres où on peut pas agir » (Lilou).

Les limites

   Le nombre d’entretiens n’est pas suffisant pour établir de statistiques ni pour extrapoler nos résultats à l’ensemble de la population cible. De plus, l’étude n’a été menée que dans un seul centre hospitalier. La participation à l’enquête s’est faite sur la base du volontariat de la part des patientes, cela conduit à un biais de sélection. En effet certaines populations, acceptant moins facilement de participer à ce type d’enquête, peuvent être moins représentées dans notre échantillon. A l’inverse, d’autres populations peuvent être davantage représentées, ici plusieurs professionnels du domaine de la santé ont accepté de participer à l’enquête. De plus, l’autorisation des patientes était demandée en salle d’attente des consultations prénatales lors du 3ème et du 4ème mois de grossesse. Ainsi n’ont été interrogées que des patientes ayant un suivi de grossesse dès le début de celle-ci, ce qui participe également au biais de sélection. Les pratiques en santé environnementale ont été recueillies sur la base du déclaratif de la part des patientes. Celles-ci ont pu sous-estimer ou surestimer leurs pratiques en termes de comportement préventif. Les patientes ont été suivies par différents professionnels de santé durant leur grossesse. Les informations délivrées ont pu différer d’un professionnel à un autre. De plus, nous n’avons pas la possibilité de savoir si ces professionnels ont été ou non formés sur le thème de la santé environnementale. Cela peut amener une part d’hétérogénéité qui ne nous permet pas d’aller plus loin dans l’analyse. La mise en place d’un atelier autour de la santé environnementale n’a pu se réaliser au sein de l’établissement. Il aurait été intéressant de pouvoir évaluer l’impact de ce type d’atelier au cours de la grossesse. Dans le but de mettre en évidence l’évolution du rapport à la santé environnementale au cours de la grossesse, il aurait été intéressant d’interroger les femmes avant la grossesse et durant celle-ci. Cependant les moyens impartis n’ont pas permis de rendre réalisable ce type d’étude.

Les points forts

   La réalisation d’entretiens semi-directifs s’est présentée comme la méthode de choix pour cette étude et notamment pour appréhender les représentations. Celle-ci accorde une liberté de parole aux patientes et permet ainsi de recueillir des informations au plus près de la réalité. Le nombre d’entretiens souhaité a été atteint. De plus seulement deux perdus de vue sont à déplorer sur les 13 patientes inclues. Une disparité dans les âges est à noter au sein de l’échantillon. En effet tous les âges sont représentés, allant de 18 à 24 ans avec une moyenne d’âge autour de 21.5 ans. A cela vient s’ajouter le fait que nous ayons pu interroger des primipares mais également des multipares. Tout cela apporte une meilleure représentativité à notre échantillon. Une relation de confiance a pu se créer entre les patientes et moi-même. Celle-ci a été facilitée par les multiples contacts que l’on a pu avoir : les rencontres en salle d’attente des consultations prénatales, la prise de rendez-vous, les échanges de textos, les appels téléphoniques, les entretiens… De plus, le fait d’interroger des patientes ayant le même âge que moi a permis de me sentir plus à l’aise dans les entretiens. Cela semble également avoir été le cas pour les patientes. Le choix du lieu et de la date de l’entretien était laissé à la patiente, ce qui a permis une plus grande disponibilité de leur part et a contribué à les mettre plus à l’aise. D’autre part la possibilité de réaliser l’entretien au domicile permettait de voir les conditions de vie des patientes et de les intégrer dans l’analyse des résultats. La réalisation de deux séries d’entretiens permet d’évaluer l’évolution des représentations et des pratiques au cours de la grossesse. Par ailleurs, un délai suffisamment long a été respecté pour pouvoir mettre en évidence cette évolution. En moyenne 4 mois se sont écoulés entre les deux entretiens avec un minimum de 3 mois respecté. Les entretiens ont duré en moyenne plus de 50 minutes pour la première série d’entretiens et 40 minutes pour la deuxième. Cette durée a permis d’aborder tous les thèmes et de recueillir un maximum d’informations. Les patientes ont pu développer leurs points de vue et poser toutes les questions qu’elles avaient même si celles-ci n’étaient pas en rapport direct avec le sujet. Cela a également contribué à l’instauration d’une relation de confiance.

Un niveau socio-économique hétérogène

   La majorité des patientes a un niveau d’études supérieur au baccalauréat, allant du baccalauréat à bac + 3, et sont actuellement en emploi. Elles ont des emplois stables, quasiment toutes étant sous contrats à durée indéterminée. Nous remarquons cependant que l’emploi et la stabilité de l’emploi sont ici corrélés avec l’âge. En effet la moyenne d’âge des personnes ayant une activité professionnelle s’élève à 22,71 ans contre 20,66 pour celles n’en ayant pas. De plus, le niveau d’études semble également influencer la situation professionnelle : parmi les sept femmes ayant le baccalauréat, cinq ont un emploi. Il est important de noter que trois patientes ont été contraintes de cesser leur activité professionnelle à la découverte de la grossesse, celle-ci étant jugée trop contraignante par les femmes. Toutes les trois étaient sous contrats à durée déterminée quand elles ont arrêté de travailler. Ainsi la grossesse peut avoir un effet non négligeable sur la situation professionnelle d’autant plus si celle-ci est précaire et la grossesse non programmée. Seules deux femmes ont arrêté leur scolarité après le collège et sont actuellement sans activité professionnelle. Aucune des personnes interrogées n’était scolarisée quand la grossesse a débuté. La population interrogée s’éloigne donc en ce point des femmes de la même tranche d’âge des Hauts-de-France où 40,9% d’entre elles sont scolarisées (38). Si l’on met à part les trois personnes ayant cessé leur activité en début de grossesse, trois femmes n’étaient ni en formation ni en emploi. Cette proportion est similaire à celle observée chez les femmes âgées de 18 à 24 ans habitant les Hauts-de-France (28%) (38). La plupart des femmes habite dans un logement qui leur est personnel. Cependant une très grande majorité souhaite déménager. Dans la plupart des cas, ce souhait est apparu avec la grossesse ou a été précipité par celle-ci. La grossesse amène donc un besoin de sécurité du logement. Cependant un déménagement expose à un plus grand nombre de polluants : peinture, poussières, meubles neufs,… Les femmes de notre population sont alors confrontées à un risque d’expositions à des polluants environnementaux plus élevé. De plus, les femmes habitant dans le logement parental voient leur capacité d’action sur leur environnement réduit. En effet, elles ne semblent pas prendre part dans le choix des produits quotidiens ou dans l’entretien du logement. Les deux tiers d’entre elles sont également confrontées, au sein du logement, au tabagisme de leurs parents. En majorité, la situation familiale des personnes interrogées est stable, toutes étant en couple depuis plusieurs années. Pour plus de la moitié d’entre elles la grossesse était un projet au sein de leur couple. Pour celles où la grossesse n’était pas prévue, nous notons une situation professionnelle plus précaire, un âge plus précoce et l’absence d’un logement personnel. Effectivement dans trois cas sur cinq, les femmes sont sans emploi, âgées de moins de 20 ans et habitent dans le logement parental. Pour ces femmes, le besoin de sécurité semble être devenu la principale priorité que ce soit la sécurité de l’emploi ou celle du logement. Nous pouvons ici nous questionner sur l’importance donnée à la santé environnementale vis-à-vis de ces priorités. Ainsi il semblerait que la stabilité et la sécurité au sein du couple soient l’une des conditions premières dans l’adoption de comportements de santé.

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Table des matières

GLOSSAIRE
LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES
INTRODUCTION
PREMIÈRE PARTIE
I. Santé environnementale et périnatalité
1. La santé environnementale : un concept pas si évident
2. La santé environnementale en France : une discipline récente
2.1. Emergence de la santé environnementale
2.2. Plan National Santé Environnement
3. Femmes enceintes et jeunes enfants : une population vulnérable
3.1. Différentes sources d’exposition
3.2. De multiples risques identifiés
3.3. Les origines développementales de la santé (DOHAD)
II. Les femmes âgées de 18 à 24 ans dans le Pas-de-Calais
1. Démographie
2. Formation
3. Emploi et revenus
4. Fécondité
5. Grossesse
III. La prévention en santé environnementale
1. Recommandations internationales et nationales
2. Le projet Femmes Enceintes Environnement et Santé (FEES)
3. Enquête FEES 2015-2017
DEUXIÈME PARTIE
I. Présentation de l’étude 
1. Objectif
2. Axes de recherche
II. Méthodologie
1. Type d’étude
2. Choix de la population
3. Mode de réalisation
III. Présentation des résultats
1. Taux de réponses
2. Caractéristiques des entretiens
3. Caractéristiques de la population
4. Représentations en santé environnementale
5. Comportements en santé environnementale
6. La grossesse et les moyens de prévention
TROISIÈME PARTIE
I. Limites et points forts de l’étude
1. Les limites
2. Les points forts
II. Analyse et Discussion 
1. Contexte socio-économique
2. Les facteurs internes
3. Les facteurs incitatifs
4. Adoption de comportements en santé environnementale
5. Propositions
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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