Conséquences de l’anxiété à l’égard de la santé

Conséquences de l’anxiété à l’égard de la santé

Les comportements parentaux associés à l’anxiété à l’égard de la santé chez l’enfant

L’hypocondrie consiste en une préoccupation centrée sur la crainte ou sur l’idéed’être atteint d’une maladie grave , fondée sur l’interprétation erronée de symptômes physiques ou de manifestations du fonctionnement corporel, persistant malgré un examen médical approfondi et rassurant (American Psychiatric Association, 2003). Dans le DSM-TV, l’hypocondrie est considérée comme un trouble somatoforme. Toutefois, le comité de travail de l’American Psychiatric Association (APA), qui se penche actuellement sur le développement du nouveau DSM, a proposé de créer le diagnostic « anxiété à l’égard de la maladie» (illness anxiety disorder), distinct de l’hypocondrie,
pour la cinquième édition qui paraîtra prochainement. Ce nouveau diagnostic serait plutôt caractérisé par une anxiété importante liée à la possibilité d’être malade, avec peu ou pas de symptômes somatiques associés (APA, 2011). Cette proposition va dans le même sens que les travaux de la plupart des chercheurs intéressés par l’hypocondrie adulte (Langlois, Pelletier, Ladouceur, & Brassard Lapointe, 2005; Salkovskis, 1991 ; Salkovskis, Rimes, Warwick, & Clark, 2002; Salkovskis & Warwick, 1989). En effet, depuis quelques années déjà, certains auteurs suggèrent que le concept « anxiété à l’égard de la santé» serait moins restrictif, car il permettrait de considérer les cas cliniques où l’anticipation de la maladie est plus importante que la conviction d’ être atteint une maladie. Pour toutes ces raisons, le terme « anxiété à l’égard de la santé» sera donc privilégié dans cet article.
Malgré sa prévalence élevée dans la population adulte, Kahana et Feeny (2005) indiquent que la prévalence de l’anxiété à l’égard de la santé n’est pas connue chez les jeunes, malgré le fait que l’on sache que les phobies spécifiques liées à la maladie, au sang ou aux blessures débutent pendant l’enfance (APA, 2003). D’ailleurs, des études ayant comme objet les peurs infantiles révèlent que les enfants ont d’importantes peurs liées à la santé (peur de la mort, peur de ne pas être capable de respirer ou peur de contracter une maladie grave) (Muris, Merckelbach, Gadet, & Moulaert, 2000; Muris, Merckelback, Mayer, & Prins, 2000; Ollendick, Yang, King, Dong, & Akande, 1996). L’anxiété est l’un des problèmes de santé mentale que l’on retrouve le plus fréquemment chez les enfants d’âge scolaire (Bowen, Offord, & Boyle, 1990;Schniering, Hudson, & Rapee, 2000)

Trois grandes dimensions parentales

Depuis les dernières années, le rôle que les parents jouent dans le développement et le maintien de symptômes anxieux chez leurs enfants a fait l’ objet de nombreuses études (Cobham, Dadds, & Spence, 1999; Siqueland, Kendall, & Steinberg, 1996). En effet, les comportements parentaux joueraient un rôle déterminant dans le développement de l’anxiété chez l’enfant (Rapee, 1997). Depuis les années ’90, les études qui se sont intéressées à la relation entre le style parental ou les comportements parentaux et l’anxiété chez l’enfant ont mené à la proposition de trois dimensions parentales distinctes: 1) la chaleur émotionnelle versus le rejet; 2) le contrôle ou la surprotection
versus la valorisation de l’autonomie; et 3) le modeling des comportements anxieux.La chaleur émotionnelle, ou acceptation, réfère à une approche parentale générale caractérisée par une réceptivité et une chaleur interactionnelle (incluant l’acceptation des sentiments et des comportements de l’enfant, l’écoute active, etc.), de même que par une implication émotionnelle et comportementale dans la vie et les activités de l’enfant. Van der Bruggen, Stams, Bogels et Paulussen-Hoogeboom (2010) suggèrent de placer la chaleur émotionnelle au bout d’un continuum décrivant le soutien donné à l’enfant par le parent. À l’autre extrémité du continuum du soutien parental se trouverait l’antithèse de la chaleur émotionnelle: le rejet (ou la critique). Selon Rohner et Rohner (1980), le rejet parental peut e manifester de trois manières distinctes : 1) par un manque de chaleur émotionnelle et d’affection de la part du parent à l’égard de son enfant; 2) par des comportements hostiles et agressifs; ou 3) par de l’inattention ou de la négligence.
Le contrôle excessif, ou surprotection, réfère plutôt à une régulation excessive des activités et de la routine de l’enfant, à une prise de décision parentale autocratique, à de la surprotection ou au fait de dire à l’enfant comment penser ou comment se sentir (Barber, 1996; Steinberg, Elmer, & Mounts, 1989). Ces différentes manifestations du contrôle parental impliquent toutes l’encouragement de la dépendance aux parents, ce qui, hypothétiquement, affecte chez l’enfant sa perception qu ‘ il peut maîtriser son environnement. Un tel manque de maîtrise contribuerait à un niveau élevé d’anxiété de trait en créant chez l’enfant un biais cognitif caractérisé par une perception des événements comme étant hors de son contrôle (Chorpita & Barlow, 1998).
La dernière dimension, le modeling des comportements anxieux, fait référence au fait de montrer à l’ enfant que les problèmes sont dangereux et insolvables, de l’encourager à recourir à des stratégies d’évitement et à voir les problèmes de façon catastrophique et de punir ses stratégies de coping ou de résolution de problèmes (Capps & Ochs, 1995; Whaley, Pinto, & Sigman, 1999). Les enfants de parents qui favorisent fréquemment le modeling de comportements anxieux pourraient en venir à croire qu’ il n’y a aucune façon de résoudre des problèmes efficacement et ne seraient pas enclins à développer de bonnes stratégies de gestion de l’anxiété (Whaley et al., 1999).

Les processus cognitifs impliqués dans l’anxiété à l’égard de la santé chez l’enfant

L’anxiété à l’égard de la santé fait référence aux peurs et aux croyances liées à la santé. Ces peurs/croyances sont basées sur l’interprétation erronée d’un ou de plusieurs symptômes physiologiques comme étant les signes précurseurs d’une maladie grave et elles ont tendance à persister malgré un examen médical approfondi et rassurant. Dans le DSM-IV-TR (American Psychiatrie Association, 2003), deux formes cliniques d’anxiété à l’égard de la santé sont répertoriées: 1) la phobie de la maladie, une phobie spécifique de la catégorie des troubles anxieux, et 2) l’hypocondrie, qui fait partie de la catégorie des troubles somatoformes. Les chercheurs intéressés par l’hypocondrie adulte (Langlois, Pelletier, Ladouceur, & Boucher, 2005; Salkovskis, 1991; Salkovskis, Rimes, Warwick, & Clark, 2002; Salkovskis & Warwick, 1989) constatent les nombreuses similitudes entre ce trouble et les troubles anxieux, notamment au plan des processus cognitifs impliqués (Noyes, 1999).Dans les dernières années, le développement de modèles cognitifs a permis de mieux comprendre l’anxiété à l’égard de la santé chez l’adulte. Par exemple, Salkovskis et Warwick (1986, 2001; Warwick & Salkovskis, 1990) ont développé un modèle cognitivo-comportemental qui suggère que les personnes anxieuses à l’égard de leur santé entretiennent des croyances erronées concernant la prévalence des maladies graves, la signification des sensations physiques et l’évolution et le traitement des maladies. Selon leur modèle, ces croyances sont activées par des situations diverses et entraînent des pensées hypocondriaques amenant la personne à être de plus en plus anxieuse et hypervigilante à tout indice de maladie. Barsky (1992, 2001; Barsky & Klerman, 1983), de son côté, a proposé une approche similaire en mettant l’ accent sur l’idée que les individus anxieux à l’égard de leur santé sont plus sensibles et conscients de leurs sensations physiques et que cette « amplification somatosensorielle» agit comme facteur de risque dans l’hypocondrie. Par la suite, Taylor et Asmundson (2004) ont intégré des facteurs cognitifs (incluant les croyances erronées et la mémoire sélective), des facteurs attentionnels et l’amplification somatosensorielle dans un modèle intégré de l’anxiété à l’ égard de) a santé. Tous ces modèles ont permis l’élaboration de stratégies thérapeutiques efficaces auprès des adultes anxieux à l’égard de leur santé et ce, grâce à l’identification précise des processus cognitifs en jeu dans cette problématique. À ce propos, Langlois, Pelletier, Ladouceur et Brassard-Lapointe (2005) proposent une revue des principaux processus cognitifs impliqués, notamment l’évitement cognitif, la sensibilité à l’anxiété, l’amplification somatosensorielle,l’interprétation erronée des symptômes et l’intolérance à l’incertitude.

Processus cognitifs impliqués dans l’anxiété chez l’enfant

L’amplification somato-sensorielle

Selon Barsky, Wyshak et Klerman (1990), l’amplification somato-sensorielle constitue un processus occupant une place importante dans l’étiologie de l’anxiété à l’égard de la santé chez l’adulte. Elle réfère à la tendance à vivre des sensations somatiques et viscérales comme étant très intenses et dérangeantes (Barsky et al., 1990). Elle implique l’hypervigilance face au corps, la prédisposition à diriger l’attention sur des sensations peu fréquentes et la tendance à évaluer des sensations somatiques comme étant les symptômes d’une maladie ou d’une pathologie plutôt que de normaliser la sensation (Langlois et al., 2005; Robbins & Kirmayer, 1991).

L’intolérance à l’incertitude

L’intolérance à l’incertitude réfère à la tendance excessive à trouver inacceptable la possibilité, si minime soit-elle, qu’un événement négatif se produise (Dugas, Gosselin, & Ladouceur, 2001). La vie étant source d’ambiguïté et d’ imprévisibilité, les personnes qui sont intolérantes à l’incertitude ont tendance à percevoir un plus grand nombre de menaces et le domaine de la maladie ne fait pas exception (Langlois et al., 2005).L’intolérance à l’incertitude joue un rôle très important dans la formation et le maintien d’inquiétudes excessives et incontrôlables chez l’adulte (Dugas, Gagnon, & Ladouceur,1998). Selon une étude menée auprès d’élèves de niveau collégial, l’intolérance à l’incertude constituerait un modérateur de la relation entre les évaluations de santé catastrophiques et l’anxiété à l’égard de la santé (Fergus & Valentiner, 2011). La maladie fait partie des éventualités de la vie. Or, l’adulte souffrant d’anxiété à l’égard de la santé ne tolèrerait pas l’idée de ne pouvoir totalement contrôler les variables associées à la santé. Tout symptôme ambigu constitue donc une expérience humaine intolérable.L’intolérance à l’ incertitude amènerait l’individu anxieux à l’égard de sa santé à focaliser son attention sur des symptômes physiologiques pour lesquels d’autres personnes n’accordent pas d’importance (Langlois et al., 2005)

L’interprétation erronée des symptômes

l’interprétation erronée des symptômes constitue la tendance à interpréter les sensations somatiques comme étant les symptômes d’une maladie ou d’une pathologie plutôt que de normaliser la sensation (Robbins & Kirmayer, 1991). Selon Barsky et al.(1990), elle jouerait un rôle important dans l’étiologie de l’hypocondrie chez l’adulte.Une étude de Macleod, Haynes et Sensky (1998) montre même que l’anxiété et l’ hypocondrie se distinguent en fonction du type d’interprétation que les patients font de leurs sensations physiques. Dans leur étude, 32 femmes et 15 hommes, répartis à l’ intérieur de trois groupes (hypocondriaques, anxieux et non-anxieux) ont complété divers questionnaires, dont le questionnaire Symptom Interpretation Questionnaire (SIQ; Robbins & Kirmayer, 1991). les résultats de l’étude montrent que les anxieux en général ont tendance à faire une interprétation davantage psychologique de leurs symptômes physiques, comparativement aux hypocondriaques qui ont plutôt tendance à faire une interprétation somatique de leurs symptômes (MacLeod et al., 1998).

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Table des matières

Sommaire
Liste des tableaux
Remerciements
Introduction
Anxiété à l’égard de la santé et hypocondrie: une classification diagnostique controversée
Troubles anxieux et anxiété à l’égard de la santé
Au-delà des ressemblances: la distinction entre l’hypocondrie / l’anxiété à l’égard de la santé et les troubles anxieux
Conséquences de l’anxiété à l’égard de la santé
Les facteurs associés à l’anxiété à l’égard de la santé chez l’ enfant
Rôle des cumportements parentaux dans l’anxiété à l’ égard de la santé
Anxiété à l’égard de la santé et style d’attachement
Inquiétude et développement cognitifde l’enfant
L’ anticipation du futur
Le raisonnement abstrait et l’ élaboration d’ hypothèses
Source des peurs chez l’ enfant
Acquisition de la compréhension du concept de maladie
Processus cognitifs impliqués dans l’ anxiété générale et dans l’anxiété à l’ égard de la santé chez l’enfant
L’amplification somato-sensorielle et l’interprétation erronée des symptômes
L’évitement cognitif
La sensibilité à l’anxiété
La recherche de réassurance
L’intolérance à l’ incertitude
Présentation des deux article
Chapitre 1. Les comportements parentaux associés à l’anxiété à l’égard de la santé chez l’enfant
Sommaire
Introduction
Trois grandes dimensions parentales
Études menées auprès des enfants
Méthode
Participants et déroulement
Instruments de mesure
Enfants
L’échelle d’attitudes à l’égard de la maladie chez l’enfant (CIAS-fr) .
Egna Minnen Betrliffander Uppfostran for Children – Revised (EMBU-CR)
Parents
Questionnaire démographique et de santé de l’enfant
L’Inventaire d’Anxiété face à la Santé (lAS) – version courte
Egna Minnen Betrliffander Uppfostran for Parents (EMBU-PR)
Résultats
Analyses préliminaires de fiabilité
EMBU-CR
EMBU-PR
Analyses statistiques
Liens entre l’ anxiété à l’ égard de la santé, l’âge et le sexe des enfants
Analyse des différences de perception des comportements parentaux
Différences entre les garçons et les filles dans la perception des comportements de leurs parents
Différences de perception entre les parents et les enfants en ce qui a trait aux corn portements parentaux
Analyses principales
Prédiction de l’anxiété à l’égard de la santé de l’ enfant à partir de sa perception des comportements de ses parents
Analyse de l’interaction entre le sexe de l’enfant et les comportements parentaux
Relation entre les comportements parentaux perçus par les parents eux-mêmes et l’anxiété à l’égard de la santé chez l’enfant
Discussion
Références
Chapitre 2. Les processus cognitifs impliqués dans l’anxiété à l’égard de la santé chez l’enfant
Sommaire
Introduction
Processus cognitifs impliqués dans l’anxiété chez l’enfant
L’amplification somato-sensorielle
L’évitement cognitif
L’ intolérance à l’ incertitude
La sensibilité à l’anxiété
L’interprétation erronée des symptômes
L’attitude négative face aux problèmes
Objectif
Méthode
Participants et déroulement
Instruments de mesure
Mesure complétée par les parents
Questionnaire démographique et de santé de l’enfant
Mesures complétées par les enfants
L’échelle d’attitudes à l’égard de la maladie chez l’enfant(CIAS-fr)
Child Anxiety Sensitivity Index (CASI)
Questionnaire d’Interprétation des Symptômes – enfants (QIS-enfants)
L’échelle d’Amplification Somato-Sensorielle pour enfants (ASS-enfants)
Questionnaire des Cognitions reliées à l’Anxiété Généralisée (CAG)
Résultats
Analyses préliminaires de fiabilité
Analyses statistiques principales
Liens entre l’âge et l’anxiété à l’égard de la santé
Liens entre certaines variables sociodémographiques et l’anxiété à l’égard de la santé
Différences entre les garçons et les filles quant à l’anxiété à l’égard de la santé et aux processus  cognitifs
Analyse de l’interaction entre le sexe de l’enfant et les processus cognitifs
Prédiction de l’anxiété à l’égard de la santé de l’enfant à partir des processus cognitifs
Discussion
Références
Discussion générale
Résumé de la première étude
Résumé de la deuxième étude
Retombées possibles des études présentées
Forces et limites des études présentées et recommandations pour les recherches futures
Conclusion
Références
Appendice A. Formulaire de consentement des participants
Appendice B. Cahier-questionnaires de l’enfant
Appendice C. Cahier-questionnaires du parent

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