Conception de la recherche d’une intuition à la mise en problématique 

IMPACT DE LA NOUVELLE GESTION PUBLIQUE UNE RÉPONSE À LA CRISE DU SECTEUR PUBLIC ?

Sous l’impulsion des gouvernements néolibéraux et de l’inspiration des théories du capital humain, le secteur marchand, et aujourd’hui le secteur public, sont traversés par la doctrine de la nouvelle gestion publique (DE GAULEJAC, 2011, p. 143). Elle transfère dans le secteur public des principes et outils de gestion empruntés au secteur marchand et entraine une réorganisation entre les secteurs économique, social et politique. Ces nouveaux préceptes néolibéraux cultivent l’idée d’une performance productive, de rationalisation et d’efficience. Ils insufflent une pensée managériale et comptable dans le domaine des administrations publiques et risque de remettre en question leur fonctionnement, missions et buts (GIAUQUE, 2006, p. 41).
Pour faire face à la crise des finances publiques et aux critiques faites à l’Etat providence, l’administration publique en Suisse est en cours de transformation depuis plusieurs années. «Des vagues successives – pour ne pas dire des modes – de modernisation du service public visent, de manière récurrente mais selon des préceptes renouvelés, à transformer les structures de l’appareil administratif, ses processus internes et la culture de ses agents » (DE VISSCHER, VARONE, 2004, p.177). De façon plus précise, RIST (2006) démontre que le secteur social suisse est soumis à des restructurations profondes qui découlent de la nouvelle gestion publique en visant à rendre ces institutions plus efficaces et plus efficientes. La raison principale de ces restructurations tient aux mesures d’économie imposées par l’aggravation des déficits publics. Les principes de la nouvelle gestion publique visent l’efficience et l’efficacité du système publique selon des critères essentiellement financiers et économiques qui peuvent se retrouver en porte-à-faux avec certaines valeurs du travail social.
Les principes de la nouvelle gestion publique mettent l’accent sur les résultats et les effets de l’action publique ; de la sorte, ils contribuent à une transformation de la logique des moyens, cultivée jusque-là dans le secteur social et qui valorisait la même offre pour tous, et ce, sans discrimination. De plus, ils s’accompagnent de mesures d’évaluation visant à rendre lisible le travail effectué ; RIST met en évidence que les évaluations pour mesurer l’efficacité des dispositifs sont fondées sur des critères qui privilégient le quantitatif au détriment de la qualité ou d’indicateurs plus sensibles. De plus, elles reposent sur certains standards faisant de la norme un idéal qu’il faut atteindre et entrainant un nivellement des prestations vers le bas. En effet, selon cet auteur, l’action sociale est traversée par des normes abstraites pour chaque prestation en fonction d’un « usager type » et imaginaire ; elle ne peut donc plus développer des moyens individualisés à chaque situation. En outre, les principes de la nouvelle gestion publique introduisent la mise en concurrence des institutions par le mandat de prestations, obligeant ainsi la production de résultats quantifiables par le biais des outils de la comptabilité analytique d’exploitation. RIST souligne que l’action sociale devrait être du ressort de l’Etat, pourtant elle recourt de plus en plus au bénévolat, ce qui risque d’entrainer la déprofessionnalisation des métiers du social. En bref, ce contexte provoque de nombreuses interrogations, y compris sur les coûts engendrés par les mesures de la nouvelle gestion publique qui ne sont pas calculés pour vérifier si cette dernière permet réellement de satisfaire les objectifs financiers et de produire les économies espérées.

DES PRATIQUES BOUSCULÉES

La nouvelle gestion publique entraine une réorganisation entre les secteurs économique, social et politique. « Depuis une décennie, la mouvance de la Nouvelle Gestion Publique constitue indéniablement le paradigme dominant en matière de transformation de l’Etat » (DE VISSCHER, VARONE, 2004, p. 177). Dans son analyse de l’administration fédérale suisse et canadienne, GIAUQUE (2006) montre que les réformes telles que celle de la nouvelle gestion publique engendrent des contradictions dans l’organisation du travail : de nouvelles possibilités s’ouvrent, mais, en même temps, de nouvelles contraintes apparaissent. Elles sont alimentées par des mécanismes de contrôle et de mise en conformité. Son enquête a analysé la perception que se font les acteurs des changements auxquels ils participent et qu’ils subissent tout à la fois. L’auteur tire la conclusion que les nouvelles valeurs et normes propres à la nouvelle gestion publique modifient les conditions de travail au sein des administrations publiques et prennent en otage les agents de la fonction publique dans des contradictions importantes.
Cette étude est citée dans le dernier ouvrage de DE GAULEJAC (2011) qui corrobore ces constats : des professionnels sont pris dans les contradictions entre une logique gestionnaire et une logique professionnelle ; ils vivent au coeur d’injonctions paradoxales qui précarisent les conditions subjectives de travail et rendant leurs situations professionnelles très difficiles, voire douloureuses (DE GAULEJAC, 2011, p. 39).
Les conséquences de la nouvelle gestion publique sur le secteur social sont importantes. Des changements structurels bousculent les pratiques, ceci parfois au détriment des valeurs du travail social, « les agents publics intériorisent les nouvelles normes et valeurs managériales car ils sont obligés d’utiliser des principes et des outils de gestion issus principalement du monde de la gestion privée » (GIAUQUE, 2006, p. 50). Les programmes de la nouvelle gestion publique risquent d’engager l’économie d’une réflexion pourtant fondamentale sur les enjeux de société et le rôle du secteur social dans la production et le maintien du lien collectif. Dès lors, pour reprendre les termes de CHAUVIÈRE (2007, p. 203), la promotion d’une hypergestion dans les structures spécialisées en travail social induit « l’adoption inconsciente d’un langage gestionnaire, concurrentiel et financier, bien au-delà des nécessités ». Il poursuit son analyse dans son dernier ouvrage montrant que c’est l’intelligence du social en acte qui est mise en danger (CHAUVIÈRE, 2011). En effet, la sectorisation et le morcellement des dispositifs sociaux entraînent une perte de légitimité du social ce qui appauvrit la cohérence et l’intelligibilité du système politique.
Le sujet est donc sérieux et préoccupant. Si différents auteurs ont analysé l’impact de ces réformes sur les agents de la fonction publique, les études actuelles se penchent moins sur le vécu des directeurs et directrices d’institutions qui, partisans ou non de ces nouvelles logiques, restent impliqués de façon incontournable dans ce processus. Le chapitre suivant propose une analyse de l’évolution des principales réformes légales dans le domaine institutionnel du handicap fribourgeois. Il met en relief l’importance des changements contextuels dans ce domaine pour mieux saisir l’influence qu’ils exercent sur les pratiques de direction et les modes de régulation institutionnelle.

SITUATION PARTICULIÈRE DE FRIBOURG

Au niveau du canton de Fribourg, les transformations induites par la nouvelle gestion publique sont visibles dans le domaine du handicap. Dans ce champ spécifique, les institutions spécialisées fribourgeoises reposent sur des législations cantonales et communales en application de directives légales fédérales. Ces bases légales fixent, à la fois, les modalités de financements publics des institutions spécialisées, le contexte de mise en place des prestations à l’attention de la personne handicapée, les droits des personnes en situation de handicap ainsi que les obligations et les mesures incitatives à leur égard. Ces fondements légaux sont multiples et complexes ; ils subissent des modifications en fonction de l’évolution des besoins et ressources de la société.
Les modifications en cours ces dernières années sont nombreuses dans ce domaine. Les révisions de l’assurance-invalidité se multiplient dans le but clairement affirmé de réduire les dépenses engendrées par cette assurance. La réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons – RPT – entraine non seulement une réorganisation complète dans les principes de financement et de répartition des tâches entre les différentes entités publiques, mais encore, elle entraine la révision de multiples bases légales dans le secteur social notamment. Au travers de ce contexte en mutation, des changements importants s’opèrent dans le domaine du handicap, changements qui laissent présager de nouvelles formes d’injonctions au sein d’organismes publics ou reconnus d’utilité publique.

LA CANTONALISATION DU FINANCEMENT PAR LA RPT

La RPT10 prévoit depuis le 1er janvier 2008 que les compétences de financement dans le domaine de la prise en charge des personnes en situation de handicap résidantes en institutions spécialisées, passent de la Confédération aux cantons. A l’entrée en vigueur de la RPT, et ce pour une période transitoire minimale de 3 ans, le canton de Fribourg, tout comme les autres cantons de Suisse, est tenu d’assurer les prestations financées jusqu’alors par la Confédération. Ce délai lui a permis d’élaborer des mesures transitoires demandées et nécessaires pour réaliser ses nouvelles tâches.
Les prestations collectives à l’attention des personnes en situation de handicap étaient précédemment assumées par l’Office fédéral des assurances sociales – OFAS – en l’application de l’art. 73 de la Loi fédérale sur l’assurance-invalidité11 – LAI -. La Confédération allouait des subventions pour la construction et l’exploitation de homes et d’ateliers protégés accueillant des personnes en situation de handicap ; les cantons contribuaient aux frais d’exploitation des institutions spécialisées par le financement de l’excédent des charges d’exploitation. Depuis le 1er janvier 2008, ces prestations sont de la responsabilité de chaque canton, ce qui engendre des changements importants dans la conduite de la politique cantonale fribourgeoise à l’attention des personnes en situation de handicap. Un petit détour historique semble nécessaire pour préciser le contexte général de cette réforme.
C’est en 1959 que la péréquation financière prend juridiquement forme dans notre pays12. Elle a permis de redéfinir la distribution des finances fédérales en fonction de la capacité financière de chaque canton. Elle regroupe diverses mesures servant à équilibrer les ressources financières entre les différents niveaux politiques, à savoir d’une part entre la Confédération et les cantons et, d’autre part, entre les cantons et les communes. En 1994, un projet de réforme de la péréquation financière est lancé par le Département fédéral des finances. « Ce projet de réforme, d’une importance considérable sur les plans politique et financier, vise à améliorer l’efficacité, l’efficience et les structures d’incitation du système fédéral » (BONNACI, 2007, p. 243). La RPT redéfinit la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons dans de nombreux domaines, notamment dans le secteur social. Le projet est basé sur cinq mécanismes ; deux sont liés aux finances publiques (la péréquation des ressources visant à rétablir l’équilibre entre les cantons et la compensation des charges pour les cantons) et trois autres aux tâches publiques (l’attribution des tâches, la rationalisation des tâches communes et le renforcement des coopérations intercantonales).
Un principe régulateur est affirmé : la Confédération donne l’impulsion stratégique alors que les cantons sont autonomes dans la conception et l’exécution des tâches.
En 2004, par l’acceptation de l’arrêté fédéral concernant la réforme de la péréquation financière, le peuple suisse et les cantons approuvent la base constitutionnelle de la RPT. Depuis, de nombreux changements s’opèrent dans le secteur social, comme dans dix autres groupes de tâches. Les conséquences de la réforme se jouent aux niveaux organisationnel, financier et politique. En effet, certaines tâches sont désenchevêtrées, d’autres sont déléguées à la responsabilité des cantons ou de la Confédération et réciproquement ; finalement, de nouvelles modalités de collaboration sont renforcées au niveau inter-cantonal.
Dans le secteur social, on peut relever des modifications sur différents plans14, notamment dans le cadre des prestations de l’assurance-invalidité. En effet, les prestations individuelles de l’AI deviennent de la seule compétence de la Confédération, les cantons ne co-financent plus les dépenses annuelles de l’assurance. Dans le cadre du désenchevêtrement des tâches, la formation scolaire spéciale devient de la compétence unique des cantons, alors que les mesures de réadaptation professionnelle demeurent de la compétence de l’AI. La RPT supprime les subventions aux organismes de formation pour les professionnels du secteur social. Finalement, l’aide aux personnes handicapées est désenchevêtrée ; la Confédération continue de subventionner les organisations privées d’aide aux personnes handicapées pour leurs activités à l’échelle nationale, alors que les cantons soutiennent les activités à l’échelle cantonale et communale. Le canton est compétent pour l’octroi de subventions à la construction et à l’exploitation des homes, des ateliers protégés et des centres de jour.
Ainsi, par la RPT, les cantons acquièrent l’entière responsabilité financière et technique des domaines institutionnels, des domaines partiellement institutionnels, des accueils à demeure prolongé ou momentané, de l’accueil de jeunes et d’adultes dans un centre de jour, ainsi que de l’emploi de jeunes et d’adultes dans un atelier protégé accueillant des personnes handicapées. L’enjeu restant clairement de pouvoir améliorer l’efficacité, l’efficience du système public.
Pour mieux comprendre les enjeux de cette réforme, voici une illustration qui détaille le processus induit par la RPT au niveau des institutions en faveur de la personne handicapée adulte dans le canton de Fribourg15. Avant l’entrée en vigueur de la RPT, l’OFAS subventionnait les institutions sociales du canton de Fribourg. Conformément aux directives légales cantonales16, le déficit d’exploitation était divisé entre l’Etat de Fribourg et les communes. Dans le domaine des prestataires au service la personne adulte handicapée, la Direction de la santé et des affaires sociales – DSAS – était compétente pour reconnaître les institutions et délivrer les autorisations d’exploitation. Pour ce faire, l’institution devait répondre à un besoin reconnu et remplir les conditions de la législation fédérale en ce qui concerne le droit aux subventions. La DSAS exerçait dès lors la surveillance de ces institutions via le Service de la Prévoyance sociale – SPS.
La RPT apporte des changements importants dans ces articulations. Depuis son entrée en vigueur, les cantons sont compétents en matière de pilotage, de planification, de surveillance et de financement des institutions pour personnes adultes handicapées. Afin de définir les principes qui soutiennent la mise en oeuvre de la RPT dans le domaine du handicap adulte, le canton de Fribourg, conformément à l’art. 197, chiffre 4 de la Constitution fédérale et à l’art. 10 de la loi fédérale sur les institutions destinées à promouvoir l’intégration des personnes invalides – LIPPI -, a élaboré un plan stratégique18. Ce dernier a été soumis au Conseil fédéral (conseillé par une commission spécialisée pour approbation).
Le plan stratégique fribourgeois pour la promotion de l’intégration des personnes en situation de handicap a pour but de définir les principes qui soutiennent la mise en oeuvre de la RPT dans le domaine du handicap adulte. Ce plan stratégique est fortement déterminé par la LIPPI qui définit l’accès à une institution spécialisée comme un droit. Mais encore, un enjeu crucial de ce plan est de respecter les exigences que lui impose la loi fribourgeoise du 17 novembre 1999 sur les subventions citée précédemment. Dans ce contexte, les institutions spécialisées doivent notamment atteindre leurs objectifs de manière économique et efficace et répondre à des tâches d’intérêt public.

CONCEPTION DE LA RECHERCHE D’UNE INTUITION À LA MISE EN PROBLÉMATIQUE

Comme présenté en introduction de ce travail, cette étude prend naissance dans une intuition ancrée dans ma pratique professionnelle. Par la suite, elle s’est complexifiée par un processus confirmant l’intérêt et la portée de mes interrogations au niveau communautaire. C’est ainsi que l’objet d’étude s’est affiné et qu’un cadre de recherche s’est progressivement construit au travers d’une esquisse méthodologique : elle définit succinctement l’objet d’étude et élabore les objectifs attendus et espérés de cette démarche. Cette esquisse a été soumise à un intervenant de la formation en Direction et stratégie d’institution éducatives, sociales et socio-sanitaires, sollicité à cette occasion pour accompagner et superviser la réalisation du processus en qualité de Directeur du travail de master postgrade. Monsieur Jean-Louis KORPES a trouvé un intérêt à cette thématique d’étude et a accepté la proposition de collaboration. C’est sous cette forme que l’esquisse méthodologique a été validée par le Comité pédagogique du MAS HES-SO DSIS. Elle a constitué la première étape pour lancer le processus d’étude et mettre en évidence les intérêts de la thématique de recherche.
Par la suite, un travail d’affinage et de mise en problématique avec le Directeur du travail de master postgrade a été produit pour appuyer la portée épistémologique de la thématique et construire un objet d’étude scientifique. Cette étape a mobilisé une énergie importante, car gardant une inscription dans la problématique de par mon activité professionnelle, j’ai traversé une phase de « prudence intellectuelle » où j’éprouvais des difficultés à ouvrir la compréhension de l’objet d’étude à un niveau épistémologique, car je restais otage d’un vécu professionnel difficile. Cette prudence intellectuelle provient également du fait qu’il n’est pas aisé de changer de fonction pour endosser provisoirement un statut de chercheur alors que le quotidien professionnel m’emploie dans une fonction professionnelle devant répondre à des attentes de performance qui se situent ailleurs que sur le champ qualitatif et nuancé de la production scientifique. Les stratégies constructives d’accompagnement de mon Directeur du travail de master postgrade ont porté ses fruits. Grâce à son aide, nous avons déconstruit les enjeux de cette position clivée pour reconstruire la thématique dans un objet d’étude scientifique, accompagnée d’une méthodologie de travail visant à atteindre les objectifs souhaités. Au terme de cette phase, je me sentais complètement disponible à découvrir les réalités du terrain telles qu’elles sont perçues et vécues par les directeurs et directrices en fonction.
Après ce travail sur ma posture en qualité de chercheure, la priorité a été de dessiner plus finement les contours scientifiques de l’objet d’étude. Le cadre de la recherche a mis en évidence la double tension dans laquelle se trouve le directeur ou la directrice en poste dans un contexte en changement et a permis de formuler une question de départ visant à comprendre la perception, le vécu et les stratégies du directeur pour faire face aux phénomènes concurrents, « comment le directeur en poste perçoit-il les changements contraints du contexte, comment les vit-il et comment y répond-il ? ». Cette question de recherche a permis d’une part de délimiter le champ d’investigations et, d’autre part, d’insuffler l’énergie nécessaire pour encourager le processus de recherche sur une certaine durée.
En parallèle, la recherche documentaire qui vient d’être présentée en première partie de cet écrit a été menée. Elle enrichit le processus par l’analyse de l’évolution des principaux textes législatifs. En effet, jusqu’alors, les ouvrages théoriques mobilisés portaient davantage sur la situation en Europe et en France principalement. Partant d’une étude qui mobilise de façon importante le contexte en mutation dans lequel s’inscrit une institution, une analyse des réformes légales territoriales a été élaborée. Décision a alors été prise de concentrer l’étude à la situation des directeurs et directrices en poste dans une institution pour personnes en situation de handicap au niveau du canton de Fribourg. En effet, la constitution suisse fait qu’il existe de telles disparités et spécificités cantonales, que la recherche aurait été complexifiée inutilement si elle avait dû articuler différents contextes régionaux. Cette recherche documentaire théorique et législative a donc permis d’appréhender, comprendre et approfondir les changements en lien avec les dernières réformes de l’assurance-invalidité et de la RPT. Différentes lectures d’articles et d’ouvrages d’auteurs suisses enrichissent également cette analyse.

LES HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

Avant d’entamer la rencontre directe avec les partenaires du terrain, des hypothèses explicatives et des lignes directrices de la recherche ont été élaborées. Elles permettent d’anticiper les données qui vont jaillir du terrain et mettre en relief différents enjeux qui semblent a priori pertinents pour expliquer la double tension. Elles endossent néanmoins un statut très éphémère étant donné qu’elles sont invitées à subir une nécessaire transformation tout au long de la confrontation avec le terrain.
En effet, la thèse a pris forme au fur et à mesure que les données du terrain ont permis d’expliquer la double tension. L’enjeu du cadre de la recherche a été de pouvoir anticiper sur une esquisse de réponse et de la voir se transformer par l’expérimentation du terrain. C’est ainsi que ces hypothèses ont servi le processus compréhensif de découverte au travers du recueil des données, sans l’enfermer.

UNE MÉTHODE SUR MESURE

Lorsque les points cités précédemment ont été posés et clarifiés, il a été possible d’affiner la méthode de recueil de données. Vu les attentes espérées de cette étude, il paraissait indispensable que la méthode mobilisée permette d’établir un lien direct avec les directeurs en poste. Du coup, cette étude repose sur le choix d’une méthodologie qualitative par le biais d’une enquête de terrain par entretien individuel. Pour ce faire, l’enquête privilégie des entretiens semi-dirigés et soutenus par une guideline souple présentant d’une part le principe de confidentialité ainsi que les modalités pratiques de la rencontre, puis proposant une brève entame mettant en scène la tension et invitant le directeur à construire son discours et dévoiler sa construction. Quelques repères issus des hypothèses de travail ont servi à relancer la discussion et à garder le cap de l’étude. Il s’agit d’une méthode peu sécurisante puisque le recueil des données se joue davantage dans les interactions du moment présent. Néanmoins, cette souplesse a été nécessaire pour ouvrir complètement la compréhension du terrain.
La phase de conception de la recherche a été conséquente en termes de temps investi. Essentielle, elle a permis de baliser le chemin à parcourir durant l’enquête de terrain et l’analyse pour ne pas risquer de se perdre en route ; risque réel au vue du phénomène d’amplification des données lorsqu’elles émanent du terrain. Ainsi, ce projet de recherche permet de mettre du sens à une intuition, de construire l’objet scientifique, d’élaborer des lignes directrices ainsi qu’une méthode de travail pour préparer la rencontre avec les directeurs et directrices en post.

LA PRISE DE CONTACT AVEC LES PARTENAIRES

Se lancer à la rencontre du terrain, c’est tout d’abord identifier et solliciter les personnes qui répondent aux caractéristiques pré-établies par le cadre de la recherche. Dans le cadre de cette étude, la sélection des partenaires s’est faite assez librement. En effet, le style d’enquête et les objectifs de cette étude ne visaient pas à obtenir une représentativité dans les données recueillies, mais à entrer dans la construction de la réalité par ces partenaires et de bénéficier de leurs expériences dans la fonction de direction. Du coup, un échantillon de partenaires a été établi avec mon Directeur du travail de master postgrade pour rencontrer des directeurs et directrices d’institutions fribourgeoises oeuvrant dans le domaine du handicap. Etant donné que dans mon quotidien professionnel, je suis en contact régulier avec certains de ces partenaires, j’ai choisi, dans la mesure du possible, de rencontrer des personnes avec lesquelles je n’avais pas échangé au préalable sur le sujet de la recherche. Finalement, quatre directeurs et directrices d’institution ont été sollicité-e-s pour prendre part à cette étude et toutes et tous ont accepté la proposition de collaboration.
Cette méthode d’entretien a déclenché une dynamique constructive permettant de me placer en position d’observatrice, engagée, de façon privilégiée, dans la découverte de la construction de la réalité du directeur ou de la directrice qui fait face à la situation de tension ; il ou elle me dévoilait ses expériences de direction, son système de valeurs, ses stratégies concrètes, ses croyances et doutes. Accompagnée d’un dictaphone enregistrant l’intégralité des rencontres, j’ai pu adopter une posture d’écoute souple et soutenue dans l’interaction, me permettant de vivre les entretiens dans l’intensité du moment présent pour pouvoir profiter de chaque aspect, réinterroger des idées, confronter les contradictions, relancer vers des approfondissements ou les lignes directrices anticipées par le projet de recherche.
Ces rencontres ont été placées sous le signe de la générosité. Les directeurs et les directrices rencontré-e-s ont accepté de livrer la complexité de leurs situations, d’approfondir et me faire partager l’analyse de leur situation et de leur posture. Par la démarche de recherche, ils ont su confier à la fois certaines expériences de direction prospères et d’autres plus critiques. Je suis ressortie très touchée de ces entretiens qui, par leur intensité et qualité, témoignent d’une posture de confiance et de bienveillance des directeurs et directrices à l’égard d’une personne fascinée par la fonction de direction. En même temps, ma démarche semble aussi avoir été appréciée par les directeurs et directrices ; plusieurs m’ont confié être surpris en bien de ma sollicitation à leur égard, dans le sens que c’est plutôt rare qu’on demande à ce type de partenaires de se raconter, « j’ai du plaisir à raconter ce qu’on fait. Car c’est rare qu’on ait l’occasion de raconter ce que l’on fait ! »
(ARRIALE, p. 16, 736)27. Ces partenaires m’ont enseigné bien plus que ce qui a pu être retranscrit dans le cadre de cet écrit. C’est reconnaissante de leur accueil et impatiente de pouvoir revivre et approfondir ces rencontres au travers de la phase d’analyse que j’ai pris congé de ces partenaires pour travailler sur l’analyse des données.
Ces entretiens ont été intégralement retranscrits28 par une personne de confiance et dotée d’une précieuse capacité d’endurance et de ténacité. Un travail indispensable pour garantir l’adéquation de ma posture dans la recherche en mettant en transparence les données recueillies. De plus, grâce à ces retranscriptions, les entretiens ont pu être partagés avec le Directeur du travail de master postgrade qui les a entièrement supervisés et avec lequel nous avons pu composer une analyse enrichie. Finalement, les retranscriptions ont permis d’appuyer l’analyse des données en mettant à plat les données et en les structurant pour soutenir leur exploration.

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Table des matières

RÉSUMÉ
LISTE DES ABRÉVIATIONS
INTRODUCTION 
PREMIÈRE PARTIE – LA CONSTRUCTION D’UN COUPLE À TROIS CONTINGENCE DU TRAVAIL SOCIAL 
LE TRAVAIL SOCIAL AU COEUR D’ENJEUX CONTRADICTOIRES
DES NOCES DE COTON AUX NOCES DE DIAMANT
IMPACTS DE LA NOUVELLE GESTION PUBLIQUE
UNE RÉPONSE À LA CRISE DU SECTEUR PUBLIC ?
DES PRATIQUES BOUSCULÉES
SITUATION PARTICULIÈRE DE FRIBOURG
LA CANTONALISATION DU FINANCEMENT PAR LA RPT
L’ACCÉLÉRATION DES RÉFORMES DE L’ASSURANCE-INVALIDITÉ
DEUXIÈME PARTIE – LA MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE 
CONCEPTION DE LA RECHERCHE D’UNE INTUITION À LA MISE EN PROBLÉMATIQUE
LES HYPOTHÈSES DE TRAVAIL
UNE MÉTHODE SUR MESURE
RECUEIL DES DONNÉES
LA PRISE DE CONTACT AVEC LES PARTENAIRES
LA PRÉSENTATION DES PARTENAIRES
LE DÉROULEMENT DES INTERVIEWS
ANALYSE DU CONTENU
L’ANALYSE HORIZONTALE
L’ANALYSE VERTICALE ET PRODUCTION D’UNE THÈSE
LE CADRE DE LA RECHERCHE SE DÉPLACE
TROISIÈME PARTIE – L’ÉLABORATION DES STRATÉGIES 
COMPLEXITÉ DES NIVEAUX DE CHANGEMENT
LA RPT ET NOUVEAUX MODES DE RÉGULATION
LES NOUVEAUX PARADIGMES CULTURELS
LA RÉVISION DE L’AI ET PENSÉE COMPTABLE
LA STRATIFICATION DES MÉTIERS DU SOCIAL
IMPACTS DE LA LOGIQUE GESTIONNAIRE SUR LA PRATIQUE DE DIRECTION
LES POLITIQUES SOCIALES SÉLECTIVES
UNE EXIGENCE DE RÉSULTATS ET RISQUE DE STANDARDISATION
LA LOGIQUE DE LA CONCURRENCE
MOBILISER L’INNOVATION
S’INSCRIRE DANS LE MOUVEMENT, MAIS
PARTICIPER AU CHANGEMENT
EXPLOITER LE CHANGEMENT
CONDUIRE LE CHANGEMENT
STRATÉGIES CO-EXISTANTES
QUATRIÈME PARTIE – UNE FIGURE INATTENDUE 
TRAVERSER SUR LE FIL EN TENSION
REPOUSSER LE COMPROMIS
S’AIDER DU BALANCIER
INTERROGER LA SOLITUDE RELATIVE DU DIRECTEUR
INSCRIRE LE CHANGEMENT AU NIVEAU DE L’ORGANISATION
CONCLUSIONS – LÉGITIMER LE TRAVAIL SOCIAL 
DÉCLARATION 
ANNEXE 
BIBLIOGRAPHIE

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