Comment l’enseignant peut atténuer ces préjugés en amenant les élèves à une prise de conscience de ceux-ci

Comment l’enseignant peut atténuer ces préjugés en amenant les élèves à une prise de conscience de ceux-ci

L’enseignant de l’école primaire est responsable de sa classe dans laquelle il assure l’unité de vie indispensable à une cohérence de l’enseignement civique. L’éducation à la citoyenneté peut aussi être identifiée à la morale, à l’éthique, aux valeurs. Cet enseignement concerne l’élève sous ses deux aspects de personne et de citoyen comme l’appuie Monique Flonneau. Il occupe une place originale dans la formation et ne saurait être limitée à un champ disciplinaire spécifique. Polyvalent, le professeur est à même d’exploiter à tout moment la transversalité des thèmes, ce qui en renforce l’impact sur les enfants. C’est à l’école de faire acquérir ces notions et faire émerger les valeurs de la République dans la conscience et l’esprit des enfants en passant par des débats et des activités faites en classe ou à l’occasion du déroulement des différentes séquences disciplinaires. Pour les jeunes enfants, l’enseignement civique est avant tout socialisation, éducation à un comportement responsable et éducation au respect des autres. La gestion au quotidien, dans la continuité et la cohérence, des situations de classe facilite l’acquisition de comportements civiques chez l’enfant.
L’éducation antidiscriminatoire, résumé par C. Preissing et P. Wagner, est consciente des préjugés, et exige que nous fassions tout ce qu’il est possible pour les contrer : identifier ceux présents dans la société, les siens et les effets qu’ils peuvent avoir dans la vie d’une personne.
Ce travail ne devrait plus être perçu comme quelque chose de particulier dans l’éducation des enfants mais plutôt comme une étape normale.
Pour que les enseignants fassent un travail pédagogique sur les préjugés afin de les détecter puis les détruire, il faut d’abord observer l’enfant, identifier les situations significatives dans son présent comme dans son futur. Ce travail doit partir de situations de vie sociale et culturelle des enfants et de leurs familles et non de notions d’apprentissage et/ou des disciplines thématiques programmées. Les situations de vie sociale et culturelle sont des fragments de la réalité sociale. Il faut comprendre quelle importance une situation peut avoir pour les enfants, quel lien elle a par rapport à leurs expériences et opinions et quelles possibilités d’action et de développement ils auront sur elle. Il s’agit non pas de commencer par conformer les enfants, mais bien de faire connaître et réfléchir, pour ensuite les faire adhérer aux valeurs proposées.

Le dépistage des préjugés chez les enfants

Dans toutes les disciplines

L’éducation passe tout d’abord par des valeurs simples de la vie quotidienne en contraignant l’élève à respecter un certain nombre de valeurs et de principes comme la politesse, la tolérance vis-à-vis de ceux qui sont différents ou ne pensent pas comme nous, l’interdiction de voler, de mentir, le choix de faire le bien et non le mal et ensuite expliquer pourquoi. Il s’agit d’initier, par un travail de réflexion sur le comportement de chacun, par l’apprentissage de la vie en collectivité, par des actes concrets et des actions de citoyenneté , aux principes de la vie démocratique et les institutions.
La familiarisation avec les langues étrangères, la découverte du monde, la journée de l’Europe le 9 mai, et les projets culturels font découvrir d’autres cultures. Le regard que l’autre porte sur notre quotidien (jeux, nourriture, rythmes de vie) aide à relativiser nos habitudes et à reconnaître les valeurs humaines fondamentales. Par là, nous formons aussi les enfants à devenir citoyens européens. Quant aux autres pays nous pouvons amener à la notion de droit et faire comprendre que certains pays n’ont pas les mêmes droits que nous. Toujours en découverte du monde, dans le domaine scientifique, l’éducation à la santé et à l’environnement peut, dès l’école, faciliter un pouvoir de prévention sur son propre corps. En effet, le respect c’est d’abord se respecter soi-même avant tout, souligne Monique Flonneau.
Comprendre que se soigner c’est prendre soin de sa santé mais aussi éviter que l’infection se propage, participe d’autre part pleinement à l’éducation du citoyen responsable. L’école se doit également de prévenir le racisme. Une première approche de l’étude de la diversité biologique des hommes conduit au constat que le concept de race n’a pas de sens. La réflexion scientifique peut ainsi contribuer à fonder le respect de l’autre. Se questionner lors de l’étude du corps humain sur certains handicaps physiques ou mentaux, pour comprendre leurs origines possibles et leurs conséquences sur la vie de l’individu, participe à l’acceptation de la différence et facilite l’insertion sociale d’élèves handicapés. De plus, les séances de motricité mobilisent des aptitudes, des attitudes et des comportements qui participent à l’éducation de l’enfant en tant que personne et en tant que membre d’un groupe solidaire.
Elles favorisent aussi la réflexion sur les valeurs morales fondamentales telles que le respect des autres, la solidarité entre les hommes, l’acceptation de l’autre dans ses différences. Elles permettent aussi l’intégration au sein de la classe et font comprendre les règles de la vie de groupe. Dès l’école maternelle, les activités physiques participent à la construction de l’identité de la personne. Cette même auteure insiste sur le fait que sans la connaissance de soi, toutes les relations personnelles et collectives sont causes de conflits et de douleur. Par les activités motrices, l’enfant prend conscience de ses possibilités et de ses limites. Cette connaissance passe par l’appropriation de son corps (découverte, compréhension, acceptation). L’activité corporelle se conçoit donc bien comme un premier niveau de formation où l’enfant rencontre les valeurs morales et sociales. Elle favorise des comportements autonomes qui sont la responsabilité, la maitrise de soi, l’engagement, l’acceptation de ses propres limites. C’est alors un premier pas vers la reconnaissance que l’autre peut ressentir les mêmes difficultés et que l’on peut s’entraider pour les surmonter.
Avec les jeux collectifs, les enfants doivent apprendre à vivre avec les autres, à partager dans l’échec comme dans la victoire. Ils reconnaissent que les aptitudes de chacun ne sont pas les mêmes mais que l’on peut trouver plaisir à répartir les rôles dans une équipe, à participer dans la complémentarité. Faire preuve de retenue, de modération, respecter le contrat collectif et coopérer, sont les principales valeurs à mettre en avant.
Exemple de non prise en compte de la complémentarité avec des plus grands :
Dans la classe de Maud Tallet en CE1, une élève a des difficultés pour courir. Lorsque les élèves doivent constituer des équipes elle n’est jamais choisie. Or, Maud dit qu’elle est appliquée et qu’elle fait des passes de balle très précises.
Les élèves ne s’occupent pas de ce genre d’avantage. Ils ne regardent que les signes extérieurs qui se repèrent plus facilement que la capacité de bien lancer une balle par exemple. Les enseignants doivent faire ressortir les points forts de chaque enfant pour les valoriser mais aussi pour déconstruire leurs préjugés. On doit enseigner aux élèves à passer outre les aspects physiques des autres et apprendre à connaître la personne dans son intégralité, sa globalité.
Lors de mon stage en GS, l’enseignant titulaire, Nicolas Murzeau a proposé une activité graphique aux élèves en les laissant choisir le portrait avec lequel ils voulaient travailler : une femme ou deux hommes sont proposés. Les filles ont toutes pris le portrait de Marylin Monroe et ont colorié les cheveux de la femme en rose. Peut-être que c’est le hasard et qu’une des filles a commencé comme ça donc les autres ont suivi. Néanmoins, le fait est que les filles ont pris un portrait féminin et que les garçons un portrait masculin surement par identification au sexe. Pour ce qui est de la couleur, on s’aperçoit là encore qu’inconsciemment dans les esprits des enfants certaines couleurs sont attribuées à un sexe particulier. (cf. annexe de cette activité) C’est aussi ce qui est ressorti lors d’un débat sur « pourquoi je préfère être une fille ou pourquoi je préfère être un garçon ».

Par des ateliers de pratique réflexive

Le débat à l’école doit aborder des sujets en accord avec les finalités de l’institution scolaire : activité, autonomie et responsabilisation des élèves, futurs citoyens , repris dans le rapport Peillon sur L’enseignement de la morale laïque. Chacun à droit à la parole, cette parole doit être argumentée ou doit faire l’objet d’une tentative d’argumentation selon le niveau de la classe. Il est primordial de rappeler l’interdiction de se moquer des autres.
L’enseignant est lui-même soumis à ces règles même s’il ne doit pas laisser dire « tout et n’importe quoi ». Il doit permettre aux élèves de prendre du recul sur ce qu’ils disent. Cette exigence permet la construction de l’autonomie intellectuelle chez l’élève. L’enseignant a la volonté de développer le sens critique et la capacité de compréhension des valeurs sociales chez l’enfant, à partir de l’activité de pratique réflexive, pour l’aider à bâtir une citoyenneté responsable et réfléchie. Ainsi, pour les auteurs d’Apprendre à débattre, l’enseignant « organise les conditions intellectuelles de l’échange » pour garantir les principes d’un débat respectueux de chacun. Au cycle 1 : « il s’agit pour l’enfant d’apprendre peu à peu à échanger, écouter, parler chacun son tour ». L’apprentissage s’appuie clairement sur le vécu de l’enfant. Cette réflexion porte sur les règles de vie à l’école, des éléments de régulation de la vie en collectivité et des notions ou des valeurs comme la vie, le respect de l’autre, la prise de conscience du danger, la protection de la nature, l’amitié […]. C’est un moyen d’acquisition du savoir-être et des savoir-faire réflexifs dans le domaine du «vivre-ensemble».
Au cycle 2, il s’agit d’accepter le point de vue de l’autre, comprendre les règles de vie en collectivité et leur nécessité, appréhender les droits de l’individu responsable, les interdictions, les devoirs et les obligations. Les symboles de la France et de la République pourront faire l’objet de discussion pour comprendre leur origine. C’est aussi la continuité du « vivre ensemble » du cycle 1 : apprentissage de la vie en société dans la perspective du travail au cycle 3. C’est un véritable moment de transition entre la construction de la personnalité dans son individualité et son intégration dans une communauté scolaire puis mondiale.
Le débat ouvert en tant que « philosophique » peut être considéré comme un prolongement vers le monde adulte. Chaque découverte de thème ouvre sur les points de vue d’autres individus avec des approches différentes, d’autres souffrances et d’autres plaisirs, qui s’expriment différemment et qui sont des possibilités à repenser nos propres opinions et préjugés, nos étiquetages et nos projets personnels. Les élèves doivent accepter le risque de se laisser convaincre eux-mêmes sans réussir à convaincre l’autre. Ces mêmes auteurs affirment qu’il faut bousculer les valeurs des élèves dans le sens que nous voulons. L’important est surtout de faire douter les élèves, ainsi les idées restent plus longtemps dans leur tête et c’est mieux que d’essayer de les faire changer d’avis (Ce qui est très difficile en tant qu’enseignant). Mais d’abord il est nécessaire de diagnostiquer les valeurs qu’ils ont pour ensuite essayer de les modifier en les amenant à réfléchir sur certains points. L’enseignant doit repérer dans l’expression, même approximative, des élèves des éléments conceptuels, problématiques et argumentatifs. Ainsi, lors des débats les enseignants peuvent détecter les préjugés de leurs élèves pour y remédier ensuite. Exemple de préjugés ressortis lors d’un débat sur les personnes handicapées (cf. retranscription des débats effectués en classe).

Comment contrecarrer les préjugés dans nos pratiques pédagogiques

On peut dire que l’égalité est liée à la possibilité que chacun puisse trouver une place qui le satisfasse au sein de la société en partant de compétences personnelles qui doivent être considérées comme ayant la même valeur « valant autant » que celles de ses concitoyens.
Ceci vaut aussi au sein de la classe et de l’école.

Une attitude favorable, la reconnaissance

Le dialogue, l’explicitation et la justification des sanctions, peuvent inciter les enfants à établir des normes en système de valeurs stable et cohérent, mais aussi l’intérioriser, c’est-à dire l’accepter après réflexion. Il faut ainsi encourager les enseignants à adopter une attitude compréhensive qui s’adresse au jugement et à l’entendement autant qu’aux résultats et aux conséquences, dès qu’apparaissent chez les enfants des capacités d’abstraction et d’inférence. Nous devons avoir la capacité d’impulser et d’entretenir le dialogue concernant la discrimination et les préjugés, car c’est leur mode d’intervention active. Aussi, il s’agit de reconnaître et de répertorier avec les élèves les idées préconçues les plus répandues, et d’en analyser les origines et les conséquences en stimulant la réflexion critique des enfants sur ces thèmes et développer avec eux un langage permettant de discuter de ce qui est juste ou injuste afin de les combattre. P. Wagner précise que la démarche pédagogique doit insister surtout sur la dignité de l’être humain. C’est un travail indispensable dans toutes sociétés, que ces discriminations soient institutionnalisées ou individuelles. Ce sont les capacités cognitives grandissantes des enfants qui leur permettent de considérer des images et des comportements stéréotypés ou discriminatoires comme injustes ou erronés. Il faut nécessairement passer par un processus de prise de conscience pour qu’il y ait une éducation antidiscriminatoire. De plus, l’auteure indique que nous devons aussi encourager les enfants à s’opposer activement et ensemble contre des comportements d’uniformisation ou discriminatoires, dirigés contre eux mêmes ou contre les autres. Quand ils sont discriminés, ils ont besoin de soutien de la part de l’adulte. Ils doivent pouvoir trouver les mots et exprimer ce qu’ils ressentent quand on se moque d’eux ou quand on les exclut. Ce n’est que de cette manière qu’ils pourront reconnaître et refuser un comportement injuste envers les autres. Lors d’une discussion, il ne faut pas accuser l’élève, car les sentiments de culpabilité empêchent l’action. Si on ne parle pas avec les enfants de la discrimination, qu’elle soit vécue de façon directe ou indirecte, alors on exclut ce domaine de leur expérience de vie. L’enseignant doit être attentif à ce que personne ne soit exclu. Celui-ci doit être critique envers les discriminations et les préjugés dans l’école.
Il doit, dans certaines situations, prendre position contre les stéréotypes. C’est un rôle important et exigeant pour les enseignants. Pour cela, ils doivent connaître les préjugés et les discriminations qui existent dans la société et se refuser à les ignorer ou les justifier. En effet, la rencontre égalitaire des élèves dans les écoles ne peut se faire que par la bonne volonté car les élèves ne sont pas égaux. Être à l’écoute de l’enfant, communiquer avec lui et rester ferme face aux valeurs ne sont nullement incompatibles.
Selon Petra Wagner, l’inégalité sociale et la discrimination influencent tous les enfants, mais de façon différente : non seulement du fait de leur perception individuelle, mais aussi du statut social de leurs groupes d’appartenance. Il faut leur faire prendre conscience de leur appartenance à un groupe à travers leurs signes distinctifs extérieurs et sociaux. L’exigence d’un regard différencié sur chaque enfant s’impose. Chacun a besoin d’attention et de reconnaissance afin qu’il puisse mettre en évidence ses forces et ses capacités spécifiques. En cela, tous les enfants se ressemblent. Mais une observation individuelle est indispensable, car aucun enfant n’est pareil à l’autre ; les traiter tous de la même façon signifierait qu’ils sont identiques et qu’ils ont tous les mêmes conditions de vie. Il est donc nécessaire d’appréhender et de rendre visible dans la classe les éléments de la culture familiale (habitudes, traditions, et perspectives) de chaque enfant. Il s’agit de transmettre une image concrète et non déformée d’eux-mêmes et des autres et de l’opposer à d’éventuelles informations erronées. Les professeurs doivent discuter de ces différences avec les élèves, afin de comprendre comment ces différences sont appréhendées et ainsi appréhender l’objet de jugements de valeur.
Attention, certains enseignants peuvent tomber dans le piège en niant les particularités sous prétexte d’égalité en ayant surement l’intention de ne vouloir exclure aucun enfant. Pourtant, cela veut dire non seulement ignorer les différences existantes, mais aussi ne pas prendre en compte les situations de vie concrètes de certains enfants. Or, il est primordial de montrer à chaque enfant toutes les différences qu’il y a entre les gens d’une même société afin de pouvoir vivre mieux ensemble, s’accepter, s’entraider, mais aussi s’écouter les uns les autres.
Pour l’auteure, le maître a la responsabilité de montrer aux enfants que les particularités et les différences sont respectées et qu’il n’existe pas une hiérarchie d’idées normalisées. Les caractéristiques individuelles sont valorisées. L’enseignant doit être en capacité de les reconnaître pour chaque enfant, notamment quand il s’agit d’un enfant appartenant à un groupe social discriminé dans la société. Un comportement égalitaire dans des situations d’inégalités sociales conduit inévitablement vers le maintien ou même la fabrication des injustices. De plus en les niant, nous renforçons l’impression que l’on valorise les familles plus aisées et que l’on dévalorise ou ignore les minorités considérées comme anormales. Il faut miser sur l’encouragement : les enfants sont confortés dans leur identité et dans ce qu’ils apportent. Ils perçoivent le respect et la reconnaissance dont bénéficient leur famille et leur culture familiale et peuvent dès lors établir un lien entre eux-mêmes et l’école comme étant un environnement où ils pourront apprendre quelque chose. Ils deviennent actifs, prennent confiance en eux et participent aux activités du groupe. La familiarité de l’environnement les encourage à suivre leur curiosité et leur goût de la découverte. Ils s’ouvrent à la nouveauté et font la connaissance de personnes différentes d’eux-mêmes et de leur entourage de référence.
Cette activité stimule leur développement cognitif et langagier. Elle leur permet d’acquérir des compétences pour interagir avec les différences, compétences dont ils ont besoin pour reconnaître et se défendre contre les injustices et les discriminations. Aussi, les premières rencontrent avec les poèmes, récitations, musiques, danses, théâtres et réalisations artistiques sont le début d’un éveil culturel et donc d’une certaine aptitude à l’ouverture d’esprit.

Acquérir la notion de respect

La discrimination est un thème délicat. On prétend souvent que celle-ci n’a pas d’effet dans la vie des jeunes enfants et on suppose qu’elle n’existe pas au sein de l’école. Nombreux sont les enseignants qui mettent en doute la nécessité d’un travail sur ce thème avec les enfants. Certains craignent de confronter les enfants avant l’heure à cette question difficile et se demandent si le fait d’en parler trop tôt n’engendrerait justement pas de leur part des comportements discriminatoires. Pourtant, comme le précisent les auteures Wagner et Preissing, les résultats de recherches montrent que les enfants ressentent et souffrent de la discrimination et qu’ils se comportent aussi de façon discriminatoire. Pour qu’un enseignant se rende compte que c’est une réalité dans son propre groupe d’enfants, il lui faut analyser sa classe du point de vue des discriminations directes et indirectes et développer des stratégies pour l’étudier.
Dans la première partie, nous parlions de la catégorisation. Celle-ci peut conduire à l’intolérance qui est le refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances, d’opinions différentes des siennes pouvant aboutir à de la discrimination. Celle-ci est un comportement négatif à l’égard des membres vis-à-vis duquel nous entretenons des préjugés, pourtant ceux ci ont des droits. Puis, les enfants doivent réussir à généraliser les situations vues en classe pour appliquer les valeurs de la République dans leur vie de tous les jours.

Connaître ses droits, les défendre, savoir que certains actes sont répréhensibles par la loi

Dans toutes les sociétés, l’éducation a pour mission de favoriser chez les jeunes l’acquisition de savoirs et de comportements utiles, voire indispensables pour vivre dans la collectivité. Cette préparation à la vie d’adulte concerne à la fois « l’être individuel » et « l’être social » » défini par le sociologue Emile Dürkheim. En catégorisant, les distributions inégales des ressources vont être justifiées. Elles expliquent, aussi bien au niveau de la société qu’au niveau de l’environnement proche, pourquoi certaines personnes font certaines choses, et pas d’autres, pourquoi untel reçoit quelque chose et untel non. L’individu seul n’a pas la capacité de se distinguer : il sera jugé avec l’ensemble du groupe. Que les uns soient jugés, et que les autres justifient par ce jugement leurs injustices est le grand danger des préjugés. En fonction de ce qu’un préjugé suscite en nous (dégoût, peur, honte de côtoyer la personne visée), nous y répondons par une réaction : l’évitement, le mépris, les moqueries, l’agressivité verbale ou physique. Sans nous en rendre compte, notre comportement change, il révèle ce que nous pensons de l’autre, et nous glissons petit à petit du préjugé à l’acte discriminatoire. Le fait qu’on ait une idée préconçue influence notre comportement, aussi imperceptible soit-il, confirme les auteurs de jeunes violences écoute. On se conduit différemment avec une personne, et progressivement cette attitude s’installe et devient habituelle. On se croit libre de faire ce qu’on veut (saluer ou pas), mais en réalité, on est prisonnier de notre propre préjugé. Puisqu’on est convaincu que notre attitude est normale, on s’autorise à être insultant et à tenir des discours discriminatoires. C’est très blessant pour la personne qui subit, car cela lui donne le sentiment de ne pas exister pour l’autre. Le stigmatiseur se construit sur ce mépris, ça devient un trait de caractère, qui facilite des passages à l’acte punis par la loi. Les stéréotypes et les préjugés sont une source d’inégalités et de déni d’accès au droit. Ils ont un double impact : ils sont souvent intériorisés par les personnes atteintes et sont sources d’autocensure. Puis, les acteurs légitiment les traitements différents en se basant sur des attributs qu’ils prêtent à une catégorie de personnes comme on la vu plus haut. Le Défenseur des droits, conscient que la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité nécessite un travail de déconstruction des stéréotypes, s’engage dans une démarche de prévention qui débute dès le plus jeune âge. La discrimination est une remise en question du principe d’égalité. C’est une distinction injuste, fondée sur des critères prohibés par la loi, entre deux personnes placées dans une situation comparable. La Loi, dans son article 225-1 du code pénal, considère comme discriminant « toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » . Déjà dès 1990, dans son article 1er , la Loi Gayssot stipule que « toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite ».

Le développement moral : passer de l’exemple à la pensée générale

Le développement moral est la capacité croissante de l’enfant à se mettre à la place des autres et la capacité d’imaginer une situation (quelqu’un dans une situation X ressent un sentiment Y). La morale au sens strict se distingue de l’éthique, du respect du droit et celui des traditions : c’est l’obéissance à une norme absolue. C’est agir en vertu d’une raison supérieure à toute considération sociale et juridique. En ce qui concerne la notion de développement, celle-ci a évolué depuis Piaget et Vygotski. En effet, les chercheurs en psychologie essayent d’améliorer ce concept afin de mieux contrôler les préjugés, les comportements ainsi que les possibilités d’apprendre et d’agir. Selon la théorie du néopiagétien, Juan Pascual-Leone, résumé par Catherine Tourette, le fonctionnement de la cognition, mais aussi les croyances initiales ainsi que le système de valeurs et d’action interne à la personne sont des facteurs de développement ; c’est le processus d’acquisition du savoir.
Pour lui, les représentations qui permettent de ressentir et d’agir s’inscrivent dans notre corps.
Il organise le développement moral et cognitif, et en est la base de son expression. Le développement moral est donc indissociable du développement anatomique et physiologique.
C’est pourquoi les enfants pourront de mieux en mieux détecter leurs propres préjugés et ceux des autres. Plus ils vont grandir plus ils seront aptes à adopter un comportement moral. Cette capacité, au sens de William Damon, est possible si le sujet est capable de prendre en compte la souffrance et les valeurs des autres et/ou les représentations que son entourage peut avoir de la loi. Pour les enfants, il s’agirait de la prise en compte du règlement au sein de l’école. Ce développement moral aide l’élève dans le sens de la justice. En tant qu’enseignant, nous devons entrainer les élèves à imaginer ce qu’autrui peut penser.
De plus, selon Kant, l’élève doit faire interagir progressivement des valeurs selon deux points de vue correspondant aux deux types de jugement qui doivent être exercés. D’abord, un point de vue théorique : faire connaître les valeurs et réfléchir sur celles -ci pour développer un jugement par lequel on passe de l’universel au particulier, de la règle au principe d’action en s’interrogeant sur les modalités d’application des valeurs dans une situation particulière. Il faut ensuite travailler le point de vue pratique : s’exercer à l’action morale. Le jugement est celui par lequel on passe du particulier à l’universel : il convient de considérer avec les enfants des situations concrètes et des actions particulières à partir desquelles réfléchir. Ainsi, l’élève exercé à juger en pratique et en théorie est censé savoir peu à peu agir librement et moralement. L’éducation ne doit pas viser une obéissance passive à des principes extérieurs, mais permettre à l’élève de s’approprier des valeurs afin de les mettre quotidiennement en pratique de façon réfléchie. L’égalité ne se conçoit qu’à partir de l’acceptation de l’existence de différences entre les individus. Il ne s’agit pas de nier les différences mais plutôt de concevoir l’égalité à partir de leur prise en compte. Le fondement de l’égalité se trouve dans la complémentarité des individus, les élèves doivent prendre conscience peu à peu de la nécessité que chacun soit intégré et pris en compte positivement dans le groupe classe pour parvenir à se construire ensemble. Si cette notion est comprise et appliquée par les élèves, peut-être y aura-t-il une répercussion dans la société de demain ? Comme le souligne Petra Wagner, il s’agit de considérer l’enfant comme acteur de son développement et de la construction de sa personnalité. Nous devons leur proposer des situations dans lesquelles ils pourront s’approprier le monde activement et de façon indépendante. Les liens sociaux engendrent les processus de développement et provoquent des changements individuels comme collectifs. Ce lien social doit être fondé sur la reconnaissance de chacun comme égal participant à la vie publique. Il faut donc, dans la classe, organiser des situations adaptées à la construction de ce lien social. Le travail en groupe autonome dans lequel les élèves discutent ensemble et où chacun peut dire ce qu’il pense, peut leur faire comprendre que personne n’est inutile et que l’on vit mieux dans une relation de complémentarité avec les autres. Il est nécessaire que les élèves s’ouvrent aux autres pour se construire avec et par les autres en profitant des erreurs et des réussites de chacun. Le débat permet aussi d’élargir le champ de réflexion des élèves en passant d’un cas particulier au cas général, de définir les règles et leurs limites dans un cadre universel. Il est nécessaire de ne pas faire ces débats dans le seul but de transmettre aux élèves un système de valeurs donné, mais plutôt de leur faire prendre conscience que la société est en perpétuelle évolution. Ces débats doivent toujours faire sens pour les élèves, ils doivent être capable d’établir des correspondances, de passer du concret à l’abstrait et inversement. En fait, ils définissent et interprètent les situations de vie en coconstruction avec les autres et évoluent dans leur développement moral. Ils peuvent alors mieux respecter cette différence parce qu’ils l’auront comprise.

Conclusion

L’appropriation individuelle de la stigmatisation passe par un apprentissage social des réactions affectives envers la différence. Les préjugés ont souvent un caractère accusatoire qui peut avoir des conséquences inquiétantes. Les jeunes peuvent être très conformistes au sein de leur groupe de pairs. Ainsi, un stéréotype peut se propager très facilement, amenant les jeunes à avoir des préjugés et se comporter de manière discriminatoire à l’égard d’un autre. Le pas entre le stéréotype, le préjugé et la discrimination peut être vite franchi et on assiste parfois dans certains établissements scolaires à des phénomènes de harcèlement avec désignation d’un bouc émissaire étiqueté comme différent (différence sociale, ethnique, physique…).
L’important est d’être attentif à la rigueur pour échapper aux préjugés. Or nous avons vu que dès cinq ans, les enfants en sont déjà imprégnés. En posant des questions simples, on peut leur faire voir la fragilité de leurs jugements sans leur en imposer d’autres et leur montrer qu’ils peuvent raisonner. Les manuels d’Education Civique de 5è (Hatier, Magnard …) commencent tous par l’égalité sous des formes distinctes : « Des êtres humains, une seule humanité » / « Différents mais égaux » et abordent la notion de préjugés. Ainsi, il s’agit d’amener les élèves, dès l’école primaire, à reconnaître et détecter les préjugés pour leur permettre de se confronter à la diversité humaine et ainsi reconnaître l’altérité favorisant l’égalité républicaine. L’apprentissage de la citoyenneté passe par la construction de la personnalité. C’est avant tout un travail de prise de conscience, un ensemble de choix d’attitudes et de comportements librement consentis parce que compris et expérimentés pendant l’enfance. L’éducation à la morale serait à envisager comme une sorte de tension dynamique entre d’une part, la volonté de tout dire et d’autre part, l’impossibilité de dire l’essentiel. L’éducation civique enseignée à l’école concerne l’apprentissage de la vie en société, dans la France contemporaine qui se définit comme une république et une démocratie.
L’objectif est d’obtenir que chacun s’épanouisse en développant ses qualités personnelles et en participant à la vie sociale. Elle invite à la responsabilité, c’est une éducation à la liberté. Il s’agit d’apprendre à vivre ensemble dans un respect mutuel pour le bien-être de tous.
L’enseignant doit accepter la liberté de l’élève d’adhérer ou non et s’engage par son comportement autant que par son discours. Tout ce travail ne peut se faire sur des moments détachés, c’est un travail sur l’année et sur toute la scolarité, reprenant à chaque fois ce qui est dit lors des débats ou des conflits précédents.
Lors de cette séquence, j’ai effectivement constaté qu’un travail de décentration de soi-même est nécessaire et difficile pour certains élèves de grande section. Au cours des séances, les enfants étaient enthousiastes et avaient envie de poursuivre cet enseignement. En majorité, leurs représentations entre le début et la fin de la séquence ont évolué. Certains, pourtant actifs dans le débat, ont compris le handicap, mais n’arrivent pas encore à accepter le fait qu’une personne handicapée peut faire des choses comme les personnes valides.

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Table des matières
Introduction 
I- Les préjugés 
A- Définition
B- L’institution scolaire et les enseignants : porteurs de préjugés qu’ils véhiculent bien souvent malgré eux
C- Les enfants : porteurs de préjugés pourtant utiles à la construction de l’image de soi et de son identité sociale
II- Comment l’enseignant peut atténuer ces préjugés en amenant les élèves à une prise de conscience de ceux-ci
A- Le dépistage des préjugés chez les enfants
B- Comment contrecarrer les préjugés dans nos pratiques pédagogiques
III- Acquérir la notion de respect 
A- Connaître ses droits, les défendre, savoir que certains actes sont répréhensibles par la loi
B- Le développement moral : passer de l’exemple à la pensée générale
Conclusion 
Bibliographie 
Annexe 1 : Plan de séquence
Annexe 2 : Déroulement des séances
Annexe 3 : Les fiches de préparations
La séance 1
La séance 2
La séance 3 :
Les séances 4 et 5
Annexe 4 : Séance pour détecter les préjugés des enfants
La fiche de préparation
Annexe 5 : Retranscription des débats
Débat 1 : Qu’est-ce que le handicap ?
Débat 2 : Est-ce qu’une personne handicapée peut faire du sport
Débat 3 : C’est (ce n’est pas) agréable d’être une fille parce que…/ c’est (ce n’est pas) agréable d’être un garçon parce que…
Annexe 6 : Photos du parcours de motricité
Annexe 7 : Photos du « cap ou pas cap »
Annexe 8 : Photos des affiches

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