Caractériser les technologies web : entre déterminisme technologique et institutionnel

Nombre de papiers scientifiques en SI prennent les artefacts technologiques pour acquis ou ne les questionnent pas, considérant que leur définition n’est pas problématique (Orlikowski et al. 2001). Nous nous démarquons de cette posture car nous considérons que définir les technologies web permet de mettre en évidence des spécificités qui ne peuvent être ignorées si l’on cherche à comprendre la diffusion de ces technologies.

Comme pour tout objet technique, il est en fait nécessaire de distinguer nettement « la technologie comme artefact (…) constituée par l’ensemble des propriétés matérielles et symboliques reconnues dans l’organisation, et, d’autre part, la technologie telle qu’elle est utilisée (…), c’est-à-dire ce que les gens font réellement avec les artefacts technologiques dans des pratiques récurrentes et situées » (Vaast 2003a, p. 96-97). Nous présenterons ces deux aspects l’un après l’autre. Nous commencerons par définir les technologies web en décrivant l’artefact technique, puis nous étudierons les usages. Enfin, nous situerons ces technologies au regard des autres innovations technologiques.

Comment définir les technologies web ? 

Le Web est « un système pourvu de normes universellement acceptées pour le stockage, la récupération, la mise en forme et l’affichage des informations au moyen d’une architecture client/serveur » (Laudon et Laudon, 2001, p. 387). Derrière cette définition assez simple se cache deux caractéristiques essentielles : d’une part le web n’est pas une technologie mais un système technologique complexe (Kogut, p.8) au sens où il est composé de plusieurs soussystèmes (infrastructure physique, terminaux et serveurs, logiciels, accords techniques) et d’autre part, certaines de ces technologies sont totalement transparentes pour les utilisateurs.

Il faut donc bien distinguer ce qui relève des composantes techniques et ce qui relève des fonctionnalités apportées par le système technologique.

Définition par les composantes techniques 

Principes généraux 

Le web repose sur trois concepts fondamentaux : l’URL (Uniform Ressource Locator) qui permet d’adresser des documents n’importe où sur Internet, le protocole HTTP (Hyper Text Transfer Protocol) qui permet l’échange des documents et le langage HTML (Hyper Text Markup Language) qui permet la présentation des documents .

Pour stocker et afficher des documents et plus largement des informations, il est nécessaire de produire des pages web. Un ensemble de pages web reliées par des liens entre elles et résidant à la même URL forme un site web. Dans la pratique, plusieurs éléments techniques sont nécessaires pour qu’un site web existe ; en voici les principaux :

– Serveurs web frontaux (IIS, Apache, etc.)
– Serveurs d’application (utilisations de langages : PHP, ASP, C++, etc.)
– Systèmes de Gestion de Bases de Données (SGDB : MySQL, Oracle, SQL Server)
– Réseau de stockage
– Optimisation des flux, etc.

Plate-formes et suites logicielles 

Il faut signaler l’existence de plate-formes pour la gestion du back-office, ainsi que des suites logicielles pour la création de contenu :

Gestion du back-office :
– LAMP : Linux / Apache / MySQL / PHP ;
– Microsoft : Windows / IIS / SQL Server / ASP.Net ;
– Sun : Solaris / SunOne / Java.

Edition de contenu :
– Macromedia (Flash, Fireworks, Dreamweaver) ;
– Adobe
(Livemotion, Photoshop, Golive) ;
– Microsoft (Photo Editor, FrontPage).

Ces notions ne doivent pas laisser penser qu’il n’est pas possible d’utiliser, par exemple, un outil comme Dreamweaver avec en complément Photoshop. Si certaines technologies sont standards (Dreamweaver, Photoshop, Flash, etc.) la situation est tout de même plus complexe que celle du choix d’un système d’exploitation. La diversité des solutions proposées est grande et surtout, en fonction de la complexité du site, le nombre d’outils mobilisés a tendance à être croissant. Le problème du choix réside alors dans l’adoption d’un ensemble de produits cohérents qui permettront de mettre en place une solution adaptée.

Site web statique et site web dynamique

Enfin, il est nécessaire de distinguer les sites statiques des sites dynamiques. Grâce à l’évolution des solutions techniques (apparition de nouveaux langages comme le PHP ou le XML), il est possible de réaliser des sites où « le contenu et la présentation des pages web peuvent être gérés indépendamment » . Ces changements facilitent la séparation entre les problématiques contenu et contenant. Si les sites dynamiques connaissent un succès grandissant les sites statiques peuvent être pertinents pour des utilisateurs plus novices et peu expérimentés .

Définir par les usages : expliciter des technologies « ouvertes » et « équivoques » 

Les usages ont fortement évolué dans le temps, au fur et à mesure de la diffusion et de la maturation des technologies et ils se sont révélés très variés d’un contexte à l’autre. Un site web n’a pas d’usage défini a priori, imposé par la technologie.

Nous ne proposons pas une histoire du web. Nous n’avons pas recueilli les données nécessaires pour le faire et cela serait une forme de reconstruction historique qui irait, d’une certaine façon, à l’encontre de notre objectif. En effet, dire l’histoire objective c’est aussi nier les représentations subjectives, variées, voire contradictoires des acteurs. Or, notre propos est de montrer comment ces représentations ont conduit à construire in situ des histoires du web plutôt qu’une Histoire du web. Cette prise en compte du contexte à un niveau micro ne doit cependant pas occulter la représentation, telle qu’elle est objectivée, par les journalistes ou encore les auteurs d’ouvrages à destination des praticiens. Cette vision plus macro doit être gardée à l’esprit car elle a une influence sur les solutions mises en place au sein des organisations, comme nous le verrons par la suite.

Nous décomposons l’histoire du web en cinq périodes. Ce découpage est nécessairement arbitraire mais encore une fois, notre propos n’est pas de faire un travail d’historien. Notre volonté est plutôt de souligner les grandes configurations du web telle qu’elles apparaissent dans la presse et les ouvrages spécialisés. Ce qui nous importe n’est pas tant l’exactitude des phases, ni même la datation des différentes étapes. Il s’agit avant tout de montrer comment l’évolution des technologies et des métiers semble concomitante.

L’adoption des technologies web : un processus orienté par un ensemble limité de groupes professionnels homogènes et stables ? 

L’adoption : revue de littérature et définition 

Pourquoi l’adoption fait-elle l’objet de tant de recherches académiques ? Si l’on se réfère à la logique d’optimisation économique, le choix ne fait pas question. La technologie adoptée est celle qui apporte le meilleur rapport qualité prix et qui répond le mieux aux besoins de l’acquéreur. Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire de multiplier les analyses pour étudier les processus d’adoption. La réalité est, vous l’avez compris, nettement plus complexe.

Le mot adoption est emprunté, au XIIIème siècle, du latin juridique adoptio, dérivé de optio, qui signifie « libre choix ». Quoi de plus ardu que de déterminer ce qu’est la liberté de choisir ? Nous ne rentrerons évidemment pas dans un débat philosophique, car nous manquons de compétences et cela nous éloignerait quelque peu du propos, mais il nous a semblé utile de revenir à l’étymologie du mot pour appréhender au mieux tout l’enjeu de la question.

Pour comprendre les phénomènes d’adoption, les approches théoriques proposées sont extrêmement variées. Les théories sur l’adoption de nouvelles technologies peuvent se diviser en trois grandes catégories thématiques : celles qui traitent avant tout de la question de ce qui est adopté (Brancheau et al. 1990; Nelson et al. 2004; Swanson 1994; Zmud 1982), celles qui s’intéressent aux différentes classes d’adopteurs (Iacovou et al. 1995; Mole et al. 2004; Thong 1999; Venkatesh et al. 2001) et enfin celles qui analysent le comment de l’adoption (Chau et al. 1997; Cooper et al. 1990; Huff et al. 1985; Karahanna et al. 1999; Nambisan et al. 2000; Swanson et al. 1997; Teo et al. 2003). Nous ne voulons pas toutes les présenter dans le détail, ce travail a été réalisé à plusieurs reprises (Attewell 1992; Baskerville et al. 2001; Gagnon 2003; Isaac et al. 2006). Nous proposons une simple synthèse des revues de la littérature sur la question de la diffusion des technologies en distinguant cinq approches. Nous les résumons dans le tableau de la page suivante. Nous tenons à indiquer que les cinq perspectives que nous avons proposées ne sont que des catégories simplificatrices car il est possible de trouver des points de recoupement entre les différentes approches. Certains auteurs proposent d’ailleurs de multiplier les points de vue théoriques pour mieux prendre en compte la complexité du réel et pour mieux coller aux spécificités des innovations et des contextes d’adoption.

Certains auteurs ne prennent pas en compte la spécificité des innovations adoptées, mais la plupart considèrent qu’il est essentiel de caractériser l’innovation et de distinguer les innovations produit des innovations de processus (Damanpour et al. 2001). Par ailleurs, au sein de chaque grand type d’innovation, certaines différences ne peuvent être ignorées. Des auteurs ont par exemple montré qu’il existait des différences entre les facteurs expliquant l’adoption du BtoB et ceux expliquant l’adoption du BtoC (Gibbs et al. 2003). Il faut, enfin, distinguer nettement l’adoption d’une nouvelle technologie par un individu de l’adoption par une organisation. Les deux processus sont certes liés (Isaac et al. 2006) mais les facteurs explicatifs ne sont pas nécessairement identiques.

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Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE 1 Caractériser les technologies web : entre déterminisme technologique et institutionnel
1. Comment définir les technologies web ?
1.1. Définition par les composantes techniques
1.1.1. Principes généraux
1.1.2. Plate-formes et suites logicielles
1.1.3. Site web statique et site web dynamique
1.2. Définir par les usages : expliciter des technologies « ouvertes » et « équivoques»
2. Les spécificités des technologies web : premières typologies
2.1. Typologie 1 : effet de réseau et performance objective
2.2. Typologie 2 : usage et niveau d’investissement
2.3. Typologie 3 : impact de l’innovation sur l’organisation
CHAPITRE 2 Diffusion des technologies web : proposition d’un modèle intégrateur
1. l’adoption des technologies web : un processus orienté par un ensemble limité de groupes professionnels homogènes et stables ?
1.1. L’adoption : revue de littérature et définition
1.2. Adopter un site web : entre composants et packages
2. L’assimilation des technologies web : un enjeu pris en charge par les seuls managers seniors et les praticiens des SI ?
2.1. L’assimilation : revue de littérature et définition
2.2. Les sites web : plusieurs types d’assimilation ?
3. L’appropriation : un processus orienté par les utilisateurs finaux ?
3.1. L’appropriation : revue de littérature et définition
3.2. Le cas des sites web : appropriation par les utilisateurs ou par l’organisation ?
4. Critique de la littérature
4.1. La diffusion : un processus au périmètre introuvable
4.2. Niveau d’analyse : du micro ou du macro
4.3. Le groupe professionnel comme boîte noire
4.4. Concepteurs et utilisateurs : l’hypothèse de séparabilité
4.5. Cognition et politique : deux dimensions inhérentes aux processus de diffusion
CHAPITRE 3 Diffusion des technologies et phénomènes de professionnalisation
1. Professionnalisation et profession en gestion
1.1. Professionnalisation : une définition trop restrictive ?
1.2. La professionnalisation : un phénomène inhérent à l’évolution technologique ?
1.3. Nouveau métier ou hybridation des compétences ?
1.4. Les praticiens des SI : un cas symptomatique
1.5. Pour les sites web : quels professionnels et quelle professionnalisation ?
2. Définir la profession : quelle utilité pour comprendre les enjeux gestionnaires de la professionnalisation ?
2.1. Métier ou profession ?
2.2. Métier, profession, corporation : des communautés extra-organisationnelles
2.3. L’idéal type : une solution au problème de la définition de la profession ?
2.4. Le problème de la professionnalisation : une question de point de vue
3. Une vision renouvelée et pragmatique de la professionnalisation
3.1. Se focaliser sur la profession ou sur les interactions des groupes professionnels?
3.2. Bureaucratie et profession : une opposition dépassée ?
3.3. La théorie d’A. Abbott
3.3.1.Une approche dynamique et systémique
3.3.2. La professionnalisation ou la résolution d’un problème
CHAPITRE 4 Professionnalisation organisationnelle : quel impact sur la diffusion des technologies ?
1. Adaptation du modèle de la professionnalisation d’Abbott : vers la professionnalisation organisationnelle
1.1. Organiser une activité
1.2. La structure de rôle
1.3. Professionnalisme organisationnel et professionnalisation organisationnelle
2. L’application de la grille d’analyse au cas de la gestion des sites web
3. La professionnalisation : impacts sur les dimensions cognitive et politique
3.1. La dimension cognitive
3.2. La dimension politique
4. Professionnalisation, adoption, assimilation et appropriation : temporalités et niveaux d’analyse ?
4.1. Question de temporalités
4.2.Question de niveaux d’analyse
5. La professionnalisation : quels impacts sur l’adoption ?
6. La professionnalisation organisationnelle : quels impacts sur l’assimilation ?
7. La professionnalisation organisationnelle : quels impacts sur l’appropriation ?
CHAPITRE 5 Méthodologie
1. La recherche chemin faisant
2. La notion d’alignement méthodologique
3. Le design de recherche : un cadre interprétatif
4. Quelles relations avec le terrain ?
4.1.Recherche intervention ou interactive, Action Research ou Participative Action Research ?
4.2. Une relation durable et contractuelle avec France Télécom
4.3. Les partenariats : des intermédiaires indispensables
4.4. Les entretiens : quand les contacts ponctuels permettent de dessiner une toile
5. Question et objet de recherche
6. Niveaux d’analyse : multiplier les cadres et les angles de vue
6.1. Niveau d’analyse et professionnalisation
6.2. Niveau d’analyse et adoption
6.3. Niveau d’analyse et assimilation
7. Modalités du recueil des données : démarches qualitatives et quantitatives
7.1. Internet comme outil
7.2. Etudes de cas et entretiens : entre exploration et cadrage
7.3. Analyse comparative France – Etats-Unis
7.4. Questionnaires : affiner et confirmer
8. Résultats : causalité ou interprétation ?
9. Littérature : travaux passés et contribution
CONCLUSION

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