Autour du bouc émissaire : Qu’en pensent les élèves ?

Quand j’étais enfant

  Lorsque j’étais en 7ème année, en VSB, j’avais environ 13 ans et j’étais dans une classe qui comptait environ 20 élèves. Je me suis vite rendue compte qu’à cet âge-là les enfants ne se font pas de cadeaux entre eux et que toute faiblesse est très rapidement découverte. Certains des élèves qui étaient avec moi en 7e VSB étaient déjà dans ma classe en 5e et 6e année. Parmi eux se trouvait Jean-Pierre, un enfant très intelligent, qui portait des lunettes et qui souffrait de surcharge pondérale. Pendant les 5e et 6e année, Jean-Pierre ne souffrait pas trop de moqueries, il restait la plupart du temps avec ses deux amis, eux aussi très intelligents et un peu mis à part dans la classe, et n’essayait pas de s’intégrer au reste de la classe. Cependant, en arrivant en 7e, les choses ont changé pour lui. Il avait toujours ses deux amis mais le reste de la classe l’a rapidement pris pour cible. Les surnoms comme « petit gros » ou « gros lard » ont rapidement fusé à son passage. La plupart du temps, les moqueries étaient faites à voix basse pour éviter que les professeurs ne les entendent. Mais je me souviens qu’à chaque fois que Jean-Pierre devait prendre la parole devant tout le monde, les autres élèves de la classe ne pouvaient s’empêcher de chuchoter des méchancetés à son sujet, du type: “Vas-y bouboule!” ou “Il transpire tellement quand il se déplace, c’est dégoûtant!”. En faisant cela, le groupe classe semblait se sentir plus fort et plus lié, cela permettait aux élèves de s’unir contre une même victime. J’avais l’impression qu’à cause de ses différences Jean-Pierre était devenu le bouc émissaire de la classe, tout le monde rejetait les problèmes sur lui alors qu’il n’y était pour rien la plupart du temps, cela me peinait beaucoup.

Quand j’étais enseignante-remplaçante

   En 2011, j’ai effectué un remplacement au collège de Begnins, je donnais l’anglais, le français et l’histoire à une classe de 8VSG dans laquelle j’étais également maîtresse de classe. En arrivant dans cette classe, j’ai rapidement remarqué que deux élèves étaient arrivés à la rentré 2010 dans ce collège et avaient donc dû s’intégrer à la classe. Pour l’un des deux élèves, l’intégration s’était faite plus ou moins rapidement, il a rapidement trouvé un ou deux amis à qui se raccrocher, cependant pour le second élève, Jérémy, l’intégration ne s’était pas faite.Jérémy était plus petit en taille que les autres élèves, et lorsqu’il tentait de répondre aux questions des maîtres il était souvent hors sujet, les autres élèves de la classe se sont alors rapidement mis à se moquer de lui à chaque fois qu’il prenait la parole, dès qu’il répondait à une question, j’entendais des élèves pouffer de rire dans la classe, où alors le leader de la classe, Nicolas, lui lançait des remarques que je pouvais parfois entendre, comme par exemple “Vas-y Jérémy montre nous ton intelligence!” ou “Retourne dans ton monde de cinglé!”. On pouvait sentir que ces moqueries renforçaient en quelque sorte la cohésion du reste de la classe, c’était tous contre un. Jérémy souffrait de ces moqueries et il est venu m’en parler rapidement en me disant qu’il se retrouvait toujours seul à la récré et que personne ne voulait travailler avec lui lors de travaux de groupe en classe. J’ai pris le temps de l’écouter et de le réconforter à chaque fois qu’il venait me voir jusqu’au jour où il m’a clairement fait comprendre qu’il lui arrivait de penser au suicide. A ce moment-là, j’ai pris contact avec ses parents. Nous nous sommes rencontrés et je leur ai donné les coordonnées des psychologues de l’établissement. Ils m’ont avoué avoir vu les changements de comportement de Jérémy depuis qu’ils avaient déménagé à Begnins et qu’ils essayaient de l’aider. Suite à cet entretien, mon remplacement s’est achevé et j’ai transmis le problème à la maîtresse de classe. Je n’ai plus eu de nouvelles de Jérémy et je ne sais pas s’il est resté le bouc émissaire de cette classe jusqu’en fin de 9e VSG…

Lors d’un cours à la HEP

  Le 8 novembre 2011, lors d’une séance du cours ISO31 (relation pédagogique et climat de classe) à la Hep avec M. Amiguet, nous avons abordé le thème de la violence à l’école. Nous avons remarqué que la violence était de plus en plus relatée dans les médias et surtout de plus en plus choquante. La violence fait parti de l’être humain, elle lui permet de se construire et fait parti de sa vie. Puis, nous avons discuté du fait que la violence chez les jeunes, surtout à l’école, était de plus en plus présente dans les journaux. En effet, on parle de jeux sordides comme le « Happy slapping », qui consiste à filmer une fausse agression et la diffuser sur internet, du jeu du foulard, lors duquel un étranglement volontaire est réalisé par une ou par plusieurs personnes dans le but de découvrir de nouvelles sensations, mais également du phénomène du bouc émissaire qui consiste à sacrifier une personne du groupe pour permettre au groupe d’exister. Ce sujet du bouc émissaire m’a tout de suite interpelée car je n’avais jusqu’alors pas compris que le bouc émissaire et l’attitude du groupe étaient liés. M. Amiguet a développé un peu ce sujet en nous apprenant que parfois c’est le bouc émissaire qui se met lui-même dans cette situation, et qu’à ce moment-là, nous, en tant qu’enseignant, devons travailler avec lui. De plus, si le bouc émissaire est malade et que le groupe en trouve un autre, cela veut dire que c’est le groupe qui va mal et c’est avec lui que nous devons travailler.Pour conclure, M. Amiguet a évoqué le fait que la présence d’un bouc émissaire dans une classe démontrait d’un côté un besoin réciproque de pouvoir, pour le groupe, et de l’autre un besoin d’être objet, pour le bouc émissaire.

La classe

  Je pense qu’il est important de parler de la classe en elle-même car c’est à cet endroit que j’ai pu observer le phénomène du bouc émissaire par le passé et c’est dans ce contexte particulier que j’ai choisi de l’analyser. Pour ce faire, je vais essayer de répondre aux questions suivantes:Est-ce que le lieu où se déroule un phénomène, tel que celui qui se produit lors de l’apparition d’un bouc émissaire, est important? Ou est-ce qu’un phénomène n’est pas dépendant de son contexte? Qu’est-ce qu’une classe et quelles sont ses caractéristiques? Je pense que le concept du bouc émissaire fonctionne en grande partie de la même manière où qu’il se produise (dans une classe, dans la cour de récré, dans un bureau, dans une maison, etc.), cependant il est quand même en partie modifié par le contexte dans lequel il se développe. En effet, un enfant qui veut brimer un de ses camarades ne s’y prendra pas de la même façon qu’un adulte qui veut se décharger de ses fautes sur l’un de ses collègues. L’enfant le fera de manière plus directe que l’adulte. Vayer et Roncin (1987) déclarent à ce sujet: «L’importance du contexte apparaît dès qu’on essaie de comprendre la signification des phénomènes. C’est évident pour toutes les recherches en sciences humaines quelle que soit la discipline: […] où la réaction observée n’a de sens que replacée dans un contexte qui dépasse la situation d’expérience. » (p. 34) Selon Vayer et Roncin (1987), la classe constitue «une structure sociale qui possède une organisation des rapports (des relations) entre les personnes» (p. 16). Elle est «régie par des règles administratives mais aussi par des lois qui sont celles des systèmes vivants.» (p. 48) Toutes les interactions et les événements qui prennent place dans la classe sont liés et s’influencent mutuellement. Ci-dessous, quelques-uns des caractères de la classe définis par Vayer et Roncin (1987, p. 17):
• «L’ensemble des élèves composant la classe possède certaines propriétés qui le distinguent des autres groupes humains»
• «Dans l’ensemble ainsi défini, les différents éléments, les élèves en l’occurrence, sont modifiés réciproquement par la présence des autres»
• «L’ensemble ou système résultant est quantitativement et qualitativement différent de la somme des individualités constituant la classe»
• «Cet ensemble est fonction d’un environnement particulier dont la nature est spécifique et en relation avec ce que sont les projets» Après avoir décrit le contexte où se déroule le phénomène qui m’intéresse, il me faut maintenant parler de la victime de ce phénomène: Le bouc émissaire de la classe.

Le bouc émissaire

Qu’elle est l’origine du mot bouc émissaire? L’origine du terme bouc émissaire vient de la religion juive. En effet, lors des célébrations de l’expiation, le grand prêtre envoyait un bouc dans le désert qui était porteur des fautes du peuple. Le fait de le rejeter hors de la communauté était un moyen pour ces peuples d’éliminer le mal en le transférant sur un animal et ainsi se libérer de l’offense faite aux divinités (Morelle, 2003).
Souffre-douleur et bouc émissaire sont-ils des synonymes? Ces deux phénomène se ressemblent, cependant ils ont un fonctionnement quelque peu différent. En effet, la différence entre les termes souffre-douleur et bouc émissaire est que le souffre-douleur subit des maltraitances de la part d’autrui sans raisons apparentes, mais contrairement au phénomène du bouc émissaire, cela n’intervient pas du tout sur le fonctionnement du groupe.
Quelle est la définition du bouc émissaire? Voici deux définitions du mot bouc émissaire. La première est la définition générale que l’on peut retrouver dans la plupart des dictionnaires (ici j’ai opté pour Le nouveau Robert méthodique), alors que la seconde est plus spécifique car elle définit le bouc émissaire dans le milieu de l’école et fait référence au reste de la classe en l’appelant le «groupe». C’est cette seconde définition que je vais adopter pour la suite de mon travail.
1. «Bouc que le prêtre, dans la religion hébraïque, le jour de Yom Kippour, chargeait des péchés d’Israël; personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres» (Rey-Debove, 2003, p. 183)
2. Le Breton et Marcelli (2010, p. 128) définissent le mot bouc émissaire comme : « En référence à la religion juive, le bouc émissaire est un jeune désigné par ses camarades pour rendre compte de tout ce qui ne va pas dans le groupe, ce qui justifie son exclusion et permet ainsi au groupe de fonctionner ». A quoi ressemble un enfant bouc émissaire? Quel est son comportement ? D’après Deboutte (1997, p. 74), un enfant bouc émissaire, brimé, a très peu d’amis, voir aucun. Son comportement est la plupart du temps hésitant et crispé car il a peur de se faire attaquer,physiquement et moralement. Il a souvent un air «inquiet et angoissé» (p. 74) et se sent inférieur aux autres, il ne fait donc jamais le premier pas dans les situations qu’il traverse. Certains boucs émissaires ont un aspect physique qui peut attirer les persécutions, cependant c’est rarement pour cette raison qu’ils deviennent des boucs émissaires. «Ce qui est surtout déterminant pour les boucs émissaires, c’est qu’ils n’ont pas l’aptitude et l’aplomb nécessaires pour se faire respecter par les autres.» (Deboutte, 1997, p. 74) Pour résumer le profil du bouc émissaire, Deboutte décrit les « traits qui caractérisent souvent (mais pas toujours) les boucs émissaires » (1997, p.77), dont voici quelques uns d’entre eux:
• « ils ne savent pas comment ils doivent réagir à l’agressivité des autres »
• « ils sont plutôt faibles physiquement »
• « ils sont plutôt introvertis »
• « ils ont tendance à se comporter de manière docile ou serviable »
• « ils ont peu d’assurance dans leurs contacts sociaux »
• « ils sont plus souvent angoissés que les autres enfants »
• « ils n’osent pas s’affirmer et défendre leurs propres intérêts »
• « ils ont peu d’estime de soi et ils finissent par croire que les autres ont le droit de les tracasser »
• « ils ne perçoivent pas très bien les règles ou les normes qui prévalent au sein d’un groupe »
• « ils réagissent de manière peu adéquate quand ils sont mis sous pression » Toujours selon Deboutte (1997, p.74), Il existerait deux sortes de bouc émissaire: les boucs émissaires «passifs» et les boucs émissaires «provocateurs». Dans le premier cas, ce sont des enfants qui vont s’isoler et s’en vouloir à eux-mêmes, et dans le second, ils vont devenir agressifs envers tout le monde. Les deux comportements menant au même point: consolider leur exclusion du groupe.
Quels sont les types de violence subie par le bouc émissaire et quelles sont les conséquences pour lui? On ne peut pas parler de bouc émissaire sans parler de violence car elle fait partie du phénomène, que ce soit de la violence physique ou morale. Voici quelques-unes des violences possibles subies par le bouc émissaire à l’école (violences que l’on pourrait également appeler brimades):
• «Une langue acérée»: les insultes, les menaces, les remarques humiliantes. «Les mots sont utilisés comme des armes. » (Deboutte, 1997, p. 41)
• «Les batailles, les coups»: bousculades, coups de pieds, coups de poing, arrachage des cheveux. (p. 42)
• «Voler ou détruire des effets personnels» (p. 42)
• «Exclure ou nier» (p. 42)
• «Tuer par le silence»: laisser l’enfant de côté, faire comme s’il n’existait pas jusqu’à ce qu’il se sente inutile. (p. 42)
• «Le jeu du petit esclave»: forcer l’enfant à se soumettre et à servir ses camarades. (p.44) Les conséquences de ces violences peuvent être nombreuses, pour la victime (ici le bouc émissaire), le brimeur et même pour le groupe classe. Concernant les conséquences pour le brimeur et pour le groupe classe, j’y reviendrai plus tard lorsque j’aborderai ces deux autres acteurs. Concernant la victime, selon Deboutte (1997, p. 63), ces violences peuvent mener le bouc émissaire dans une «spirale descendante», les violences commencent par des petites taquineries et au fil du temps elles peuvent plonger la victime dans une dépression et lui causer des problèmes de santé. La conséquence la plus extrême serait la tentative de suicide de la part du bouc émissaire. Toutefois, les symptômes les plus fréquents sont plus souvent de l’ordre du «sentiment d’incertitude et d’angoisse» (Deboutte, 1997, p. 63). Dans la plupart des cas cependant, le bouc émissaire souffre d’un complexe d’infériorité. Il se sent bête, moche et pense que c’est normal si personne ne veut devenir son ami. il va donc de plus en plus s’isoler et se renfermer aux contacts des autres.
Est-ce que le bouc émissaire est responsable de son statut? Certains pourraient penser que le comportement du bouc émissaire, qui est parfois agressif ou violent, est la cause de son statut. A ce sujet, Deboutte (1997, p. 75) émet l’hypothèse que l’enfant bouc émissaire devient provocateur ou agressif envers ses camarades pour tenter d’imiter les enfants provocateurs et leaders de la classe et ainsi recevoir le même respect du reste du groupe. Cependant, est-ce que le ou les provocateur(s), que l’on va appeler brimeur(s), de la classe sont respectés par les autres enfants? Pour répondre à cette question, il faut d’abord développer un peu le thème du brimeur.

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Table des matières

I. INTRODUCTION
1. Contexte du travail
2. But du mémoire professionnel
3. Thème du mémoire professionnel
3.1 Quand j’étais enfant
3.2 Quand j’étais enseignante-remplaçante
3.3 Lors d’un cours à la HEP
II. QUESTION DE RECHERCHE
III. PROBLÉMATIQUE
1. Théorie
1.1 La classe
1.2 Le bouc émissaire
1.3 Le/les brimeur(s)
1.4 Le reste du groupe
2. Autres études sur le sujet
IV. MÉTHODOLOGIE
1. Instrument de récolte des données
2. Description de l’échantillon
V. HYPOTHÈSES
VI. PRÉSENTATION DES RÉSULTATS ET ANALYSE
1. Plan d’analyse des résultats
2. Déroulement du remplissage des questionnaires
3. Analyse du contenu
3.1 Question 1
3.2 Question 2
3.3 Question 3
3.4 Question 4
3.5 Question 5
3.6 Question 6
3.7 Question 7
3.8 Question 8
VII. CONCLUSIONS
VIII. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
IX. ANNEXES
Résultats questionnaires Classe A
Résultats questionnaires Classe B
Questionnaire

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