Appropriation matérielle de la zone portuaire

Appropriation matérielle de la zone portuaire

Le rapport à l’espace à l’ère de la mondialisation

Nous savons que les changements accompagnant la mondialisation continuent d’influencer de manière déterminante l’organisation des sociétés et des territoires à l’échelle planétaire. De nouveaux enjeux tels que l’importance accordée à l’image des lieux ou la hiérarchisation des territoires touchent non seulement les grandes métropoles mais également les villes et territoires moins populeux ou périphériques. Dans cette section, nous tenterons donc de définir certains phénomènes qui sont rattachés à la mondialisation des marchés et qui contribuent à redéfinir les territoires périphériques du Québec. Nous y présenterons également la catégorie de « ville moyenne » et sa place dans l’économie mondialisée, puisqu’elle revêtira une importance considérable dans notre recherche, le site étudié étant localisé dans la ville de Saguenay.

Mondialisation, métropolisation et « image » des lieux

L’approche phénoménologique en études urbaines et régionales nous conduit presque naturellement à l’étude de 1′ « image » des lieux ou aux représentations spatiales. À notre époque, les phénomènes de mondialisation et de métropolisation redéfinissent le sens accordé aux différents types de territoires, du moins c’est ce que nous tâcherons de démontrer à l’intérieur de cette section. Pour ce faire, nous expliciterons d’abord les concepts de mondialisation et de métropolisation, puis nous verrons en quoi chacun d’eux rend désormais importante « l’image » d’une ville ou d’une région et favorise la montée des pratiques de « marketing territorial ».
Pour commencer, définissons le phénomène de mondialisation. À cette fin, voici une définition tirée d’un livre du géographe Laurent Carroué, pour qui la mondialisation est :
« (…) le processus historique d’extension progressive du système capitaliste dans l’espace géographique mondial » (Carroué, 2007 : 5) et se traduit, depuis le milieu du XXe siècle, par «(…) la fusion progressive des économies-monde en une seule économie-monde de plus en plus intégrée qui développe des structures sur l’ensemble de l’espace planétaire» (Carrroué, 2007 : 7).
Pour sa part, un autre géographe, Mario Bédard ajoute une facette culturelle à la mondialisation, en la définissant comme :
« un phénomène de globalisation des échanges qui rend caduque l’obstacle des frontières nationales, des distances et des différences culturelles avec la mise en place d’une forme d’unité planétaire favorable à une interdépendance plus marquée » (Bédard, 2002 :70).
Historiquement, un phénomène particulier a accompagné la modernisation, à partir des années 1950, soit le placelessness, ou l’« absence de lieu» (Relph, 1976). Là où auparavant chaque lieu montrait des particularités liées au territoire et aux personnes qui l’habitent, sont apparus des lieux standardisés, adaptés à la société de consommation.
Ainsi, dans le contexte de la modernité, l’architecture tend à s’uniformiser. Des lieux deviennent semblables d’un endroit à l’autre (Simard, 1999). Pensons par exemple aux autoroutes, aux chaînes de restauration rapide, aux centres d’achats ou aux banlieues qui présentent souvent la même architecture d’un endroit à l’autre. À ce sujet, Seamon parle de «l’expérience humaine du lieu» ou « the human experience of place » (Seamon, 1996 : 5), ce qui le mène à vouloir comprendre pourquoi et comment les lieux sont porteurs de sens pour les individus. Pour ce faire, il se réfère aux travaux d’Edward Relph, qui a écrit Place and placelessness, résumant ses réflexions sur son approche phénoménologique de l’expérience du lieu (Seamon, 1996).
Plus récemment, Bédard mentionne que le contexte de mondialisation «provoque une affirmation culturelle – et même politique – marquée aux échelles locale et régionale, comme si dorénavant on cherchait à exister localement dans un univers mondialisé »(Bédard, 2002 : 70). De plus, des chercheurs et des décideurs s’aperçoivent désormais que dans l’économie globalisée, la seule chance de réussir réside parfois dans l’innovation. Bref, les villes et les régions, afin de demeurer compétitives, doivent se tourner vers des créneaux particuliers, afin de se faire valoir sur les marchés mondiaux.Dans le même contexte, l’attrait des grands centres demande également aux villes et aux régions de travailler leur image si elles veulent garder leurs résidants ou en attirer
d’autres sur leurs territoires.

 Mondialisation et hiérarchisation des territoires

Toujours dans le contexte de mondialisation, et en parallèle à l’importance accordée à l’« image » des lieux, se développe le phénomène de hiérarchisation des territoires (Simard, 2006). En effet, nous avons vu plus tôt que les territoires tendent à occuper une place sur une échelle de valeur accordée aux lieux. Cette situation de compétition, évoluant dans « l’espace-monde » actuel, se passe à l’échelle mondiale entre les métropoles, mais également aux échelles nationales et régionales. Voyons donc en quoi consiste ce phénomène et, surtout, lesquels de ses effets pouvons-nous observer au sein des villes des régions périphériques.
D’abord, rappelons que, tel que nous l’avons vu dans la section vouée à l’image des lieux, le phénomène de mondialisation, marqué par l’extension du système capitaliste, touche désormais l’ensemble de l’espace planétaire (Carroué, 2007). Selon Carroué, analyser la mondialisation sous l’angle territorial permet de dépasser la vision économiste pour tenir compte des réalités sociopolitiques et géopolitiques. Or, ses analyses lui permettent d’observer que, « (…) loin d’être une homogénéisation du monde, la mondialisation accentue un système de domination et de dépendances hiérarchiques. Elle approfondit les spécificités de chaque économie et des modes de régulation des États et sociétés » (Carroué, 2007 : 9). Cette hiérarchie est d’autant plus marquée lorsque nous comparons les situations de territoires du Sud et celles de territoires du Nord, mais
également, à une moindre échelle, lorsque nous comparons une métropole et des villes des régions périphériques, au Québec par exemple. D’ailleurs, notre auteur de référence précise que les principaux pôles de développement de l’économie mondiale attirent un flux important de population de travailleurs provenant le plus souvent du Sud, et qui contribuent au développement économique de ces territoires attractifs (Carroué, 2007 :58). À l’inverse, ces flux migratoires contribueraient au sous-développement de nombreux territoires.
Pour leur part, Bouneau et Lung parlent de pôles de compétitivité, où la capacité à innover devient une condition pour qu’un territoire puisse se développer, dans un contexte de concurrence internationale. Ils soulignent que c’est ce qui conduit les collectivités territoriales à intervenir, de manière plus soutenue depuis les années 1990, dans les domaines de la recherche et de l’innovation (Boneau, Lung, 2006). Il semble d’ailleurs s’agir d’une des stratégies adoptées par le gouvernement du Québec afin de contribuer au développement économique de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, par exemple en ce qui a trait aux investissements publics destinés au projet de « La vallée de l’aluminium ». Nous constatons que les dynamiques territoriales actuelles, à l’ère de la mondialisation de l’économie, du développement des communications et des réseaux de transport, rendent plus difficiles l’inclusion des villes petites et moyennes et des territoires ruraux dans ce réseau de compétition planétaire (Simard, 2006). Au Québec, ces territoires des régions périphériques, qui autrefois pouvaient se fier sur l’exploitation des ressources naturelles et sur l’agriculture pour se développer, doivent aujourd’hui faire preuve de plus de créativité afin de trouver des voies diversifiées pour assurer leur développement, bref, pour tenter d’être inclus dans cette nouvelle économie.

La « ville moyenne »

Dans le champ des études urbaines et régionales, l’utilisation du concept de ville moyenne est fréquente malgré les difficultés de classification de ce type de villes ainsi que le défi de vérification de son caractère particulier (Santamaria, 2000). En effet, une grande partie des populations nord-américaines et européennes habitent ces villes, des pôles de services publics et commerciaux qui sont généralement bien répartis sur les territoires nationaux (Plane, 2003 ; Saint-Julien, 2003). Nous décrirons donc ce concept,après quoi nous verrons en quoi effectivement son usage s’avère pertinent en aménagement du territoire et en développement régional.
Pour débuter, notons qu’il existe différentes classifications des villes selon la taille. Ici, nous nous attarderons plus particulièrement à la classification faite par Bruneau et explicitée dans son texte L’archipel urbain québécois. Un nouveau rapport société espace. (2000). Donc, d’après l’auteur, le Québec a une forme urbaine qui comprend sept catégories. Il est donc hors de question pour Bruneau de parler du Québec de manière simpliste, soit en opposant sa métropole, Montréal, et sa capitale, Québec, au reste de la province qui constituerait le monde rural, homogène et centré sur le passé. Ainsi, les sept catégories urbaines du Québec qu’il présente sont les suivantes : 1. Montréal; 2. Québec; 3. Villes moyennes supérieures; 4. Villes moyennes; 5. Villes petites; 6. Centres de services et 7. Centres de services élémentaires (Bruneau, 2000). Quant à ce qui nous concerne ici, notons que les villes moyennes supérieures comptent entre 125 000 et 200 000 habitants et sont au nombre de quatre, totalisant 9,7 % de la population totale. La ville fusionnée de Saguenay fait partie de cette catégorie.

De l’écologie sociale aux espaces publics

Réfléchir à l’organisation sociale au sein des villes se fait difficilement sans passer par les travaux de l’École de Chicago, qui ont guidé en quelque sorte par la suite les recherches en études urbaines et régionales. Nous présenterons donc cette école de pensée, puis nous nous arrêterons au concept d’effets de proximité, qui découle directement de ces recherches. Ce détour nous vaudra finalement une présentation du rôle et des fonctions des espaces publics dans les quartiers urbains.

L’écologie sociale

Au début du siècle dernier, la ville de Chicago a été le laboratoire d’une nouvelle manière d’appréhender la vie sociale, soit l’écologie urbaine. Cette ville, en pleine expansion vers les années 1920, fût perçue par les sociologues de l’École de Chicago comme le milieu idéal pour chercher à comprendre comment les individus interagissent. Les premiers auteurs de cette école furent Park, Burgess, McKenzie et Wirth. D’ailleurs, selon Castells, les futurs développements de la sociologie urbaine proviennent des trois premiers chapitres du livre The City (1925), rédigé par Park, Burgess et McKenzie (Castells, 1969: 172). Pour Hawley, l’écologie sociale se définit comme «l’étude morphologique de la vie collective dans ses aspects statiques et dynamiques »
(Grafmeyer, 1984 :9). Les écrits du philosophe Georg Simmel sur la personnalité urbaine auraient toutefois servis de base à leurs réflexions (Grafmeyer, 1984). Leur méthode consistait en une approche «terrain», que Park, lui-même ancien journaliste, comparait à une pratique journalistique, mais effectuée de manière plus précise et avec plus de recul (Grafmeyer, 1984 : 7). Leurs observations devaient leur permettre de percevoir autrement les rapports sociaux et la relation espace-société. Toutefois, notons que malgré ce que pourrait laisser sous-entendre la métaphore avec l’écologie naturelle, l’écologie urbaine ne se limitait pas à réduire l’explication des interactions sociales au milieu physique. En effet :
«(••.) l’attention se porte avant tout sur le système social, son organisation, son fonctionnement et ses transformations. Sur ce point, Park est particulièrement explicite : “L’écologie humaine, dans le sens que les sociologues voudraient donner à ce terme, ne se confond pas avec la géographie, ni même avec la géographie humaine. Ce qui nous intéresse, c’est la communauté plus que l’homme, les rapports entre les hommes plus que leur rapport au sol sur lequel ils vivent” » (Grafmeyer, 1984:34).

Les effets de proximité

Toutes ces réflexions sur l’écologie sociale nous mènent à aborder le thème des « effets de proximité ». L’intérêt pour ce sujet de recherche découle directement des autres thèmes vus plus tôt, soit l’espace, son appropriation, puis l’écologie sociale. Toute cette démarche nous pousse à nous interroger quant à l’impact du milieu de vie sur les trajectoires des individus. Nous ferons donc ici un survol des résultats de la recherche concernant les effets de proximité, puis nous tâcherons de nous concentrer sur ses possibles répercussions face aux représentations et à l’appropriation de l’espace. Pour débuter, notons que d’autres expressions se retrouvent dans les recherches qui traitent de phénomènes liés aux «effets de proximité ». En effet, certains parleront d’« effets de quartier », d’« effets de milieu », d’« effets de territoire » ou encore d’« effets de lieu » dans le cas de Bourdieu. Us sont l’équivalent des neighbourhood effects, étudiés d’abord aux Etats-Unis. D’ailleurs, selon une revue des travaux sur les effets de quartier réalisés aux Etats-Unis, Marpsat (1999) souligne que nombre de travaux découlent du phénomène souvent étudié des ghettos. Ainsi, de nombreux chercheurs ont voulu connaître les effets possibles sur les trajectoires des individus d’une concentration en un même territoire de personnes présentant des caractéristiques sociales, économiques ou ethniques semblables. Différentes théories ont ainsi été élaborées, dont certaines tendent à souligner les avantages de la mixité sociale, entre autres pour le devenir des jeunes : les théories de la contagion; celles de la socialisation collective et les théories institutionnelles (Marpsat, 1999 : 312). D’autres théories tendraient plutôt à souligner les effets négatifs d’une mixité socio-économique chez les jeunes issus des classes moins aisées, dont : la théorie de la privation relative, celle du conflit culturel et, enfin, la théorie de la compétition sociale (Marpsat, 1999 : 313). Ainsi, d’une étude à l’autre, les résultats divergent, dépendamment de l’angle d’analyse des phénomènes sociaux.

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Table des matières

Remerciements
Résumé
Liste des Tableaux
Liste des Figures
Introduction
Chapitre 1 : Revue des écrits
1.1 L’approche phénoménologique en études urbaines et régionales
1.2 L’espace et son appropriation
1.2.1 Les conceptions de l’espace
1.2.2 Le concept d’appropriation
1.3 Le rapport à l’espace à l’ère de la mondialisation
1.3.1 Mondialisation, métropolisation et « image » des lieux
1.3.2 Mondialisation et hiérarchisation des territoires
1.3.3 La « ville moyenne »
1.4 De l’écologie sociale aux espaces publics
1.4.1 L’écologie sociale
1.4.2 Les effets de proximité
1.4.3 Les espaces publics au cœur des quartiers
Chapitre 2 : Objectifs et méthodologie
2.1 Problématique
2.2 Méthodologie
Chapitre 3 : Article 1
« L’appropriation de sites et paysages urbains requalifiés. Regard sur le Vieux-port de Chicoutimi » L’appropriation des espaces publics et du paysage urbain
Site et contexte du projet
La méthodologie de recherche
Les résultats de l’enquête
Appropriation matérielle de la zone portuaire
L’appropriation symbolique du site
L’appropriation politique du site
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 4 : Article 2
« Les effets de proximité dans F appropriation collective d’un grand parc paysager à Saguenay »
Introduction 85 De l’écologie sociale aux représentations de l’espace
La question des effets de proximité
La méthodologie de l’enquête
Les concepts d’effets de proximité et de quartier
Le terrain de l’enquête et le classement des répondants
Les questions et l’administration du sondage
Les Résultats de l’enquête
Le profil des répondants
La fréquentation et les pratiques reliées au site
L’appropriation collective du site et le concept de convivialité
Conclusion
Bibliographie
Chapitre 5 : Bilan des résultats
5.1 L’appropriation des espaces publics à vocation collective
5.1.1 Appropriation matérielle
5.1.2 Appropriation symbolique
5.1.3 Appropriation politique
5.2 La part des effets de proximité dans l’appropriation collective des espaces publics
5.2.1 Profil des usagers et lieu de résidence
5.2.2 Pratiques et habitudes de fréquentation
5.2.3 Perceptions en regard de la convivialité du site
Conclusion générale
Bibliographie générale
Annexe 1

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