Apport de l’écologie industrielle et territoriale aux processus d’adaptation vers une société bas-carbone

Crise écologique et sociétale et limites des réponses apportées aujourd’hui 

Les limites du modèle productiviste actuel face aux enjeux du 21ème siècle

De nombreux acteurs de la société civile (chercheurs, journalistes scientifiques, élus, agriculteurs, etc.) s’accordent aujourd’hui sur des constats qui nous interpellent quant à la relation fondamentale de l’Homme avec la Nature (réchauffement climatique, épuisement des ressources, désertification, pollution des milieux naturels, pertes irréversibles de biodiversité, etc.). Pour autant, l’avènement d’un autre modèle de développement économique intégrant la finitude de la planète Terre et donc le caractère limité des ressources physiques et biologiques ainsi que des services écologiques de la biosphère peine encore à s’imposer. Dans un ouvrage paru en 2012, F. Lenoir définissait la crise actuelle de nos sociétés hyperindustrielles comme systémique, car renvoyant à des désordres profonds (économiques, environnementaux, sociaux, sanitaires, agricoles, etc.) et inter-reliés par une constante : la logique quantitative et mercantile qui caractérise notre attribution exclusive des ressources naturelles. Cette consommation importante de ressources est la résultante directe de ce modèle de pensée, auquel s’ajoute un contexte d’augmentation de la population mondiale et de satisfaction des besoins matériels, sans cesse croissants, de cette dernière. Sans revenir sur les multiples raisons (techniques, sanitaires, etc.) expliquant cette augmentation globale de la population, elle interroge malgré tout notre rapport historique à la technique depuis deux siècles, notamment notre capacité à faire face à ces nouveaux enjeux à l’échelle planétaire. Quand Bourg (1997) énonce que « l’étroite interdépendance des phénomènes et l’irréductibilité de leurs dimensions spatiale et temporelle viennent […] limiter le pouvoir de nos techniques », il souligne à nouveau la question fondamentale de notre rapport à la technique et au-delà l’intérêt d’adopter une approche davantage pluridisciplinaire et systémique. Face à une crise systémique devrait donc émerger une réponse qui l’est tout autant. Cette réponse passerait par l’instauration d’une autre logique basée sur une diversité de réponses sectorielles et in fine une vision globale et intégrée des enjeux. En termes pratiques, elle renvoie l’humain à sa responsabilité de pensée et d’action, à la fois individuelle et collective, sa responsabilité dans les relations qu’il entretient avec la nature que, par définition, il ne maîtrise pas, et aux ressources qu’elle nous délivre (Bourg, 1997).

Ce travail de recherche part de constats relatifs à notre mode de gestion actuelle des ressources et des enjeux que cela soulève, notamment au regard de l’évolution démographique planétaire programmée :
– A l’échelle mondiale, l’extraction des ressources a augmenté de 80% entre 1980 et 2008, atteignant aujourd’hui 70 milliards de tonnes de matières extraites de la biosphère pour répondre aux besoins de l’humanité. Le panel international sur les ressources (IRP), groupement d’experts créé en 2007 sous l’égide des Nations Unies, qui fournit ces chiffres, estime par ailleurs qu’à mode de développement constant, ces extractions de ressources, essentiellement non renouvelables, seraient multipliées par deux d’ici 2025 et par trois d’ici 2050.
– La population mondiale a parallèlement augmentée de manière importante, passant de 1 milliard d’individus en 1800 à plus de 7 milliards aujourd’hui. Cette tendance d’augmentation situerait, selon les prévisions de l’ONU qui restent soumises à discussion, un scenario médian à 9 milliards en 2050 et près de 11 milliards en 2100.
– Plus de 60% des métropoles urbaines dont la population dépasse 1,3 million d’habitants sont situées le long des côtes (Vallega, 2001) et d’ici 2030, la croissance urbaine sera principalement concentrée le long des corridors côtiers (Seto et al., 2012). L’enjeu urbain est donc majeur. Au niveau du bassin méditerranéen, par exemple, ce taux d’urbanisation pourrait atteindre 75% en 2030, avec 470 millions d’urbains attendus à l’horizon 2050, ce qui suppose la mise en place de stratégies de développement urbain durable efficientes pour accompagner cette croissance urbaine (Hubert, 2014).

Une part croissante de la communauté scientifique mondiale s’accorde aujourd’hui ou du moins converge vers ces constats alarmants (Sutherland et al., 2015 ; Hughes et al., 2013 ; Rockström et al., 2009):
– Les effets de nos activités humaines ont des retentissements importants, croissants et à grande échelle sur la planète et ses milieux (pollution de l’air, des eaux et des sols)
– La corrélation entre nos activités humaines et les impacts et changements sur le milieu naturel s’avèrent de plus en plus probables (réchauffement planétaire, changements climatiques, raréfaction des ressources, disparition d’espèces animales et végétales, etc.).

De nombreux champs scientifiques sont désormais mobilisés sur l’étude, l’observation et l’analyse de ces désordres, de leurs causes et de leurs conséquences. La communauté scientifique tente également de sensibiliser la population et ses décideurs sur les limites, en termes de durabilité, de notre modèle actuel de société et de présenter les options d’évolution qui se présentent pour l’avenir. La plupart de ces options misent sur une responsabilisation croissante des acteurs, à l’échelle individuelle et collective, notamment en termes de consommation, pour assurer un équilibre pérenne dans le système physique fermé de notre espace terrestre. Dans ce contexte, deux enjeux majeurs sont l’accès aux ressources énergétiques et la disponibilité en eau. Selon Guérassimoff et al. (2010) et Olsson (2012), ces deux ressources sont intimement corrélées. En effet, l’eau est à la fois : un vecteur nutritif (l’eau en tant que boisson nécessaire à tous organismes vivants), un vecteur de nutriments (type azote, phosphore, minéraux, etc.) et un vecteur énergétique (thermies ou frigories). La problématique de la disponibilité et de l’accès aux ressources en eau se retrouve au cœur de négociations locales, régionales, nationales et internationales, tant du point de vue de leur accessibilité et de leur partage (Le Grusse, 2008) que des problématiques indirectes, principalement environnementales, qui y sont liées (création de gigantesques retenues d’eau, émissions de gaz à effet de serre, etc.). Eau et énergie représentent des enjeux déterminants à l’échelle planétaire. L’inégalité d’accès à ces ressources est et sera source de conflits d’usages pouvant déboucher sur des confrontations armées. L’énergie se retrouve être au cœur de nombre de négociations à l’échelle internationale sur le sujet du réchauffement climatique et de la finitude des ressources fossiles (réunions de l’International Panel on Climate Change sous l’égide des Nations Unies, de l’Agence Internationale de l’Energie, etc.). A ces problématiques de long terme se superposent des éléments conjoncturels et géopolitiques tels que la crise du gaz russe dans le contexte du conflit ukrainien, le pétrole dans le cas libyen ou le nucléaire civil dans le contexte iranien. L’ensemble des acteurs (du local au global) semble aujourd’hui progressivement s’accorder sur la nécessité de sécuriser les approvisionnements énergétiques, de diversifier le mix énergétique global, de mieux maîtriser voire réduire la dépendance à l’énergie, notamment d’origine fossile et de « décarboniser » progressivement cette énergie, comme en France où les pouvoirs publics misent sur une diminution globale de la consommation d’énergie d’ici 2050 tout en maintenant une croissance de l’activité industrielle (ADEME, 2013).

Une crise systémique, qui reste difficile à appréhender

Dans de nombreux colloques scientifiques ou rapports (Gouvernement du Québec, 2013 ; Aknin et al., 2002), des analyses bibliométriques montrent l’évolution sur les 20 dernières années des ouvrages et productions scientifiques en lien avec les vastes enjeux du développement durable. De nombreuses disciplines scientifiques s’intéressent aujourd’hui à ces sujets, allant de l’étude socioéconomique des individus et des sociétés à celle des réponses potentielles, dans le champ technique et organisationnel. Bénéficiant d’une exposition médiatique croissante depuis 1997 (année de la signature du Protocole de Kyoto), les enjeux liés à l’énergie et au réchauffement climatique occupent une grande partie de la scène, l’accès à l’énergie ayant été le moteur du développement de notre système actuel. De plus en plus de colloques et autres conférences sont programmés sur les thèmes du développement durable, du mieux-vivre ensemble, de la transition énergétique, etc. témoignant d’une recherche portant sur d’autres modèles de développement. Dans un autre registre, mais sur la base du même constat, Rifkin (2013) laisse entendre l’émergence d’une troisième révolution industrielle, porteuse d’une infrastructure nouvelle qui correspondrait à la convergence des nouvelles technologies informatique et communicationnelle (Internet) et des énergies renouvelables. Cette  convergence technologique permettrait le développement d’un Internet de l’énergie, faisant de chaque acteur un potentiel producteur et distributeur d’énergie. Toute séduisante qu’elle est, cette option n’en demeure pas moins suspendue à la fiabilité/sécurité de l’internet à l’avenir (et des réseaux énergétiques décentralisés), dans un réseau mondial maillé faisant déjà l’objet de toutes les convoitises de maîtrise et de piratage. Plus fondamentalement, elle reposerait une nouvelle fois sur une réponse d’ordre technologique. Or, face aux enjeux du 21ème siècle, avec une communauté humaine sans cesse plus nombreuse et aspirant à plus de démocratie, on est en droit de se poser la question de savoir si ce ne serait pas plutôt une réponse d’ordre organisationnelle (nouvelles pratiques et transparence dans le partage d’informations) qui constituerait notre chance de survie. A trop vouloir relier les notions de productivité et de croissance à l’efficacité thermodynamique, on demeure prisonnier de la seule constante énergétique (ce qui nous rend vulnérables) pour évaluer la performance de nos sociétés hyper-industrielles, sans considérer les notions de comportement individuel et collectif, les influences culturelles dans le choix de développement, etc. Si les échanges autour de ces enjeux sont croissants entre la communauté scientifique et les sphères publiques et privées de décideurs, la société civile témoigne en parallèle d’un intérêt et d’une capacité croissante à appréhender les enjeux et à vouloir interférer dans le débat public sur ces nouveaux choix de société (énergie et gaz à effet de serre, alimentation et génétique des plantes et des animaux, santé et toxicité, etc.). Cette revendication légitime est par exemple palpable à travers les processus et discussions des dernières années en France : le Grenelle de l’Environnement, la Conférence environnementale, etc. bien que le débat soit souvent « confisqué », selon certains détracteurs, et resserré à un simple échange « experts-décideurs ». Du point de vue de l’action et des résultats concrets qui pourraient en découler, on en reste encore souvent au stade des seules volontés (plans, stratégies, orientations, etc.) et le passage du diagnostic à l’action reste difficile, quel que soit le sujet considéré. Sans être exhaustive, les raisons qui peuvent expliquer en partie cette difficulté de la conduite du changement nous renvoient directement à des réflexes profondément ancrés dans nos sociétés occidentales :

– Une résistance générale et individuelle au changement : l’inconnu fait naturellement peur et il est souvent plus confortable à court terme de rester et d’évoluer dans son domaine de confort, sans remettre fondamentalement en cause son comportement (résistance au changement). Si la communauté scientifique semble aujourd’hui s’accorder sur des scenarii somme toute alarmants, les actions aujourd’hui entreprises relèvent davantage de la « réaction » : des « ré-actions » conceptualisées par la logique « end of pipe » qui concentrent la réglementation sur la mise en œuvre des systèmes de traitement des polluants en bout de chaîne dont la liste croît à mesure que s’étendent nos champs de connaissances ; des « reactions » faisant écho au « toujours plus de la même chose » de Watzlawick par lesquelles on s’obstine à apporter aux problèmes globaux toujours plus de solutions techniques sans se poser la question de leur adaptation réelle aux enjeux environnementaux sociaux et économiques locaux. (Barouch, 1989) ;
– Notre héritage quant à notre rapport à la technique qui, selon Descartes, nous a délivré des autres éléments constitutifs de la Nature que nous nous devons de maîtriser, et qui par la notion de progrès a permis à notre espèce de gagner en termes d’espérance et de confort de vie (une aisance principalement matérielle), tel que le suggèrent Bourg et Papaux (2010). Or, l’étude des interactions, nombreuses et complexes, entre l’Homme et la Nature constituent des enjeux fondamentaux de recherche (Jorgensen et al., 2012) ;
– Notre utilisation de la ressource basée sur une vision et une conception de l’abondance des ressources naturelles et notre dépendance extraordinaire aux sources d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), piliers de notre modèle actuel de fonctionnement ;
– Une approche d’amélioration et d’optimisation principalement centralisée (top-down) envisagée par secteurs (héritage partiel de l’Etat Régalien).

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
CHAPITRE 1 : DE DEMARCHES D’OPTIMISATION SECTORIELLE AUX APPROCHES TERRITORIALES DE L’ECOLOGIE INDUSTRIELLE, ECLAIRAGES A TRAVERS UN RETOUR D’EXPERIENCES INTERNATIONAL
1.1. INTRODUCTION AU CHAPITRE 1 : PORT ET ENERGIE
1.2. METTRE EN ŒUVRE L’ECOLOGIE INDUSTRIELLE DANS LES VILLES PORTUAIRES : RETOURS D’EXPERIENCES INTERNATIONALES ET ANALYSE CROISEE D’ETUDES DE CAS
1.3. DISCUSSIONS DU CHAPITRE 1 : VERS DES APPROCHES TERRITORIALES ET DECLOISONNEES DE GESTION DES RESSOURCES
1.4. CONCLUSION DU CHAPITRE 1 ET TRANSITION
CHAPITRE 2 : TRAJECTOIRES D’EVOLUTION DES TERRITOIRES PORTUAIRES VERS DES APPROCHES TERRITORIALES D’ECOLOGIE INDUSTRIELLE ET LOW CARBON
2.1. INTRODUCTION AU CHAPITRE 2 : ENJEUX METHODOLOGIQUES ET PREMIERS CONSTATS
2.2. TRAJECTOIRES SOCIOECOLOGIQUES VERS DES VILLES PORTUAIRES BAS CARBONE : PROCESSUS D’ADAPTATION EN ASIE ET EN EUROPE
2.3. VERS UNE PLUS GRANDE INTERACTION FONCTIONNELLE PAR LA MISE EN ŒUVRE DE DYNAMIQUES TERRITORIALES D’ECOLOGIE INDUSTRIELLE AU SEIN DE TERRITOIRES RECOMPOSES
2.4. CONCLUSION DU CHAPITRE 2 ET TRANSITION
CHAPITRE 3 : PLUS-VALUE TERRITORIALE ET PROCESSUS DE COMPLEXIFICATION AU SEIN DES TERRITOIRES PORTUAIRES EN PERIODE DE TRANSITION
3.1. INTRODUCTION AU CHAPITRE 3 : PROCESSUS DE COMPLEXIFICATION DU TERRITOIRE PORTUAIRE
3.2. LA COMPLEXITE COMME FACTEUR DE RESILIENCE D’UN TERRITOIRE METROPOLITAIN PORTUAIRE
3.3. DISCUSSIONS DU CHAPITRE 3 : COMPLEXITE ET TRANSITION ENERGETIQUE DES TERRITOIRES PORTUAIRES
3.4. CONCLUSION DU CHAPITRE 3
CONCLUSION GENERALE : SYNTHESE ET PERSPECTIVES
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ANNEXES

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